Le gouvernement estime que les dépenses des communes, intercommunalités, départements et régions pourraient dépasser d’environ 2 milliards d’euros la trajectoire prévue dans le budget 2026.

Ce risque a été présenté lors du comité d’alerte des finances publiques réuni à Bercy le 7 juillet 2026. Selon le ministère chargé des Comptes publics, les dépenses locales progressent plus rapidement qu’anticipé, en particulier dans leur composante de fonctionnement.

Il ne s’agit pas encore d’un déficit définitivement constaté, mais d’une estimation de dépassement par rapport aux prévisions initiales.

Cette nuance est essentielle : les 2 milliards d’euros constituent un signal de surveillance budgétaire, pas l’annonce d’un trou comptable déjà consolidé.

D’où vient ce risque de dépassement ?

Les documents présentés lors du comité d’alerte font apparaître un dépassement potentiel d’environ :

  • 1,6 milliard d’euros sur les dépenses de fonctionnement ;
  • 600 millions d’euros sur les dépenses d’investissement.

Les régions seraient particulièrement concernées, avec des dépenses en progression de 4,7 % par rapport à 2025. Les dépenses des communes augmenteraient de 1,1 % et celles des groupements de collectivités de 1,3 %.

Les dépenses de fonctionnement couvrent notamment :

  • les rémunérations des agents ;
  • les cotisations sociales ;
  • l’énergie ;
  • l’entretien des bâtiments ;
  • les prestations achetées ;
  • les aides et subventions versées ;
  • le fonctionnement quotidien des services publics locaux.

Les dépenses d’investissement financent, quant à elles, les routes, écoles, transports, équipements numériques, réseaux d’eau, bâtiments publics et projets d’aménagement.

Les collectivités contestent la lecture de Bercy

Les représentants des élus locaux ne contestent pas nécessairement l’augmentation comptable des dépenses. Ils refusent cependant qu’elle soit présentée comme le résultat d’une mauvaise maîtrise budgétaire.

Jean-François Debat, président du Comité des finances locales, explique que l’essentiel du dépassement proviendrait de deux mesures :

  • environ 740 à 750 millions d’euros liés au DILICO, le dispositif de lissage conjoncturel des recettes fiscales des collectivités ;
  • entre 1 et 1,2 milliard d’euros liés à la hausse des cotisations employeurs versées à la CNRACL, la caisse de retraite des agents territoriaux.

Selon cette lecture, la hausse ne résulterait donc pas principalement de nouvelles politiques locales, mais de charges supplémentaires décidées ou organisées au niveau national.

Les associations d’élus rappellent également que les collectivités ne peuvent emprunter que pour financer leurs investissements, contrairement à l’État. Elles considèrent donc qu’une hausse des dépenses d’équipement ne peut pas être assimilée automatiquement à une dérive de fonctionnement.

Un chiffre distinct des 3 milliards d’économies annoncées par l’État

Le risque de 2 milliards d’euros concernant les collectivités ne doit pas être confondu avec les 3 milliards d’euros de nouveaux dépassements identifiés sur l’État et l’Assurance maladie.

Le gouvernement a officiellement recensé :

  • 2 milliards d’euros de risques supplémentaires sur les dépenses de l’État ;
  • 1 milliard d’euros sur l’Assurance maladie.

Ces montants doivent être compensés par 3 milliards d’euros d’économies supplémentaires d’ici septembre. Les collectivités pourraient, de leur côté, être invitées à identifier leurs propres marges de réduction des dépenses.

Le risque global évoqué à l’issue du comité atteint donc environ 5 milliards d’euros lorsqu’on additionne l’État, la Sécurité sociale et les collectivités territoriales.

Le budget 2027 se prépare déjà

Ce signal intervient alors que le gouvernement prépare les arbitrages du projet de loi de finances pour 2027.

La croissance française attendue pour 2026 a été abaissée de 0,9 % à 0,7 %, tandis que l’objectif de ramener le déficit public à 5 % du produit intérieur brut apparaît désormais plus difficile à atteindre.

Dans ce contexte, les collectivités risquent d’être appelées à participer davantage au redressement des comptes publics.

Les élus locaux craignent toutefois une nouvelle réduction de leurs moyens. Selon les calculs de l’Association des maires de France, les mesures décidées dans les budgets 2025 et 2026 auraient déjà privé les budgets locaux de 13 milliards d’euros au total, dont 8,2 milliards supportés par les communes et leurs groupements. Ces estimations émanent de l’AMF et restent contestables politiquement, mais elles illustrent la tension croissante entre l’État et les exécutifs locaux.