L’essentiel

  • 14 % des stations-service étaient en difficulté d’approvisionnement au 22 septembre à 9 heures, contre 17 % le 20 septembre à 17 heures.
  • Les Pays de la Loire (18 %), le Grand Est (17 %) et la Bretagne (16 %) sont les régions les plus touchées.
  • Une station considérée en difficulté ne manque pas nécessairement de tous les carburants : elle peut être en rupture de gazole, d’essence ou des deux.
  • Emmanuel Macron demande à l’Union européenne des assouplissements temporaires susceptibles d’augmenter la production de diesel et de kérosène de 5 % à 20 %, selon les raffineries.
  • Le gouvernement doit présenter le 22 septembre à 17 heures de nouveaux dispositifs destinés aux ménages, aux entreprises et aux secteurs les plus exposés.

Pénurie de carburant : quelle est la situation en France ?

Le mot « pénurie » doit être utilisé avec précision. La France ne connaît pas, à ce stade, une rupture générale de carburant. Selon le tableau officiel de suivi des disponibilités, 86 % des stations-service ne signalaient aucune difficulté d’approvisionnement le 22 septembre à 9 heures.

Les 14 % restants représentent néanmoins environ une station sur sept. Cette tension suffit à désorganiser certains territoires, à allonger les trajets pour faire le plein et à fragiliser les entreprises dépendantes de leurs véhicules.

Le suivi porte sur environ 9 900 stations distribuant de l’essence ou du gazole. Les carburants E85 et GPL ne sont pas intégrés au calcul national.

L’indicateur officiel s’est légèrement détendu en trois jours :

Tableau : Date du relevé, Stations en difficulté en France
Date du relevéStations en difficulté en France
20 septembre à 17 h17 %
21 septembre à 17 h15 %
22 septembre à 9 h14 %

Cette amélioration nationale ne signifie pas que toutes les zones reviennent à la normale au même rythme. L’approvisionnement reste nettement plus tendu dans plusieurs régions.

Quelles régions sont les plus touchées par les ruptures de carburant ?

Voici la situation communiquée par le service gouvernemental le 22 septembre 2026 à 9 heures :

Tableau : Région, Stations en difficulté
RégionStations en difficulté
Pays de la Loire18 %
Grand Est17 %
Bretagne16 %
Île-de-France15 %
Normandie15 %
Nouvelle-Aquitaine15 %
Occitanie15 %
Auvergne-Rhône-Alpes13 %
Hauts-de-France13 %
Centre-Val de Loire12 %
Bourgogne-Franche-Comté11 %
Provence-Alpes-Côte d’Azur10 %
Corse0 %
France14 %

Les Pays de la Loire affichent donc le taux régional le plus élevé, devant le Grand Est et la Bretagne. À l’inverse, aucune difficulté n’était comptabilisée en Corse au moment du relevé.

Ces données évoluent au fil des livraisons et des déclarations des exploitants. Elles constituent une photographie de la situation, pas une garantie de disponibilité plusieurs heures plus tard.

Comment savoir quelles stations-service ont encore du carburant ?

Le moyen le plus fiable consiste à consulter la carte officielle des prix et de la disponibilité des carburants. Elle permet de rechercher une commune, un département ou un itinéraire, puis de vérifier les carburants proposés par chaque station.

Le service distingue notamment le gazole, le SP95, le SP95-E10, le SP98, l’E85 et le GPL. Les données sont déclarées par les exploitants de stations-service : elles peuvent donc présenter un décalage avec la situation constatée sur place.

Une précision méthodologique est importante : une station n’est pas classée en rupture d’essence si elle dispose encore d’au moins une essence compatible, par exemple du SP95-E10 malgré une indisponibilité du SP98. Elle est comptabilisée en difficulté lorsqu’elle ne peut plus fournir de gazole, d’essence ou les deux.

Pourquoi l’approvisionnement en carburant se tend-il ?

La crise ne provient pas d’un seul facteur. Elle combine la hausse du pétrole, les tensions sur le raffinage et les difficultés croissantes rencontrées par certains importateurs pour sécuriser leurs livraisons.

La guerre au Moyen-Orient a resserré l’offre énergétique et accentué les incertitudes sur les flux de produits raffinés. L’Europe reste particulièrement exposée : le Moyen-Orient représente environ 36 % de ses importations de kérosène et 18 % de ses importations de diesel, selon les éléments transmis par l’Élysée et rapportés par Reuters.

Pour les entreprises françaises, la crise ne se limite plus au prix affiché à la pompe. Elle devient un risque de continuité d’activité. Un transporteur qui modifie ses itinéraires, un artisan qui cherche une station approvisionnée ou une entreprise de services à domicile qui immobilise un véhicule subissent aussi des coûts indirects : temps perdu, retards, kilomètres supplémentaires et désorganisation des équipes.

Cette tension prolonge le choc économique provoqué par la crise au Moyen-Orient et renforce l’exposition des PME déjà confrontées à un pétrole installé au-dessus de 100 dollars.

Le plan de Macron pour augmenter l’offre de carburant

Emmanuel Macron a demandé à la Commission européenne plusieurs assouplissements temporaires. Ces propositions ne sont pas encore des mesures applicables : elles doivent être examinées à l’échelle européenne.

1. Reporter les nouvelles règles européennes sur le méthane

Le président français souhaite repousser du 1er janvier 2027 au 1er janvier 2028 l’entrée en vigueur de nouvelles obligations de suivi et de vérification des émissions de méthane imposées aux importateurs de pétrole et de gaz.

L’objectif affiché est d’éviter que des difficultés juridiques ou administratives réduisent encore le nombre de fournisseurs capables d’alimenter le marché européen.

2. Assouplir temporairement certaines spécifications techniques

La France propose d’accorder davantage de flexibilité aux raffineries concernant notamment la densité, la volatilité ou la désulfuration des carburants.

Selon les estimations communiquées par les raffineurs français, ces adaptations pourraient augmenter la production de diesel et de kérosène de 5 % à 20 %, avec des résultats variables selon les installations.

Ces modifications devraient être élaborées avec les constructeurs automobiles afin de garantir la sécurité des véhicules, des infrastructures et des utilisateurs.

3. Autoriser davantage de diesel B10

Paris propose également de faciliter le remplacement du diesel B7, contenant jusqu’à 7 % de biodiesel, par du B10, qui peut en contenir jusqu’à 10 %.

Cette évolution permettrait de réduire légèrement la quantité de diesel fossile nécessaire. Elle suppose cependant de tenir compte de la compatibilité des véhicules avant toute généralisation.

4. Restituer une éventuelle hausse des recettes de TVA

Le gouvernement prévoit de proposer au Parlement une « règle d’or » budgétaire. Si l’augmentation des prix à la pompe génère des recettes supplémentaires de TVA, celles-ci seraient neutralisées puis rendues aux Français à la pompe.

À ce stade, il s’agit d’un engagement politique à inscrire dans le prochain projet de loi de finances. Aucun mécanisme automatique ni calendrier de versement n’a encore été détaillé.

Nouvelles aides carburant : ce que le gouvernement doit annoncer à 17 heures

Le gouvernement doit présenter le 22 septembre à 17 heures de nouveaux dispositifs d’aide et de soutien face à la hausse des prix des carburants. La conférence réunira notamment les ministres chargés de l’Économie, des Comptes publics, de l’Énergie, de la Santé, de la Pêche et des PME.

Les annonces doivent concerner les ménages, les entreprises et les secteurs professionnels les plus exposés. À 12 h 35, leur contenu précis n’avait pas encore été rendu public. Cet article sera actualisé après la conférence de Bercy.

Plusieurs dispositifs existaient déjà avant ces nouvelles annonces :

Tableau : Public concerné, Dispositif connu avant les annonces du 22 septembre
Public concernéDispositif connu avant les annonces du 22 septembre
AgriculteursAide de 15 centimes par litre reconduite pour septembre et octobre
Pêcheurs professionnelsAide de 25 centimes par litre pour septembre et octobre ; prolongation jusqu’à fin décembre annoncée, sous réserve des modalités actualisées
PME du BTPAide de 20 centimes par litre de GNR, plafonnée à 4 000 euros par entreprise selon les conditions du dispositif
Transporteurs routiersFin de l’aide à la pompe après août ; versement des périodes déjà couvertes et mécanismes d’indexation des factures maintenus
TPE-PME exposéesPrêt Flash Carburant de 5 000 à 50 000 euros, sous conditions
Actifs « grands rouleurs »Aide totale de 100 euros pour la période d’avril à août ; guichet annoncé jusqu’au 30 septembre

Les conditions complètes et les formulaires sont regroupés sur la page officielle consacrée aux aides carburant 2026.

Prêt Flash Carburant : quelles entreprises peuvent le demander ?

Le Prêt Flash Carburant cible les entreprises individuelles, TPE et PME du transport, de l’agriculture, de la pêche et du BTP.

Le dispositif prévoit :

  • un montant compris entre 5 000 et 50 000 euros ;
  • une durée de 36 mois ;
  • un différé d’amortissement du capital de 12 mois ;
  • un taux d’intérêt de 3,8 % ;
  • aucune garantie sur les actifs de l’entreprise ou le patrimoine du dirigeant ;
  • une procédure entièrement numérique.

L’entreprise doit notamment exister depuis plus d’un an, appartenir à un secteur éligible et consacrer au moins 5 % de son chiffre d’affaires à ses dépenses de carburant. Le financement peut soutenir la trésorerie, mais il reste une dette : son coût et sa capacité de remboursement doivent être comparés au besoin réel de l’entreprise.

Ce que la crise change pour les entreprises

La hausse du carburant produit un effet immédiat sur les structures qui consomment beaucoup de litres, mais la tension sur les stations ajoute un second choc opérationnel.

Pour mesurer l’exposition réelle, un dirigeant peut utiliser une formule simple :

Surcoût mensuel = consommation mensuelle en litres × hausse du prix par litre

À titre d’exemple, une flotte consommant 10 000 litres par mois supporte 2 000 euros de charges supplémentaires si son prix moyen augmente de 20 centimes par litre. Ce calcul ne prend pas en compte les kilomètres supplémentaires, les heures perdues ou les retards de livraison.

Les secteurs les plus vulnérables sont :

  • le transport routier et la logistique ;
  • le BTP et les travaux publics ;
  • l’agriculture et la pêche ;
  • les artisans et techniciens itinérants ;
  • les taxis, ambulances et services d’aide à domicile ;
  • le commerce et la restauration dépendant de livraisons fréquentes.

Pour les petites structures, quelques centimes supplémentaires par litre peuvent suffire à effacer une marge déjà faible. Le risque augmente lorsque les contrats ne permettent pas de répercuter rapidement la hausse sur le client.

Six décisions à prendre dans les prochaines 72 heures

Une entreprise dépendante du carburant ne doit pas piloter cette crise uniquement à partir du prix moyen national. Elle doit suivre son exposition locale et sa capacité réelle à poursuivre son activité.

  1. Cartographier les stations critiques autour des sites, dépôts et principaux itinéraires grâce à la carte officielle.
  2. Calculer la consommation incompressible nécessaire aux missions prioritaires pendant une à deux semaines.
  3. Mesurer trois scénarios de prix dans le plan de trésorerie : stabilité, hausse de 10 centimes et hausse de 20 centimes par litre.
  4. Conserver les factures et les volumes achetés, indispensables pour justifier certaines demandes d’aide.
  5. Vérifier les clauses de révision ou d’indexation présentes dans les contrats clients et fournisseurs.
  6. Évaluer les aides avant de les intégrer au prévisionnel : une annonce politique ne devient une ressource certaine qu’après validation de l’éligibilité et du calendrier de paiement.

Les entreprises durablement exposées peuvent compléter cette réponse immédiate par un plan opérationnel de protection des marges.

La France risque-t-elle une pénurie généralisée ?

Les chiffres disponibles ne permettent pas de parler de rupture nationale généralisée. La majorité des stations reste approvisionnée et le taux de stations en difficulté a reculé entre le 20 et le 22 septembre.

Le risque se concentre davantage sur des pénuries locales, des écarts entre régions et des tensions ponctuelles sur certains carburants. La situation peut néanmoins évoluer rapidement si les livraisons se dégradent, si les raffineries rencontrent de nouvelles contraintes ou si la demande augmente brutalement.

L’enjeu économique est donc double : maintenir l’approvisionnement physique et empêcher que la hausse des prix ne déstabilise les ménages et les entreprises les plus dépendants de la route.