Pendant près de dix ans, le Système de combat aérien du futur, plus connu sous l'acronyme SCAF, a été présenté comme l'un des projets industriels et militaires les plus ambitieux d'Europe.
France, Allemagne et Espagne devaient notamment développer ensemble un nouvel avion de combat de nouvelle génération capable de succéder, à terme, au Rafale français et à l'Eurofighter utilisé notamment par l'Allemagne et l'Espagne.
Mais en juin 2026, cette ambition a subi un revers majeur.
Paris et Berlin ont constaté que les industriels impliqués, principalement Dassault Aviation et Airbus, ne parvenaient plus à s'entendre sur le développement du futur chasseur.
Le projet commun d'avion a donc été arrêté.
Pour autant, parler de « disparition du SCAF » serait trop simple.
Car le système de combat aérien du futur est beaucoup plus large qu'un seul avion de chasse.
Drones, intelligence artificielle, capteurs, cloud de combat, missiles connectés et partage massif de données doivent progressivement transformer la manière dont les forces aériennes européennes combattent.
Qu'est-ce que le système de combat aérien du futur ?
Le SCAF n'a jamais été pensé comme un simple remplaçant du Rafale.
Il s'agit d'un système de systèmes destiné à connecter différents moyens militaires au sein d'un même environnement numérique.
Le ministère des Armées distingue d'ailleurs le SCAF français du programme européen NGWS, pour Next Generation Weapon System.
Dans la vision française, le système de combat aérien du futur peut notamment intégrer :
- le Rafale et ses futures évolutions ;
- des drones de combat ;
- des avions de détection et de surveillance ;
- des avions ravitailleurs ;
- des effecteurs et missiles connectés ;
- des systèmes de commandement ;
- des satellites ;
- des capteurs ;
- un réseau sécurisé de partage de données.
L'objectif est que ces différents éléments puissent combattre ensemble en temps réel.
Cette logique de combat collaboratif est déjà au cœur de la transformation actuelle des forces armées et rejoint plus largement la montée des technologies duales dans l'économie de défense française.
Le futur avion de combat devait être le cœur du SCAF
Le programme européen devait comprendre un ensemble baptisé NGWS.
Son élément le plus spectaculaire était le New Generation Fighter, ou NGF : un avion de combat de nouvelle génération développé autour de Dassault Aviation et Airbus Defence and Space.
Ce chasseur devait évoluer aux côtés de drones accompagnateurs, parfois appelés Remote Carriers, tout en étant relié à un véritable cloud de combat aérien.
Le principe est relativement simple.
Au lieu de faire reposer la puissance militaire sur un avion isolé, plusieurs plateformes travaillent ensemble.
Un appareil peut détecter une cible.
Un drone peut s'en approcher.
Un satellite ou un avion de surveillance peut transmettre des informations.
Un autre effecteur peut réaliser l'action finale.
L'ensemble forme un réseau.
C'est ce concept, davantage que la forme précise du futur avion, qui constitue probablement l'héritage stratégique le plus important du SCAF.
Pourquoi le projet franco-allemand de chasseur a-t-il échoué ?
La difficulté n'était pas uniquement technologique.
Elle était surtout industrielle.
Depuis plusieurs années, Dassault Aviation et Airbus s'opposaient sur la répartition des responsabilités, la gouvernance du programme et l'accès aux technologies développées.
Dassault devait assurer la maîtrise d'œuvre du chasseur.
Mais son dirigeant Éric Trappier réclamait une organisation lui permettant de piloter réellement le programme, tandis que les partenaires allemands et espagnols souhaitaient préserver leurs propres compétences industrielles.
Les besoins militaires divergeaient également.
La France doit conserver une aviation capable de participer à la dissuasion nucléaire et souhaite pouvoir opérer depuis un porte-avions.
L'Allemagne n'a pas exactement les mêmes contraintes opérationnelles.
À mesure que le programme avançait, ces différences sont devenues de plus en plus difficiles à concilier.
Le 8 juin 2026, Emmanuel Macron et Friedrich Merz ont finalement constaté que les entreprises impliquées ne parviendraient pas à trouver un accord permettant de poursuivre le projet commun.
La présidence française a reconnu « l'impossibilité pour les industriels de s'entendre sur la continuation de ce projet ».
Le programme commun de chasseur de nouvelle génération était arrivé à son terme.
Le SCAF est-il abandonné ?
C'est ici que la distinction devient importante.
Le projet franco-germano-espagnol de chasseur commun a été abandonné.Mais cela ne signifie pas que toute la logique du système de combat aérien du futur disparaît.
Lors de l'arrêt du programme de chasseur, la France et l'Allemagne envisageaient encore de poursuivre certaines coopérations autour notamment :
- des drones ;
- des réseaux de données ;
- du combat collaboratif ;
- de certaines technologies communes.
En juillet 2026, Safran a par ailleurs indiqué que les financements liés au développement commun du moteur du SCAF avec MTU devaient s'interrompre à partir de septembre, la phase suivante du programme n'ayant plus vocation à être lancée sous sa forme initiale.
La rupture est donc réelle.
Mais elle concerne surtout l'architecture industrielle européenne imaginée à l'origine.
La France peut-elle construire seule son avion de combat du futur ?
C'est désormais l'une des grandes questions.
Dassault Aviation dispose d'une compétence unique en Europe : l'entreprise maîtrise déjà l'ensemble de la conception d'un avion de combat moderne avec le Rafale.
Après l'échec du projet européen, Éric Trappier a indiqué que Dassault restait ouvert à de nouvelles coopérations, y compris éventuellement avec des partenaires extérieurs au cadre initial.
Une solution entièrement française n'est donc plus inconcevable.
Mais elle aurait un coût considérable.
Le programme SCAF dans son ensemble avait été associé à des investissements pouvant atteindre plusieurs dizaines de milliards d'euros sur plusieurs décennies.
Construire un avion de combat de nouvelle génération implique en effet de développer simultanément :
- une cellule furtive ;
- des moteurs ;
- des radars ;
- des systèmes de guerre électronique ;
- des logiciels ;
- des capteurs ;
- des armements ;
- des systèmes autonomes ;
- de l'intelligence artificielle ;
- des infrastructures numériques.
L'enjeu dépasse donc largement Dassault.
Il concerne toute la base industrielle et technologique de défense française, composée de grands groupes mais également de milliers de PME et ETI.
Quel avenir pour le Rafale ?
L'échec du NGF ne signifie pas que la France se retrouve sans solution.
Le Rafale continuera d'évoluer pendant plusieurs décennies.
Le ministère des Armées envisage déjà le maintien de la plateforme française au-delà de 2040 et potentiellement bien plus longtemps.
La future évolution Rafale F5 doit notamment renforcer :
- les capacités de combat collaboratif ;
- la connectivité ;
- la guerre électronique ;
- l'utilisation de nouveaux armements ;
- l'intégration avec un drone de combat.
Le Rafale devient donc progressivement lui-même un élément du futur système de combat aérien.
Cette stratégie permet à la France de réduire le risque lié à l'abandon du programme européen : plutôt que d'attendre un nouvel avion entièrement nouveau, elle peut moderniser progressivement une plateforme déjà maîtrisée industriellement.
Les drones vont devenir aussi importants que le futur avion
Le changement majeur du combat aérien ne viendra probablement pas uniquement du prochain chasseur.
Il viendra aussi des drones de combat accompagnateurs.
Ces appareils peuvent fonctionner en coordination avec un avion piloté afin de :
- effectuer des missions de reconnaissance ;
- brouiller les systèmes ennemis ;
- détecter des menaces ;
- transporter certains armements ;
- saturer les défenses adverses ;
- protéger l'avion principal.
Un pilote pourrait ainsi commander ou coordonner plusieurs plateformes depuis son appareil.
Le drone devient alors une extension du chasseur.
Cette évolution rapproche l'aviation militaire de la logique des agents autonomes et de l'intelligence artificielle : plusieurs systèmes spécialisés prennent des décisions ou exécutent des tâches dans un environnement commun.
L'intelligence artificielle au cœur du combat aérien du futur
La quantité de données produite par un futur système aérien sera considérable.
Radars, satellites, drones, avions, navires et forces terrestres peuvent simultanément détecter des milliers d'informations.
Le défi n'est donc plus seulement de collecter des données.
Il faut être capable de déterminer quelle information est importante et à qui elle doit être transmise.
L'intelligence artificielle peut notamment participer à :
- la fusion de données issues de différents capteurs ;
- l'identification de menaces ;
- la planification de missions ;
- l'aide à la décision ;
- la coordination des drones ;
- la maintenance prédictive ;
- la guerre électronique.
Le pilote ne disparaît pas nécessairement.
Son rôle évolue.
Il devient davantage le superviseur d'un ensemble de systèmes interconnectés.
Le cloud de combat, autre pièce maîtresse du SCAF
Le futur champ de bataille aérien repose également sur ce que les industriels appellent un combat cloud.
Il s'agit d'une infrastructure permettant aux différentes plateformes d'échanger rapidement des données.
Un Rafale pourrait par exemple recevoir une cible détectée par un drone sans avoir lui-même à activer son radar.
Cette architecture présente un avantage tactique majeur.
Elle permet de répartir les fonctions entre plusieurs équipements et de rendre l'ensemble du système plus difficile à neutraliser.
Mais elle crée aussi de nouveaux risques.
Un système militaire extrêmement connecté devient dépendant :
- de ses réseaux ;
- de ses logiciels ;
- de sa cybersécurité ;
- de ses capacités de chiffrement ;
- de la souveraineté de ses composants.
Le futur de l'aviation militaire sera donc autant une bataille informatique qu'aéronautique.
SCAF, FCAS, NGF, NGWS : quelles différences ?
Les différents acronymes utilisés autour du programme créent souvent de la confusion.
SCAF
Système de combat aérien du futur.C'est le concept global de combat aérien connecté.
FCAS
Future Combat Air System.Il s'agit essentiellement de l'appellation anglaise du concept.
NGWS
Next Generation Weapon System.C'était le cœur développé en coopération par la France, l'Allemagne et l'Espagne.
NGF
Next Generation Fighter.Il s'agissait du futur avion de combat piloté qui devait constituer l'une des composantes majeures du NGWS.
C'est principalement ce projet de chasseur commun qui a échoué en 2026.
Combien devait coûter le SCAF ?
Les estimations ont varié considérablement selon ce que l'on inclut dans le programme.
Reuters évoquait en juin 2026 un projet estimé autour de 100 milliards d'euros sur sa durée de développement.
Ce chiffre montre pourquoi les États européens avaient initialement intérêt à coopérer.
Les avions de combat modernes sont devenus si complexes que leur développement représente un risque industriel et financier considérable pour un seul pays.
Mais la mutualisation comporte un autre coût : celui de la gouvernance.
Plusieurs États veulent préserver leurs emplois, leurs technologies et leurs entreprises stratégiques.
Le partage du financement devient alors aussi un partage du pouvoir industriel.
C'est précisément ce mécanisme qui a contribué à fragiliser le SCAF.
Quelles entreprises participaient au programme ?
Le projet réunissait plusieurs acteurs majeurs de l'industrie européenne de défense.
Parmi eux :
- Dassault Aviation pour le futur avion de combat ;
- Airbus Defence and Space ;
- Safran Aircraft Engines ;
- MTU Aero Engines ;
- Indra ;
- Thales ;
- MBDA.
Autour de ces groupes gravitent également de nombreux équipementiers et sous-traitants.
L'avenir du système de combat aérien représente donc un enjeu économique important pour l'industrie française.
La montée des budgets militaires ouvre parallèlement de nouvelles opportunités aux PME souhaitant entrer sur les marchés de la défense.
La concurrence mondiale accélère
Pendant que l'Europe cherche une nouvelle architecture pour son aviation de combat, plusieurs puissances développent déjà leurs propres systèmes.
Les États-Unis travaillent notamment sur leur programme Next Generation Air Dominance, tandis que l'US Navy doit également sélectionner son futur appareil F/A-XX.
La Chine développe elle aussi plusieurs plateformes susceptibles d'appartenir à une nouvelle génération d'avions de combat.
Le Royaume-Uni, l'Italie et le Japon travaillent de leur côté sur le Global Combat Air Programme, ou GCAP.
La pression augmente donc sur la France.
Prendre trop de retard pourrait avoir des conséquences militaires mais aussi commerciales : le Rafale constitue aujourd'hui l'un des principaux succès à l'exportation de l'industrie française de défense.
Son successeur devra lui aussi pouvoir trouver des clients internationaux.
Que va devenir le système de combat aérien du futur ?
En 2026, une chose est désormais claire : le SCAF ne prendra pas la forme imaginée lors de son lancement en 2017.
Le grand chasseur franco-allemand commun ne verra pas le jour dans cette configuration.
Mais les besoins qui avaient donné naissance au programme n'ont pas disparu.
La France doit toujours préparer le remplacement à très long terme du Rafale.
Elle doit développer des drones de combat.
Elle doit connecter ses forces.
Elle doit intégrer davantage d'intelligence artificielle.
Et elle doit conserver une autonomie industrielle suffisante pour assurer sa dissuasion nucléaire et sa capacité d'intervention.
Le nom du programme peut évoluer.
Les partenaires peuvent changer.
Le futur avion peut être différent.
Mais le principe central du système de combat aérien du futur reste plus pertinent que jamais : l'avion de chasse de demain ne combattra probablement plus seul.
Il sera l'un des éléments d'un réseau mêlant avions, drones, satellites, capteurs, missiles et intelligence artificielle.
