Showroomprivé peut-il renouer avec la croissance avant que sa situation financière ne se tende davantage ? Les résultats semestriels publiés le 29 septembre 2026 montrent deux trajectoires opposées : le groupe réduit ses charges et ses pertes, mais son activité continue de se contracter et ses opérations consomment davantage de trésorerie.
Des pertes réduites malgré la baisse des ventes
Au premier semestre, le chiffre d’affaires net de Showroomprivé atteint 218,1 millions d’euros, en recul de 9,1 % par rapport au premier semestre 2025 retraité de la sortie de The Bradery. Cette comparaison à périmètre comparable est essentielle : sans ce retraitement, la baisse apparente des ventes serait amplifiée par un changement dans les activités du groupe.
La perte nette s’établit à 23,1 millions d’euros, contre 32,1 millions un an plus tôt sur cette même base comparable. L’EBITDA ajusté reste négatif, à −14,6 millions d’euros, mais s’améliore d’environ 6 millions d’euros. Showroomprivé a notamment diminué ses dépenses logistiques et ses frais généraux.
Le groupe dépense donc moins pour fonctionner. Cette amélioration ne suffit toutefois pas à compenser le recul de son activité : sa marge brute baisse de 84,5 à 77,6 millions d’euros. Autrement dit, le redressement des résultats repose pour l’instant largement sur la maîtrise des coûts, tandis que la reprise des ventes reste à démontrer.
La trésorerie révèle la pression sur le modèle
C’est le point le plus sensible du communiqué. Au 30 juin 2026, Showroomprivé dispose de 12,8 millions d’euros de trésorerie consolidée disponible, contre 43,5 millions en début d’année. Sur six mois, ses activités opérationnelles ont consommé 24,1 millions d’euros de trésorerie, contre 14,7 millions un an plus tôt à périmètre comparable.
Il faut distinguer ces flux de la perte nette : une entreprise peut réduire sa perte comptable tout en voyant sa trésorerie se dégrader. Showroomprivé explique notamment l’évolution de ses flux opérationnels par la fin d’importantes cessions de stocks anciens réalisées en 2025.
La situation ne permet pas, à elle seule, de fixer une date à laquelle le groupe manquerait de liquidités. Elle rend en revanche la reprise commerciale et les accords de financement beaucoup plus décisifs.
Pourquoi Showroomprivé doit discuter avec ses banques
En janvier 2026, Showroomprivé avait obtenu le report du remboursement de 40 millions d’euros de dettes bancaires, avec des échéances prévues en 2027 et 2028. Cet accord comporte une condition portant sur le niveau d’EBITDA ajusté à atteindre en 2026, appelée covenant bancaire.
Sur la base de ses perspectives actuelles, le groupe juge probable de ne pas respecter cette condition. Il prévoit donc d’engager des discussions avec ses banques pour obtenir un standstill, c’est-à-dire un accord temporaire destiné à encadrer la situation pendant les négociations. À ce stade, le communiqué n’annonce ni accord obtenu ni exigibilité immédiate de l’ensemble de la dette.
Pour Showroomprivé, l’enjeu est de gagner du temps afin de poursuivre son redressement. Pour ses créanciers, il s’agit d’évaluer si les améliorations opérationnelles peuvent se traduire par une activité et des flux de trésorerie plus solides.
Le prochain test sera commercial
Le groupe mise sur sa marketplace, l’international, le retail media et la relance de ses catégories historiques. Il dit constater une amélioration de l’activité au second semestre, tout en la qualifiant de fragile dans un contexte de consommation prudente.
Le prochain chiffre d’affaires trimestriel est attendu le 22 octobre 2026. Il donnera une première indication sur la capacité de Showroomprivé à stabiliser ses ventes. Mais le véritable test sera plus large : vendre davantage, conserver ses gains de productivité et réduire la consommation de trésorerie, tout en trouvant un terrain d’entente avec ses banques.
