Le marché français de l’assurance pourrait connaître une nouvelle opération d’envergure.

CNP Assurances travaillerait sur une éventuelle offre de rachat de Coface, spécialiste de l’assurance-crédit et de la gestion du risque client, selon des informations de Bloomberg rapportées par Reuters.

À ce stade, rien n’est toutefois acté. Les discussions seraient encore préliminaires, CNP Assurances pourrait renoncer à déposer une offre et d’autres candidats au rachat pourraient également apparaître.

Mais derrière cette possible opération CNP Assurances-Coface se dessine un rapprochement stratégique particulièrement intéressant : celui d’un grand assureur français avec une entreprise directement positionnée sur les risques financiers auxquels sont confrontées les sociétés.

Pourquoi CNP Assurances pourrait s’intéresser à Coface

CNP Assurances est historiquement positionnée dans l’assurance de personnes, l’épargne, la retraite, la prévoyance et l’assurance emprunteur.

Détenu à 100 % par La Banque Postale, le groupe cherche également à élargir son périmètre et à accélérer sa diversification.

Coface lui apporterait une activité sensiblement différente.

L’entreprise est spécialisée dans l’assurance-crédit, un métier qui consiste notamment à protéger les sociétés contre le risque qu’un client ne règle pas ses factures.

Un sujet particulièrement sensible alors que les entreprises françaises doivent composer avec les tensions de trésorerie, les retards de paiement et la progression des défaillances.

Coface propose également des services de :

  • recouvrement de créances ;
  • information financière sur les entreprises ;
  • cautionnement ;
  • analyse du risque client ;
  • gestion du risque commercial.

Une acquisition permettrait donc à CNP Assurances de renforcer considérablement son exposition au marché professionnel et B2B.

Coface ne vend pas seulement de l’assurance-crédit

C’est probablement l’un des aspects les plus stratégiques du dossier.

Coface n’est plus uniquement un assureur qui intervient lorsqu’une entreprise ne paie pas.

Le groupe possède une importante infrastructure de données permettant d’analyser la solvabilité et le risque de crédit des entreprises dans de nombreux pays.

Selon les informations publiées par Coface, ses outils s’appuient sur une quantité considérable de données financières et commerciales concernant les entreprises à travers le monde.

Ces informations permettent notamment à ses clients d’évaluer le niveau de risque représenté par un client, un prospect ou un fournisseur avant même qu’un incident de paiement survienne.

Dans un environnement économique marqué par une hausse des défaillances d’entreprises en France, cette capacité d’analyse devient particulièrement stratégique.

L’intérêt potentiel de Coface dépasse donc largement son portefeuille d’assurance-crédit : le groupe dispose d’une infrastructure mondiale de connaissance du risque entreprise.

Pour CNP Assurances, cette expertise pourrait compléter une activité historiquement davantage concentrée sur la protection des particuliers.

Le marché a immédiatement réagi aux informations sur CNP Assurances et Coface

Les investisseurs ont rapidement intégré la possibilité d’une opération.

Après la publication des informations concernant l’intérêt potentiel de CNP Assurances, le titre Coface a fortement progressé en Bourse.

Cette réaction ne signifie évidemment pas qu’un rachat aura lieu.

Elle traduit surtout l’anticipation par les investisseurs d’une éventuelle prime en cas d’offre formelle sur le groupe français.

La capitalisation de Coface se situe autour de plusieurs milliards d’euros, ce qui ferait d’une éventuelle acquisition une opération significative pour CNP Assurances.

Un autre acteur devra également être observé : Arch Capital Group.

Le groupe américain détient près de 30 % du capital de Coface et constitue ainsi un actionnaire déterminant dans l’hypothèse d’une opération sur le capital.

Pourquoi l’assurance-crédit devient stratégique pour les entreprises

Le calendrier de cette éventuelle acquisition n’est pas anodin.

Les entreprises françaises évoluent dans un environnement où les défaillances, les délais de paiement et les difficultés de financement restent des sujets majeurs.

Pour une PME ou une ETI, la faillite d’un client ne représente pas simplement une perte commerciale.

Une créance importante devenue irrécouvrable peut provoquer une dégradation rapide de la trésorerie et, dans les cas les plus graves, fragiliser à son tour l’entreprise créancière.

C’est précisément ce risque en cascade que l’assurance-crédit cherche à limiter.

L’assureur analyse la solidité financière des clients, définit éventuellement des limites de garantie puis indemnise l’entreprise lorsqu’une créance couverte devient irrécouvrable.

Cette fonction prend davantage de valeur lorsque les défaillances progressent.

Coface se trouve ainsi au croisement de plusieurs problématiques devenues centrales pour les entreprises :

  • les impayés ;
  • le risque client ;
  • les défaillances ;
  • le recouvrement ;
  • la solvabilité des partenaires ;
  • l’information financière ;
  • la sécurisation du chiffre d’affaires.

CNP Assurances pourrait accélérer fortement dans le B2B

Une éventuelle acquisition aurait donc une dimension stratégique importante pour CNP.

Le groupe appartient intégralement à La Banque Postale et s’inscrit dans un ensemble financier disposant d’une importante capacité de distribution.

Coface lui ouvrirait beaucoup plus directement le marché des entreprises.

Le rapprochement pourrait associer :

  • les capacités financières de CNP Assurances ;
  • la puissance de distribution de La Banque Postale ;
  • l’expertise internationale de Coface dans l’assurance-crédit ;
  • ses activités de recouvrement ;
  • ses bases d’informations commerciales ;
  • une clientèle composée de PME, ETI et grands groupes.

Il s’agirait donc moins d’une simple opération de consolidation que d’une extension importante du périmètre stratégique de CNP Assurances.

Une acquisition qui permettrait surtout à CNP d’acheter du temps

C’est également l’une des clés économiques du dossier.

Construire une activité internationale d’assurance-crédit à partir de zéro demanderait des années.

Il faudrait constituer des équipes spécialisées, développer des modèles de risque, construire des bases de données, obtenir des licences dans de nombreux pays et créer progressivement une clientèle.

En rachetant Coface, CNP Assurances pourrait acquérir immédiatement une infrastructure déjà opérationnelle à l’échelle internationale.

Dans les opérations de fusion-acquisition, cette capacité à acheter une position de marché plutôt qu’à la construire progressivement peut constituer un puissant moteur stratégique.

Une nouvelle étape dans la consolidation de l’assurance européenne ?

Le dossier intervient également dans un environnement favorable aux rapprochements dans les services financiers européens.

Les assureurs, banques et gestionnaires d’actifs cherchent régulièrement à gagner en taille, diversifier leurs revenus et renforcer leurs positions sur certains marchés spécialisés.

L’assurance-crédit constitue justement un secteur difficile à pénétrer en raison de l’importance des données, de l’expertise actuarielle et des réseaux internationaux nécessaires.

Une acquisition de Coface permettrait donc à CNP de franchir rapidement plusieurs barrières à l’entrée.

Elle renforcerait également la position d’un acteur français sur un métier particulièrement stratégique pour les PME et les grandes entreprises.

CNP Assurances-Coface : rien n’est encore décidé

Il faut néanmoins conserver une distinction essentielle entre l’étude d’une acquisition et une opération réellement engagée.

Selon les informations publiées par Bloomberg et reprises par Reuters, les réflexions restent préliminaires.

CNP Assurances pourrait finalement décider de ne pas déposer d’offre.

D’autres acquéreurs potentiels pourraient également apparaître si Coface devenait officiellement une cible.

Aucun prix d’acquisition n’a été annoncé et aucune opération définitive n’a été confirmée.

Le dossier mérite néanmoins d’être suivi de près.

Si l’opération aboutissait, CNP Assurances ne rachèterait pas seulement un assureur : le groupe mettrait la main sur l’un des principaux systèmes européens d’analyse et de couverture du risque financier des entreprises.

Dans une économie où les impayés, les défaillances et la solidité financière des partenaires deviennent des problématiques centrales, cet actif pourrait prendre une importance croissante.

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