L’opération n’est pas encore actée. Selon les informations publiées par L’Informé, deux banques d’affaires auraient toutefois été mandatées afin d’examiner une possible vente de la participation de Stellantis dans Aramis Group.
Au-delà d’une simple opération financière, une sortie d’Aramis illustrerait surtout la nouvelle discipline d’allocation du capital engagée par Stellantis.
Stellantis étudierait la vente de ses 60,54 % d’Aramis Group
Stellantis est aujourd’hui l’actionnaire de contrôle d’Aramis Group avec 60,54 % du capital et environ 67,4 % des droits de vote.
Cette participation remonte à l’entrée de PSA au capital d’AramisAuto en 2016, plusieurs années avant la fusion entre PSA et Fiat Chrysler Automobiles donnant naissance à Stellantis.
À l’époque, le rapprochement devait notamment permettre au constructeur d’accélérer dans la distribution numérique de véhicules d’occasion et de développer les synergies autour du financement, de l’assurance, de l’entretien et des services automobiles.
Dix ans plus tard, l’équation stratégique pourrait avoir changé.
Selon L’Informé, Stellantis étudierait désormais une cession de sa participation majoritaire. Aucun accord de vente n’a été annoncé à ce stade et aucun acquéreur n’a officiellement été désigné.
La distinction est importante : Aramis Group n’est pas actuellement vendu. Stellantis examinerait la possibilité de céder sa participation.
Une possible cession qui s’inscrit dans le grand recentrage de Stellantis
Le contexte rend néanmoins cette hypothèse particulièrement significative.
Stellantis a engagé sous la direction d’Antonio Filosa une révision importante de sa stratégie. Son plan FaSTLAne 2030 prévoit notamment une allocation plus rigoureuse du capital et une concentration des investissements sur les produits, les technologies et les marques considérés comme les plus stratégiques.
Le constructeur prévoit ainsi plus de 60 lancements de nouveaux véhicules et 50 restylages majeurs d’ici 2030.
Jeep, Ram, Peugeot et Fiat occupent une place centrale dans ce nouveau dispositif.
Cette stratégie nécessite des investissements considérables.
Stellantis estime notamment ses dépenses d’investissement et de recherche et développement à environ 6,5 % à 7 % de son chiffre d’affaires net en 2026.
Une éventuelle vente d’Aramis pourrait donc être analysée moins comme un désengagement du marché de l’occasion que comme un arbitrage de portefeuille : libérer du capital détenu dans une société cotée pour le réallouer vers les priorités industrielles du groupe.
Cette logique n’est d’ailleurs pas totalement nouvelle.
En juillet 2026, Stellantis a déjà annoncé la cession de l’activité d’autopartage de Free2move à Mutares. Le groupe semble ainsi progressivement réexaminer certaines activités périphériques à son cœur industriel.
Stellantis ne se trouve pourtant pas dans une situation de crise de liquidité
Présenter cette éventuelle opération comme une vente contrainte serait toutefois excessif.
Les derniers résultats financiers de Stellantis montrent au contraire une amélioration de plusieurs indicateurs.
Au deuxième trimestre 2026, le groupe a enregistré :
- 43,5 milliards d’euros de chiffre d’affaires, en hausse de 13 % sur un an ;
- 293 millions d’euros de bénéfice net ;
- 773 millions d’euros de résultat opérationnel courant ajusté ;
- 1 milliard d’euros de free cash flow industriel ;
- 44,1 milliards d’euros de liquidité industrielle disponible.
Le sujet est donc davantage celui de l’efficacité du capital que celui d’un besoin immédiat de liquidités.
Stellantis doit financer simultanément le renouvellement de ses gammes, les nouvelles motorisations, les logiciels, les technologies automobiles et sa transformation industrielle.
Dans cette configuration, chaque participation doit justifier sa place dans le portefeuille.
Aramis traverse un marché compliqué, mais continue de progresser sur le véhicule reconditionné
Le timing serait également particulier pour Aramis Group.
Au troisième trimestre de son exercice 2026, le groupe a réalisé 559,2 millions d’euros de chiffre d’affaires, en recul de 5,4 % par rapport à l’année précédente.
Les volumes B2C ont diminué de 2,7 %.
Cette contraction masque cependant des évolutions très différentes selon les activités.
Les ventes de véhicules pré-immatriculés ont chuté de 20 %, tandis que les volumes de véhicules reconditionnés ont progressé de 2,9 %.
La France reste par ailleurs relativement dynamique : le chiffre d’affaires y a atteint 271,9 millions d’euros sur le trimestre, en progression de 3 %.
Aramis souligne également une progression de 11 % de ses volumes de véhicules reconditionnés en France.
Le groupe maintient donc ses objectifs pour l’ensemble de son exercice 2026 :
- au moins 110 000 véhicules B2C vendus ;
- un EBITDA ajusté compris entre 35 et 45 millions d’euros.
La situation d’Aramis est ainsi plus nuancée qu’une simple entreprise en difficulté : certains segments reculent fortement, tandis que son activité stratégique de véhicules reconditionnés continue de gagner du terrain.
Pourquoi Aramis peut intéresser un repreneur
Aramis Group possède plusieurs caractéristiques susceptibles d’intéresser un acteur financier ou industriel.
Le groupe se présente comme le leader européen de la vente en ligne de voitures d’occasion aux particuliers. Il opère dans six pays européens, exploite neuf centres de reconditionnement industriel et réalise plus de 2,3 milliards d’euros de chiffre d’affaires annuel.
Son modèle combine acquisition de véhicules, reconditionnement industriel, distribution numérique et services financiers.
Aramis dispose également d’un réseau de marques implantées sur plusieurs marchés européens.
Pour un acquéreur, l’enjeu ne serait donc pas simplement d’acheter un site de vente de voitures d’occasion, mais une infrastructure européenne capable de sourcer, reconditionner et distribuer des véhicules à grande échelle.
Le marché européen de l’occasion demeure par ailleurs fortement fragmenté, ce qui laisse entrevoir de nouvelles opérations de consolidation.
Une vente de Stellantis pourrait déclencher une OPA sur Aramis Group
La participation détenue par Stellantis ajoute une autre dimension à l'opération.
Aramis Group est coté sur Euronext Paris.
Or le règlement de l’Autorité des marchés financiers prévoit qu’un investisseur venant à détenir plus de 30 % du capital ou des droits de vote d’une société cotée doit, sauf cas particuliers, déposer une offre publique visant les autres titres.
Un acquéreur reprenant directement les 60,54 % actuellement détenus par Stellantis pourrait donc être confronté à cette réglementation.
Cela ne signifie pas automatiquement qu’Aramis quitterait la Bourse.
Un retrait obligatoire ne devient possible qu’à l’issue d’une offre lorsque les titres restant entre les mains des actionnaires minoritaires représentent moins de 10 % du capital et des droits de vote.
L’identité du potentiel acquéreur et la structure retenue pour l’opération seront donc déterminantes.
Le véritable enjeu pour Stellantis : décider quelles activités doivent encore être détenues
Une éventuelle vente d’Aramis dépasse finalement le seul marché de la voiture d’occasion.
Elle pose une question classique dans les grandes restructurations : une activité peut être intéressante économiquement sans être suffisamment stratégique pour rester détenue par un groupe industriel.
Stellantis doit aujourd’hui financer simultanément sa transformation technologique, le renouvellement de ses modèles et la restauration de sa rentabilité sur plusieurs marchés.
Dans ce contexte, le constructeur semble vouloir mesurer plus strictement le rendement stratégique de ses différents actifs.
La possible vente d’Aramis pourrait devenir un nouveau marqueur de cette transformation.
Après plusieurs années durant lesquelles les groupes automobiles cherchaient à intégrer toujours davantage de services autour du véhicule, Stellantis pourrait désormais privilégier une organisation plus concentrée autour de ses marques, de ses plateformes technologiques et de sa production.
Reste désormais à savoir si le processus exploratoire débouchera effectivement sur une transaction, et surtout quel type d’investisseur pourrait reprendre le contrôle du premier actionnaire d’Aramis Group.
