Kioxia pourrait lever au moins 10 milliards de dollars aux États-Unis

Kioxia Holdings étudierait une cotation sur le marché américain susceptible de lui permettre de lever au moins 10 milliards de dollars, selon des informations rapportées par Reuters à partir de Bloomberg.

Le fabricant japonais aurait engagé des discussions avec plusieurs poids lourds de Wall Street, notamment Bank of America, Goldman Sachs et JPMorgan, autour d’une éventuelle émission d’American Depositary Receipts, ou ADR.

Ces instruments permettent à une entreprise étrangère de rendre ses actions accessibles aux investisseurs américains sans procéder nécessairement à une cotation classique de ses titres domestiques.

L’opération pourrait intervenir en 2027, mais les discussions restent préliminaires et les modalités peuvent encore évoluer.

Kioxia avait déjà indiqué au printemps vouloir examiner une cotation américaine.

Si le montant évoqué se concrétisait, il placerait l’entreprise au centre d’une nouvelle vague de financement des industriels asiatiques des semi-conducteurs sur les marchés américains.

Pourquoi Kioxia cherche à séduire Wall Street

L’enjeu ne consiste pas seulement à lever de l’argent.

Une cotation américaine offrirait à Kioxia plusieurs avantages stratégiques :

  • accéder à une base d’investisseurs beaucoup plus large ;
  • augmenter la liquidité de son titre ;
  • renforcer sa visibilité internationale ;
  • faciliter son intégration éventuelle dans certains indices spécialisés dans les semi-conducteurs ;
  • financer plus facilement ses investissements industriels ;
  • profiter de l’appétit des marchés américains pour les infrastructures liées à l’intelligence artificielle.

Cette dernière dimension est probablement la plus importante.

Les investisseurs américains ont massivement financé les acteurs situés au cœur de la chaîne de valeur de l’IA : fabricants de GPU, opérateurs de data centers, spécialistes des réseaux et producteurs de mémoire.

Kioxia veut désormais apparaître plus clairement dans cette catégorie.

Le groupe est déjà coté à Tokyo, mais une présence américaine pourrait considérablement modifier son exposition auprès des grands fonds internationaux.

Quelques jours avant les nouvelles informations sur la potentielle levée, Sebastian Thomas, gérant d’un fonds spécialisé dans l’intelligence artificielle chez Voya, expliquait à Reuters qu’une cotation américaine pourrait notamment améliorer la liquidité de Kioxia et replacer l'entreprise dans le radar des investisseurs mondiaux spécialisés dans l’IA.

Kioxia n’est plus seulement un fabricant de mémoire pour smartphones

Pendant longtemps, la mémoire NAND a principalement été associée aux smartphones, aux ordinateurs ou aux équipements électroniques grand public.

Cette lecture devient insuffisante.

Les infrastructures d’intelligence artificielle consomment désormais des volumes considérables de stockage à haute performance.

Les GPU exécutent les calculs, mais les systèmes doivent simultanément stocker, transférer et rappeler d’immenses quantités de données.

C’est précisément sur cette infrastructure que Kioxia veut renforcer son positionnement.

Le groupe japonais explique vouloir progressivement faire des marchés data center et entreprise plus de 60 % de ses ventes à moyen et long terme.

Cette réorientation accompagne une mutation profonde de l’industrie des semi-conducteurs.

Comme Entreprisma l’a déjà analysé dans son décryptage sur l’infrastructure IA devenue une véritable industrie lourde, la compétition autour de l’intelligence artificielle ne concerne plus uniquement les modèles comme ChatGPT, Claude ou Gemini.

Elle concerne désormais toute l’infrastructure physique qui les alimente.

GPU, mémoire, stockage, réseaux, refroidissement, data centers et électricité deviennent des actifs stratégiques.

L’inférence IA pourrait devenir le moteur de croissance de Kioxia

Kioxia mise notamment sur une transformation du marché de l’intelligence artificielle : le passage progressif de l’entraînement des modèles vers leur utilisation massive.

Cette phase est appelée inférence.

Lorsqu’un utilisateur interroge un modèle, lorsqu’un agent IA analyse des milliers de documents ou lorsqu’un système automatisé exécute une tâche, l’infrastructure doit retrouver et traiter rapidement des volumes importants de données.

Kioxia estime que cette évolution va considérablement accroître la demande en mémoire flash et en SSD pour data centers.

Lors de son Investor Day de juin 2026, l’entreprise a présenté une stratégie explicitement tournée vers cette « AI Inference Era ».

Le fabricant travaille notamment sur des SSD et des technologies NAND adaptés aux nouveaux besoins des serveurs IA.

Kioxia développe également une technologie baptisée XL-FLASH, pensée pour fournir une faible latence et des performances élevées.

Le groupe indique travailler sur un SSD répondant aux spécifications de Nvidia.

Cette proximité technologique est stratégique.

Nvidia cherche lui-même à mobiliser jusqu’à 500 milliards de dollars pour financer les infrastructures nécessaires à l’IA.

La multiplication de ces projets montre que l’intelligence artificielle devient progressivement une industrie extrêmement intensive en capital.

700 milliards de yens d’investissements et de R&D par an

La transformation de Kioxia nécessite des investissements considérables.

Le groupe prévoit environ :

  • 470 milliards de yens de dépenses d’investissement par an ;
  • 230 milliards de yens de dépenses de recherche et développement par an ;
  • soit environ 700 milliards de yens mobilisés chaque année sur ces deux postes pendant les trois prochaines années.

Ces dépenses doivent notamment permettre de développer de nouvelles générations de mémoire NAND et d’augmenter les capacités nécessaires aux marchés des data centers.

L’usine de Yokkaichi au Japon constitue déjà l’un des principaux complexes mondiaux de production de mémoire flash.

Kioxia y développe notamment sa technologie 3D BiCS FLASH.

La prochaine bataille industrielle ne consiste donc plus seulement à concevoir la meilleure technologie.

Elle consiste à être capable de financer les capacités permettant de la produire à grande échelle.

Après Nvidia, les fabricants de mémoire captent à leur tour les milliards de l’IA

Le phénomène dépasse largement Kioxia.

L’explosion de l’investissement dans les infrastructures d’intelligence artificielle provoque une redistribution massive des capitaux vers l’ensemble de la chaîne des semi-conducteurs.

Nvidia génère déjà l’essentiel de sa croissance grâce aux data centers, tandis que les fabricants de mémoire comme SK Hynix, Micron ou Kioxia bénéficient de l’augmentation des besoins en stockage et en mémoire.

La dynamique américaine est particulièrement spectaculaire.

SK Hynix a récemment réalisé une opération américaine de plus de 26 milliards de dollars.

La réussite de cette opération alimente naturellement les ambitions de groupes asiatiques cherchant à accéder aux mêmes pools de capitaux.

Mais tous ne bénéficieront pas nécessairement de la même valorisation.

Les investisseurs deviennent progressivement plus sélectifs face aux montants engagés dans l’intelligence artificielle.

Le simple fait d’être exposé à l’IA ne suffit plus.

Les marchés cherchent désormais les entreprises disposant d’un avantage technologique suffisamment important pour capter durablement une partie des centaines de milliards de dollars investis dans les infrastructures.

La mémoire devient un actif stratégique de l’intelligence artificielle

La domination de Nvidia a parfois réduit la lecture de l’industrie de l’IA aux GPU.

La réalité industrielle est beaucoup plus complexe.

Un data center destiné à l’intelligence artificielle repose sur plusieurs couches :

GPU → mémoire rapide → stockage → réseau → serveurs → refroidissement → énergie.

Une faiblesse dans l’un de ces maillons peut ralentir l’ensemble de l’infrastructure.

Le stockage devient notamment déterminant avec le développement des systèmes RAG, des agents IA et des modèles capables de travailler sur des volumes toujours plus importants de données.

Kioxia anticipe par exemple une croissance annuelle moyenne de 46 % du marché des data centers entre 2025 et 2028 dans certaines projections présentées lors de son Investor Day.

Cette évolution explique pourquoi un fabricant historiquement beaucoup moins médiatisé que Nvidia peut aujourd’hui envisager une opération financière de plusieurs milliards de dollars.

Une nouvelle concentration du capital autour de l’infrastructure IA

La potentielle levée de Kioxia illustre finalement une transformation plus structurelle.

La course mondiale à l’intelligence artificielle est progressivement devenue une course au capital.

Construire les infrastructures nécessaires exige désormais des dizaines de milliards de dollars.

Les entreprises capables d’accéder aux marchés financiers américains bénéficient ainsi d’un avantage majeur.

Wall Street devient indirectement l’un des principaux fournisseurs de capacité industrielle de l’économie de l’IA.

Les fabricants utilisent les marchés pour lever du capital.

Le capital finance les fabs et les data centers.

Ces infrastructures permettent d’augmenter les capacités de calcul et de stockage.

Et ces nouvelles capacités alimentent ensuite la croissance des modèles et services d’intelligence artificielle.

Le même cycle se répète désormais sur toute la chaîne de valeur.

Ce qu’il faut retenir

Kioxia n’a pas encore officiellement annoncé une levée de 10 milliards de dollars.

Le projet reste à ce stade une possibilité étudiée par l’entreprise.

Mais son ampleur potentielle est révélatrice.

Le fabricant japonais ne cherche plus seulement à vendre davantage de mémoire NAND.

Il veut profiter de l’expansion des infrastructures IA pour changer de dimension, renforcer son accès aux capitaux américains et devenir un acteur plus visible de l’écosystème mondial des semi-conducteurs.

À mesure que l’intelligence artificielle passe du logiciel à une véritable industrie lourde, la bataille ne se joue plus uniquement entre les meilleurs modèles.

Elle se joue également entre les entreprises capables de financer les usines, les puces, la mémoire et les data centers indispensables pour les faire fonctionner.

Et avec une opération potentielle de 10 milliards de dollars, Kioxia veut clairement participer à cette nouvelle course.