Reuters révèle un accord de 2002 visant l’acquisition d’actions Hermès de Nicolas Puech. LVMH a soutenu devant la justice suisse que cet accord n’avait jamais été exécuté. Une distinction essentielle pour comprendre ce nouveau rebondissement.
Ce que révèle l’enquête sur LVMH, Hermès et Nicolas Puech
Dans son enquête publiée le 17 septembre 2026, Reuters décrit un accord signé le 12 novembre 2002 entre Pierre Godé, proche collaborateur de Bernard Arnault, et Éric Freymond, gestionnaire de fortune de Nicolas Puech.
Le projet visait des actions détenues par l’héritier et d’autres membres de sa branche familiale. Nicolas Puech affirme avoir été privé d’une participation de 6 % dans Hermès, estimée par Reuters à environ 10 milliards d’euros aux cours retenus lors de la publication.
De son côté, LVMH a indiqué dans une procédure suisse, en 2017, que l’accord était resté inexécuté, faute d’avoir pu vérifier les pouvoirs du gestionnaire pour vendre les titres de Puech.
La révélation d’un accord ne démontre donc pas, à elle seule, que les actions ont effectivement été acquises dans ce cadre.Une bataille capitalistique déjà marquée par une sanction de l’AMF
Le conflit entre les deux maisons de luxe possède un historique documenté, distinct du contentieux concernant les titres de Nicolas Puech.
Le 25 juin 2013, la Commission des sanctions de l’Autorité des marchés financiers a infligé une amende de 8 millions d’euros à LVMH pour des manquements à l’information du public lors de sa montée au capital d’Hermès.
La décision officielle de l’AMF examine notamment l’utilisation de contrats financiers et les conditions dans lesquelles le groupe avait préparé l’acquisition de titres. Le régulateur estimait que le marché aurait dû être informé plus tôt de l’opération.
Il s’agissait d’une sanction portant sur la transparence financière. Elle ne constitue pas un jugement établissant un détournement des actions de Nicolas Puech.
En 2014, une trêve organise la distribution des actions Hermès
Un an plus tard, les deux groupes annoncent un accord destiné à mettre fin aux contentieux qui les opposaient.
Selon le communiqué publié par LVMH le 3 septembre 2014, l’ensemble des actions Hermès détenues par le groupe devait être distribué à ses actionnaires. Christian Dior devait ensuite redistribuer les titres reçus à ses propres actionnaires.
LVMH, Dior et Groupe Arnault s’engageaient également à ne pas acquérir de nouvelles actions Hermès pendant cinq ans. À l’issue des opérations prévues, Groupe Arnault devait détenir environ 8,5 % du capital d’Hermès International.
Ce mécanisme mérite d’être précisé : une distribution aux actionnaires n’est pas une vente des titres sur le marché. Elle modifie leur détention, sans faire disparaître les participations correspondantes.
Trois questions à ne pas confondre
Pour comprendre le dossier LVMH–Hermès, il faut séparer trois sujets :
- La stratégie capitalistique : comment un groupe prépare une participation chez un concurrent.
- L’information des investisseurs : à quel moment cette stratégie doit être rendue publique.
- La propriété des titres : qui peut autoriser leur vente et à qui ils appartiennent après une opération.
La chronologie éclaire la rivalité industrielle. Elle ne remplace ni la traçabilité des transactions ni l’examen des responsabilités individuelles. C’est sur cette distinction que doit reposer la lecture des nouvelles révélations, au-delà du montant spectaculaire des fortunes concernées.
