TotalEnergies et l’Irak ouvrent de nouvelles négociations

Le partenariat entre TotalEnergies et l’Irak pourrait entrer dans une nouvelle phase.

Le groupe français et le gouvernement irakien ont convenu d’engager des discussions concernant de nouveaux projets énergétiques dans le pays, selon une déclaration franco-irakienne rapportée le 14 septembre 2026 par Reuters.

À ce stade, aucun nouveau contrat majeur n’a été officiellement signé et aucun montant supplémentaire n’a été communiqué.

La distinction est importante : il s’agit pour l’instant de négociations, et non de l’annonce définitive d’un nouvel investissement de plusieurs milliards de dollars.

Mais le signal envoyé est stratégique.

TotalEnergies dispose déjà d’une implantation industrielle importante en Irak et pourrait progressivement devenir l’un des partenaires étrangers structurants de la transformation énergétique du pays.

TotalEnergies est déjà engagé dans un projet à 10 milliards de dollars

Les discussions ne partent pas de zéro.

TotalEnergies pilote déjà en Irak le Gas Growth Integrated Project (GGIP), un vaste programme multi-énergies représentant environ 10 milliards de dollars d’investissements.

Le projet repose sur plusieurs piliers :

  • la récupération de gaz actuellement brûlé en torchère ;
  • le développement de la production pétrolière ;
  • la production d’électricité solaire ;
  • la construction d’infrastructures de traitement de l’eau de mer.

Le capital du projet associe plusieurs acteurs majeurs : TotalEnergies détient 45 %, la Basrah Oil Company 30 % et QatarEnergy 25 %.

Cette structure donne au groupe français un rôle central dans l’un des programmes énergétiques les plus importants actuellement développés en Irak.

L’Irak possède du pétrole, mais manque encore d’énergie

C’est l’un des paradoxes de l’économie irakienne.

Le pays dispose de réserves pétrolières considérables et figure parmi les principaux producteurs de l’OPEP. Pourtant, son réseau électrique reste confronté à d’importantes fragilités.

L’une des raisons réside dans la mauvaise valorisation du gaz associé à l’extraction pétrolière.

Une partie de cette ressource est encore brûlée directement sur les sites de production.

Le GGIP doit précisément permettre de récupérer davantage de ce gaz afin de l’utiliser pour produire de l’électricité.

Pour Bagdad, l’équation économique est particulièrement intéressante : transformer une ressource aujourd’hui partiellement perdue en énergie utilisable par son économie.

Cette problématique illustre plus largement l’importance prise par la souveraineté énergétique des entreprises et des États, alors que l’énergie redevient un actif stratégique majeur.

TotalEnergies ne mise pas uniquement sur le pétrole

Le projet irakien illustre également l'évolution du modèle de TotalEnergies.

Le groupe reste un acteur majeur des hydrocarbures, mais cherche parallèlement à développer ses activités dans le gaz et l’électricité.

En Irak, cette stratégie prend une dimension particulièrement concrète.

Le GGIP comprend notamment une centrale solaire d’environ 1 GW dans la région de Bassorah.

Selon TotalEnergies, cette installation doit pouvoir fournir de l’électricité à environ 350 000 foyers.

Le groupe estime également qu’elle pourrait éviter jusqu’à environ 2 millions de tonnes de CO₂ par an.

L’Irak permet donc à TotalEnergies de combiner plusieurs métiers au sein d’un même marché : pétrole, gaz, solaire et infrastructures.

L’eau devient aussi un actif énergétique stratégique

Un autre volet du programme est beaucoup moins médiatisé, mais économiquement déterminant.

TotalEnergies participe au développement d’une infrastructure destinée à traiter de grandes quantités d’eau de mer.

Cette eau pourra ensuite être utilisée pour maintenir la pression de plusieurs champs pétroliers du sud de l’Irak.

L’objectif est double : soutenir la production d’hydrocarbures tout en réduisant la consommation d’eau douce utilisée par l'industrie pétrolière.

Dans une région confrontée à un stress hydrique important, cette dimension devient stratégique.

L'énergie irakienne ne dépend donc plus seulement des capacités d'extraction : les infrastructures électriques, gazières et hydrauliques deviennent elles aussi déterminantes.

Pourquoi Bagdad veut attirer davantage de géants internationaux

L’Irak cherche désormais à accélérer les investissements dans son secteur énergétique.

L’objectif est notamment d’augmenter ses capacités de production pétrolière tout en modernisant les infrastructures nécessaires à leur exploitation.

Cette stratégie entraîne une compétition entre plusieurs groupes internationaux.

Les entreprises chinoises occupent déjà une place importante dans l’industrie pétrolière irakienne, tandis que Bagdad cherche parallèlement à renforcer ses relations avec des groupes occidentaux et des investisseurs du Golfe.

Pour le gouvernement irakien, diversifier ses partenaires permet de ne pas dépendre excessivement d’un seul bloc économique.

Pour TotalEnergies, cette politique ouvre une fenêtre d’opportunité.

Le groupe français est déjà implanté sur le terrain et dispose d’une relation industrielle suffisamment avancée pour prétendre à de nouveaux projets.

L’Irak veut fortement augmenter sa production pétrolière

La stratégie de Bagdad reste ambitieuse.

L’Irak souhaite augmenter significativement ses capacités de production au cours des prochaines années et dépasser à terme le seuil des 6 millions de barils par jour.

Pour y parvenir, le pays doit investir dans ses champs, mais également dans les infrastructures qui permettent de traiter, transporter et exporter cette production.

Les besoins financiers se comptent donc en dizaines de milliards de dollars.

C’est précisément ce qui rend le marché particulièrement intéressant pour les grandes compagnies internationales capables de financer et d’exploiter des infrastructures complexes sur plusieurs décennies.

Une position stratégique pour TotalEnergies au Moyen-Orient

Pour TotalEnergies, renforcer son implantation irakienne permettrait également de diversifier géographiquement son portefeuille de production.

Cette diversification prend une importance particulière lorsque les tensions géopolitiques perturbent les marchés énergétiques.

Les crises au Moyen-Orient peuvent rapidement affecter le prix du pétrole, le transport maritime et les coûts supportés par les entreprises européennes.

Ces mouvements ont ensuite des conséquences directes sur les marges et la trésorerie des entreprises confrontées à la hausse des prix de l’énergie.

L’Irak représente ainsi beaucoup plus qu’un simple marché pétrolier.

Avec ses réserves, ses besoins massifs en infrastructures et son ambition d’augmenter sa production, le pays peut devenir l’un des principaux relais de croissance de TotalEnergies dans la région.

Des investissements qui s’inscrivent dans une stratégie mondiale

Le renforcement potentiel de TotalEnergies en Irak s’inscrit dans une stratégie internationale beaucoup plus large.

Le groupe continue d’investir dans plusieurs grandes régions productrices tout en développant parallèlement ses capacités électriques.

Cette stratégie consiste à conserver des actifs pétroliers et gaziers capables de générer d’importants flux de trésorerie, tout en augmentant progressivement les investissements dans l’électricité et les renouvelables.

L’Irak correspond particulièrement bien à cette approche.

Le pays dispose simultanément de ressources pétrolières considérables, de gaz encore sous-exploité, de besoins électriques importants et d’un potentiel solaire élevé.

Pour TotalEnergies, il s’agit donc d’un marché où plusieurs branches de son modèle économique peuvent être développées simultanément.

Les prochaines annonces seront déterminantes

Il reste désormais à connaître le contenu précis des nouvelles négociations.

Plusieurs éléments devront être surveillés :

  • la nature exacte des nouveaux projets envisagés ;
  • le montant des investissements potentiels ;
  • la participation éventuelle de partenaires irakiens ou internationaux ;
  • les capacités de production concernées ;
  • le calendrier de développement ;
  • les conditions économiques négociées avec Bagdad.

Tant que ces informations ne sont pas communiquées, il serait prématuré de parler d’un nouveau mégacontrat.

L’ouverture officielle des discussions constitue néanmoins un signal suffisamment important pour confirmer l’intérêt stratégique de l’Irak pour TotalEnergies.

TotalEnergies pourrait changer de dimension en Irak

Le véritable enjeu dépasse finalement l’annonce du 14 septembre.

TotalEnergies dispose déjà d’un projet de plusieurs milliards de dollars dans le pays. Si de nouveaux investissements venaient s’ajouter au GGIP, le groupe français pourrait renforcer considérablement son empreinte industrielle en Irak.

Bagdad y trouve également son intérêt.

Le pays cherche à produire davantage de pétrole, récupérer son gaz, renforcer son réseau électrique et moderniser ses infrastructures tout en attirant des capitaux étrangers.

Cette convergence explique pourquoi les relations entre TotalEnergies et l’Irak pourraient continuer à se renforcer.

Le groupe français ne cherche plus seulement à extraire des hydrocarbures dans le pays.

Il pourrait progressivement devenir l’un des acteurs structurants du futur système énergétique irakien.