Pendant deux décennies, les entreprises ont concentré leurs budgets de visibilité numérique sur le SEO, le référencement payant, les réseaux sociaux et les médias. Une nouvelle catégorie commence désormais à émerger : la visibilité dans les intelligences artificielles génératives.
Le 11 septembre 2026, NetMedia Group a annoncé avoir signé une vingtaine de contrats liés à ses offres GEO. Le groupe français coté sur Euronext Growth présente désormais cette activité comme un nouveau relais de croissance.
Le montant de ces contrats n'a pas été communiqué. Mais l'information constitue un signal intéressant : le GEO commence à sortir du stade de l'expérimentation pour devenir une prestation réellement achetée par des entreprises.
NetMedia transforme le GEO en offre commerciale
Dans son communiqué consacré au développement de ses activités GEO, NetMedia Group explique avoir construit une offre destinée à mesurer puis améliorer la présence des marques dans les moteurs d'intelligence artificielle générative.
Le groupe travaille notamment sur plusieurs environnements devenus incontournables :
- ChatGPT ;
- Gemini ;
- Claude ;
- Microsoft Copilot ;
- Perplexity.
NetMedia développe notamment des outils permettant d'analyser la présence d'une entreprise dans les réponses produites par ces services, les concurrents cités ou encore les sujets sur lesquels une marque parvient à émerger.
L'objectif n'est donc plus uniquement d'obtenir une bonne position dans Google.
Il s'agit progressivement de devenir une entreprise que les intelligences artificielles connaissent, comprennent et sont susceptibles de recommander.
Qu'est-ce que le GEO ?
Le GEO, pour Generative Engine Optimization, désigne l'ensemble des techniques visant à améliorer la visibilité d'une entreprise, d'une marque ou d'un contenu dans les réponses produites par les moteurs génératifs.
Le principe rappelle celui du référencement naturel, mais le fonctionnement est différent.
Avec le SEO, une entreprise cherche généralement à apparaître dans les premiers résultats lorsqu'un internaute effectue une recherche sur Google.
Par exemple :
`logiciel de facturation PME`
Avec une intelligence artificielle, la requête peut devenir beaucoup plus précise :
`Quel logiciel de facturation choisir pour une PME française de 20 salariés qui souhaite automatiser ses relances ?`
L'IA ne présente alors pas nécessairement dix liens bleus.
Elle peut directement sélectionner quelques entreprises, résumer leurs avantages et recommander certaines solutions.
C'est cette nouvelle étape du parcours d'achat que les entreprises cherchent désormais à influencer.
Pour les PME qui souhaitent structurer leur présence numérique, cette évolution vient compléter les fondamentaux détaillés dans le dossier Entreprisma consacré au référencement et à la visibilité des PME sur Google.
La bataille ne porte plus seulement sur la première position Google
Pendant longtemps, le référencement reposait sur une logique relativement claire.
Une entreprise apparaissait en première page de Google, obtenait des clics puis tentait de convertir cette audience.
Les moteurs génératifs bouleversent partiellement ce parcours.
Un prospect peut désormais demander directement à une IA :
`Quelles sont les meilleures entreprises françaises pour déployer un ERP dans une PME industrielle ?`
Si ChatGPT, Gemini ou Perplexity répondent avec trois ou quatre entreprises, celles qui n'apparaissent pas dans cette sélection risquent de perdre une partie de la demande avant même qu'un clic Google ne soit effectué.
Le nouvel enjeu devient donc la part de voix dans les réponses produites par les IA.
NetMedia veut mesurer cette nouvelle part de voix
NetMedia indique notamment travailler avec une solution baptisée Mentioned, destinée à mesurer la présence des entreprises dans les différentes intelligences artificielles génératives.
L'idée est proche des outils historiques de suivi SEO.
Une entreprise peut déjà suivre :
- ses positions Google ;
- son trafic organique ;
- ses impressions ;
- ses backlinks ;
- ses conversions.
Le développement du GEO fait émerger de nouveaux indicateurs :
- fréquence de citation d'une marque par une IA ;
- requêtes sur lesquelles l'entreprise apparaît ;
- concurrents recommandés à sa place ;
- sources utilisées par les moteurs génératifs ;
- caractéristiques associées à l'entreprise ;
- visibilité sur ChatGPT, Gemini, Claude ou Perplexity ;
- évolution de la part de voix conversationnelle.
Ces métriques pourraient progressivement devenir aussi courantes dans les directions marketing que le suivi des positions Google.
Une vingtaine de contrats : un signal commercial important
Le chiffre annoncé par NetMedia reste encore relativement limité.
Mais il est surtout intéressant parce qu'il matérialise l'apparition d'un marché.
Une vingtaine d'entreprises ont déjà accepté de consacrer une partie de leur budget marketing à cette problématique.
Le GEO passe donc progressivement d'un sujet débattu par les spécialistes du référencement à une prestation commerciale vendue à des entreprises.
NetMedia affirme d'ailleurs que les revenus générés par cette activité deviennent désormais significatifs.
Le groupe ne détaille toutefois pas leur montant ni leur poids exact dans son chiffre d'affaires.
Il faudra donc attendre ses prochaines publications financières pour mesurer réellement l'importance du GEO dans son modèle économique.
NetMedia possède un avantage particulier : ses propres médias
La stratégie du groupe présente une caractéristique particulièrement intéressante.
NetMedia n'est pas uniquement une agence marketing.
Le groupe dispose également de plusieurs médias et environnements éditoriaux professionnels.
Selon son communiqué, son écosystème représente plus de 3 000 contenus susceptibles d'être mobilisés dans ses stratégies.
Cette infrastructure peut devenir particulièrement stratégique dans le référencement génératif.
Pour qu'une entreprise soit correctement comprise par une intelligence artificielle, son propre site ne suffit pas toujours.
Les moteurs peuvent également s'appuyer sur :
- des médias spécialisés ;
- des interviews ;
- des études ;
- des comparatifs ;
- des annuaires ;
- des publications institutionnelles ;
- des données structurées ;
- des sites bénéficiant d'une autorité reconnue.
Une entreprise régulièrement mentionnée par différentes sources crédibles augmente potentiellement la quantité de signaux permettant aux moteurs de comprendre son activité.
NetMedia peut donc intervenir à plusieurs niveaux :
`analyse → stratégie → production de contenu → diffusion → mesure`
Cette intégration verticale peut devenir un avantage concurrentiel important.
Les médias deviennent également des infrastructures pour les IA
Cette évolution pose une autre question stratégique.
La valeur économique d'un média ne dépendra peut-être plus uniquement du nombre de lecteurs humains qu'il attire.
Elle pourrait également dépendre de sa capacité à devenir une source reconnue par les intelligences artificielles.
Un média spécialisé correctement structuré peut contribuer à documenter :
- une entreprise ;
- un dirigeant ;
- une technologie ;
- un marché ;
- une acquisition ;
- une levée de fonds ;
- une expertise sectorielle.
Ces contenus peuvent ensuite contribuer à la compréhension de ces entités par les moteurs de recherche et les systèmes génératifs.
Pour les médias B2B, la capacité à devenir une source fiable pour les machines pourrait donc constituer un actif supplémentaire.
Le GEO ne remplace pas le SEO
L'émergence du GEO entraîne régulièrement l'annonce de la « mort du SEO ».
Cette lecture est excessive.
Une stratégie de visibilité dans les intelligences artificielles repose encore largement sur les mêmes fondamentaux qu'un bon référencement naturel :
- site techniquement accessible ;
- structure sémantique claire ;
- contenus spécialisés ;
- autorité thématique ;
- backlinks ;
- mentions externes ;
- données structurées ;
- pages institutionnelles solides ;
- informations cohérentes ;
- contenus régulièrement actualisés.
Le GEO doit donc être considéré comme une extension du référencement plutôt que comme son remplacement.
Une PME mal référencée, peu documentée et quasiment absente du web part généralement avec un handicap important.
À l'inverse, être premier sur Google ne garantit plus automatiquement d'être recommandé par ChatGPT.
C'est précisément cet écart entre visibilité dans les moteurs classiques et visibilité dans les moteurs génératifs qui crée un nouveau marché.
Pourquoi les PME sont directement concernées
Le sujet peut sembler réservé aux grands groupes.
Il concerne pourtant directement les PME.
Une question simple permet de comprendre l'enjeu :
Que répond ChatGPT lorsqu'un prospect lui demande quelles entreprises choisir dans votre secteur ?Il est aujourd'hui possible qu'une entreprise dispose d'un bon site, d'une présence Google correcte et d'une activité solide tout en étant quasiment inexistante dans les réponses des IA.
Pour les PME, la priorité ne consiste toutefois pas à acheter immédiatement une prestation GEO coûteuse.
Le premier travail consiste à renforcer les fondamentaux.
La stratégie peut notamment reposer sur :
- une définition très claire de l'activité de l'entreprise ;
- des pages dédiées aux principales expertises ;
- des contenus répondant aux questions réelles des prospects ;
- des informations précises sur les produits et services ;
- des données structurées ;
- des mentions dans des médias ou sites spécialisés ;
- des backlinks pertinents ;
- une autorité thématique cohérente ;
- des informations régulièrement mises à jour ;
- un suivi de la présence de la marque dans les principaux moteurs génératifs.
Cette stratégie complète directement les leviers présentés dans le guide Entreprisma consacré à la visibilité Google des PME.
Du SEO au SEO + GEO
Pour une entreprise, la stratégie de référencement pourrait donc progressivement évoluer.
Jusqu'à présent
`Google → site → conversion`
Demain
`Google + ChatGPT + Gemini + Perplexity + Claude → marque → site → conversion`
Le site internet reste essentiel.
Mais il devient une pièce d'un environnement beaucoup plus large dans lequel les moteurs cherchent à comprendre les entreprises à partir de multiples sources.
Le référencement devient ainsi moins centré sur une URL et davantage centré sur une entité.
L'objectif n'est plus seulement que Google comprenne une page.
Il faut que les moteurs comprennent :
- qui est l'entreprise ;
- ce qu'elle vend ;
- à qui elle s'adresse ;
- sur quels sujets elle possède une expertise ;
- pourquoi elle peut être considérée comme crédible.
Un marché qui attire déjà les agences et les logiciels
Le développement du GEO devrait également entraîner l'apparition d'un nouvel écosystème de prestataires.
Comme pour le SEO au cours des vingt dernières années, plusieurs catégories devraient progressivement se structurer :
- agences GEO ;
- plateformes de suivi des mentions IA ;
- logiciels d'analyse de prompts ;
- outils de mesure de part de voix ;
- agences de contenu ;
- médias B2B ;
- spécialistes des données structurées ;
- plateformes de digital PR.
La frontière entre relations presse, référencement, contenu et réputation numérique pourrait ainsi devenir beaucoup plus fine.
Une interview dans un média spécialisé peut produire une audience humaine.
Mais elle peut également renforcer l'existence numérique d'une entreprise et multiplier les sources permettant aux moteurs de mieux l'identifier.
La vraie bataille sera celle de l'autorité
Il serait toutefois dangereux de réduire le GEO à une nouvelle série de techniques permettant de manipuler ChatGPT.
Les grands modèles et moteurs évoluent rapidement.
Les techniques permettant éventuellement d'obtenir un avantage aujourd'hui peuvent devenir inefficaces quelques mois plus tard.
Une stratégie beaucoup plus durable consiste à développer une véritable autorité numérique.
Pour une entreprise, cela signifie notamment :
- publier des contenus réellement experts ;
- obtenir des citations externes ;
- rendre ses données compréhensibles ;
- construire une marque clairement identifiable ;
- démontrer son expertise ;
- multiplier les sources indépendantes parlant de son activité.
Cette logique rejoint directement les principes d'EEAT utilisés depuis plusieurs années dans les stratégies de référencement.
Le GEO pourrait finalement renforcer une tendance déjà visible : les entreprises les plus faciles à comprendre et les plus crédibles sur le web disposent d'un avantage structurel.
NetMedia teste aujourd'hui ce qui pourrait devenir un budget marketing standard
La vingtaine de contrats annoncée par NetMedia ne permet pas encore de parler d'un marché mature.
Mais elle constitue un signal.
Des entreprises commencent à payer pour mesurer leur présence dans les moteurs génératifs et tenter de l'améliorer.
Si l'utilisation de ChatGPT, Gemini, Claude, Copilot et Perplexity continue de progresser dans les parcours professionnels, cette dépense pourrait rapidement rejoindre les budgets consacrés au SEO, au SEA ou aux relations presse.
La question ne sera alors plus simplement :
« Sommes-nous bien positionnés sur Google ? »
Mais :
« Est-ce que les intelligences artificielles connaissent suffisamment notre entreprise pour la recommander ? »
Pour NetMedia, cette évolution représente un nouveau relais de croissance.
Pour les agences, elle ouvre un marché.
Pour les médias, elle crée potentiellement une nouvelle source de valeur.
Et pour les PME, elle transforme progressivement les règles de la visibilité numérique.
