Une enquête Entreprisma. Calculs et vérifications documentaires arrêtés au 18 octobre 2026 ; observations statistiques de 2015, 2020 et 2025.

La boulangerie française gagne des points de vente et perd du terrain. Les deux évolutions paraissent contradictoires. Elles apparaissent pourtant dans les mêmes données : entre 2015 et 2025, le nombre d’équipements classés « boulangerie-pâtisserie » augmente de 47 840 à 50 122, tandis que le nombre de communes où cette présence est recensée recule de 12 983 à 12 689.

Entre 2015 et 2025, les points de vente B207 augmentent de 4,8 %, tandis que les communes avec au moins une présence diminuent de 2,3 %. Indices base 100 en 2015 ; nombres absolus indiqués sur les courbes.
Entre 2015 et 2025, les points de vente B207 augmentent de 4,8 %, tandis que les communes avec au moins une présence diminuent de 2,3 %. Indices base 100 en 2015 ; nombres absolus indiqués sur les courbes.

Le solde national masque des mouvements beaucoup plus importants. D’un côté, 1 924 communes équipées au début de la période ne le sont plus à la fin. De l’autre, 1 630 communes auparavant absentes de cette catégorie y entrent. Ces résultats proviennent de nos calculs sur les fichiers de la Base permanente des équipements spécialement conçus pour comparer 2015, 2020 et 2025.

La question dépasse donc le nombre de boulangeries encore ouvertes en France. Elle porte sur leur répartition : dans quelles communes la présence disparaît-elle ? Où se maintient-elle aux dates observées ? Où revient-elle, et sous quelle forme ?

Pour y répondre, nous avons rapproché les présences communales, les dénombrements départementaux et les populations, puis examiné les sources publiques des 21 communes du Finistère classées en perte de présence sur la décennie. Cette seconde lecture oblige à préciser le vocabulaire. Une boulangerie fermée peut laisser un dépôt de pain. Un commerce peut rouvrir après la photographie statistique. Une activité mixte peut vendre du pain sans être identifiée de la manière attendue dans la catégorie étudiée.

Plus de boulangeries-pâtisseries, une présence dans moins de communes

À l’échelle nationale, la hausse du nombre d’équipements atteint 4,8 % en dix ans, soit 2 282 points de vente supplémentaires. Le nombre de communes équipées diminue, lui, de 2,3 %, soit 294 communes de moins.

Les points orange représentent 1 924 communes présentes en 2015 et absentes en 2025 ; les points verts, 1 630 mouvements inverses. Les points gris indiquent une présence aux deux dates. Les cinq DROM figurent en encarts, à des échelles différentes. Il ne s’agit pas d’une carte des fermetures physiques certifiées.
Les points orange représentent 1 924 communes présentes en 2015 et absentes en 2025 ; les points verts, 1 630 mouvements inverses. Les points gris indiquent une présence aux deux dates. Les cinq DROM figurent en encarts, à des échelles différentes. Il ne s’agit pas d’une carte des fermetures physiques certifiées.
Tableau : Indicateur, 2015, 2020, 2025, Évolution 2015-2025
Indicateur201520202025Évolution 2015-2025
Points de vente recensés dans la catégorie boulangerie-pâtisserie47 84048 89950 122+2 282, soit +4,8 %
Communes avec au moins une présence recensée12 98312 74312 689−294, soit −2,3 %
Source : calculs Entreprisma à partir des dénombrements territoriaux et du fichier communal de présence ou d’absence de l’Insee, catégorie B207.

Les données établissent une diminution de la couverture communale malgré la croissance du parc. Elles ne disent pas, à elles seules, si ce mouvement profite aux chaînes, aux indépendants, aux centres commerciaux ou aux quartiers résidentiels. La présence dans une commune ne renseigne ni sur le propriétaire, ni sur les ventes, ni sur le nombre de fournils.

Autre distinction essentielle : le fichier communal indique une présence ou une absence, pas le nombre exact de boutiques. Une commune passée de trois boulangeries à une seule reste « présente ». La carte des dernières présences ne mesure donc qu’une partie de la fragilisation possible du réseau.

À l’inverse, les 1 924 pertes de présence représentent 14,8 % des communes équipées en 2015. Le recul net de 294 communes ne rend pas compte de cette ampleur : les gains ailleurs en compensent une grande partie dans le total, sans restituer un service aux mêmes habitants.

Trois dates révèlent des disparitions, des retours et des situations intermédiaires

L’observation de 2020 évite de réduire dix ans d’évolution à un simple avant-après.

Parmi les 1 924 communes présentes en 2015 et absentes en 2025, 912 sont déjà absentes en 2020. Les 1 012 autres conservent une présence en 2020, puis n’en ont plus en 2025. Le premier groupe représente près de la moitié des pertes de la décennie.

Dans l’autre sens, 596 communes absentes en 2015 deviennent présentes dès 2020 et le restent en 2025. Pour 1 034 autres, la présence apparaît seulement à la dernière date. À ces gains s’ajoutent 250 communes présentes en 2015, absentes en 2020, puis à nouveau présentes en 2025. Ces dernières sont comptées à part : puisqu’elles sont équipées au début et à la fin, elles ne font pas partie des 1 630 gains nets entre les deux dates.

Tableau : Présence en 2015, Présence en 2020, Présence en 2025, Nombre de communes, Ce que l’on observe
Présence en 2015Présence en 2020Présence en 2025Nombre de communesCe que l’on observe
OuiOuiNon1 012Une présence en 2020, puis une absence en 2025
OuiNonNon912Une absence déjà constatée en 2020
NonNonOui1 034Une présence seulement à la dernière date
NonOuiOui596Une présence aux deux dernières dates
OuiNonOui250Un retour de présence après l’absence de 2020
NonOuiNon326Une présence uniquement à la date intermédiaire
OuiOuiOui10 809Une présence aux trois dates
NonNonNon19 936Aucune présence aux trois dates dans le périmètre reconstitué
Source : calculs sur le fichier communal d’évolution de l’Insee. Les communes absentes aux trois dates ont été reconstituées à partir de l’univers communal complet ; elles ne sont pas toutes publiées sous la forme d’un triplet de zéros.

Ces trajectoires ne sont pas des historiques d’entreprises. Trois présences ne prouvent pas qu’un même commerce a fonctionné sans interruption. Un retour après 2020 ne signifie pas que l’ancienne boulangerie a rouvert avec le même exploitant. Les périodes sans commerce entre deux observations restent inconnues.

1,53 million d’habitants dans les communes en perte de présence

La couleur rapporte les pertes de présence aux communes équipées en 2015. Le maximum observé est 32,8 % en Haute-Marne. Les gains de présence sont comptés séparément ; les encarts ultramarins sont à des échelles différentes.
La couleur rapporte les pertes de présence aux communes équipées en 2015. Le maximum observé est 32,8 % en Haute-Marne. Les gains de présence sont comptés séparément ; les encarts ultramarins sont à des échelles différentes.

Les 1 924 communes passées d’une présence à une absence regroupent 1 528 631 habitants, en utilisant partout la population municipale de référence 2023. La population de chacune de ces communes a pu être retrouvée dans les fichiers de populations de référence de l’Insee.

Ce chiffre désigne les habitants de territoires concernés par un changement de classement. Il ne mesure pas 1,53 million de personnes privées de pain, ni autant de clients contraints d’effectuer un trajet supplémentaire. Il ne restitue pas non plus la population exacte de chaque commune au jour d’une fermeture.

La taille des communes concernées donne néanmoins une indication nette. Leur population médiane est de 645 habitants. Près des trois quarts comptent moins de 1 000 habitants ; près de 96 % en ont moins de 2 000.

Tableau : Population municipale en 2023, Communes en perte de présence
Population municipale en 2023Communes en perte de présence
Moins de 500 habitants675
De 500 à 999 habitants741
De 1 000 à 1 999 habitants430
De 2 000 à 4 999 habitants77
De 5 000 à 9 999 habitants1
Total1 924
Source : croisement des présences BPE avec les populations municipales 2023. Une petite commune n’est pas automatiquement une commune rurale au sens de la grille de densité de l’Insee.

L’absence de cette catégorie s’inscrit parfois dans un équipement commercial plus limité. 1 322 des 1 924 communes n’ont également aucune présence recensée, en 2025, dans les quatre catégories suivantes : épicerie, supérette, hypermarché-grand magasin et supermarché-magasin multicommerce. Ce croisement ne constitue pas un inventaire de toute l’alimentation : il laisse notamment de côté des marchés, des tournées et certaines activités secondaires.

Au total, les communes sans présence B207 en 2025 regroupent 8,35 millions d’habitants dans le champ où la population 2023 est disponible, hors Mayotte. C’est environ 12,3 % de cette population de référence. Là encore, il s’agit d’une absence de catégorie à l’intérieur d’une limite communale, pas d’une mesure d’accessibilité. Une boutique située juste de l’autre côté de cette limite peut être plus proche que celle d’un quartier éloigné de la même ville. L’Insee expose précisément ces enjeux dans son travail sur la mesure des temps d’accès à une boulangerie.

Aisne, Pas-de-Calais, Haute-Marne : plusieurs façons de lire la carte

Le classement est calculé parmi les communes équipées en 2015. Les effectifs sont affichés pour rendre visibles les déno
Le classement est calculé parmi les communes équipées en 2015. Les effectifs sont affichés pour rendre visibles les déno

Le classement change selon que l’on compte les pertes ou que l’on mesure leur poids parmi les communes initialement équipées.

En nombre de communes passées à l’absence, l’Aisne et le Pas-de-Calais arrivent ensemble en tête, avec 49 communes chacun. Le Nord suit avec 45, puis le Bas-Rhin avec 44. Mais ces départements ne disposaient pas du même nombre de communes équipées au départ.

Tableau : Département, Communes présentes en 2015 devenues absentes en 2025, Communes absentes en 2015 devenues présentes en 2025, Solde des communes équipées, Pertes parmi les communes équipées en 2015
DépartementCommunes présentes en 2015 devenues absentes en 2025Communes absentes en 2015 devenues présentes en 2025Solde des communes équipéesPertes parmi les communes équipées en 2015
Aisne4927−2229,7 %
Pas-de-Calais4937−1215,8 %
Nord4538−712,4 %
Bas-Rhin4426−1815,2 %
Moselle4153+1216,9 %
Oise4125−1620,6 %
Saône-et-Loire3825−1318,7 %
Gironde3529−614,5 %
Marne3521−1423,2 %
Côtes-d’Armor3420−1417,6 %
Manche3411−2319,9 %
Source : calculs Entreprisma sur les présences communales comparables de l’Insee. Onze départements sont affichés pour conserver l’ex æquo à 34 pertes. Le taux rapporte les pertes aux communes équipées en 2015, pas à toutes les communes du département.

Avec cette seconde mesure, la Haute-Marne atteint 32,8 % : 21 des 64 communes équipées en 2015 sont absentes en 2025. Viennent ensuite l’Aisne, à 29,7 %, l’Aube, à 28 %, la Haute-Corse, à 27,1 %, et le Gers, à 26,8 %.

Il faut aussi regarder les gains. La Moselle en compte 53, contre 41 pertes, soit douze communes équipées supplémentaires au bilan. Le département peut donc apparaître parmi les plus importants en nombre de pertes tout en élargissant sa couverture communale.

À l’échelle régionale, le solde des communes équipées recule notamment dans les Hauts-de-France (−60), le Centre-Val de Loire (−56), le Grand Est (−51) et la Nouvelle-Aquitaine (−47). Il progresse en Île-de-France (+44) et en Provence-Alpes-Côte d’Azur (+15). Ces soldes ne classent pas la qualité de l’offre, les horaires, les prix ou les distances : ils décrivent un maillage communal.

En Bretagne, 100 communes en perte de présence et 55 en gain

Les 100 communes bretonnes en perte de présence rassemblent 106 046 habitants au recensement 2023. Les 55 gains réduisen
Les 100 communes bretonnes en perte de présence rassemblent 106 046 habitants au recensement 2023. Les 55 gains réduisen

La Bretagne compte 100 communes présentes en 2015 et absentes en 2025, contre 55 dans la situation inverse. Le nombre de communes équipées passe ainsi de 810 à 765. Les communes en perte de présence regroupent 106 046 habitants, au recensement 2023.

Le nombre régional de points de vente diminue aussi : de 2 564 en 2015 à 2 515 en 2025, soit −1,9 %. La Bretagne se distingue donc du total national sur cet indicateur.

Le recul net des communes équipées est de 14 dans les Côtes-d’Armor, 10 dans le Finistère, 11 en Ille-et-Vilaine et 10 d
Le recul net des communes équipées est de 14 dans les Côtes-d’Armor, 10 dans le Finistère, 11 en Ille-et-Vilaine et 10 d
Tableau : Département breton, Pertes de présence, Gains de présence, Communes équipées : 2015 → 2025, Points de vente : 2015 → 2025, Habitants des communes en perte, population 2023
Département bretonPertes de présenceGains de présenceCommunes équipées : 2015 → 2025Points de vente : 2015 → 2025Habitants des communes en perte, population 2023
Côtes-d’Armor3420193 → 179508 → 45232 309
Finistère2111192 → 182690 → 66522 255
Ille-et-Vilaine2615233 → 222694 → 76828 286
Morbihan199192 → 182672 → 63023 196
Bretagne10055810 → 7652 564 → 2 515106 046
Sources : calculs sur les présences communales, les dénombrements territoriaux et les populations 2023 de l’Insee.

L’Ille-et-Vilaine illustre particulièrement le décalage entre le parc et sa répartition : le département gagne 74 points de vente, mais compte onze communes équipées de moins. La croissance du nombre de boutiques ne garantit pas l’extension de la présence à de nouveaux territoires.

Dans le Finistère, les onze communes absentes en 2015 et présentes en 2025 sont Botmeur, Dirinon, Goulven, Laz, Plouégat-Moysan, Plouider, Plouyé, Pouldergat, Poullaouen, Saint-Goazec et Tréglonou. Leurs trajectoires identifient des gains de présence ; chacune nécessite une enquête locale pour raconter précisément l’ouverture ou la transformation qui l’explique.

Le recul n’est pas uniforme. Sur les sept communes de la presqu’île de Crozon retenues ici, Argol, Camaret-sur-Mer, Crozon, Landévennec, Lanvéoc, Roscanvel et Telgruc-sur-Mer, aucune ne passe d’une présence en 2015 à une absence en 2025. Cinq sont présentes aux trois dates ; Landévennec et Roscanvel sont absentes aux trois dates. Ce périmètre ne doit pas être confondu avec celui, plus large, de l’intercommunalité.

À La Roche-Maurice, préserver les murs avant de retrouver un boulanger

10 809 communes sont présentes aux trois dates ; cela ne prouve pas qu’un même commerce a fonctionné sans interruption.
10 809 communes sont présentes aux trois dates ; cela ne prouve pas qu’un même commerce a fonctionné sans interruption.

À La Roche-Maurice, le problème dépasse la seule recherche d’un exploitant. Dans son bulletin municipal d’octobre 2023, la commune constate la non-réouverture de la boulangerie et la mise en vente du bâtiment. Elle rappelle avoir vendu les murs en 2021, après une période de location, avec une clause de préférence en cas de revente prématurée.

La municipalité annonce vouloir utiliser cette clause pour racheter le local et conserver sa destination commerciale. Dans son éditorial, le maire de l’époque, Lénaïc Blandin, explique que la boulangerie « apporte de la vie au bourg et du service aux habitants ».

La situation rejoint la trajectoire statistique : présente en 2015 et en 2020, la commune est absente de la catégorie en 2025. Le document local apporte surtout ce que le fichier ne dit pas : le rôle de l’immobilier et de la maîtrise de la destination du bâtiment.

Le procès-verbal du conseil municipal du 8 décembre 2025 mentionne encore le montage d’un projet associant logement et boulangerie, avec la participation envisagée d’un bailleur social ou d’une société parapublique pour le logement.

Ce dernier document atteste la poursuite d’une réflexion, sans établir une ouverture. Les pièces consultées ne permettent pas de certifier la situation commerciale au 18 octobre 2026 ni d’en donner un coût final. Elles montrent en revanche qu’un projet de retour peut mobiliser des décisions foncières, des partenaires et plusieurs exercices budgétaires.

À Botmeur, le retour tient dans 27 mètres carrés

Botmeur suit le chemin inverse : aucune présence recensée en 2015 ni en 2020, puis une présence en 2025. La commune compte 224 habitants dans la population municipale 2023 utilisée pour cette enquête.

Le retour prend la forme d’un petit fournil ouvert par Thomas Riera à la mi-novembre 2023. Selon le récit publié par le réseau de collectivités BRUDED, rédigé en mars 2025, le boulanger s’installe dans 27 mètres carrés de l’ancienne mairie, dont quinze pour le fournil. Le projet intervient après environ cinquante ans sans boulangerie, d’après cette même source.

L’investissement de lancement est évalué à 41 000 euros. Le financement décrit associe apport, prêts et plus de 9 000 euros de financement participatif. La commune réalise les travaux d’eau et de plomberie et met le local à disposition pour un loyer annoncé de 100 euros par mois, hors charges. Ces chiffres ne constituent pas un bilan complet de la dépense publique.

La production et la vente sont organisées sur trois demi-journées par semaine. Dans le récit de BRUDED, le maire Éric Prigent décrit le local comme un lieu de rencontres. Le modèle repose sur un espace réduit et un calendrier adapté.

Une communication publiée par la mairie le 17 septembre 2026 annonce des congés du 23 septembre au 5 octobre, puis une réouverture le 6 octobre. Elle précise les horaires de rentrée : mardi et jeudi en fin de journée, samedi matin.

Cette actualisation documente la continuité annoncée d’une activité lancée en 2023. Elle ne renseigne pas sa marge, ses volumes de production ou le revenu actuel du boulanger. Botmeur démontre l’existence d’un retour dans une très petite commune ; son exemple ne permet pas de fixer un seuil universel de population garantissant la rentabilité.

À Groix, résister passe aussi par la transmission

La présence à trois dates peut recouvrir un moment de fragilité. Groix apparaît équipée en 2015, en 2020 et en 2025. Pourtant, un reportage de TF1 diffusé en octobre 2024 sur la recherche de repreneurs pour la dernière boulangerie de l’île montre que cette continuité n’avait rien d’automatique.

La suite est documentée par une annonce légale de cession du fonds de commerce. L’acte du 28 mai 2025 porte sur la vente, par la société M.A.R à TROGNON M & F, du fonds situé au 12, rue du Général-de-Gaulle. Le prix annoncé est de 500 000 euros ; l’entrée en jouissance est fixée au 1er avril 2025.

Ce montant correspond à un prix de cession de fonds. Il ne représente ni une aide publique, ni un coût de construction, ni une preuve de rentabilité. La transmission ne permet pas davantage d’affirmer qu’aucune interruption n’a eu lieu entre les observations.

Le cas apporte une troisième lecture de la carte. Une commune peut conserver une présence parce qu’une transmission aboutit. L’absence de changement dans un tableau ne signifie pas l’absence d’événement, de recherche de financement ou de risque pour le commerce.

Cast rappelle qu’une carte de 2025 ne décrit pas octobre 2026

Cast fait partie des 21 communes finistériennes passées à l’absence entre 2015 et 2025. Ce classement ne permet pourtant pas de la présenter comme une commune actuellement sans boulangerie.

Après l’acquisition du local par la commune en 2021, une délibération du 12 juin 2025 autorise le bail commercial. Le cabinet qui accompagne le projet annonce ensuite l’ouverture de Bara ar Kast un lundi 8 septembre, une date cohérente avec septembre 2025. Le commerce figure également dans l’annuaire de la mairie de Cast.

Une ouverture postérieure à la date de référence n’est pas, en soi, une erreur statistique. Elle impose d’indiquer le millésime de la carte et de compléter le classement par une actualisation documentaire. Pour Cast, le retour est documenté ; les comptes d’exploitation et le coût final du projet ne le sont pas dans les pièces réunies.

Quand le fournil disparaît, le pain peut rester

La lecture des documents finistériens fait apparaître une autre distinction : le départ d’une boulangerie et la disparition de toute vente de pain ne sont pas un même événement.

À Confort-Meilars, le compte rendu du conseil municipal du 19 mai 2022 constate que le bourg n’a plus de boulangerie depuis plusieurs années. Il mentionne un dépôt de pain chez Gamm Vert/Penguel et autorise un distributeur du Fournil de Liloo. La commune prend en charge la plateforme et le raccordement électrique ; l’opératrice finance la machine, son scellement et l’électricité. Le document décrit la solution retenue en 2022, sans prouver son fonctionnement actuel.

À Saint-Vougay, le bulletin municipal d’avril 2023 annonce l’installation, à la fin du mois de mars, d’un distributeur approvisionné par le Fournil des Délices de Plouescat. Là encore, l’événement est daté : il ne constitue pas un contrôle de fonctionnement en octobre 2026.

À Scrignac, l’offre peut aussi passer par une tournée ou un marché. Le portrait de Roxane publié par l’Adie décrit une activité de boulangerie itinérante lancée en juin 2024, avec des ventes sur plusieurs marchés, dont Scrignac. Une présence mobile ne se raconte pas comme celle d’une boutique permanente.

Ces solutions ne sont pas équivalentes pour les horaires, le choix, la fabrication ou la relation commerciale. Les sources réunies ne permettent pas de mesurer ces différences du point de vue des habitants. Elles suffisent à montrer pourquoi « sans boulangerie recensée » ne doit pas devenir « sans pain ».

Certains cas demandent même de suspendre le diagnostic. À Plogoff, les informations d’établissement de Ma Petite Boulangerie documentent un point de vente créé en novembre 2022 au 50, rue Pierre-Brossolette, déclaré actif et identifié comme commerce de détail de pain et de pâtisserie. Cela ne prouve pas une fabrication sur place, mais interdit de transformer le zéro BPE en certitude de disparition de toute boutique.

À l’Île-de-Sein, un reportage de TF1 de mai 2022 montre la fabrication et la vente de pain dans une activité liée à un café-restaurant. Le reportage de Brut sur les adolescentes de l’île, publié en 2024, évoque également un boulanger. Le périmètre des activités mixtes est une piste d’explication à examiner ; la raison exacte du classement n’a pas été établie.

Faire revenir un commerce peut engager la collectivité pendant des années

Les projets publics racontent ce qui se passe après la disparition : acquisition des murs, réhabilitation, logement pour l’exploitant, recherche d’un modèle associant plusieurs activités.

À Guilligomarc’h, le contrat de relance et de transition écologique de Quimperlé Communauté, signé en 2021, situe la fermeture de la boulangerie-bar en 2020. Il décrit un projet de commerce multiservices avec logement, évalué à 400 150 euros hors taxes. Le texte mentionne une dotation de soutien à l’investissement local de 120 000 euros attribuée en mars 2021. Le tableau comporte aussi des financements sollicités : on ne peut pas additionner toutes les lignes comme si elles avaient été versées. Le document ne constitue ni une facture finale ni une preuve d’ouverture.

À l’Île-de-Batz, le jugement publié au BODACC permet, cette fois, de parler précisément d’une liquidation judiciaire : celle de la société Les Délices de Batz, prononcée le 7 septembre 2021. Il ne donne pas, à lui seul, la date de fermeture physique du dernier commerce de pain de l’île.

La liste préfectorale des subventions DETR attribuées en 2024 mentionne ensuite 60 000 euros accordés, soit 20 % d’une dépense retenue de 300 000 euros pour l’acquisition et la rénovation de l’ancienne boulangerie. Cette assiette ne doit pas être présentée comme le coût final d’un éventuel programme ultérieur.

Hors de Bretagne, le procès-verbal communautaire de la Veyle du 27 février 2023 inscrit 482 618 euros hors taxes au plan de financement de la réhabilitation de l’ancien commerce de Saint-Genis-sur-Menthon, dans l’Ain. Le concours communautaire est plafonné à 99 300 euros. Ces décisions documentent un engagement financier prévisionnel ; elles ne suffisent pas à établir le coût exécuté ni la rentabilité du commerce.

Comparer les projets exige donc de regarder ce que finance chaque montant : un fonds de commerce, un bâtiment, des travaux, un logement ou du matériel. Diviser indistinctement ces sommes par le nombre d’habitants donnerait une comparaison trompeuse.

Les communes de moins de 1 000 habitants représentent 73,6 % des pertes de présence. La population médiane est de 645 ha
Les communes de moins de 1 000 habitants représentent 73,6 % des pertes de présence. La population médiane est de 645 ha

L’énergie, les retraites ou les chaînes : les données ne désignent pas une cause unique

La chronologie apporte une première limite aux explications générales. Parmi les communes en perte sur la décennie, 912 sont déjà absentes en 2020. La crise énergétique de 2022-2023 ne peut donc pas expliquer à elle seule l’ensemble des disparitions de présence observées entre 2015 et 2025.

Cela ne permet pas d’écarter le rôle de l’énergie dans certains arrêts. Cela impose de le documenter dans chaque cas, avec des factures, des comptes et le récit des exploitants, plutôt que de l’attribuer automatiquement à toutes les communes d’une liste.

Les données d’entreprises apportent un autre éclairage, avec un périmètre différent. Dans son bilan du secteur pour 2025, publié en mars 2026, Infogreffe recense 2 391 créations, 2 585 radiations et 1 107 ouvertures de procédures collectives pour les entreprises relevant des codes NAF 1071C et 1071D. Ce champ inclut la pâtisserie et porte sur des entreprises, pas sur les communes ou les points de vente de la BPE. Ces totaux ne s’additionnent pas aux pertes communales.

Une radiation peut accompagner une reprise ; une entreprise peut exploiter plusieurs établissements ; une liquidation amiable n’est pas une liquidation judiciaire. Les annonces locales rencontrées pendant l’enquête illustrent ces différences. Elles ne fournissent pas une répartition nationale des motifs de disparition.

Le rôle respectif de la transmission, de l’immobilier, des coûts, du recrutement, de la demande ou des réseaux commerciaux reste donc à mesurer. L’enquête établit une géographie des présences recensées et documente plusieurs mécanismes locaux. Elle ne transforme pas ces mécanismes en explication causale de tous les mouvements français.

Ce que la carte change dans la question de la proximité

Le total national répond à une question : combien de points de vente la catégorie statistique recense-t-elle ? La carte communale en pose une autre : dans combien de territoires cette présence existe-t-elle encore ?

Les deux lectures sont nécessaires. Un parc en hausse peut coexister avec la perte d’un service dans un bourg. Un solde départemental positif peut masquer des communes qui perdent leur présence. Une commune absente de la catégorie peut conserver un distributeur, un dépôt ou une activité mixte. Une commune présente aux trois dates peut avoir dû organiser une transmission difficile.

Les cas de La Roche-Maurice, Botmeur et Groix montrent aussi que le dernier commerce ne relève pas seulement du nombre de clients potentiels. Les locaux, le financement, le calendrier de production et la possibilité de transmettre comptent dans les histoires documentées.

Pour suivre la proximité, il faut désormais regarder ensemble le lieu de fabrication, le lieu de vente, les horaires, les solutions de remplacement et la situation des personnes qui se déplacent difficilement. Les données nationales repèrent les communes à examiner. Les documents locaux évitent de confondre une disparition de catégorie, une fermeture et une disparition du service rendu.


Comment nous avons travaillé

Des fichiers conçus pour comparer les dates

L’analyse utilise la BPE en évolution 2015, 2020 et 2025, publiée le 9 juillet 2026, et non une soustraction de fichiers annuels bruts. L’Insee précise que les millésimes ordinaires ne sont pas immédiatement comparables, notamment en raison des changements de nomenclature, de source ou de qualité.

Le filtre retenu est B207, « boulangerie-pâtisserie ». D’après la définition publiée par l’Insee, ce champ comprend des commerces artisanaux ou non et ne se limite pas aux fournils artisanaux. Il exclut notamment les activités de salon de thé et vise des commerces sans consommation sur place. Cette catégorie, introduite en 2023 dans les fichiers annuels, élargit l’ancienne B203 : une comparaison directe entre ces deux codes serait inadaptée. La table des précautions d’utilisation diffuse B207 sans réserve spécifique pour l’évolution.

Une observation à l’échelle de la commune

Le champ analysé comprend 34 875 communes, en France métropolitaine et dans les cinq départements et régions d’outre-mer. Paris, Lyon et Marseille ont été regroupées à l’échelle de leur commune, plutôt que de compter leurs arrondissements comme autant de communes. Les présences ont été agrégées en retenant l’existence d’au moins une présence dans la commune.

Nous avons identifié les passages de 1 en 2015 à 0 en 2025, les mouvements inverses et les huit trajectoires possibles à trois dates. Les communes sans présence aux trois dates ont été réintroduites à partir de l’univers communal complet : le fichier de présence ne publie pas tous les triplets nuls.

Les nombres de points de vente proviennent du fichier de dénombrements aux niveaux national, régional et départemental. Ils ne sont pas déduits des seules présences communales.

Une population de référence identique pour toutes les communes

Les populations sont les populations municipales 2023, diffusées dans la géographie de référence 2025, rapprochées par code communal des données d’évolution. Les 1 924 communes en perte ont toutes une population renseignée. La population 2023 des dix-sept communes de Mayotte manque dans le fichier utilisé ; aucune de ces communes n’appartient au groupe des 1 924 pertes. Les totaux de population de l’ensemble des communes sans B207 sont donc présentés hors Mayotte.

La page de diffusion et le nom du fichier d’évolution indiquent une géographie au 1er janvier 2026. La fiche de cohérence et de comparabilité consultée mentionne encore 2025. Cet écart documentaire est signalé ; il n’empêche pas l’appariement exact des codes des communes en perte dans le traitement réalisé.

Un écart de documentation conservé

Le fichier de dénombrements a été téléchargé une seconde fois : son contenu est identique à celui utilisé initialement. Les lignes nationales donnent 47 840, 48 899 et 50 122 équipements, soit +4,77 %. La note de précautions évoque pour sa part une moyenne nationale de +6 %. Nous retenons le calcul reproductible sur le fichier actuellement téléchargeable et signalons cette différence sans lui attribuer une explication non vérifiée. Aucune validation personnalisée de ces résultats par l’Insee n’a été obtenue.

Des récits documentaires

Les trois récits locaux reposent sur des documents municipaux, une restitution d’expérience, un reportage déjà publié et une annonce légale. Les propos cités sont attribués à leur publication d’origine. Aucun entretien, appel, visite de terrain ni message à un tiers n’a été réalisé pour cette version. Les comptes, revenus, volumes et motifs de fermeture qui ne sont pas accessibles ne sont pas reconstitués.

Le contrôle des 21 communes du Finistère ne constitue pas un échantillon permettant d’estimer un taux d’erreur national. Une entreprise déclarée active ne prouve pas, à elle seule, l’ouverture effective d’une boutique ; une liquidation d’entreprise ne prouve pas, à elle seule, l’absence de toute offre dans la commune.


Annexe : ce que l’on sait des 21 communes finistériennes classées en perte

Les trajectoires se lisent dans l’ordre 2015 / 2020 / 2025. « Présente » et « absente » désignent ici la catégorie B207 de la BPE. Les populations sont celles de 2023. Ce tableau est un état documentaire arrêté au 18 octobre 2026, pas une liste de communes certifiées sans boulangerie à cette date.

Tableau : Commune, Habitants, Trajectoire BPE, Résultat de la vérification documentaire
CommuneHabitantsTrajectoire BPERésultat de la vérification documentaire
Cast1 570Présente / absente / absenteBail autorisé en juin 2025, ouverture annoncée en septembre 2025 et commerce inscrit dans l’annuaire municipal. Retour documenté après la photographie statistique.
Collorec588Présente / présente / absenteUn dépôt est décrit dans un récit de janvier 2024 ; des annonces légales ultérieures concernant Menez ar Mor signalent la dissolution de la société. Le récit ancien ne certifie pas l’offre actuelle.
Confort-Meilars861Présente / absente / absenteAbsence de boulangerie au bourg et solutions de remplacement décrites en mai 2022. Fonctionnement actuel non contrôlé.
Gourlizon949Présente / absente / absenteFermeture et création d’un commerce de remplacement documentées par BRUDED en 2019. L’offre de pain d’octobre 2026 n’est pas certifiée par ce récit.
Guilligomarc’h803Présente / absente / absenteLe contrat territorial de 2021 indique une fermeture en 2020 et un projet multiservices avec logement. Il ne prouve pas une ouverture ultérieure.
Kerlaz805Présente / présente / absenteLe programme intercommunal de 2024 décrit la reconversion de l’ancienne boulangerie. Sa présentation d’une absence ancienne doit être confrontée à la présence BPE de 2020. Retour d’une boulangerie non établi.
La Feuillée677Présente / présente / absenteUn établissement de l’ancienne entreprise exploitante est signalé fermé administrativement en 2022, tandis qu’un guide conserve une mention. Historique physique et éventuel successeur à confirmer.
La Roche-Maurice1 893Présente / présente / absenteNon-réouverture constatée en octobre 2023, puis projet encore mentionné en décembre 2025. Situation commerciale actuelle non certifiée.
Leuhan846Présente / présente / absenteLes informations d’entreprise et les anciennes annonces légales nécessitent une mise en cohérence. Fermeture physique non certifiée.
Locquirec1 555Présente / absente / absenteLe bulletin municipal de fin 2025 décrit le projet des Pénénès, avec boulangerie et logements. L’ouverture effective n’est pas établie par les pièces consultées.
Plogoff1 131Présente / présente / absenteUn établissement de vente de pain créé en novembre 2022 est documenté. L’absence BPE ne suffit pas à établir la disparition d’une boutique ; classement exact à éclaircir.
Ploumoguer2 074Présente / présente / absenteLes annonces de la société Cloatre documentent une liquidation amiable en 2022. L’offre de remplacement et sa continuité restent à confirmer.
Plounéour-Ménez1 297Présente / absente / absenteDes commerces sont mentionnés dans le guide du Parc d’Armorique. La date d’arrêt de la dernière boulangerie et l’offre actuelle ne sont pas établies.
Plounévézel1 157Présente / absente / absenteLes documents de Poher Communauté décrivent des évolutions de l’alimentation générale. Ils ne donnent pas l’historique complet d’une dernière boulangerie.
Saint-Pabu2 087Présente / absente / absenteLe commerce Proxi annonce un dépôt de pain sur la plateforme municipale. La fiche ne date pas l’arrêt de la dernière boulangerie.
Saint-Sauveur849Présente / absente / absenteLes annonces de l’ancienne société Pape indiquent une liquidation amiable close en 2018. Un dépôt est annoncé commercialement ; son fonctionnement actuel n’a pas été contrôlé.
Saint-Thois703Présente / absente / absenteLa fiche professionnelle des Halles Dis annonce un dépôt de pain. Cette déclaration ne donne pas l’historique de la dernière boulangerie.
Saint-Vougay873Présente / présente / absenteUn distributeur installé fin mars 2023 est documenté. Sa présence ne date pas la fermeture antérieure et son fonctionnement actuel n’est pas contrôlé.
Scrignac816Présente / absente / absenteLa mairie mentionne un dépôt et l’Adie documente une activité itinérante. Il ne s’agit pas d’un inventaire exhaustif des ventes actuelles.
Île-de-Batz458Présente / présente / absenteLiquidation judiciaire d’une société en septembre 2021 et aide publique attribuée en 2024. Le financement d’un projet ne prouve pas une réouverture.
Île-de-Sein263Présente / absente / absenteLa fabrication et la vente de pain sont montrées en 2022, puis une activité est évoquée en 2024. Classement exact et situation d’octobre 2026 non établis.
Total22 25521 communesPertes de présence dans la BPE ; pas 21 fermetures physiques certifiées.

Enquête indépendante réalisé dans le cadre de "Les Petites Enquêtes" par Entreprisma