SoftBank mobilise plus de 11 milliards de dollars sur les marchés

SoftBank pousse encore plus loin son pari sur OpenAI.

Le groupe japonais a lancé une importante émission obligataire comprenant environ 10 milliards de dollars de dette libellée en dollars, auxquels doivent s’ajouter 1 milliard d’euros d’obligations, selon les informations rapportées par Reuters sur l’opération de financement de SoftBank.

L’opération doit permettre au conglomérat japonais de lever plus de 11 milliards de dollars au total selon les taux de change.

Les obligations en dollars doivent être réparties sur plusieurs maturités, allant notamment de 3,5 ans à 7,5 ans, tandis que les titres libellés en euros doivent disposer de maturités différentes.

Le pricing de l’émission est attendu le 24 septembre 2026, avant un règlement prévu quelques jours plus tard.

SoftBank n’a donc pas encore encaissé définitivement la totalité du financement au moment du lancement de l’opération.

Mais le signal envoyé aux marchés est déjà majeur.

Le groupe accepte de mobiliser directement les marchés obligataires afin de poursuivre l’un des investissements technologiques les plus importants de son histoire.

SoftBank doit encore injecter 10 milliards de dollars dans OpenAI

Cette émission obligataire intervient à quelques jours d’une échéance stratégique.

SoftBank s’est engagé en février 2026 à investir 30 milliards de dollars supplémentaires dans OpenAI, avec un financement réparti en plusieurs tranches.

Deux versements de 10 milliards de dollars ont déjà été effectués au cours de l’année.

Une troisième tranche d’environ 10 milliards de dollars doit encore être apportée.

Selon les informations financières publiées par SoftBank, ces nouveaux investissements doivent porter l’exposition totale du groupe japonais à OpenAI à environ 64,6 milliards de dollars.

SoftBank deviendrait ainsi l’un des principaux investisseurs de l’entreprise derrière ChatGPT.

Pour suivre les opérations financières, partenariats et changements stratégiques autour de l’entreprise américaine, Entreprisma regroupe également ses analyses dans son dossier consacré à OpenAI.

Le véritable changement : OpenAI commence à être financé par la dette

Le montant de l’opération attire naturellement l’attention.

Mais le mécanisme utilisé par SoftBank est probablement encore plus intéressant.

Depuis l’explosion de l’intelligence artificielle générative, les entreprises du secteur ont principalement été financées par des levées de fonds massives réalisées auprès de fonds d’investissement, de groupes technologiques et de grands investisseurs institutionnels.

Avec SoftBank, l’équation change.

Le groupe japonais ne finance plus seulement OpenAI avec ses propres liquidités ou avec la vente de participations.

Il utilise également son accès aux marchés de la dette.

SoftBank avait déjà mis en place une importante facilité de crédit afin de financer une partie de ses investissements dans OpenAI.

Le groupe indique notamment dans ses documents financiers consacrés à sa stratégie d’investissement avoir recours à différents instruments de financement pour soutenir ses investissements liés à l’intelligence artificielle.

La nouvelle émission obligataire doit permettre de remplacer une partie de ces financements temporaires par de la dette avec des échéances beaucoup plus longues.

Autrement dit, SoftBank commence à transformer son pari sur OpenAI en engagement financier structurel.

L’intelligence artificielle devient une industrie extrêmement capitalistique

Cette transformation dépasse largement SoftBank.

Pendant des décennies, le logiciel a été considéré comme une activité particulièrement attractive parce qu’il permettait de développer des produits avec relativement peu d’actifs physiques.

L’intelligence artificielle générative bouleverse en partie cette logique.

Développer les modèles les plus puissants nécessite désormais :

  • des dizaines de milliers de puces spécialisées ;
  • des centres de données gigantesques ;
  • d’importantes capacités électriques ;
  • des infrastructures réseau ;
  • des systèmes de refroidissement ;
  • des équipes de recherche extrêmement coûteuses ;
  • et des investissements continus dans de nouvelles générations de modèles.

La frontière entre industrie technologique et infrastructure industrielle devient progressivement plus floue.

OpenAI en est probablement l’un des meilleurs exemples.

Le développement de ChatGPT et des prochaines générations de modèles nécessite des investissements qui se comptent désormais en dizaines de milliards de dollars.

Cette évolution transforme également la nature même de la compétition entre les grands acteurs de l’intelligence artificielle.

Après les levées de fonds, l’IA entre dans l’ère obligataire

La course à l’intelligence artificielle a déjà connu plusieurs phases.

La première reposait largement sur le financement du capital-risque.

La deuxième a vu arriver les géants technologiques capables d’investir plusieurs milliards de dollars directement dans les laboratoires d’intelligence artificielle.

Microsoft a notamment développé une relation stratégique majeure avec OpenAI, tandis qu’Amazon et Google ont engagé des milliards dans Anthropic.

Une nouvelle étape apparaît désormais.

Les besoins financiers deviennent suffisamment importants pour nécessiter le recours à des instruments jusque-là davantage associés aux grandes infrastructures, aux télécommunications ou aux groupes industriels.

La dette obligataire peut ainsi devenir une source importante de financement indirect de l’intelligence artificielle.

SoftBank constitue un cas particulièrement visible de cette transformation.

Pourquoi SoftBank accepte de s’endetter autant pour OpenAI

La stratégie de Masayoshi Son repose sur une conviction extrêmement forte : l’intelligence artificielle pourrait devenir l’une des infrastructures économiques fondamentales des prochaines décennies.

Le fondateur de SoftBank concentre donc progressivement une partie importante des ressources du groupe sur cet écosystème.

OpenAI occupe une place centrale dans cette stratégie.

SoftBank avait déjà investi des dizaines de milliards de dollars dans l’entreprise avant de décider d’apporter 30 milliards supplémentaires en 2026.

Une fois ce nouvel investissement entièrement réalisé, l’exposition cumulée du groupe doit avoisiner 64,6 milliards de dollars.

À cette échelle, OpenAI n’est plus simplement une participation financière dans le portefeuille de SoftBank.

L’entreprise devient l’un des actifs susceptibles d’avoir le plus d’impact sur la valeur future du groupe japonais.

Cette concentration augmente naturellement le potentiel de rendement.

Mais elle augmente également le risque.

SoftBank transforme son bilan pour financer l’intelligence artificielle

Le groupe japonais affirme néanmoins vouloir maintenir une discipline financière stricte.

SoftBank utilise notamment le ratio Loan-to-Value, qui mesure la dette nette du groupe par rapport à la valeur de ses actifs.

Le groupe cherche à maintenir ce ratio sous certains seuils afin de conserver une capacité d’investissement importante même en cas de retournement des marchés.

Cette discipline financière devient particulièrement stratégique alors que les investissements liés à OpenAI prennent une ampleur exceptionnelle.

SoftBank dispose toutefois d’un avantage important : son portefeuille comprend plusieurs participations fortement valorisées.

Le groupe peut donc utiliser certains actifs financiers pour augmenter sa capacité de financement.

Cette mécanique permet à Masayoshi Son de poursuivre sa stratégie dans l’intelligence artificielle sans financer chaque investissement uniquement avec les liquidités disponibles.

OpenAI devient presque une infrastructure financière mondiale

L’évolution est spectaculaire.

OpenAI reste une entreprise technologique privée.

Mais son développement commence à produire des mécanismes financiers comparables à ceux observés dans les secteurs les plus capitalistiques de l’économie mondiale.

Des banques accordent des prêts relais.

Des investisseurs institutionnels achètent des obligations.

Des partenaires technologiques financent des centres de données.

Des fournisseurs de semi-conducteurs investissent dans de nouvelles capacités de production.

Des énergéticiens doivent développer les infrastructures capables d’alimenter les futurs data centers.

L’intelligence artificielle devient ainsi progressivement un écosystème financier complet.

Le Financial Times souligne d’ailleurs l’ampleur inhabituelle de l’opération obligataire de SoftBank.

Le groupe japonais ne finance plus simplement une startup prometteuse.

Il participe à la construction d’une infrastructure technologique mondiale nécessitant des niveaux de capitaux rarement observés dans l’histoire récente du secteur logiciel.

Le coût du capital devient une arme stratégique dans la bataille de l’IA

Pendant longtemps, la compétition entre OpenAI, Anthropic, Google, Meta ou xAI était essentiellement analysée autour de quelques indicateurs.

La performance des modèles.

Le nombre d’utilisateurs.

Les parts de marché.

La puissance informatique disponible.

Les partenariats industriels.

Un autre indicateur devient désormais incontournable : le coût du capital.

Une entreprise capable d’accéder à plusieurs dizaines de milliards de dollars de financement peut développer plus rapidement ses infrastructures et réserver davantage de capacités informatiques.

À l’inverse, même une entreprise disposant d’une excellente technologie pourrait se retrouver limitée si elle ne dispose pas d’un accès suffisamment important aux capitaux.

Dans cette nouvelle économie de l’IA, la puissance financière devient donc presque aussi stratégique que la performance technologique.

La dette pourrait devenir le prochain risque de la course à l’intelligence artificielle

Cette évolution soulève toutefois une question majeure.

Que se passe-t-il si les revenus générés par l’intelligence artificielle progressent moins rapidement que les investissements nécessaires pour construire les infrastructures ?

Les entreprises et investisseurs engagés dans cette course doivent financer immédiatement des dépenses gigantesques.

Les revenus permettant de rentabiliser ces investissements arriveront progressivement.

La dette introduit donc une contrainte supplémentaire.

Contrairement à une augmentation de capital, un emprunt doit être remboursé.

Il implique également le paiement régulier d’intérêts.

Plus les investissements augmentent, plus la capacité des entreprises de l’écosystème IA à générer des flux de trésorerie solides deviendra déterminante.

OpenAI devra convertir son adoption en revenus massifs

OpenAI dispose évidemment d’un avantage considérable : son adoption.

ChatGPT compte désormais plusieurs centaines de millions d’utilisateurs réguliers dans le monde et OpenAI développe rapidement ses offres professionnelles.

L’entreprise cherche notamment à augmenter ses revenus auprès :

  • des entreprises ;
  • des développeurs ;
  • des administrations ;
  • des utilisateurs payants de ChatGPT ;
  • et des entreprises utilisant ses API.

Cette diversification pourrait permettre à OpenAI de construire progressivement un modèle économique capable de supporter des investissements beaucoup plus importants.

Mais l’équation reste exceptionnelle.

Les dépenses nécessaires pour maintenir OpenAI au sommet de la course technologique augmentent presque aussi rapidement que son activité.

Le défi n’est donc plus uniquement de développer les meilleurs modèles.

Il faut également construire une entreprise capable de générer suffisamment de revenus pour justifier les dizaines de milliards de dollars injectés dans son développement.

SoftBank parie sur une explosion durable de la valeur d’OpenAI

Pour SoftBank, le raisonnement est relativement clair.

Si OpenAI devient l’une des infrastructures dominantes de l’économie numérique mondiale, une participation importante dans l’entreprise pourrait représenter un actif extrêmement précieux.

Dans ce scénario, les dizaines de milliards investis aujourd’hui pourraient apparaître comme un pari particulièrement rentable.

Mais l’inverse reste également possible.

La compétition dans l’intelligence artificielle est extrêmement intense.

Google, Anthropic, Meta, xAI et plusieurs acteurs chinois investissent eux aussi massivement.

Les coûts technologiques progressent rapidement.

Et personne ne sait encore précisément quelles marges les entreprises leaders de l’intelligence artificielle seront capables de générer à long terme.

SoftBank accepte donc une concentration de risque exceptionnelle en échange d’une exposition très importante à ce qu’il considère comme l’une des principales transformations économiques du siècle.

Une nouvelle phase commence pour le financement de l’intelligence artificielle

L’émission obligataire de SoftBank dépasse largement une simple opération financière.

Elle montre que le développement de l’intelligence artificielle est en train de changer de dimension.

Les dizaines de milliards de dollars nécessaires pour financer OpenAI et les infrastructures associées ne peuvent plus provenir uniquement du capital-risque traditionnel.

Les groupes engagés dans cette course mobilisent désormais :

  • leurs bilans ;
  • leurs participations financières ;
  • des prêts bancaires ;
  • des financements relais ;
  • des investisseurs institutionnels ;
  • et directement les marchés obligataires.

L’intelligence artificielle entre ainsi progressivement dans l’ère du financement industriel.

Après la bataille des modèles et la bataille des puces, une troisième compétition devient centrale : la bataille du capital.

Et avec plus de 11 milliards de dollars de nouvelles obligations lancées pour soutenir notamment son investissement dans OpenAI, SoftBank vient d’en donner l’une des illustrations les plus spectaculaires.