Le Conseil constitutionnel n’a pas annulé l’ensemble de la loi visant à protéger les mineurs sur les réseaux sociaux. Il a censuré les dispositions instaurant l’interdiction d’accès avant 15 ans. Les dates du 1er septembre 2026 et du 1er janvier 2027 ne sont donc plus applicables.

Le Parlement français avait définitivement adopté, le 21 juillet 2026, le principe d’une interdiction d’accès aux réseaux sociaux pour les moins de 15 ans.

La mesure devait s’appliquer aux nouveaux comptes dès le 1er septembre 2026, puis aux comptes existants quatre mois plus tard.

Ce calendrier n’entrera finalement pas en vigueur.

Dans sa décision n° 2026-911 DC du 14 août 2026, le Conseil constitutionnel a censuré le cœur du dispositif.

L’institution considère que l’interdiction aurait obligé chaque utilisateur, y compris un adulte, à prouver son âge avant d’accéder aux services concernés. Or, le législateur n’avait pas suffisamment défini les conditions, les limites et les garanties encadrant cette vérification.

Le dispositif a donc été jugé insuffisamment encadré au regard de la liberté d’expression et de communication.

Cette décision modifie profondément les conséquences de la réforme pour les plateformes, les utilisateurs et les annonceurs.

Les marques ne vont pas perdre automatiquement l’accès aux moins de 15 ans à la rentrée. Elles ne recevront pas non plus une nouvelle liste d’interdictions marketing issue de ce texte.

Elles doivent néanmoins continuer à respecter les règles européennes déjà applicables aux publicités destinées aux mineurs et anticiper une possible nouvelle tentative législative en 2027.

Ce qu’il faut retenir

  • Le Parlement avait adopté l’interdiction d’accès aux réseaux sociaux pour les moins de 15 ans le 21 juillet 2026.
  • Le Conseil constitutionnel a censuré ce dispositif le 14 août 2026.
  • L’interdiction ne s’appliquera pas aux nouveaux comptes le 1er septembre 2026.
  • Les comptes existants ne devront pas être fermés au 1er janvier 2027 sur le fondement de cette loi.
  • La mesure adoptée en juillet n’est pas simplement reportée : elle est juridiquement neutralisée.
  • La censure ne crée aucune nouvelle obligation publicitaire pour les marques.
  • La publicité reposant sur le profilage des mineurs reste interdite par le Digital Services Act.
  • Les règles relatives au RGPD, à la protection des consommateurs et aux secteurs réglementés demeurent applicables.
  • Emmanuel Macron a demandé au gouvernement de préparer un nouveau dispositif.
  • L’Élysée souhaite une entrée en vigueur avant le printemps 2027, mais aucun nouveau calendrier n’est sécurisé.

Pourquoi le Conseil constitutionnel a-t-il censuré l’interdiction ?

La protection des mineurs constituait l’objectif central du texte adopté par le Parlement.

Le problème constitutionnel ne porte pas uniquement sur cet objectif, mais sur la méthode choisie pour l’atteindre.

Pour empêcher un utilisateur de moins de 15 ans d’accéder à un réseau social, une plateforme doit pouvoir déterminer son âge.

Cette vérification ne concerne pas seulement les mineurs. Elle oblige potentiellement tous les utilisateurs à démontrer qu’ils ont franchi le seuil requis.

Une personne majeure souhaitant créer ou conserver un compte aurait donc pu être contrainte de fournir une preuve d’âge, de passer par un système d’estimation ou d’utiliser un outil d’identité numérique.

Le Conseil constitutionnel estime que le Parlement n’avait pas fixé suffisamment précisément :

  • les conditions dans lesquelles cette preuve pouvait être demandée ;
  • les technologies pouvant être utilisées ;
  • les données susceptibles d’être collectées ;
  • les limites imposées aux plateformes et aux prestataires ;
  • les garanties accordées aux utilisateurs ;
  • les voies de recours en cas d’erreur ou de blocage injustifié.

En l’absence de garanties légales suffisamment claires, le dispositif risquait de porter une atteinte excessive à la liberté de communication.

La décision officielle ne ferme pas définitivement la porte à une régulation de l’accès des mineurs.

Elle impose au législateur de construire un mécanisme plus précis, plus proportionné et mieux encadré.

Le calendrier de septembre 2026 est abandonné

Avant la décision constitutionnelle, le texte organisait une application en deux étapes.

Tableau : Échéance initiale, Ce que prévoyait le texte, Situation après la décision du 14 août
Échéance initialeCe que prévoyait le texteSituation après la décision du 14 août
1er septembre 2026Interdiction des nouveaux comptes pour les moins de 15 ansDisposition censurée, donc aucune entrée en vigueur
Septembre à décembre 2026Période transitoire pour les comptes existantsCalendrier abandonné
1er janvier 2027Application de l’interdiction aux comptes créés avant septembreFermeture non exigible sur le fondement de ce texte
Avant le printemps 2027Aucune échéance prévue par le texte de juilletNouvel objectif politique, sans garantie législative

L’interdiction n’est donc pas simplement reportée.

Le dispositif adopté en juillet est censuré et ne peut pas être appliqué dans sa rédaction actuelle.

Pour réintroduire une interdiction, le gouvernement ou le Parlement devra présenter un nouveau texte, reprendre le parcours législatif et prévoir des garanties répondant aux exigences du Conseil constitutionnel.

Ce que prévoyait le texte censuré

Le texte adopté introduisait dans la loi pour la confiance dans l’économie numérique un principe général : l’accès à un service de réseau social fourni par une plateforme en ligne devait être interdit aux mineurs de moins de 15 ans.

Certaines catégories de services étaient exclues :

  • les encyclopédies en ligne ;
  • les répertoires éducatifs ou scientifiques ;
  • les plateformes consacrées au développement et au partage de logiciels libres ;
  • certains projets numériques éducatifs en source ouverte.

La loi ne proposait pas de liste fermée des plateformes concernées.

Instagram, TikTok, Snapchat, Facebook, YouTube, Twitch, Reddit, Threads ou X étaient régulièrement cités dans le débat public. Leur inclusion devait toutefois dépendre des définitions juridiques retenues pour les plateformes et les réseaux sociaux.

Les messageries enrichies, les services hybrides et les jeux vidéo intégrant des fonctionnalités sociales auraient pu soulever des difficultés d’interprétation.

Le texte ne tranchait pas davantage entre plusieurs méthodes de contrôle :

  • la déclaration de l’utilisateur ;
  • l’estimation automatisée de l’âge ;
  • l’analyse faciale ;
  • la présentation d’une pièce d’identité ;
  • l’utilisation d’une identité numérique ;
  • la validation par un tiers ;
  • la transmission d’une preuve d’âge anonyme.

Ces incertitudes se trouvent précisément au cœur de la censure constitutionnelle.

Aucun compte ne devra être fermé en septembre

La conséquence immédiate de la décision est claire : les plateformes ne seront pas obligées de refuser les nouveaux comptes des moins de 15 ans à partir du 1er septembre 2026 sur le fondement de cette loi.

Elles ne devront pas non plus fermer, en janvier 2027, les comptes déjà détenus par cette catégorie d’utilisateurs.

Cela ne signifie pas que toutes les plateformes vont maintenir leurs pratiques sans changement.

Elles peuvent continuer à appliquer :

  • leurs propres conditions d’âge ;
  • leurs dispositifs de contrôle parental ;
  • leurs mécanismes de protection des mineurs ;
  • les obligations prévues par le droit européen ;
  • des expérimentations volontaires de vérification ou d’estimation de l’âge.

La censure supprime l’obligation nationale qui devait entrer en vigueur. Elle n’interdit pas aux plateformes de renforcer individuellement leurs politiques de sécurité.

Non, la censure ne libéralise pas la publicité destinée aux mineurs

Une confusion importante doit être évitée.

Le texte adopté par le Parlement ne créait déjà pas de nouvelle interdiction publicitaire générale visant directement les marques.

Les articles relatifs à la publicité, à l’influence commerciale et à la promotion des plateformes, présents dans certaines versions antérieures, avaient été supprimés du texte définitivement adopté le 21 juillet.

La décision du Conseil constitutionnel ne supprime donc pas un nouveau régime publicitaire, puisque celui-ci ne figurait plus dans le texte final.

Elle ne transforme pas pour autant les réseaux sociaux en zone de liberté totale pour les annonceurs.

Le Digital Services Act interdit déjà aux plateformes de présenter à un mineur une publicité fondée sur le profilage lorsqu’elles savent avec une certitude raisonnable que l’utilisateur est mineur.

Cette règle concerne les moins de 18 ans, et pas uniquement les moins de 15 ans.

Tableau : Pratique publicitaire, Situation juridique générale
Pratique publicitaireSituation juridique générale
Publicité personnalisée à partir du profil ou du comportement d’un mineurInterdite par le DSA lorsque la plateforme sait avec une certitude raisonnable que l’utilisateur est mineur
Publicité contextuelle dans un média ou un environnement adapté aux adolescentsPossible en principe, sous réserve des règles sectorielles et de protection des consommateurs
Message incitant directement un enfant à acheter un produit ou à convaincre ses parents de l’acheterPratique interdite par le droit européen de la consommation
Publicité pour l’alcool, les jeux d’argent, certains produits financiers ou d’autres secteurs réglementésSoumise à des restrictions indépendantes de la loi censurée
Utilisation d’une audience CRM sur un réseau socialPossible uniquement avec une base légale valable et dans le respect du RGPD
Campagne destinée aux mineurs utilisant des critères comportementaux indirectsRisque élevé de reconstituer un profilage interdit
Campagne contextuelle destinée aux familles ou aux parentsPossible sous réserve du contenu, du produit et des données utilisées

La censure du texte français ne remplace donc ni le DSA, ni le RGPD, ni le droit de la consommation, ni les règles applicables à l’influence commerciale.

Ce qui change immédiatement pour les annonceurs

Le principal changement est l’abandon d’une rupture réglementaire qui devait intervenir dès la rentrée.

Les annonceurs n’ont plus à organiser dans l’urgence la disparition légale des utilisateurs de 13 et 14 ans.

Ils ne sont plus obligés d’anticiper, pour septembre, une baisse mécanique des audiences déclarées, une fermeture massive de comptes ou une modification imposée de l’inventaire publicitaire.

Les campagnes déjà planifiées ne doivent toutefois pas être maintenues automatiquement sans contrôle.

Une marque doit toujours vérifier :

  • si sa campagne repose sur le profilage de mineurs ;
  • si son message exploite leur inexpérience ou leur vulnérabilité ;
  • si le produit promu fait l’objet de restrictions particulières ;
  • si les données utilisées ont été collectées légalement ;
  • si les créateurs mobilisés respectent les règles de l’influence commerciale ;
  • si les critères de ciblage sont compatibles avec le DSA et le RGPD.

La bonne réaction n’est donc ni la panique, ni l’immobilisme.

Il faut abandonner le calendrier devenu caduc tout en conservant le chantier de conformité et de diversification des canaux.

Le ciblage des 13-14 ans reste fortement encadré

Dans l’ancien scénario, une stratégie destinée à atteindre les 13 et 14 ans sur Instagram, TikTok ou Snapchat risquait de devenir matériellement impossible.

Cette perspective s’éloigne à court terme.

Les utilisateurs concernés peuvent continuer à accéder aux réseaux sociaux, sous réserve des règles existantes et des politiques propres à chaque plateforme.

Les marques ne doivent toutefois pas confondre accès au service et possibilité de profilage publicitaire.

Le fait qu’un adolescent puisse conserver son compte ne permet pas automatiquement à un annonceur d’utiliser :

  • son historique de navigation ;
  • ses centres d’intérêt déduits ;
  • ses interactions ;
  • sa localisation ;
  • des segments comportementaux ;
  • des audiences similaires conçues pour retrouver le même profil.

Pour les marques de mode junior, de jeux vidéo, de sport, de divertissement, de restauration ou d’applications mobiles, la stratégie la plus solide consiste à distinguer trois objectifs :

  1. toucher l’utilisateur final ;
  2. influencer la décision familiale ;
  3. convertir la personne qui réalise l’achat.

Lorsque le parent finance, autorise ou souscrit, il devient souvent la cible média la plus stratégique.

Les campagnes peuvent alors s’appuyer sur :

  • une communication destinée aux parents ;
  • des environnements contextuels adaptés aux familles ;
  • des médias spécialisés dans la jeunesse ;
  • la vidéo, l’audio, le cinéma ou l’affichage ;
  • les points de vente ;
  • les événements ;
  • les partenariats éditoriaux ;
  • des contenus pédagogiques accessibles depuis les moteurs de recherche.

Le mauvais réflexe serait de contourner l’interdiction du profilage en utilisant des signaux comportementaux destinés à reconstituer artificiellement une audience de mineurs.

Les audiences ne devraient pas chuter en septembre à cause de cette loi

La baisse massive des audiences des 13-14 ans envisagée avant la décision constitutionnelle n’a plus de fondement réglementaire immédiat.

Aucune suppression généralisée de comptes ne doit intervenir au 1er septembre en application du texte censuré.

Les annonceurs ne devraient donc pas observer, du seul fait de cette loi :

  • une disparition brutale des comptes déclarés comme appartenant à des utilisateurs de 13 ou 14 ans ;
  • une contraction réglementaire de l’inventaire publicitaire ;
  • une rupture automatique dans les historiques de performance ;
  • une hausse mécanique des CPM sur les 15-17 ans ;
  • une fermeture imposée des comptes de créateurs mineurs.

Les données publicitaires peuvent néanmoins évoluer pour d’autres raisons.

Les plateformes renforcent progressivement leurs outils d’assurance de l’âge, modifient leurs politiques concernant les adolescents et doivent appliquer les obligations européennes de protection des mineurs.

Les annonceurs ont donc intérêt à conserver un point de comparaison comprenant :

  • la couverture ;
  • la fréquence ;
  • le CPM ;
  • le CTR ;
  • le coût d’acquisition ;
  • les conversions attribuées ;
  • la répartition déclarée par âge ;
  • la part des vues provenant d’utilisateurs connectés.

Cette photographie ne répond plus à une urgence fixée au 1er septembre. Elle constitue désormais un outil de pilotage permettant de détecter les effets d’un futur changement réglementaire ou technique.

Les campagnes d’influence restent sous surveillance

La censure écarte le risque immédiat de voir les comptes des créateurs de moins de 15 ans fermés au 1er janvier 2027 sur le fondement de cette loi.

Les partenariats pluriannuels ne sont donc plus menacés par ce calendrier précis.

L’influence reste néanmoins un levier sensible, car elle se situe au croisement :

  • de l’âge du créateur ;
  • de la composition de son audience ;
  • du produit promu ;
  • du message commercial ;
  • de la plateforme utilisée ;
  • des données exploitées pour amplifier la campagne.

Les marques doivent continuer à contrôler :

  • l’âge du créateur et les conditions d’administration de son compte ;
  • la part estimée de mineurs dans son audience ;
  • l’objectif formulé dans le brief ;
  • les critères utilisés pour amplifier la publication ;
  • la nature du produit promu ;
  • les obligations contractuelles et publicitaires.

Une clause d’adaptation réglementaire reste pertinente dans les collaborations de longue durée.

Elle peut prévoir un changement de plateforme, un report, une modification du format ou une réallocation du budget si une future loi rend le canal indisponible.

Les obligations existantes restent pleinement applicables. Le caractère publicitaire d’un contenu doit être clairement présenté et l’annonceur doit pouvoir être identifié.

Le guide officiel de l’influence commerciale mis à jour en 2026 rappelle également qu’un contrat écrit comportant les mentions obligatoires est exigé, depuis le 1er janvier 2026, lorsque la valeur de la collaboration dépasse 1 000 euros hors taxes.

La vérification généralisée de l’âge n’entrera pas en vigueur

La loi censurée aurait vraisemblablement obligé les réseaux sociaux à renforcer leurs mécanismes de contrôle.

Cette obligation n’entrera pas en vigueur dans sa rédaction actuelle.

Les adultes et les adolescents autorisés ne devront donc pas, à partir du 1er septembre, fournir systématiquement une preuve d’âge en application de ce texte.

Le sujet n’est toutefois pas abandonné.

Les lignes directrices européennes sur la protection des mineurs distinguent notamment :

  • la déclaration de l’utilisateur ;
  • l’estimation de l’âge ;
  • la vérification de l’âge.

Une simple autodéclaration est généralement considérée comme insuffisante pour empêcher efficacement un mineur de contourner une limite.

Les autorités européennes privilégient des dispositifs précis, proportionnés et limitant la collecte de données, par exemple une preuve tokenisée indiquant uniquement si l’utilisateur a franchi un seuil d’âge.

Un futur texte français devra probablement mieux encadrer :

  • les données pouvant être collectées ;
  • l’identité du prestataire chargé de la vérification ;
  • la durée de conservation ;
  • l’utilisation de l’estimation faciale ;
  • la protection de l’anonymat ;
  • les procédures de contestation ;
  • le traitement des erreurs ;
  • l’accès des adultes ne souhaitant pas transmettre leur identité.

Cette friction relève des plateformes et de leurs prestataires.

Une marque qui diffuse une campagne publicitaire n’a pas, du seul fait de ce débat, à collecter la pièce d’identité de ses visiteurs ou de ses prospects.

Créer son propre dispositif de contrôle sans nécessité juridique pourrait, au contraire, augmenter considérablement le risque RGPD.

Les plateformes exécutent les règles, mais les marques restent responsables

L’absence d’interdiction d’accès ne fait pas disparaître la responsabilité des annonceurs.

Une marque reste responsable :

  • de ses traitements de données ;
  • de la légalité de ses messages ;
  • de ses critères de ciblage ;
  • de la conformité du produit promu ;
  • de ses partenariats commerciaux ;
  • de la base légale utilisée pour ses audiences personnalisées.

Une agence reste également responsable des recommandations formulées et de la bonne exécution du mandat confié par son client.

La confiance dans les réglages automatiques d’une plateforme ne suffit pas.

Les entreprises doivent pouvoir conserver :

  • le brief et la cible validés ;
  • les exclusions demandées ;
  • les paramètres de campagne ;
  • les preuves de consentement associées aux audiences CRM ;
  • les contrôles réalisés sur les créateurs ;
  • les validations juridiques pour les produits réglementés ;
  • les rapports de diffusion transmis par les plateformes.

La provenance des données constitue un risque majeur.

En décembre 2025, la CNIL a sanctionné une entreprise à hauteur de 3,5 millions d’euros après la transmission à un réseau social de données provenant d’un programme de fidélité sans consentement valable.

Cette décision rendue publique en janvier 2026 montre que le risque ne réside pas uniquement dans l’âge de l’audience.

Il dépend également de la provenance, de la base légale et de l’utilisation des données servant au ciblage.

Ce que les marques doivent faire maintenant

La censure supprime l’urgence du mois de septembre, mais elle ne justifie pas l’abandon du chantier.

Tableau : Priorité, Action, Objectif
PrioritéActionObjectif
1Corriger les plans et présentations mentionnant une interdiction au 1er septembre 2026Éviter de piloter les campagnes à partir d’un calendrier caduc
2Vérifier les campagnes susceptibles de toucher des mineursContrôler le respect du DSA, du RGPD et des règles sectorielles
3Distinguer les personas 11-14 ans, 15-17 ans et parentsAdapter les messages, les canaux et les objectifs
4Exporter régulièrement les performances par canal et tranche d’âgeDisposer d’un point de comparaison en cas de future réforme
5Réviser les contrats d’influence de longue duréePrévoir un changement réglementaire ou une indisponibilité du canal
6Vérifier la base légale des audiences personnaliséesRéduire le risque de sanction par la CNIL
7Développer les données propriétaires et les canaux directsRéduire la dépendance aux plateformes
8Préparer un scénario média alternatifPouvoir réallouer rapidement les budgets
9Suivre les politiques de chaque plateformeAnticiper les changements volontaires de contrôle de l’âge
10Surveiller la préparation d’un nouveau texte pour 2027Ne pas découvrir la prochaine réforme au moment de son application

Comment construire une stratégie marketing destinée aux 11-17 ans ?

La censure ne doit pas conduire les marques à considérer les adolescents comme une audience homogène et librement exploitable.

Les besoins, les capacités de décision et les protections juridiques varient fortement selon l’âge.

Pour les moins de 15 ans

L’accès aux réseaux sociaux n’est pas interdit par le dispositif adopté en juillet, puisque celui-ci a été censuré.

Ces utilisateurs restent néanmoins des mineurs particulièrement protégés.

Une stratégie durable peut s’appuyer sur :

  • des environnements contextuels adaptés ;
  • des médias jeunesse respectant un cadre publicitaire identifiable ;
  • des contenus informatifs ou pédagogiques ;
  • des expériences en point de vente ;
  • des événements ;
  • des partenariats de terrain ;
  • une communication destinée aux parents lorsqu’ils prennent la décision d’achat.

La possibilité technique d’atteindre un mineur ne constitue pas, à elle seule, une justification juridique ou stratégique.

Pour les 15-17 ans

Les adolescents âgés de 15 à 17 ans demeurent mineurs.

La publicité fondée sur leur profilage reste interdite par le DSA lorsque la plateforme connaît leur minorité avec une certitude raisonnable.

Les marques doivent privilégier :

  • le ciblage contextuel ;
  • des créations adaptées à leur niveau de maturité ;
  • des messages qui n’exploitent pas leur vulnérabilité ;
  • des offres transparentes sur leur prix et leurs conditions ;
  • des parcours limitant la collecte de données.

Pour les parents

Le parent reste souvent la personne qui paie, autorise, souscrit ou transmet les données nécessaires à l’achat.

Il devient une cible prioritaire lorsque le produit implique :

  • un abonnement ;
  • une dépense récurrente ;
  • une autorisation ;
  • un engagement financier ;
  • la création d’un compte ;
  • la transmission de données personnelles.

Le message ne doit plus seulement présenter le produit.

Il doit également rassurer sur :

  • son utilité ;
  • son prix ;
  • sa sécurité ;
  • ses conditions d’utilisation ;
  • sa conformité à l’âge ;
  • la gestion des données ;
  • les possibilités de résiliation ou de contrôle parental.

Qui pourrait gagner dans cette recomposition ?

La censure accorde un délai supplémentaire aux annonceurs, mais elle ne supprime pas la tendance de fond.

La protection des mineurs, le contrôle de l’âge et la limitation du profilage vont continuer à transformer l’économie publicitaire des plateformes.

Les entreprises les mieux préparées seront celles qui disposent déjà :

  • d’une base de données propriétaire collectée légalement ;
  • d’une relation directe avec les parents et les familles ;
  • d’une audience obtenue grâce au référencement naturel ;
  • d’une newsletter ;
  • d’un média ou d’une communauté propriétaire ;
  • de partenariats éditoriaux et contextuels solides ;
  • d’une capacité de mesure indépendante des plateformes ;
  • de plusieurs canaux d’acquisition.

Une entreprise qui ne connaît son audience qu’à travers TikTok, Meta ou Snapchat reste vulnérable à chaque modification législative, technique ou algorithmique.

Une marque qui contrôle ses contenus, ses données, son référencement et sa distribution conserve davantage de marge de manœuvre.

La question dépasse donc la simple conformité.

Elle touche à la souveraineté marketing de l’entreprise.

Une nouvelle loi pourrait-elle revenir en 2027 ?

La censure du Conseil constitutionnel ne clôt pas le débat politique.

Après la décision du 14 août, Emmanuel Macron a demandé au Premier ministre Sébastien Lecornu de préparer une nouvelle rédaction tenant compte des exigences constitutionnelles.

L’Élysée souhaite que la réforme puisse entrer en vigueur avant le printemps 2027, selon Reuters.

Cet objectif reste politique.

Un nouveau texte devra encore :

  1. être rédigé ;
  2. sécuriser juridiquement la vérification de l’âge ;
  3. respecter le droit français et européen ;
  4. être examiné par le Parlement ;
  5. éventuellement faire l’objet d’un nouveau contrôle constitutionnel ;
  6. prévoir un calendrier opérationnel pour les plateformes.

Aucune entreprise ne peut donc considérer le printemps 2027 comme une date acquise.

La prochaine version devra probablement mieux concilier quatre impératifs :

  • protéger les mineurs ;
  • préserver la liberté de communication ;
  • limiter la collecte de données ;
  • éviter d’imposer aux adultes une identification disproportionnée.

Pourquoi cette décision compte pour les entreprises

L’interdiction des réseaux sociaux avant 15 ans n’entrera pas en vigueur à la rentrée 2026.

Les marques n’ont donc pas à interrompre précipitamment leurs campagnes, à fermer leurs partenariats avec des créateurs mineurs ou à réallouer l’ensemble de leurs budgets avant septembre.

Mais considérer la censure comme un retour durable au statu quo serait une erreur.

La France veut toujours encadrer plus strictement l’accès des mineurs. L’Union européenne renforce parallèlement ses exigences envers les plateformes. Les systèmes de contrôle de l’âge vont continuer à progresser.

Le véritable enjeu réside dans la fragilité d’une stratégie reposant entièrement sur l’accès aux audiences des grandes plateformes.

Les marques doivent profiter du délai créé par la censure pour :

  • sécuriser leurs pratiques ;
  • développer leurs données propriétaires ;
  • renforcer leurs canaux directs ;
  • diversifier leur acquisition ;
  • améliorer leur connaissance réelle des décideurs ;
  • préparer un scénario réglementaire plus strict pour 2027.

La réforme de juillet est censurée.

Le mouvement visant à limiter le profilage des mineurs et à encadrer leur accès aux plateformes, lui, ne disparaît pas.