Jamespot franchit une nouvelle étape dans la construction d'une suite collaborative française. L'éditeur annonce le rachat d'Alinto, spécialiste lyonnais de la messagerie professionnelle et de la sécurisation des e-mails.
L'opération permet à Jamespot d'intégrer directement une fonction essentielle à son environnement : la messagerie électronique professionnelle.
L'enjeu dépasse donc le simple rachat d'un éditeur logiciel. En réunissant messagerie, outils collaboratifs et intelligence artificielle, Jamespot veut progressivement proposer aux entreprises et organisations publiques une alternative française à Microsoft 365 et Google Workspace.
Le montant de l'acquisition n'a pas été communiqué.
Jamespot rachète Alinto et complète sa suite avec l'e-mail
Fondé en 2000 à Lyon, Alinto développe depuis plus de 25 ans des technologies consacrées à la messagerie professionnelle.
Selon les informations communiquées par Jamespot lors de l'acquisition, Alinto représente aujourd'hui plus de 1 000 entreprises clientes, près d'un million d'utilisateurs et plus de 100 millions d'e-mails traités quotidiennement.
L'entreprise commercialise notamment trois solutions :
- SOGomail, pour la messagerie professionnelle ;
- Cleanmail, consacré à la sécurisation et au filtrage des e-mails ;
- Serenamail, destiné aux e-mails transactionnels.
SOGomail s'appuie notamment sur SOGo, une technologie de groupware open source.
Avec cette acquisition, Jamespot récupère donc une technologie déjà opérationnelle, une expertise historique de la messagerie et un portefeuille de clients existant.
L'e-mail était une pièce essentielle de la stratégie de Jamespot
Jamespot dispose déjà d'un environnement de Digital Workplace permettant aux organisations de centraliser communication, collaboration, documents et différents processus internes.
Le groupe avait également renforcé sa composante d'intelligence artificielle avec l'acquisition de SafeBrain.
L'intégration d'Alinto permet désormais de structurer l'offre autour de trois grandes briques :
- Alinto pour la messagerie ;
- Jamespot.pro pour la collaboration ;
- SafeBrain pour l'intelligence artificielle.
Cette combinaison rapproche fonctionnellement Jamespot du modèle des grandes suites collaboratives intégrées.
L'entreprise revendique désormais plus de 350 organisations clientes, environ 400 000 utilisateurs de ses solutions et plus de 70 collaborateurs avec l'intégration d'Alinto.
Jamespot veut devenir une alternative française à Microsoft 365
C'est l'enjeu stratégique central de l'opération.
Microsoft 365 et Google Workspace occupent une place considérable dans l'environnement numérique des entreprises.Messagerie, documents collaboratifs, visioconférence, stockage, calendrier, communication interne et désormais intelligence artificielle : ces écosystèmes concentrent une part croissante des outils utilisés quotidiennement par les organisations.
Construire une alternative crédible nécessite donc de réunir suffisamment de fonctions dans un environnement cohérent.
Avec Alinto, Jamespot peut désormais associer messagerie professionnelle, collaboration et intelligence artificielle au sein d'une même stratégie technologique.
Il serait toutefois excessif de présenter Jamespot comme un concurrent de taille équivalente à Microsoft ou Google.
Les deux groupes américains disposent d'une base mondiale d'utilisateurs, d'infrastructures et de capacités financières sans commune mesure avec celles de l'éditeur français.
Jamespot ambitionne plutôt de devenir une alternative pour les organisations souhaitant réduire leur dépendance aux grandes plateformes américaines.
La souveraineté numérique devient un argument commercial
La question de la souveraineté numérique ne concerne plus uniquement les administrations.
La dépendance des entreprises européennes envers des fournisseurs étrangers touche désormais des fonctions particulièrement sensibles : cloud, messagerie, documents, cybersécurité, collaboration et intelligence artificielle.
Pour une entreprise, le choix d'une suite collaborative pose plusieurs questions :
- où sont hébergées les données ;
- quelle entreprise contrôle l'infrastructure ;
- quelles juridictions peuvent s'appliquer ;
- comment récupérer les données en cas de changement de fournisseur ;
- quelles sont les dépendances technologiques ;
- comment les communications sont-elles sécurisées ;
- quelles garanties existent en matière de continuité de service.
La messagerie est particulièrement stratégique puisqu'elle concentre contrats, informations commerciales, données financières, échanges internes et documents confidentiels.
Elle constitue également une surface d'attaque privilégiée pour les campagnes de phishing et autres cyberattaques visant les entreprises.
L'intégration d'Alinto permet donc à Jamespot de renforcer son positionnement sur un marché où souveraineté et cybersécurité deviennent progressivement des arguments économiques.
Jamespot et Alinto travaillaient déjà ensemble sur CollabNext
Le rapprochement entre les deux entreprises n'arrive pas totalement par surprise.
Jamespot et Alinto collaboraient déjà au sein de CollabNext, un projet de suite collaborative souveraine soutenu dans le cadre de France 2030.
L'objectif du projet est précisément de réunir plusieurs technologies françaises afin de proposer une alternative aux environnements collaboratifs dominants.
La messagerie d'Alinto était donc déjà intégrée à cet écosystème.
L'acquisition transforme désormais cette coopération technologique en intégration directe au sein de Jamespot.
Une neuvième acquisition pour Jamespot depuis 2014
Alinto constitue la neuvième acquisition réalisée par Jamespot depuis 2014.
L'entreprise a progressivement complété son environnement en intégrant différentes technologies et sociétés, parmi lesquelles Human Knowledge, Sonetin, Yoolink, Open Agora, Seemy, Ftopia, Mr-Smith.ai et SafeBrain.
Cette stratégie permet à l'éditeur d'élargir plus rapidement son périmètre fonctionnel plutôt que de développer chaque technologie en interne.
L'acquisition de SafeBrain avait renforcé l'intelligence artificielle.
Alinto apporte désormais la messagerie.
Cette logique de consolidation pourrait devenir déterminante pour les acteurs français du logiciel. Face aux grandes plateformes intégrées, une multitude de solutions spécialisées reste difficile à déployer à grande échelle si elles ne peuvent pas fonctionner au sein d'un environnement suffisamment unifié.
L'open source renforce aussi le positionnement d'Alinto
L'intégration de SOGomail apporte une autre dimension au rapprochement : son utilisation de SOGo, un projet open source de messagerie et de groupware.
L'open source ne suffit évidemment pas à garantir la souveraineté d'une solution.
La localisation des infrastructures, la gouvernance, les dépendances techniques, les contrats et l'entreprise qui exploite le service restent déterminants.
Une technologie ouverte peut néanmoins faciliter l'audit du code, la réversibilité et limiter certaines formes de dépendance à un éditeur propriétaire.
Alinto indique d'ailleurs vouloir poursuivre son implication dans l'écosystème SOGo après son rapprochement avec Jamespot.
Le principal défi sera de faire migrer les entreprises
Disposer d'une alternative techniquement crédible ne garantit pas son adoption.
Microsoft 365 et Google Workspace bénéficient d'un avantage considérable : ils sont déjà profondément intégrés aux entreprises.
Changer de suite collaborative peut nécessiter :
- la migration des boîtes e-mail ;
- le transfert des documents ;
- la reprise des calendriers ;
- la gestion des identités et des accès ;
- la connexion aux logiciels métier ;
- la formation des collaborateurs ;
- la conservation des archives ;
- la modification de certains processus internes.
Le véritable concurrent d'une solution souveraine n'est donc pas uniquement Microsoft ou Google.
C'est également le coût du changement.
Jamespot devra démontrer que la migration vers son environnement peut être suffisamment simple, fiable et économiquement pertinente pour compenser cet effort.
Les clients d'Alinto vont-ils conserver leurs solutions ?
Selon Alinto, ses solutions historiques doivent continuer à être développées après le rapprochement.
SOGomail, Cleanmail et Serenamail restent ainsi au cœur de l'activité.
L'intérêt de l'opération réside également dans les synergies entre les deux portefeuilles.
Les clients d'Alinto pourront accéder aux outils collaboratifs et aux technologies d'intelligence artificielle développés par Jamespot, tandis que les utilisateurs de Jamespot pourront bénéficier d'une messagerie intégrée à l'écosystème.
Une consolidation du numérique souverain français se dessine
Le rapprochement entre Jamespot et Alinto illustre un enjeu plus large pour l'industrie numérique française.
La France et l'Europe disposent de nombreux éditeurs spécialisés dans le cloud, la cybersécurité, la messagerie, le stockage, la visioconférence ou les logiciels collaboratifs.
Mais ces acteurs doivent affronter des groupes capables de réunir presque toutes ces fonctions au sein d'une seule plateforme.
La consolidation peut donc devenir un moyen de réduire cet écart fonctionnel.
Jamespot ne devient pas, avec Alinto, un « Microsoft français ».
L'opération permet en revanche à l'entreprise de supprimer l'une des principales lacunes de son offre et de renforcer la crédibilité d'une suite collaborative française plus intégrée.
Dans un contexte où les entreprises européennes s'interrogent davantage sur leur dépendance technologique, cette stratégie pourrait trouver un marché plus important qu'il y a encore quelques années.
Pourquoi cette acquisition compte pour les entreprises françaises
Au-delà de Jamespot et Alinto, cette opération pose une question stratégique aux dirigeants :
une entreprise européenne doit-elle nécessairement dépendre d'un fournisseur américain pour sa messagerie, ses documents, sa collaboration et son intelligence artificielle ?
Microsoft 365 et Google Workspace disposent aujourd'hui d'avantages considérables en matière d'intégration, d'expérience utilisateur et d'écosystème.
Pour gagner des parts de marché, les alternatives françaises devront donc démontrer qu'elles peuvent offrir souveraineté, sécurité et maîtrise des données sans dégrader l'expérience utilisateur ni augmenter excessivement les coûts.
C'est précisément sur cet équilibre que se jouera la réussite de Jamespot.
Le rachat d'Alinto ne crée pas encore un concurrent français de même dimension que Microsoft 365.
Il permet néanmoins à Jamespot de disposer d'une pièce supplémentaire essentielle pour tenter de construire une alternative crédible.
