Il existe probablement peu de médias capables d'expliquer tranquillement que leurs informations sont fausses, que leur stagiaire travaille depuis une cave, qu'il est payé exactement 0 euro, puis d'enchaîner avec une proposition commerciale destinée aux annonceurs.

Pediavenir en fait partie.

Et le plus intéressant dans l'histoire, c'est que cela fonctionne.

Le média parodique français reprend volontairement les codes graphiques et éditoriaux de l'information en continu pour publier des actualités fictives, absurdes ou volontairement trompeuses pendant quelques secondes.

Son positionnement tient presque en une ligne :

La désinformation en temps réel.

Évidemment, le fameux stagiaire non payé, enfermé dans une cave et nourri selon les moyens disponibles fait partie de l'univers humoristique de Pediavenir.

L'inspection du travail peut donc rester assise.

Mais derrière la plaisanterie se trouve une mécanique économique beaucoup plus intéressante.

Pediavenir démontre qu'une fausse information, lorsqu'elle est clairement inscrite dans un univers parodique, peut devenir un véritable format de communication pour les entreprises.

Autrement dit : quand la désinformation devient un marché exploitable.

Pediavenir ne vend pas de l'information : il vend une seconde de doute

Le véritable produit de Pediavenir n'est probablement pas son site.

Ce n'est même pas réellement la fausse information.

C'est la seconde de doute située entre la lecture du titre et la compréhension de la blague.

Cette seconde vaut cher.

Très cher, même, dans une économie numérique où toutes les entreprises essaient exactement d'obtenir la même chose : interrompre le défilement d'un utilisateur.

Le mécanisme est presque toujours identique.

Un internaute voit passer une publication.

Le visuel ressemble à celui d'un média.

La photographie paraît crédible.

Le titre est écrit comme une information classique.

Une personnalité connue est mentionnée.

Et pendant une fraction de seconde, le cerveau accepte l'hypothèse.

« Attends... quoi ? »

Puis :

« Ce n'est pas possible. »

Puis enfin :

« Ah. Pediavenir. »

La mission est accomplie.

Une publicité traditionnelle demande au consommateur de lui accorder de l'attention.

Pediavenir commence par la lui prendre.

Et pour une marque, cette différence est fondamentale.

Pour fabriquer du faux crédible, il faut parfaitement connaître les codes du vrai

C'est probablement l'un des aspects les plus intéressants de Pediavenir.

Pour produire une désinformation humoristique efficace, il ne suffit pas d'inventer quelque chose de faux.

Il faut que l'information soit presque plausible.

Trop absurde, elle ne provoque aucun doute.

Trop réaliste, elle peut devenir problématique.

Tout l'exercice consiste donc à trouver cette zone extrêmement étroite où l'utilisateur hésite suffisamment longtemps pour que la publication produise son effet.

Pour y parvenir, Pediavenir reproduit une grande partie des codes des médias numériques :

  • titres courts ;
  • informations immédiatement compréhensibles ;
  • photographies identifiables ;
  • personnalités connues ;
  • sujets liés à l'actualité ;
  • formulations affirmatives ;
  • identité graphique reconnaissable ;
  • diffusion native sur les réseaux sociaux.

La forme donne une impression de crédibilité avant même que le cerveau commence à analyser le fond.

Et c'est précisément là que le modèle devient intéressant.

Nous avons progressivement appris à reconnaître visuellement une information avant même de la vérifier.

Une photo.

Un bandeau.

Un nom de média.

Quelques mots.

Et notre cerveau classe instantanément le contenu dans la catégorie « actualité ».

Pediavenir joue précisément avec cet automatisme.

Quand une blague doit être fact-checkée, quelque chose fonctionne très bien

Cette mécanique possède évidemment une conséquence particulière : certaines publications peuvent parfois quitter leur contexte humoristique et être relayées comme de véritables informations.

Pediavenir s'est ainsi retrouvé à plusieurs reprises au centre de contenus nécessitant une vérification après leur circulation sur les réseaux sociaux.

Des organismes spécialisés dans le fact-checking ont dû rappeler que certaines déclarations ou situations attribuées à des personnalités publiques provenaient initialement d'un média parodique.

D'un point de vue journalistique, le phénomène pose évidemment une question importante sur la circulation de l'information.

Mais d'un point de vue marketing, il révèle également quelque chose de particulièrement puissant.

Si une publication humoristique doit être fact-checkée, c'est qu'elle a parfaitement reproduit une partie des signaux de crédibilité d'une véritable information.

Et cette capacité possède désormais une valeur commerciale.

La blague est devenue un média

À mesure que son audience s'est développée, Pediavenir a progressivement dépassé le stade du simple compte humoristique.

Le projet dispose aujourd'hui d'une présence importante sur plusieurs plateformes sociales, notamment :

  • X ;
  • Instagram ;
  • TikTok ;
  • Facebook.

Le média revendique une audience cumulée importante et plusieurs dizaines de millions d'impressions sur ses contenus.

Ces chiffres étant communiqués par Pediavenir lui-même, ils doivent naturellement être considérés comme déclaratifs en l'absence d'un audit indépendant.

Mais l'ordre de grandeur permet de comprendre la mécanique économique.

Pediavenir n'est plus simplement une blague publiée occasionnellement sur Internet.

C'est désormais une marque média capable de distribuer massivement un format éditorial identifiable.

Et pour les entreprises, c'est précisément là que les choses deviennent intéressantes.

Une publicité que les internautes ont réellement envie de partager

Le problème fondamental de la publicité numérique est relativement simple :

personne ne se connecte à Instagram pour regarder des publicités.

Personne n'ouvre X en espérant découvrir une bannière promotionnelle.

Personne n'envoie spontanément à ses amis une publicité display remarquablement bien optimisée.

Les marques doivent donc acheter leur visibilité.

Avec un média comme Pediavenir, la logique peut être inversée.

Si le contenu fonctionne, l'audience peut elle-même :

  • commenter ;
  • partager ;
  • envoyer la publication à un ami ;
  • prendre une capture d'écran ;
  • republier le contenu ;
  • débattre de sa véracité ;
  • mentionner la marque.

Autrement dit, l'internaute devient lui-même un canal de distribution.

Et cela change complètement l'équation économique.

Une publicité classique est poussée vers une audience.

Une bonne publication Pediavenir peut être tirée par l'audience elle-même.

« Votre marque mérite la désinformation »

Pediavenir ne cache d'ailleurs pas cette dimension commerciale.

Le média propose directement aux entreprises et aux agences de communication de créer des opérations autour de son univers.

Le principe est particulièrement cohérent avec son ADN :

transformer une entreprise, un produit ou une marque en fausse actualité.

Cela peut prendre la forme d'un faux scoop, d'une publication sponsorisée ou d'une campagne conçue spécifiquement autour des codes éditoriaux de Pediavenir.

La marque ne vient donc plus interrompre le contenu.

Elle devient le contenu.

Et c'est probablement la principale évolution marketing illustrée par Pediavenir.

Pendant longtemps, la publicité digitale fonctionnait selon une séparation relativement claire :

contenu → espace publicitaire → contenu.

Puis est arrivé le native advertising.

Puis le contenu sponsorisé.

Puis les influenceurs.

Puis le brand content.

Avec Pediavenir, cette frontière disparaît presque complètement.

La campagne publicitaire adopte directement la mécanique éditoriale du média qui la diffuse.

La publicité native poussée jusqu'à l'absurde

Le modèle de Pediavenir se trouve quelque part entre plusieurs industries :

  • média ;
  • divertissement ;
  • agence créative ;
  • compte humoristique ;
  • influence ;
  • publicité native ;
  • culture du mème.

Et cette hybridation est probablement une partie de sa force.

Une entreprise n'achète plus uniquement de la visibilité.

Elle achète une manière particulière d'entrer dans la conversation.

C'est une distinction importante.

Sur les réseaux sociaux, toutes les impressions ne se valent pas.

Une publication vue passivement pendant 0,8 seconde n'a pas la même valeur qu'une publication qui pousse un utilisateur à interrompre son scroll, relire le titre puis l'envoyer à trois personnes.

Pediavenir cherche précisément à provoquer cette seconde catégorie de comportement.

La valeur publicitaire ne repose donc pas seulement sur la taille de l'audience.

Elle repose sur la réaction produite par le format.

Pediavenir possède quelque chose que les marques ne peuvent pas simplement acheter : un code culturel

Une entreprise peut acheter des impressions.

Elle peut acheter des vidéos.

Elle peut engager une agence.

Elle peut utiliser une intelligence artificielle générative pour produire 500 publications.

Elle peut même essayer de copier un format humoristique.

Ce qu'elle ne peut pas facilement acheter, c'est un code culturel déjà compris par une communauté.

Lorsque Pediavenir publie quelque chose, une partie de son audience connaît déjà la règle du jeu.

Elle sait qu'il faut douter.

Elle sait que le contenu est probablement faux.

Elle sait également qu'une partie du plaisir consiste précisément à imaginer pendant quelques secondes que l'information puisse être réelle.

Cette mécanique devient progressivement un actif de marque.

Pediavenir ne possède donc plus seulement une audience.

Il possède un format propriétaire identifiable.

Et cette distinction est essentielle.

Dans l'économie des médias, la valeur se déplace progressivement de la simple capacité à publier vers la capacité à posséder une relation identifiable avec son audience.

La crédibilité devient une matière première commerciale

Le paradoxe Pediavenir est presque parfait.

Un média traditionnel construit sa valeur en étant crédible parce qu'il publie des informations supposées vraies et vérifiées.

Pediavenir construit une partie de sa valeur en étant suffisamment crédible pour rendre plausible, pendant quelques secondes, quelque chose qu'il assume comme faux.

Dans les deux cas, la crédibilité reste une ressource économique.

Elle permet de :

  • capter l'attention ;
  • provoquer une réaction ;
  • déclencher un partage ;
  • générer des commentaires ;
  • créer de la conversation ;
  • renforcer la mémorisation d'une marque.

Pediavenir ne commercialise donc pas véritablement la désinformation.

Il commercialise la crédibilité momentanée d'une désinformation volontairement humoristique.

La nuance est fondamentale.

Le business de l'attention entre dans une nouvelle phase

Ce modèle raconte également quelque chose de beaucoup plus large sur l'évolution des médias.

Pendant des années, les éditeurs ont considéré que leur principal produit était le contenu.

Puis Internet a montré que leur véritable produit économique était souvent l'audience.

Les réseaux sociaux ont ensuite déplacé la valeur vers l'engagement.

Aujourd'hui, une nouvelle étape apparaît :

la réaction devient elle-même le produit.

Faire rire.

Faire hésiter.

Faire commenter.

Faire envoyer.

Faire screenshot.

Faire dire :

« Mais c'est complètement con. »

Puis obtenir quand même 3 millions d'impressions.

Dans cette économie, l'absurdité peut devenir une stratégie de distribution extrêmement rationnelle.

Un modèle particulièrement intéressant pour les marques

Pour une entreprise, collaborer avec ce type de média peut présenter plusieurs avantages.

1. Sortir immédiatement du bruit publicitaire

Une fausse information bien construite ressemble initialement davantage à un contenu éditorial qu'à une publicité traditionnelle.

Elle peut donc interrompre plus efficacement le scroll.

2. Augmenter la mémorisation

L'humour et la surprise produisent généralement une expérience plus mémorable qu'une simple exposition publicitaire.

3. Générer du partage organique

Une publication suffisamment amusante peut être redistribuée par les utilisateurs eux-mêmes.

4. Humaniser une marque

Participer volontairement à une blague permet à certaines entreprises d'adopter une tonalité plus culturelle et moins institutionnelle.

5. Transformer la marque en sujet

C'est probablement le point le plus puissant.

La marque n'achète plus seulement une publicité autour d'un contenu.

Elle devient l'histoire racontée par le contenu.

Mais le modèle possède une limite évidente : le contexte peut disparaître

Cette mécanique n'est évidemment pas sans risque.

Sur le compte Pediavenir, le contexte est relativement identifiable.

Mais Internet possède une particularité extrêmement importante :

les contenus voyagent sans leur contexte.

Une publication peut être :

  • capturée ;
  • recadrée ;
  • téléchargée ;
  • repostée ;
  • envoyée sur WhatsApp ;
  • publiée sur Facebook ;
  • copiée sur TikTok ;
  • reprise par un compte étranger.

Et à chaque étape, une partie des marqueurs permettant d'identifier la parodie peut disparaître.

Une plaisanterie parfaitement compréhensible dans son environnement d'origine peut alors devenir une véritable fausse information quelques heures plus tard.

C'est précisément pourquoi les médias parodiques évoluent sur une ligne éditoriale particulièrement délicate.

Le contenu doit être suffisamment crédible pour fonctionner.

Mais suffisamment identifiable pour ne pas devenir durablement trompeur.

Pour les marques, la frontière juridique et déontologique reste bien réelle

L'humour ne supprime évidemment pas les règles applicables à la publicité.

Lorsqu'une entreprise finance ou sponsorise un contenu, la nature commerciale de l'opération doit rester identifiable.

C'est particulièrement important avec un format qui imite volontairement l'apparence d'une actualité.

La créativité peut être totale.

Le faux scoop peut être absurde.

Le stagiaire peut continuer à ne jamais voir apparaître sa fiche de paie fictive.

Mais le caractère publicitaire d'une collaboration ne peut pas lui-même devenir une fake news.

Pour les annonceurs, c'est probablement le principal point de vigilance du modèle.

La campagne doit conserver l'efficacité du format sans créer de confusion durable sur son caractère commercial.

Pediavenir révèle surtout la transformation du métier de média

Le cas Pediavenir dépasse finalement largement la parodie.

Il montre à quel point les frontières traditionnelles de l'industrie médiatique deviennent floues.

Un média peut aujourd'hui être simultanément :

éditeur + communauté + studio créatif + canal de distribution + agence publicitaire + marque culturelle.

Cette évolution concerne d'ailleurs beaucoup plus que Pediavenir.

Les newsletters deviennent des entreprises.

Les créateurs deviennent des médias.

Les médias deviennent des studios.

Les studios deviennent des agences.

Et les marques deviennent parfois elles-mêmes productrices de contenus.

La chaîne de valeur historique du secteur explose progressivement.

Dans ce nouvel environnement, disposer d'une communauté et d'un format suffisamment différenciant peut avoir davantage de valeur que posséder une infrastructure éditoriale traditionnelle.

Quand la désinformation devient un marché exploitable

Pediavenir est finalement un excellent cas d'école de l'économie de l'attention.

Le média a compris quelque chose que de nombreuses entreprises dépensent des millions d'euros à essayer de résoudre :

personne n'a envie de regarder une publicité.

En revanche, les internautes adorent découvrir quelque chose d'incroyable.

Ils adorent envoyer une publication absurde à leurs amis.

Ils adorent vérifier si quelque chose est réellement arrivé.

Ils adorent pouvoir répondre :

« J'y ai cru pendant deux secondes. »

Pediavenir transforme précisément ce comportement en produit éditorial.

Puis transforme ce produit éditorial en produit commercial.

La chaîne de valeur devient alors particulièrement intéressante :

crédibilité → doute → réaction → partage → audience → annonceur → monétisation.

Le produit n'est finalement pas la désinformation.

Le produit est l'attention générée par une information dont la crédibilité ne doit survivre que quelques secondes.

Et dans une économie numérique où ces quelques secondes deviennent chaque année plus difficiles à obtenir, Pediavenir vient peut-être de construire quelque chose de beaucoup plus sérieux que ses publications ne le laissent penser.

Un véritable modèle média.

Ce qui est tout de même assez inquiétant.

Parce que selon toute vraisemblance, le stagiaire n'a toujours pas été augmenté.