C'est une journée décisive pour Fibre Excellence Saint-Gaudens et, au-delà, pour une partie de l'industrie papetière française.
Ce 8 septembre 2026, le tribunal de commerce de Toulouse doit examiner les offres concernant l'usine de pâte à papier de Saint-Gaudens, en Haute-Garonne.
Le site est déjà placé en liquidation judiciaire avec poursuite d'activité autorisée jusqu'au 15 septembre. Sans solution de reprise permettant de prolonger son activité, l'usine pourrait donc s'arrêter dans quelques jours.
Un nouvel investisseur tente de sauver Fibre Excellence
Un rebondissement entretient cependant l'espoir d'une reprise.
Un nouvel industriel spécialisé dans la pâte à papier et les produits d'hygiène s'est manifesté auprès du projet porté autour de la Région Occitanie.
Selon La Dépêche du Midi, cet acteur a confirmé officiellement son intérêt pour le savoir-faire et la production de Fibre Excellence.
Mais il n'est pas encore un repreneur.
L'industriel demande davantage de temps pour transformer cette manifestation d'intérêt en offre ferme. L'État et la Région Occitanie défendent désormais auprès du tribunal l'obtention d'un nouveau sursis permettant de finaliser le montage.
Le projet de reprise prévoit environ 90 millions d'euros d'investissements et vise à maintenir les quelque 270 emplois du site.
Pourquoi Fibre Excellence est stratégique pour l'industrie française
L'enjeu dépasse largement Saint-Gaudens.
Fibre Excellence disposait de deux grandes usines françaises de pâte à papier, à Saint-Gaudens et Tarascon. Cette dernière a déjà basculé en liquidation judiciaire.
La disparition du site de Saint-Gaudens fragiliserait donc encore davantage la capacité française à produire industriellement de la pâte à papier.
L'usine peut produire environ 280 000 tonnes de pâte par an.
Le dossier pose ainsi une question désormais récurrente dans l'industrie française : comment maintenir des capacités de production stratégiques lorsque les besoins en capitaux deviennent trop importants ?
Entreprisma l'avait déjà observé avec Duralex et les difficultés de financement de son outil industriel, mais également avec Limatech, liquidée malgré le développement d'une technologie stratégique pour l'aéronautique.
Fibre Excellence face au mur du financement industriel
Les difficultés de Fibre Excellence ne sont pas uniquement commerciales.
Le groupe avait été placé en redressement judiciaire en avril après que son actionnaire a injecté près de 300 millions d'euros avant de renoncer à poursuivre son soutien.
Le ministère de l'Industrie avait notamment identifié deux difficultés structurelles : la hausse du prix du bois et la baisse du cours de la pâte à papier.
Une première offre portant sur l'ensemble de Fibre Excellence, portée notamment par Matthieu Pigasse avec le soutien de plusieurs collectivités, avait déjà été rejetée fin juillet.
La procédure concernant Saint-Gaudens est ensuite passée en liquidation judiciaire, tout en maintenant temporairement l'activité afin de rechercher une solution.
Le cas rappelle celui d'autres entreprises industrielles françaises confrontées au même mur : disposer d'un savoir-faire ou d'une technologie ne suffit pas lorsque le besoin en fonds de roulement et les investissements nécessaires deviennent trop importants. La liquidation de Sabella dans l'hydrolien français avait déjà illustré cette difficulté à financer le passage à l'échelle industriel.
Une décision déterminante pour les 270 salariés
Le tribunal doit désormais arbitrer entre l'urgence financière immédiate et la possibilité qu'un nouvel investisseur transforme son intérêt en véritable projet industriel.
La Région Occitanie pousse pour obtenir plusieurs mois supplémentaires et doit elle-même participer financièrement au montage.
Une proposition de nationalisation temporaire de Fibre Excellence a également été portée politiquement, tandis que le gouvernement s'est jusqu'ici montré réticent à cette option.
Le dossier n'est donc plus seulement celui d'une entreprise en difficulté.
Il concentre plusieurs problématiques centrales de l'industrie française : financement des usines, souveraineté industrielle, dépendance aux investisseurs, coût des matières premières et capacité à préserver des savoir-faire productifs sur le territoire.
Pour Fibre Excellence Saint-Gaudens, le temps est désormais compté.
La poursuite d'activité n'est actuellement autorisée que jusqu'au 15 septembre 2026. La décision prise autour de cette audience pourrait donc déterminer si les machines continuent de tourner, ou si la France perd une nouvelle capacité industrielle difficilement remplaçable.