La prochaine levée de fonds de Mistral AI se précise.

La pépite française de l'intelligence artificielle serait sur le point d'annoncer un nouveau tour de table de 3 milliards d'euros en série D, selon les informations publiées le 2 septembre 2026 par Sifted, qui cite plusieurs sources proches de l'opération.

Le tour serait mené par Samsung, avec la participation de Nvidia, ASML et du Scaleup Europe Fund, ainsi que plusieurs investisseurs de moindre taille.

Cette opération constituerait une nouvelle étape spectaculaire dans le développement de Mistral AI. Quelques mois plus tôt, des discussions autour d'une levée de 3 milliards d'euros et d'une valorisation de Mistral AI pouvant atteindre 20 milliards d'euros avaient déjà émergé.

La nouveauté est désormais ailleurs : les noms des investisseurs qui seraient prêts à financer cette nouvelle phase de croissance commencent à se préciser.

Et ils dessinent un tour de table particulièrement stratégique.

Mistral AI préparerait une série D de 3 milliards d'euros

Selon les informations de Sifted, Mistral AI devrait annoncer une série D de 3 milliards d'euros.

Le financement serait mené par Samsung.

Trois autres acteurs particulièrement importants apparaissent parmi les investisseurs :

  • Nvidia, leader mondial des GPU utilisés pour entraîner et exécuter les modèles d'intelligence artificielle ;
  • ASML, acteur incontournable des équipements nécessaires à la fabrication des semi-conducteurs avancés ;
  • le Scaleup Europe Fund, destiné à soutenir le développement des entreprises technologiques européennes capables d'atteindre une dimension mondiale.

D'autres investisseurs participeraient également au financement avec des montants moins importants.

À ce stade, Mistral AI n'a pas encore officiellement annoncé la clôture de cette opération.

Cette distinction est essentielle : il ne s'agit donc pas encore d'écrire que Mistral AI « a levé » 3 milliards d'euros, mais que l'entreprise prépare ou serait sur le point d'annoncer cette levée, sur la base des informations disponibles.

Samsung pourrait mener le nouveau tour de Mistral AI

La présence de Samsung comme investisseur principal potentiel constitue l'un des éléments les plus intéressants de l'opération.

Le groupe sud-coréen est présent dans une grande partie de la chaîne technologique mondiale : semi-conducteurs, mémoire, smartphones, électronique grand public, infrastructures et équipements professionnels.

Un investissement majeur dans Mistral AI dépasserait donc largement la logique d'un placement financier classique.

L'intelligence artificielle devient progressivement un enjeu industriel qui associe les concepteurs de modèles aux fabricants de puces, aux producteurs de mémoire, aux fournisseurs de capacité de calcul et aux entreprises capables de distribuer ces technologies à grande échelle.

Dans cette configuration, Mistral AI ne serait plus seulement financée par des fonds de capital-risque.

Elle serait davantage entourée par des groupes industriels directement impliqués dans la chaîne de valeur mondiale de l'IA.

Nvidia est déjà étroitement lié à Mistral AI

La participation annoncée de Nvidia n'arrive pas non plus dans un environnement vierge.

En mars 2026, Mistral AI et Nvidia ont annoncé un partenariat autour du développement de modèles d'IA ouverts.

Mistral est notamment membre fondateur de la NVIDIA Nemotron Coalition, une initiative réunissant plusieurs acteurs de l'IA autour du développement de modèles ouverts avancés.

Le partenariat prévoit notamment une collaboration entre les technologies de Mistral et :

  • les capacités de calcul de Nvidia ;
  • ses outils de développement de modèles ;
  • ses technologies de génération de données synthétiques ;
  • ses infrastructures nécessaires à l'entraînement et à l'optimisation des modèles.

Nvidia avait également participé à la précédente levée de fonds de Mistral AI.

Sa présence dans un nouveau tour de table renforcerait donc une relation déjà structurée entre le spécialiste français des modèles d'IA et le groupe qui domine actuellement le marché mondial des accélérateurs nécessaires à leur fonctionnement.

ASML est déjà l'un des principaux actionnaires de Mistral AI

Pour ASML, la relation avec Mistral AI est encore plus avancée.

En septembre 2025, le géant néerlandais des équipements pour semi-conducteurs avait mené la précédente levée de fonds de Mistral.

Mistral AI avait alors levé 1,7 milliard d'euros sur la base d'une valorisation post-money de 11,7 milliards d'euros.

ASML avait investi à lui seul 1,3 milliard d'euros.

Selon l'annonce officielle publiée par ASML, l'opération lui avait permis de détenir environ 11 % du capital de Mistral AI sur une base pleinement diluée.

Mais le rapprochement n'était déjà pas seulement financier.

Les deux entreprises avaient parallèlement conclu un partenariat stratégique de long terme afin d'intégrer l'intelligence artificielle dans plusieurs activités d'ASML.

Les premiers cas d'usage portent notamment sur l'utilisation d'agents IA pour la fiabilité logicielle, l'analyse à grande échelle de journaux techniques ou encore l'automatisation de documentation dans les processus d'ingénierie.

De 11,7 à environ 20 milliards d'euros de valorisation ?

Le nouveau tour pourrait également confirmer un changement d'échelle financier extrêmement rapide.

Lors de sa série C de septembre 2025, Mistral AI avait atteint une valorisation post-money de 11,7 milliards d'euros.

Quelques mois plus tard, des discussions autour d'une valorisation proche de 20 milliards d'euros ont émergé.

Entreprisma avait déjà analysé ce scénario dans son dossier consacré à la valorisation de Mistral AI et à ce qu'elle pourrait signifier pour la Deeptech française.

Si ce niveau est confirmé lors de la nouvelle opération, la progression serait considérable.

Tableau : Tour, Montant, Valorisation évoquée
TourMontantValorisation évoquée
Série C – septembre 20251,7 Md€11,7 Md€ post-money
Série D – 2026~3 Md€~20 Md€ évoqués

Le deuxième chiffre doit néanmoins rester présenté avec prudence tant que les conditions définitives de l'opération ne sont pas publiées par Mistral AI.

Pourquoi Mistral AI a besoin de plusieurs milliards d'euros

Une levée de 3 milliards d'euros peut paraître gigantesque pour une entreprise fondée seulement en 2023.

Elle doit toutefois être replacée dans l'économie particulière de l'intelligence artificielle générative.

Développer des modèles de pointe nécessite d'importantes ressources :

  • puissance de calcul ;
  • GPU et infrastructures spécialisées ;
  • data centers ;
  • énergie ;
  • recrutement de chercheurs et d'ingénieurs ;
  • développement de nouveaux modèles ;
  • capacité d'inférence ;
  • déploiement international ;
  • infrastructure commerciale destinée aux entreprises.

La compétition ne porte d'ailleurs plus uniquement sur les modèles.

Elle concerne progressivement l'ensemble de l'infrastructure nécessaire pour les entraîner, les héberger et les exécuter.

Mistral AI assume de plus en plus cette évolution.

Mistral veut désormais contrôler davantage son infrastructure

Le groupe français développe progressivement une stratégie qui dépasse la conception de grands modèles de langage.

En août 2026, Mistral expliquait vouloir renforcer la souveraineté de son infrastructure d'intelligence artificielle en Europe.

Son objectif annoncé est particulièrement ambitieux : contribuer à atteindre jusqu'à 1 GW de capacité de calcul d'ici 2030.

Mistral développe également Mistral Compute, une infrastructure destinée à l'entraînement et à l'inférence de modèles à grande échelle.

L'entreprise propose notamment un accès à des GPU Nvidia GB200, GB300 et B300.

Cette stratégie nécessite des investissements considérables.

En mars 2026, Mistral AI avait déjà franchi une nouvelle étape financière en recourant à la dette afin de financer ses propres capacités de data centers.

La nouvelle levée de fonds intervient donc dans une phase où Mistral cherche à contrôler davantage de briques de sa chaîne de valeur.

Un tour de table qui ressemble de plus en plus à une alliance industrielle

C'est probablement l'élément le plus stratégique de l'opération.

Pris séparément, Samsung, Nvidia et ASML sont trois investisseurs majeurs.

Pris ensemble, ils représentent plusieurs niveaux essentiels de l'industrie technologique.

ASML fournit les machines de lithographie indispensables à la fabrication des semi-conducteurs les plus avancés. Nvidia conçoit les accélérateurs qui constituent aujourd'hui l'une des principales infrastructures matérielles de l'IA générative. Samsung dispose d'une présence massive dans les semi-conducteurs, la mémoire et les appareils électroniques.

Et Mistral AI développe les modèles et la plateforme logicielle.

La nouvelle levée de Mistral pourrait donc avoir une dimension beaucoup plus industrielle que les tours de financement traditionnels des startups technologiques.

Cette configuration illustre également l'évolution de l'écosystème européen de l'intelligence artificielle, qui cherche à réduire sa dépendance vis-à-vis d'une poignée de plateformes américaines tout en restant dépendant d'une chaîne mondiale de semi-conducteurs extrêmement concentrée.

Le Scaleup Europe Fund ajoute une dimension politique européenne

La présence annoncée du Scaleup Europe Fund est également significative.

L'Europe cherche depuis plusieurs années à résoudre l'un des principaux problèmes de son écosystème technologique : sa capacité à créer des startups innovantes est réelle, mais leur financement devient souvent plus difficile lorsqu'elles atteignent des besoins de plusieurs centaines de millions ou plusieurs milliards d'euros.

Les entreprises européennes les plus prometteuses doivent alors régulièrement se tourner vers des capitaux américains ou asiatiques.

L'arrivée d'un fonds européen dans une opération de cette ampleur participe donc à une stratégie plus large : conserver davantage de champions technologiques et de valeur économique en Europe.

Dans le cas de Mistral AI, l'enjeu est particulièrement sensible puisque l'entreprise s'est positionnée dès son lancement comme l'un des principaux représentants d'une IA européenne capable de proposer une alternative aux acteurs américains.

Mistral face à OpenAI, Anthropic et Google

Même avec une valorisation potentielle proche de 20 milliards d'euros, Mistral reste financièrement beaucoup plus petite que certains de ses principaux concurrents internationaux.

La course mondiale à l'intelligence artificielle mobilise désormais des montants qui auraient semblé extraordinaires il y a encore quelques années.

OpenAI, Anthropic, Google, Meta et plusieurs acteurs chinois investissent massivement dans :

  • les modèles ;
  • les infrastructures ;
  • les data centers ;
  • les talents ;
  • les agents IA ;
  • et la distribution auprès des entreprises.

La question n'est donc pas simplement de savoir si 3 milliards d'euros représentent une levée exceptionnelle pour une startup française.

Ils le sont.

La vraie question est de savoir si ce montant permet à Mistral de conserver suffisamment longtemps sa place dans une industrie où le coût du capital et de la puissance de calcul continue d'augmenter.

Une opération majeure pour la French Tech

Si elle est confirmée dans les conditions actuellement rapportées, la série D de Mistral AI dépasserait largement le cadre de l'entreprise.

Elle constituerait l'une des opérations les plus importantes de l'écosystème technologique européen.

Mistral est devenue en quelques années un cas particulier dans la French Tech : une entreprise française positionnée directement sur une technologie stratégique mondiale, capable d'attirer des investisseurs industriels internationaux et de mobiliser plusieurs milliards d'euros.

Son évolution est également observée comme un test pour la capacité de l'Europe à faire émerger puis conserver ses propres champions technologiques.

L'enjeu n'est plus seulement de créer des startups.

Il est de parvenir à financer leur passage à l'échelle lorsqu'elles commencent à affronter des entreprises disposant de dizaines de milliards de dollars de ressources.