Cette tribune a été imaginée un soir où j’étais déçue.
Je sortais d’une réunion commerciale avec une grande institution liée à l’insertion professionnelle. Nous avions échangé autour de possibles collaborations dans la formation et l’insertion.
Sur le papier, c’était exactement le genre de rendez-vous qui pouvait ouvrir quelque chose.
Je suis pourtant rentrée avec cette sensation étrange que connaissent beaucoup d’entrepreneurs : avoir donné du temps, préparé, argumenté, imaginé des possibilités… et ne pas savoir ce qu’il restera réellement de tout cela.
Ce soir-là, j’étais fatiguée.
Pas seulement physiquement.
Fatiguée de devoir toujours chercher la prochaine porte.
Le prochain client.
Le prochain partenaire.
Le prochain marché.
Le prochain financement.
Alors j’ai commencé à écrire.
D’abord dans la nuit, presque sans réfléchir. Puis j’ai repris mes mots le lendemain.
Parce que j’avais besoin de raconter cette partie de l’entrepreneuriat.
Pas celle que l’on photographie.
Pas celle des annonces LinkedIn, des réussites ou des discours sur la liberté.
L’autre. Celle que l’on vit lorsque l’ordinateur est encore ouvert tard le soir et que personne ne peut vous garantir que les efforts d’aujourd’hui produiront quelque chose demain.Je n’ai pas créé une entreprise pour exercer un seul métier
Quand j’ai développé Sina & Prestige, mon métier était clair dans ma tête.
La formation.
Les ressources humaines.
Le management.
L’ingénierie pédagogique.
L’accompagnement des compétences et de l’insertion professionnelle.
Puis j’ai compris qu’en créant une entreprise, je n’avais pas créé un métier.
J’en avais créé plusieurs.
Je suis formatrice.
Mais je suis aussi commerciale.
Je cherche des clients.
Je développe des partenariats.
Je rencontre des professionnels.
Je réponds à des opportunités.
Je recrute ou je cherche les bonnes compétences lorsque j’en ai besoin.
Je construis des projets.
Je gère l’administratif.
Je développe mon réseau.
Et lorsque la mission est signée, je peux également être celle qui la réalise.
Il y a des journées où je passe d’un cours à une réunion commerciale, puis d’une réunion commerciale à un dossier administratif avant de terminer sur une réflexion stratégique pour l’entreprise.
Et quelquefois, quand tout cela est terminé, il faut encore réfléchir à demain.
C’est probablement ce qui m’a le plus marquée.
> Lorsque vous êtes entrepreneuse, votre entreprise ne disparaît pas lorsque vous rentrez chez vous.
Elle reste quelque part dans votre tête.
Même pendant les congés, une réunion peut arriver.
Un prospect peut répondre.
Une opportunité peut se présenter.
Un partenaire peut appeler.
Il faut alors décider : est-ce que je coupe vraiment ou est-ce que cette opportunité mérite que je sois disponible ?
Et personne ne peut prendre cette décision à votre place.
Il y a des moments où j’ai l’impression qu’il faudrait déjà avoir réussi pour avoir le droit de réussir
Le développement commercial m’a aussi confrontée à quelque chose que je n’avais pas forcément anticipé à ce point : l’accès aux marchés.
Quand vous êtes une petite structure, une mission importante peut représenter beaucoup.
Elle peut apporter du chiffre d’affaires, évidemment.
Mais aussi une référence.
Une crédibilité.
Un nouveau réseau.
Parfois même un véritable changement d’échelle.
Alors vous regardez les appels d’offres.
Vous étudiez les opportunités.
Et vous découvrez les conditions.
Plusieurs années d’ancienneté.
Un certain niveau de chiffre d’affaires.
Des garanties financières.
Des références que, précisément, vous cherchez encore à obtenir.
Et je me suis souvent fait cette réflexion :
comment une petite entreprise est-elle censée devenir plus grande si elle doit déjà présenter les caractéristiques d’une entreprise installée pour accéder aux marchés qui lui permettraient de grandir ?
Bien sûr, il existe des solutions.
S’associer.
Construire des partenariats.
Répondre avec des structures plus importantes.
Créer des groupements.
Mais il faut les chercher.
Encore une fois, il faut comprendre les règles du jeu avant de pouvoir réellement jouer.
J’étais fière d’obtenir Qualiopi. Puis j’ai compris que ce n’était qu’une étape
Obtenir Qualiopi était important pour moi.
Je voulais cette certification.
Pour la crédibilité de Sina & Prestige.
Pour la qualité.
Pour les possibilités qu’elle pouvait ouvrir.
Alors j’ai travaillé.
Parfois le soir, après mes cours ou mes missions.
Il fallait préparer les éléments, structurer les processus, vérifier les documents, comprendre les exigences.
Lorsque la certification est arrivée, évidemment que j’étais satisfaite.
C’était une étape franchie.
Une vraie victoire.
Mais j’ai rapidement compris quelque chose que l’entrepreneuriat m’apprend régulièrement :
une porte ouverte donne souvent accès à un couloir rempli d’autres portes.Qualiopi ne résout pas tout.
Il reste les référencements.
Les plateformes.
Les différents dispositifs.
Les financements.
Les critères propres à certains marchés.
On peut passer énormément de temps à apprendre comment fonctionne un système simplement pour avoir la possibilité d’y entrer.
Et ce temps, personne ne vous le donne.
Il faut le prendre sur autre chose.
Il m’est arrivé de regarder un financement en pensant : « Mais je corresponds aux critères »
Les financements et les subventions peuvent créer beaucoup d’espoir lorsqu’on développe une activité.
Vous trouvez un dispositif.
Vous lisez les critères.
Vous pensez correspondre.
Puis vous entrez dans le détail.
Il manque une garantie.
Il faut davantage d’ancienneté.
Le chiffre d’affaires attendu n’est pas encore là.
Le dossier est plus complexe que prévu.
Ou simplement, vous candidatez et vous ne savez pas quelle sera l’issue.
Je ne dis pas que ces dispositifs sont inutiles.
Au contraire.
Mais il existe un vrai décalage entre voir qu’un financement existe et parvenir effectivement à l’obtenir.
J’ai même découvert tout un écosystème d'entreprises spécialisées dans les réponses aux appels à projets, aux subventions ou aux marchés publics.
Ce simple constat dit beaucoup de choses.
Lorsque remplir un dossier devient suffisamment complexe pour constituer un métier à part entière, imaginez ce que cela représente pour une entrepreneuse qui doit simultanément développer ses clients, produire ses prestations et gérer son activité.
Alors, est-ce que je suis libre ?
C’est une question que je me pose souvent.
Parce que cette fameuse liberté est probablement l’un des arguments que l’on entend le plus lorsqu’on parle d’entrepreneuriat.
Et ma réponse est oui.
Je suis libre.Mais pas comme je l’imaginais peut-être.
Je suis libre de choisir les personnes avec lesquelles je veux travailler.
Libre de construire des projets qui correspondent davantage à mes valeurs.
Libre de dire non à certaines collaborations.
Libre d’investir dans une direction plutôt qu’une autre.
Libre de décider ce que je veux faire de Sina & Prestige.
Cette liberté-là est extrêmement précieuse.
Mais elle ne signifie pas absence de contraintes.
Parce qu’au moment de choisir, c’est également moi qui assume les conséquences.
Est-ce que je finance cette certification ?
Est-ce que je mets de l’argent dans ma communication ?
Est-ce que je participe à cet événement professionnel ?
Est-ce que je passe ma journée à développer mon réseau ou à avancer sur une mission ?
Est-ce que je prends cette opportunité maintenant ?
Est-ce que je recrute ?
Est-ce que je travaille avec un indépendant ?
Est-ce que cet investissement sera rentable ?
Certaines décisions peuvent sembler petites vues de l’extérieur.
Pour une petite entreprise, elles ne le sont pas toujours.
Parce que derrière chaque choix, il y a du temps.
De l’argent.
Une opportunité abandonnée.
Ou une direction différente prise par l’entreprise.
Aujourd’hui, je décrirais donc ma liberté autrement :
je suis libre de choisir, mais je suis aussi responsable de presque tous mes choix.Et cette responsabilité est permanente.
J’ai aussi compris que je ne pouvais pas tout faire seule
Il y a pourtant quelque chose dans l’entrepreneuriat que j’aime énormément : les rencontres.
Je crois beaucoup au réseau.
Pas seulement au réseau au sens commercial.
Au réseau humain.
À ces personnes que l’on rencontre lors d’un événement, sur LinkedIn ou par l’intermédiaire de quelqu’un.
Toutes ne deviendront pas clientes.
Toutes ne deviendront pas partenaires.
Et ce n’est pas grave.
Certaines vont simplement vous donner une idée.
Vous transmettre un contact.
Vous recommander quelqu’un.
Vous faire découvrir un outil.
Ou revenir plusieurs mois plus tard avec une opportunité à laquelle personne ne pensait au moment de la première rencontre.
Cela compte énormément lorsque l’on dirige une petite structure.
Je ne peux pas recruter une personne à temps plein pour chaque besoin que rencontre Sina & Prestige.
Je dois donc construire autrement.
Si j’ai besoin d’un commercial, je peux travailler avec un commercial indépendant.
Si j’ai besoin d’une compétence particulière en informatique ou en intelligence artificielle pour une formation, je peux chercher un formateur spécialisé.
Pour la communication, le site ou les réseaux sociaux, je peux m’appuyer ponctuellement sur d’autres professionnels.
Avec le temps, on finit par construire un écosystème.
Et je crois que c’est une erreur de considérer qu’entreprendre seule signifie forcément devoir tout faire seule.
L’indépendance n’interdit pas l’entraide. Elle la rend parfois indispensable.Quand on n’a pas les moyens d’un grand groupe, on apprend à trouver d’autres chemins
Développer une petite entreprise m’a également appris à chercher des solutions là où je ne les aurais peut-être pas cherchées auparavant.
On ne dispose pas forcément du budget permettant d’utiliser immédiatement toutes les plateformes professionnelles, de recruter tous les profils dont on aurait besoin ou de payer les mêmes prestataires qu’un grand groupe.
Alors on cherche.
On demande autour de soi.
On utilise LinkedIn.
On passe par des plateformes comme Leboncoin, Facebook ou des réseaux d’indépendants.
On compare.
On teste.
On trouve parfois quelqu’un par recommandation.
Cela peut sembler très éloigné de l’image sophistiquée que l’on donne parfois de la création d’entreprise.
Mais c’est aussi ça, entreprendre.
Faire avec les ressources que l’on possède aujourd’hui tout en construisant celles que l’on aimerait avoir demain.Avec le temps, j’ai arrêté de croire au fantasme de « l’idée en or »
Je rencontre aussi beaucoup de personnes qui veulent entreprendre et qui cherchent l’idée.
Pas une idée.
L’idée.Celle que personne n’aurait jamais eue.
Celle qui permettrait de créer immédiatement quelque chose d’extraordinaire.
Personnellement, je n’y crois pas beaucoup.
Je crois davantage à l’exécution.
Une idée peut être intéressante.
Mais il faut ensuite comprendre le marché.
Trouver sa cible.
Construire une offre.
Expliquer ce que l’on apporte.
Trouver des clients.
Développer un réseau.
Travailler.
Corriger.
Recommencer.
Persévérer.
Deux personnes peuvent partir d’une idée assez proche et construire deux entreprises totalement différentes.
Parce qu’elles ne l’exécutent pas de la même manière.
Parce qu’elles ne parlent pas aux mêmes clients.
Parce qu’elles ne possèdent pas le même réseau.
Parce qu’elles ne travaillent pas de la même façon.
Parce qu’elles ne tiennent pas forcément aussi longtemps.
Aujourd’hui, lorsque quelqu’un me parle de son « idée révolutionnaire », j’ai presque envie de lui demander :
« D’accord. Mais qu’est-ce que tu vas en faire demain matin ? »
C’est là que l’entrepreneuriat commence réellement.
Je travaille avec l’IA, mais elle ne peut pas faire mon métier à ma place
L’intelligence artificielle rend encore plus facile cette impression que tout peut être créé rapidement.
Un texte.
Une présentation.
Une idée.
Un programme.
Une stratégie.
En quelques secondes, nous pouvons obtenir quelque chose qui ressemble déjà à un résultat.
Je trouve l’outil extrêmement intéressant.
Dans mon domaine, je peux notamment l’utiliser pour certaines dimensions de l’ingénierie pédagogique, pour structurer des contenus ou accélérer une partie du travail.
Mais plus je l’utilise, plus je suis convaincue d’une chose :
la qualité de ce que l’IA produit dépend énormément de ce que la personne en face est capable de lui donner.Si je ne connais pas mon sujet, je ne sais pas nécessairement quelles informations lui fournir.
Je ne sais pas quelles questions poser.
Je ne sais pas toujours reconnaître une réponse médiocre.
Je ne sais pas contextualiser.
C’est un peu comme Google.
Avoir accès à Google n’a jamais transformé automatiquement quelqu’un en expert.
L’IA ne change pas cette règle.
Elle peut accélérer mon travail.
Elle peut augmenter mes possibilités.
Elle peut m’aider à organiser ma réflexion.
Mais elle ne remplace ni mon expérience, ni mon vocabulaire métier, ni les années passées à comprendre certaines problématiques.
Dans l’ingénierie pédagogique, par exemple, créer un cours ne consiste pas simplement à demander à une IA de produire cinquante diapositives.
Il faut réfléchir à ce que les personnes doivent apprendre.
À la progression.
Aux outils.
Aux exercices.
À la manière dont elles pourront réellement utiliser ces connaissances.
La technologie peut m’accompagner.
La réflexion reste la mienne.
Mes étudiants me rappellent régulièrement que le monde du travail est déjà en train de changer
J’enseigne également auprès d’étudiants.
Et j’entends beaucoup de choses sur la génération Z.
Ils ne voudraient plus travailler.
Ils voudraient tout immédiatement.
Ils utiliseraient trop l’IA.
Ils seraient impatients.
Peut-être que certains comportements peuvent donner cette impression.
Mais ce n’est pas la seule chose que je vois.
Moi, je vois aussi des jeunes qui veulent comprendre pourquoi ils apprennent quelque chose.
Ils veulent du concret.
Quand on leur présente une méthode, ils veulent savoir comment l’utiliser dans leur entreprise ou leur alternance.
Ils veulent comprendre comment réagir dans une situation réelle.
Et quelque part, je trouve cette exigence saine.
Cela nous oblige aussi, nous qui formons ou manageons, à nous remettre en question.
On ne peut plus simplement dire : « Voilà le processus, apprenez-le. »
Ils demandent :
« Oui, mais dans mon cas, qu’est-ce que je fais ? »
Et c’est précisément là que commence le vrai management.
Tout le monde ne fonctionne pas de la même manière.
Tout le monde n’apprend pas de la même manière.
Tout le monde n’a pas les mêmes qualités.
Les mêmes difficultés.
La même personnalité.
Je crois de plus en plus qu’un bon manager n’est pas quelqu’un qui sait appliquer une méthode identique à vingt personnes.
C’est quelqu’un qui sait comprendre les vingt personnes.
Je ne crois plus non plus à une seule définition de la réussite
La question des études revient souvent dans les échanges avec les jeunes.
Pendant longtemps, le scénario semblait clair.
Faire de bonnes études.
Obtenir un diplôme.
Puis un emploi.
Puis évoluer.
Mais je rencontre des personnes qui ont fait cinq années d’études, parfois davantage, et qui se retrouvent avec des difficultés pour entrer sur le marché du travail ou avec une rémunération très éloignée de ce qu’elles imaginaient.
Je ne suis évidemment pas contre les diplômes.
Mais je crois profondément que le diplôme n’est qu’une manière parmi d’autres de mesurer un parcours.
Il y a aussi l’expérience.
Le savoir-faire.
La capacité à résoudre un problème.
L’intelligence relationnelle.
La créativité.
La capacité à apprendre.
La capacité à s’adapter.
Et surtout la capacité à faire.
Je crois que notre monde professionnel doit encore progresser dans sa manière de reconnaître ces différentes formes de valeur.
Il y a des jours où entreprendre en France me frustre
Je vais être sincère.
Il m’arrive de regarder certaines contraintes administratives, les conditions d’accès à certains marchés, les financements, les garanties demandées et de ressentir de la frustration.
Parce que nous parlons beaucoup d’innovation.
Nous encourageons l’entrepreneuriat.
Nous parlons de création d’activité et de compétitivité.
Mais lorsqu’on est concrètement en train de construire une petite entreprise, le chemin peut sembler beaucoup plus difficile que les discours.
Ce n’est pas une étude économique.
Ce n’est pas une vérité universelle.
C’est ce que je ressens depuis le terrain.
Et parfois, lorsque je regarde ce que certains profils peuvent trouver comme possibilités à l’étranger, notamment dans des environnements où l’innovation ou certaines compétences semblent davantage valorisées, je m’interroge.
Comment faisons-nous pour conserver nos talents ?
Comment donnons-nous réellement leur chance aux petites structures ?
Comment permettons-nous à une entreprise récente de prouver ce qu’elle sait faire si certains marchés lui sont fermés parce qu’elle est justement… trop récente ?
Je n’ai pas toutes les réponses.
Mais je pense qu’il faut pouvoir poser ces questions.
Si quelqu’un veut entreprendre, la première chose que je lui demande n’est pas son idée
Je lui demande :
« Pourquoi tu veux faire ça ? »
Parce que l’idée ne suffira pas.
La motivation des premières semaines non plus.
Il y aura des matins où il faudra se lever tôt.
Des journées déjà longues suivies de soirées administratives.
Des rendez-vous commerciaux qui ne déboucheront sur rien.
Des dossiers que l’on aura passé des heures à préparer et qui seront refusés.
Des investissements dont on ne saura pas immédiatement s’ils étaient les bons.
Des moments de doute.
C’est pour cela que je parle beaucoup du mental.
Pas dans cette logique qui consisterait à dire qu’un entrepreneur doit souffrir pour mériter sa réussite.
Je ne crois pas à cela.
L’épuisement n’est pas un modèle économique.
Mais il faut être capable de supporter une certaine dose d’incertitude.
De continuer même lorsque tout n’est pas parfaitement clair.
De se demander ce que l’on peut apprendre d’un refus plutôt que de simplement le subir.
Et surtout d’avoir une raison suffisamment personnelle de continuer.
Parce qu’à un moment, lorsque la fatigue arrive, le simple fait de vouloir « être son propre patron » ne suffit plus forcément.
Malgré tout cela, il y a des moments où je me dis : c’est exactement pour ça que je l’ai fait
Une mission qui se signe.
Un retour positif après une formation.
Un nouveau partenaire.
Une rencontre professionnelle qui devient quelque chose quelques mois plus tard.
Une personne qui vous recommande.
Un projet que vous aviez imaginé et qui commence enfin à prendre forme.
Un stagiaire impliqué qui croit dans ce que vous êtes en train de construire.
Ce sont parfois de petites choses.
Mais elles ne sont jamais petites lorsqu’il s’agit de votre propre entreprise.
Parce que vous savez exactement ce qu’il y avait derrière.
Vous vous souvenez des heures passées sur le dossier.
De la personne qui vous a présenté ce contact.
Du premier rendez-vous.
Des hésitations.
De la proposition envoyée.
Des relances.
Et puis un jour : oui.
C’est peut-être la chose que je préfère dans l’entrepreneuriat.
Cette impression que chaque avancée appartient un peu à l’histoire que vous êtes en train de construire.
Alors non, entreprendre ne m’a pas rendue libre comme je l’imaginais
Je n’ai pas supprimé les contraintes.
J’en ai choisi certaines.
J’en ai découvert beaucoup d’autres.
Je ne décide pas de tout.
Je ne maîtrise pas les réponses des prospects.
Je ne maîtrise pas les décisions des institutions.
Je ne maîtrise pas l’économie.
Je ne maîtrise pas le résultat d’un appel d’offres.
Mais je peux décider de la manière dont je réagis.
Je peux choisir les personnes avec lesquelles je veux avancer.
Je peux construire une activité qui ressemble progressivement davantage à ce que je veux défendre.
Je peux faire évoluer mes offres.
Je peux apprendre.
Je peux essayer autre chose lorsqu’une porte reste fermée.
Et aujourd’hui, ma définition de la liberté entrepreneuriale ressemble probablement davantage à cela.
Ce n’est pas pouvoir faire ce que l’on veut. C’est pouvoir choisir ce que l’on veut construire, puis accepter la responsabilité qui accompagne ce choix.Je ne raconterais donc jamais à quelqu’un que l’entrepreneuriat est une route vers la liberté facile.
Je lui dirais plutôt que c’est une école.
Une école de décision.
De patience.
De réseau.
D’humilité.
De persévérance.
Et surtout d’incertitude.
Mais lorsque, petit à petit, quelque chose commence à exister parce que vous l’avez imaginé, défendu et construit…
Alors oui.
Cela en vaut la peine.
À propos de Varvara Alfred
Varvara Alfred est entrepreneuse, consultante et formatrice. Fondatrice de Sina & Prestige, elle développe des activités autour de la formation professionnelle, des ressources humaines, du management, de l’ingénierie pédagogique et du développement des compétences.Son quotidien entrepreneurial l’amène à conjuguer formation, développement commercial, partenariats, gestion de projets et construction d’un réseau de professionnels aux expertises complémentaires.
À travers cette tribune publiée sur Entreprisma, elle partage une vision personnelle de l’entrepreneuriat, loin d’une représentation idéalisée de la liberté : celle d’une dirigeante qui construit son activité tout en apprenant quotidiennement à composer avec les contraintes, les décisions et l’incertitude.
Cette tribune a été réalisée à partir d’un échange avec Varvara Alfred et retranscrit son expérience, ses convictions et son regard personnel sur l’entrepreneuriat et le monde du travail.
