Des chantiers à la fonction RH
Thomas Boubagra n’a pas commencé sa carrière derrière un bureau. Pendant sept ans, il travaille dans les travaux publics, conduit des engins et exerce un métier physiquement exigeant. Après un licenciement pour inaptitude, un bilan de compétences le conduit vers les ressources humaines. Il reprend des études, se forme à l’AFPA, puis obtient une licence en RH et relations sociales.
Treize ans plus tard, il a parcouru une grande partie de la fonction : recrutement, administration du personnel, formation et paie. Il a notamment assuré seul les RH d’un groupe familial d’environ 100 salariés répartis entre plusieurs boucheries-épiceries.
Cette première vie professionnelle continue de guider sa manière de travailler. Il raconte qu’on l’a un jour qualifié de « RH de machine à café ». L’expression l’avait d’abord vexé. Elle décrit pourtant assez bien ce qu’il revendique aujourd’hui : parler aux salariés, entendre ce qui ne remonte pas dans les procédures et construire une relation de confiance avec eux comme avec la direction.
« Dans un tableau Excel, c’est quelqu’un », rappelle-t-il au cours de notre échange. Quelqu’un qui a une famille, des difficultés possibles et une vie au-delà de son poste. Son parcours dans le BTP l’a rendu particulièrement attentif à cette réalité.
Quand le dirigeant doit devenir RH sans être RH
C’est en observant les moyens dont disposent les entreprises que Thomas Boubagra a construit son projet. Dans une grande structure, un service RH peut solliciter des juristes ou des avocats spécialisés. Dans une TPE, le dirigeant doit souvent chercher seul, entre la gestion de son activité, ses clients et ses salariés.
Pourtant, les questions arrivent vite : comment formaliser une embauche ? Le registre du personnel est-il à jour ? Les risques professionnels ont-ils été évalués ? Que faire face à une absence ou à une situation conflictuelle ?
Certaines obligations existent dès le premier salarié. C’est notamment le cas de la déclaration préalable à l’embauche et du document unique d’évaluation des risques professionnels. Elles ne disparaissent pas parce qu’une entreprise est trop petite pour recruter un responsable RH.
Thomas Boubagra insiste sur un point : les manquements qu’il a observés ne relèvent pas toujours d’une volonté de contourner les règles. Ils tiennent aussi à l’oubli, au manque de temps ou à la difficulté de comprendre quelle règle s’applique à une situation précise. Le dirigeant peut croire qu’il maîtrise un sujet jusqu’au jour où un événement révèle ce qui n’avait pas été anticipé.
La question devient alors moins abstraite que « comment être en conformité ? » : comment savoir, à temps, qu’un sujet demande une action ou un avis professionnel ?
Repérer d’abord, expliquer ensuite
C’est la fonction que Thomas Boubagra donne à RH Check, un diagnostic en ligne développé au sein de Richesses Humaines Consulting. L’employeur renseigne le contexte de son entreprise, puis répond à des questions sur ses pratiques. L’objectif est de faire apparaître les points maîtrisés, les sujets de vigilance et les actions à examiner en priorité.
Thomas Boubagra ne présente pas cet outil comme un service RH complet. Il veut donner au dirigeant un premier état des lieux : ce qu’il peut reprendre lui-même, ce qui exige davantage de travail et le moment où un accompagnement humain devient nécessaire.
Une deuxième idée prolonge cette démarche. Avec Izirule, encore en développement, il souhaite permettre à un salarié ou à un employeur de décrire une situation de travail avec ses propres mots, puis d’obtenir une explication compréhensible des règles potentiellement applicables. « Mon boss veut me virer » : l’utilisateur n’aurait pas à connaître le vocabulaire juridique avant même de poser sa question.
La promesse suppose toutefois une limite essentielle. Une situation de travail dépend souvent de faits que l’utilisateur n’a pas indiqués. Thomas Boubagra veut que l’outil demande des précisions lorsqu’elles manquent et sache dire qu’il ne peut pas conclure. Il ne s’agit pas, dans sa vision, de remplacer une analyse professionnelle.
Il travaille également sur un projet d’agent RH destiné aux dirigeants de petites entreprises. Celui-ci pourrait aider à préparer des étapes, des documents ou des rappels lorsqu’une situation survient. Le projet n’en est pas au même stade que RH Check. Thomas Boubagra affirme vouloir maintenir la décision et tout envoi de document sous validation humaine.
Des outils au service d’une autre relation au travail
Ces trois projets répondent à des besoins différents : repérer un risque, comprendre une règle, puis accompagner une action. Mais Thomas Boubagra les relie à une préoccupation plus large : l’écart d’accès à l’expertise entre les petites et les grandes entreprises.
Il y voit aussi une façon de défendre une fonction RH qu’il juge de plus en plus mal comprise. À ses yeux, elle est parfois perçue comme le seul relais de la direction, alors qu’elle devrait également permettre le dialogue, prévenir les difficultés et contribuer à un fonctionnement plus équitable.
La technologie peut aider à retrouver du temps et à éviter certains oublis. Elle ne peut pas, à elle seule, établir la confiance qui permet à un salarié de parler ni apprécier toute la complexité d’une situation humaine. C’est peut-être là que se situe la frontière la plus utile pour une TPE : disposer de meilleurs outils pour savoir où agir, sans perdre de vue les personnes concernées par chaque décision.

