À première vue, tout ressemble à une réservation classique.

Un appartement attractif, une localisation idéale à Paris, des photos séduisantes et une réservation effectuée via une plateforme connue mondialement.

Mais une fois sur place, le logement n’existe tout simplement pas.

C’est la mésaventure vécue par des touristes venus séjourner dans le VIIe arrondissement de Paris, à proximité du Champ-de-Mars et de la tour Eiffel.

Selon une enquête publiée le 22 septembre par Le Parisien, plusieurs voyageurs se sont présentés à la même adresse après avoir réservé un appartement sur Booking.com.

Problème : aucune location saisonnière ne les attendait à cette adresse.

Une fausse location Booking.com à quelques pas de la tour Eiffel

La localisation choisie rend l'arnaque particulièrement efficace.

Le VIIe arrondissement concentre certains des lieux les plus touristiques de Paris et les prix de l'hébergement peuvent y être élevés.

Les victimes croient donc avoir trouvé une bonne affaire dans un secteur extrêmement recherché.

Mais lorsqu'elles arrivent avec leurs valises, elles découvrent l'absence de réception, de propriétaire ou de boîte à clés permettant d'accéder au logement.

Le Parisien rapporte qu'un message a même été installé sur la grille d'un immeuble pour avertir les voyageurs que la location visible en ligne était frauduleuse.

Certains touristes auraient dû trouver un hébergement en urgence. Le quotidien rapporte également que certaines victimes ont été contraintes de dormir dans leur voiture.

Des centaines de touristes potentiellement concernés

Le phénomène ne semble pas se limiter à une seule réservation.

Dans une autre enquête consacrée au fonctionnement de ces annonces, Le Parisien évoque des annonces apparues depuis plusieurs semaines autour de la tour Eiffel et des centaines de touristes qui auraient été piégés.

Capital rapporte également le cas d'une adresse devant laquelle jusqu'à 150 personnes se seraient présentées après avoir pensé réserver un hébergement.

Ces chiffres proviennent des témoignages et enquêtes publiés sur ces cas précis : ils ne signifient pas que toutes les locations proposées sur Booking.com présentent un risque similaire.

Mais l'affaire met en évidence une faiblesse bien réelle du marché de la location en ligne : la confiance accordée à une plateforme peut parfois conduire le voyageur à moins vérifier l'existence réelle du logement.

Le Parisien réussit à publier lui-même une fausse annonce

C'est probablement l'élément le plus troublant de l'affaire.

Pour tester les contrôles appliqués lors de la création d'une annonce, Le Parisien affirme avoir créé un faux hébergement baptisé « Eiffel Tower Lounge-View ».

Le média explique avoir utilisé un mélange de photographies authentiques et d'images générées par intelligence artificielle, dont celle d'un faux jacuzzi donnant sur la tour Eiffel.

Selon l'enquête du journal, l'annonce était encore accessible une semaine après sa publication.

L'expérience pose une question centrale pour les grandes plateformes numériques : jusqu'où doivent aller les contrôles avant de permettre à un nouvel hébergement de recevoir des réservations ?

À mesure que les outils permettant de créer des photographies réalistes deviennent accessibles, fabriquer un faux appartement crédible peut également devenir beaucoup plus simple.

Un phénomène qui rejoint plus largement les nouveaux risques liés à l'intelligence artificielle et aux plateformes numériques.

Booking.com reconnaît l'existence des faux hébergements

Booking.com consacre elle-même une partie de ses recommandations de sécurité aux fake properties, ou faux hébergements.

La plateforme explique qu'il s'agit d'annonces frauduleuses créées pour amener les voyageurs à réserver ou à payer pour un logement qui n'existe pas.

Booking.com affirme détecter et bloquer la majorité de ces annonces grâce à ses contrôles, tout en reconnaissant que les méthodes utilisées par les cybercriminels deviennent plus sophistiquées.

Dans ses conseils officiels de sécurité, l'entreprise recommande notamment aux voyageurs de comparer le prix du logement avec celui d'autres biens similaires situés dans le même secteur.

Un tarif anormalement bas peut constituer un signal d'alerte.

Comment reconnaître une fausse annonce Booking.com ?

Aucun indice ne permet à lui seul d'identifier systématiquement une arnaque.

Plusieurs signaux doivent toutefois inciter à la prudence :

  • un logement nettement moins cher que les offres voisines ;
  • une annonce très récente avec peu ou pas d'avis ;
  • des photographies particulièrement spectaculaires sans éléments permettant d'identifier précisément le logement ;
  • une demande de paiement différente des modalités prévues dans la réservation ;
  • une demande urgente de transmettre ses coordonnées bancaires ;
  • des échanges visant à faire sortir le voyageur de la plateforme ;
  • une adresse difficile à vérifier sur d'autres sources.

Booking.com recommande également de consulter les avis laissés par les précédents voyageurs.

La plateforme indique que seuls les clients ayant effectivement effectué un séjour peuvent publier un avis associé à celui-ci.

Que faire avant de réserver un appartement en ligne ?

Quelques vérifications peuvent considérablement réduire le risque.

L'adresse du logement peut d'abord être recherchée indépendamment sur Internet ou sur un service de cartographie.

Il peut également être utile d'effectuer une recherche inversée des photographies afin de vérifier qu'elles ne proviennent pas d'un autre appartement, d'un hôtel ou d'une banque d'images.

Pour un logement récemment ajouté et dépourvu d'avis, une vigilance supplémentaire reste pertinente.

Et lorsqu'un propriétaire demande soudainement un virement, un paiement externe ou de nouvelles coordonnées bancaires, mieux vaut contacter directement le service client de la plateforme avant toute opération.

Booking.com rappelle notamment que son service client ne demande jamais le mot de passe d'un compte ni des informations financières sensibles par message.

Les plateformes face à une nouvelle génération de fraudes

L'affaire dépasse finalement le seul cas de Booking.com.

Airbnb, les plateformes de petites annonces, les marketplaces et les sites de réservation reposent tous sur un principe similaire : créer suffisamment de confiance entre des personnes qui ne se connaissent pas pour permettre une transaction à distance.

Or les outils permettant de fabriquer une identité numérique crédible deviennent de plus en plus performants.

Images générées par IA, descriptions automatisées, faux documents, usurpation d'identité ou phishing peuvent désormais être combinés pour produire des annonces beaucoup plus convaincantes.

Pour les plateformes, l'enjeu devient donc stratégique.

Plus une marketplace se développe, plus elle doit être capable de vérifier les vendeurs, hébergeurs ou prestataires qui utilisent son infrastructure.

Car lorsqu'un consommateur réserve sur une grande plateforme, il ne fait pas uniquement confiance au propriétaire du logement : il fait confiance à la plateforme elle-même.

C'est précisément ce que cette affaire rappelle.