Peugeot, Citroën, Fiat, Opel, Jeep, Alfa Romeo : les nombreuses marques de Stellantis n'ont pas encore retrouvé une rentabilité satisfaisante.
Après une période de turbulences commerciales et industrielles, le groupe dirigé par Antonio Filosa commence pourtant à afficher des signes de redressement.
Les résultats financiers du troisième trimestre 2026, publiés le 28 octobre, témoignent d'une amélioration de plusieurs indicateurs.
La perte nette a diminué de 90 % en un an.Mais les chiffres révèlent également une situation plus complexe : malgré 37,6 milliards d'euros de revenus, le constructeur demeure déficitaire sur le trimestre et son flux de trésorerie disponible industriel reste négatif de 4 milliards d'euros.
Le redressement est engagé. Son aboutissement reste à démontrer.
Stellantis perd 453 millions d'euros au troisième trimestre 2026
Selon les résultats financiers officiels publiés par Stellantis, le groupe affiche un chiffre d'affaires de 37,611 milliards d'euros entre juillet et septembre 2026.
Un an plus tôt, les revenus s'établissaient à 37,206 milliards d'euros.
La croissance demeure donc limitée à 1 %.
La principale amélioration concerne le résultat net : Stellantis enregistre une perte de 453 millions d'euros, contre 4,532 milliards au troisième trimestre 2025.
| Indicateur | T3 2026 | T3 2025 |
|---|---|---|
| Chiffre d'affaires | 37,61 Md€ | 37,21 Md€ |
| Résultat net | -453 M€ | -4,53 Md€ |
| Résultat opérationnel ajusté | 256 M€ | 90 M€ |
| Marge opérationnelle ajustée | 0,7 % | 0,2 % |
| Free cash flow industriel | -4,01 Md€ | -4,30 Md€ |
| Livraisons consolidées | 1,286 million | 1,300 million |
Le recul spectaculaire des pertes doit toutefois être interprété avec prudence.
Le troisième trimestre 2025 avait été affecté par d'importantes charges exceptionnelles.
La comparaison annuelle traduit donc à la fois une amélioration financière et un effet de base favorable.
Elle ne signifie pas que Stellantis aurait retrouvé sa rentabilité historique.
Pourquoi Stellantis reste déficitaire avec 37,6 milliards d'euros de chiffre d'affaires
Le chiffre d'affaires représente les revenus de l'entreprise, pas son bénéfice.
Pour produire et vendre ses véhicules, Stellantis doit financer ses usines, ses salariés, ses fournisseurs, sa logistique, sa recherche et développement, ainsi que différentes dépenses commerciales et financières.
Le groupe dégage un résultat opérationnel ajusté positif de 256 millions d'euros, mais sa marge correspondante n'atteint que 0,7 %.
Cela signifie que pour 100 euros de chiffre d'affaires, Stellantis génère moins d'un euro de résultat opérationnel ajusté.
Ce niveau laisse peu de marge face à d'éventuelles difficultés industrielles, commerciales ou réglementaires.
La perte nette demeure, elle, de 453 millions d'euros après prise en compte des éléments qui séparent le résultat opérationnel ajusté du résultat comptable final.
Quatre milliards d'euros de trésorerie industrielle consommés en trois mois
C'est probablement l'indicateur le plus important de cette publication pour comprendre les fragilités du constructeur.
Au troisième trimestre, le free cash flow industriel de Stellantis atteint -4,009 milliards d'euros.
Cet indicateur mesure notamment la trésorerie dégagée ou consommée par les activités industrielles, après certains investissements et ajustements.
Contrairement au résultat comptable, il permet d'observer directement l'évolution des ressources financières générées par les opérations industrielles.
Un flux négatif signifie que, sur la période, ces activités ont consommé davantage de trésorerie qu'elles n'en ont dégagé selon le périmètre de calcul de l'indicateur.
Stellantis améliore légèrement ce résultat par rapport aux -4,304 milliards d'euros enregistrés un an plus tôt.
Mais l'entreprise doit encore inverser cette tendance.
Stellantis prévoit un retour à un flux de trésorerie positif en 2027
Le constructeur réaffirme viser un free cash flow industriel positif en 2027.
Il maintient aussi ses perspectives financières pour 2026, avec une croissance annuelle du chiffre d'affaires de quelques pourcents et une marge opérationnelle ajustée restant dans le bas de la fourchette à un chiffre.
Ces objectifs restent des prévisions, et non des résultats acquis.
Le groupe dispose néanmoins d'une liquidité industrielle disponible de 42,7 milliards d'euros à la fin du trimestre.
Cette réserve constitue un élément de résilience financière.
Elle ne dispense pas Stellantis de parvenir à générer durablement de la trésorerie avec ses activités.
Peugeot, Citroën, Fiat : pourquoi l'Europe reste un problème pour Stellantis
Tous les marchés du constructeur n'évoluent pas dans la même direction.
Le chiffre d'affaires de l'Europe élargie progresse de 3 % au troisième trimestre.
Mais cette région est la seule à afficher une marge opérationnelle ajustée négative.
Son évolution se dégrade de 3,4 points par rapport à l'année précédente.
C'est une distinction importante : vendre davantage ne garantit pas nécessairement une meilleure rentabilité.
Plusieurs facteurs peuvent influencer les marges d'un constructeur automobile : les remises commerciales, les coûts industriels, la répartition des ventes entre modèles, le rythme des usines ou les investissements dans les nouvelles motorisations.
Stellantis ne fournit pas, dans ce seul chiffre, une explication exhaustive de la dégradation européenne.
Les usines françaises sont directement concernées par les difficultés industrielles
La situation financière du groupe doit également être rapprochée de sa production en France.
Fin septembre, Entreprisma révélait notamment les arrêts temporaires annoncés dans trois usines Stellantis à Sochaux, Rennes et Mulhouse.
À Sochaux et Rennes, ces interruptions étaient notamment associées à des difficultés d'approvisionnement en batteries longue autonomie.
Ces événements illustrent les contraintes auxquelles les industriels automobiles peuvent être confrontés : une usine peut disposer de commandes sans avoir accès à tous les composants nécessaires au bon rythme.
Il serait toutefois abusif d'attribuer les pertes trimestrielles de Stellantis à ces seuls arrêts.
Les résultats du groupe dépendent de nombreuses activités réparties sur plusieurs continents.
L'Amérique du Nord se redresse, mais les ventes restent contrastées
Le marché nord-américain constitue une autre priorité stratégique pour Stellantis.
Sur le trimestre, le chiffre d'affaires régional recule de 3 %, notamment en raison d'arrêts de production programmés.
La marge opérationnelle ajustée de la zone progresse cependant de 3,4 points sur un an.
Le groupe signale également des progressions commerciales sur certains modèles, notamment le Ram 1500.
En Amérique du Sud, les revenus augmentent de 3 % et Stellantis conserve une position importante sur les marchés brésilien et argentin.
En revanche, le Moyen-Orient et l'Afrique enregistrent une contraction de 19 % du chiffre d'affaires, tandis que l'Asie-Pacifique recule de 7 %.
La diversité géographique du constructeur constitue un atout, mais elle ne suffit pas à neutraliser toutes les difficultés locales.
FaSTLAne 2030 : le plan d'Antonio Filosa peut-il relancer Stellantis ?
Le directeur général Antonio Filosa pilote désormais le plan stratégique FaSTLAne 2030.
La stratégie vise notamment à améliorer l'efficacité industrielle, adapter la production à la demande, accélérer certains lancements commerciaux et renforcer la qualité.
Stellantis indique vouloir atteindre, d'ici la fin de 2026, au moins 40 % des gains d'efficacité annuels attendus d'un programme évalué à 6 milliards d'euros.
Il ne s'agit pas de 6 milliards d'euros de bénéfices déjà réalisés.
Le constructeur compte également sur une montée en puissance de ses nouveaux véhicules et sur une meilleure gestion des stocks.
Mais plusieurs contraintes restent présentes : les coûts de composants, les campagnes de rappel et l'effet des droits de douane.
L'entreprise estime notamment l'impact net des droits de douane à environ un milliard d'euros sur l'année.
Quelles conséquences pour les salariés et les sous-traitants français ?
Pour les salariés des sites industriels et les entreprises de sous-traitance, le principal enjeu réside dans la stabilisation de l'activité.
Un retour à une production plus régulière peut soutenir les commandes de composants, les prestations logistiques et les besoins en équipements.
À l'inverse, un constructeur qui cherche à réduire ses coûts peut réexaminer ses achats et ses investissements.
Les chiffres publiés au troisième trimestre ne permettent cependant pas de déduire l'annonce de nouvelles suppressions d'emplois en France.
Les décisions industrielles devront être évaluées usine par usine, en fonction des annonces officielles et des consultations éventuelles.
Stellantis est-il réellement sorti de la crise ?
La réponse dépend de l'indicateur étudié.
Sur le plan comptable, le groupe a fortement diminué ses pertes.
Sur le plan commercial, ses revenus progressent légèrement et certains marchés montrent des signes d'amélioration.
Mais sur le plan industriel et financier, les fragilités restent significatives.
Une marge opérationnelle ajustée de 0,7 % demeure faible pour absorber de nouveaux chocs.
Et le flux de trésorerie industriel reste négatif de 4 milliards d'euros au trimestre.
Stellantis n'est donc pas encore redevenu un constructeur durablement rentable. Il traverse une phase de redressement dont la réussite dépendra surtout de sa capacité à améliorer ses marges et à générer de la trésorerie.
Les prochains résultats permettront de vérifier si le plan FaSTLAne 2030 produit des effets structurels ou si l'amélioration de 2026 repose encore largement sur des comparaisons favorables avec une année 2025 particulièrement difficile.
