Organiser un salon professionnel ne consiste pas seulement à louer une salle et à inviter des entreprises. Il faut identifier un marché, convaincre des exposants, commercialiser les stands, attirer les visiteurs et coordonner toute la logistique.
Un ensemble de compétences qui représente un obstacle pour de nombreux entrepreneurs souhaitant se lancer dans l'événementiel.
C'est précisément sur cette difficulté que Franck Prime a construit ALGO Franchise, un réseau destiné à accompagner des indépendants dans la création de leurs propres événements.
Son principe : partager les moyens techniques, commerciaux et humains développés au fil de ses années dans l'événementiel, tout en laissant aux franchisés la responsabilité de développer leur activité.
Mais comment fonctionne réellement ce modèle ? Qui finance le premier salon ? Comment le franchiseur se rémunère-t-il et que doit faire l'entrepreneur ?
ALGO GROUPE, OPC Training et ALGO Franchise : trois activités complémentaires
Pour comprendre ALGO Franchise, il faut d'abord s'intéresser à l'organisation construite autour de Franck Prime.
L'entrepreneur présente trois activités qui se complètent :
- ALGO GROUPE organise des événements professionnels, notamment dans le luxe, le tourisme, les ressources humaines et le numérique. L'entreprise s'appuie sur des outils de gestion, de marketing et de mise en relation entre professionnels.
- OPC Training propose des formations destinées notamment aux adultes en reconversion souhaitant travailler dans l'événementiel. Les programmes portent sur les compétences nécessaires pour concevoir, commercialiser et organiser des événements.
- ALGO Franchise permet à des entrepreneurs indépendants de créer leurs propres salons en bénéficiant des méthodes, des outils et de l'accompagnement du réseau.
Ces trois activités forment un écosystème commercial : la formation apporte les compétences, les équipes d'ALGO participent à la préparation des événements et la franchise permet de déployer le concept sur différents territoires.
Cette organisation doit toutefois être distinguée de la structure juridique des sociétés concernées, qui n'est pas nécessairement identique à celle des marques commerciales.
Comment devenir franchisé ALGO et lancer son premier salon ?
Lors de notre entretien, Franck Prime décrit un parcours en plusieurs étapes. Son objectif affiché est de permettre à des candidats, même sans expérience approfondie de l'événementiel, de développer progressivement leur propre activité.
Un audit pour identifier le bon projet
Tout commence par une sélection et une évaluation du candidat.
Franck Prime affirme retenir environ un candidat sur 1 000 demandes. Un taux de sélection déclaré, dont le périmètre et les volumes restent à documenter.
Selon lui, un audit d'environ 24 heures permet ensuite d'évaluer les compétences, l'expérience professionnelle, la zone géographique et les connaissances sectorielles du futur franchisé.
L'objectif n'est pas nécessairement de reproduire un salon déjà existant, mais d'identifier une activité correspondant au profil de l'entrepreneur et aux possibilités commerciales de son territoire.
Une formation intensive et un événement préparé en parallèle
Le candidat suit ensuite une formation d'environ une semaine, dispensée dans le cadre du dispositif présenté par OPC Training.
Les enseignements peuvent porter sur la gestion d'entreprise, le marketing, la stratégie commerciale, les outils numériques ou encore la construction d'un business plan.
Mais le modèle comporte une particularité : les équipes du réseau commencent à préparer l'événement pendant que le franchisé se forme.
Franck Prime explique que les collaborateurs peuvent réaliser le site internet, les supports visuels, les campagnes marketing, les communiqués de presse et certains documents commerciaux.
L'idée est de réduire le temps nécessaire entre l'arrivée du franchisé et ses premières démarches commerciales.
Un accompagnement qui ne remplace pas le travail du franchisé
Une fois le projet lancé, le franchisé bénéficie, selon Franck Prime, d'une assistance à distance, notamment par WhatsApp, ainsi que d'un soutien commercial et marketing.
Le fondateur évoque une disponibilité annoncée 24 heures sur 24 et un accompagnement susceptible de se prolonger sur une année, voire davantage selon les besoins.
Pour autant, le réseau ne se substitue pas complètement à l'entrepreneur.
La relation avec les exposants, les partenaires et les clients reste une composante essentielle du travail du franchisé.Ce dernier doit développer son portefeuille commercial, suivre ses prospects et participer activement à la réussite de son événement.
À Avignon, un salon consacré au vin et à la bière comme exemple
Pour illustrer cette organisation, Franck Prime évoque le projet d'une franchisée située à Avignon.
Son objectif : développer un salon autour du vin et de la bière, un secteur différent des spécialités historiques du groupe.
Selon le fondateur, les équipes ont commencé à préparer la communication et à contacter la presse pendant que l'entrepreneuse poursuivait sa formation.
Il affirme également que les premières prises de contact commerciales sont arrivées avant la fin de cette formation.
Cet exemple permet de comprendre la logique du dispositif : le franchisé apporte son projet et sa connaissance du marché, tandis que le réseau mobilise ses ressources pour accélérer son lancement.
Il s'agit toutefois d'un projet présenté par le fondateur, et non d'un résultat commercial définitif. Le nombre d'exposants effectivement signés, les recettes réalisées et la tenue de l'événement restent à confirmer.
Comment ALGO Franchise gagne-t-il de l'argent ?
Le modèle repose sur deux mécanismes économiques distincts.
Le premier concerne l'activité du franchisé. En organisant un salon, celui-ci peut générer du chiffre d'affaires grâce à la commercialisation de stands, aux partenariats, au sponsoring ou à d'autres prestations proposées aux participants.
Il doit ensuite financer les dépenses liées à l'événement : location des espaces, prestataires techniques, communication, accueil, logistique et autres charges nécessaires.
Le deuxième mécanisme concerne le franchiseur.
Franck Prime annonce une redevance de 5 %, versée au réseau selon les conditions contractuelles prévues.
Pendant l'entretien, il explique vouloir différer cette rémunération jusqu'à la réalisation de l'événement et de son chiffre d'affaires. Il évoque même des situations où le paiement pourrait intervenir plus tard, jusqu'à deux ans.
Ce fonctionnement doit cependant être précisé : la base exacte de calcul des 5 %, les échéances et les éventuelles sommes restant dues en cas d'échec ne peuvent être déterminées sans consulter le contrat.
En particulier, une redevance calculée sur le chiffre d'affaires n'a pas les mêmes conséquences qu'une redevance calculée sur la marge ou le bénéfice.
Un salon peut réaliser des ventes importantes sans dégager de résultat positif. Le montant encaissé par l'organisateur ne correspond donc pas automatiquement à ce qu'il gagne personnellement.
Pour approfondir ces distinctions, Entreprisma détaille dans son analyse du coût et de la rentabilité d'une franchise les principaux postes à intégrer dans un prévisionnel.
Une franchise sans apport personnel : que faut-il comprendre ?
C'est l'un des arguments mis en avant par ALGO Franchise : permettre à des entrepreneurs de se lancer sans supporter immédiatement l'ensemble des dépenses nécessaires au lancement de leur premier événement.
Franck Prime explique vouloir prendre en charge une partie de la préparation pendant la première année, afin d'éviter de fragiliser trop rapidement la trésorerie des franchisés.
« Je veux pas qu'ils se plantent, je veux pas qu'on les plante avec la trésorerie de la première année », nous explique-t-il.
Le modèle présenterait ainsi un intérêt pour des candidats disposant d'une expérience commerciale ou sectorielle, mais de ressources financières limitées.
Il faut toutefois distinguer trois notions : l'absence de droit d'entrée, l'absence d'apport personnel exigé et l'absence de dépenses à financer.
Sur ce point, les informations publiques ne sont pas totalement concordantes.
La fiche ALGO GROUPE publiée par L'Officiel de la Franchise indique un droit d'entrée de 0 €, mais également un apport personnel de 15 000 € et un investissement global du même montant.
Ces indications diffèrent donc de la présentation d'un démarrage sans apport exigé. Elles pourraient refléter des modalités différentes ou une évolution de l'offre, mais nécessitent une clarification contractuelle.
Par ailleurs, Franck Prime indique que la formation peut être financée par France Travail ou par un opérateur de compétences (OPCO).
Or, selon les règles de financement présentées par France Travail, une prise en charge dépend notamment de la situation du candidat, de son projet et de l'acceptation de sa demande.
Elle ne peut donc pas être considérée comme automatique.
Pour un futur franchisé, la question essentielle demeure : quelles dépenses doit-il réellement avancer et quelles obligations financières conserve-t-il si son premier salon ne fonctionne pas ?
16 franchisés annoncés et des moyens techniques mutualisés
Franck Prime affirme que le réseau a recruté 16 franchisés en trois mois après le lancement de ses campagnes de communication.
Le site commercial d'ALGO présente également 16 franchisés, mais sur une période de six mois. Le calendrier exact du développement du réseau mérite donc d'être précisé.
Durant notre entretien, le fondateur avance plusieurs autres chiffres :
- 28 salariés au sein du groupe, selon le périmètre qu'il retient.
- Environ 4 millions de contacts e-mail, présentés comme une ressource commerciale mobilisable.
- Quelque 200 serveurs, destinés aux besoins techniques des activités.
- 200 formations par mois, un volume évoqué pour OPC Training.
Ces données proviennent de ses déclarations et n'ont pas toutes pu être confirmées indépendamment. Elles ne permettent pas, à elles seules, de mesurer la rentabilité des franchisés.
La taille d'une base de contacts ne garantit pas non plus sa qualité commerciale, sa conformité d'utilisation ou sa capacité à générer des ventes.
Au-delà de ces moyens annoncés, un indicateur serait particulièrement révélateur : le nombre de franchisés ayant déjà organisé un salon, encaissé des recettes et dégagé un résultat positif.
C'est sur ces performances opérationnelles que le modèle pourra véritablement être évalué.
Quels sont les risques pour un entrepreneur qui rejoint ALGO Franchise ?
Le principal intérêt du dispositif réside dans la mutualisation des moyens.
Plutôt que de développer seul des outils, une stratégie marketing et une organisation complète, l'entrepreneur peut s'appuyer sur les ressources d'un réseau.
Mais cet accompagnement n'efface pas les risques propres à l'événementiel.
Un salon dépend notamment de la capacité de son organisateur à convaincre suffisamment d'exposants, à attirer un public qualifié et à maîtriser les dépenses engagées avant l'événement.
Un calendrier commercial mal anticipé ou des inscriptions insuffisantes peuvent fragiliser l'équilibre financier du projet.
Le franchisé demeure par ailleurs un entrepreneur indépendant, sans salaire ni revenu garanti.
Avant de s'engager, il doit donc vérifier l'identité de la société qui contractualise, les responsabilités de chaque partie, les dépenses éventuellement avancées par le réseau, les modalités de facturation, les assurances, les clauses de résiliation et les conditions de paiement de la redevance.
En France, lorsque le contrat relève des dispositions applicables à la franchise, le franchiseur doit remettre un document d'information précontractuelle (DIP) au moins 20 jours avant la signature, conformément aux obligations rappelées par Service Public.
Ce document constitue un élément central pour vérifier le fonctionnement du réseau et ses engagements.
Les créateurs d'entreprise peuvent également s'appuyer sur notre guide complet pour créer son entreprise en France, notamment pour anticiper les formalités, le financement et la trésorerie de lancement.
De l'organisation de salons à la création d'un réseau d'entrepreneurs
Avec ALGO Franchise, Franck Prime cherche à faire évoluer son métier.
Après avoir consacré une grande partie de son parcours à créer et organiser des événements, il souhaite désormais permettre à d'autres entrepreneurs de développer leurs propres projets grâce aux méthodes acquises dans le secteur.
Cette démarche prolonge une vision de l'entrepreneuriat qu'il défend ouvertement : faciliter l'accès à la création d'activité, sans supprimer les responsabilités qui accompagnent le statut de dirigeant.
Le modèle combine ainsi formation, prestations opérationnelles et développement commercial au sein d'un même réseau.
Son potentiel dépendra toutefois de deux facteurs déterminants : la capacité d'ALGO à accompagner efficacement plusieurs projets simultanément et celle des franchisés à transformer cet accompagnement en événements réellement rentables.
La question n'est donc pas uniquement de savoir s'il est possible de lancer un salon avec peu de moyens, mais de déterminer si les ressources mutualisées permettent de construire une activité durable.
C'est à cette condition qu'ALGO Franchise pourra démontrer la solidité économique du modèle présenté par son fondateur.
