Le géant français de la gestion de l’énergie Schneider Electric veut mettre la main sur Shelly Group, spécialiste bulgare des objets connectés et des solutions pour bâtiments intelligents.

L’opération annoncée le 24 septembre prévoit une offre de 70 euros en numéraire par action Shelly Group, valorisant l’entreprise à environ 1,2 milliard d’euros.

Cette proposition représente une prime de 27 % par rapport au cours de référence non affecté du 28 juillet 2026. Mais au-delà du montant, l’intérêt de l’opération est surtout stratégique : Schneider Electric pourrait renforcer sa présence jusque dans la couche logicielle et connectée des bâtiments.

Schneider Electric veut prendre au moins 95 % de Shelly Group

L’offre doit encore franchir plusieurs étapes.

Schneider Electric prévoit de lancer une offre publique volontaire sur les actions de Shelly Group par l’intermédiaire d’une filiale détenue à 100 %. L'opération reste notamment soumise aux autorisations réglementaires.

Un seuil particulièrement élevé a été fixé : à l’issue de l’offre, Schneider Electric veut contrôler au moins 95 % du capital de Shelly Group.

Les deux fondateurs de l’entreprise bulgare soutiennent l’opération. Ensemble, Dimitar Dimitrov et Svetlin Todorov contrôlent environ 57 % du capital.

Si toutes les conditions sont réunies, la finalisation est attendue au premier trimestre 2027. Schneider Electric prévoit ensuite de chercher à obtenir la totalité du capital et pourrait engager un retrait de Shelly Group de la cote.

Le communiqué officiel de Shelly Group détaille les principales conditions de l'opération.

Pourquoi Shelly intéresse Schneider Electric

Shelly Group ne vend plus seulement des petits appareils permettant d'allumer une lumière ou de contrôler une prise depuis un smartphone.

L'entreprise développe un véritable écosystème autour de la maison connectée, de l'automatisation et de la gestion énergétique des bâtiments.

Ses solutions permettent notamment de suivre et piloter la consommation d'électricité, la production énergétique, le stockage ou différents équipements électriques.

Shelly associe pour cela du matériel connecté, des services cloud, des interfaces ouvertes et des logiciels.

Cette évolution est importante.

La valeur ne se situe plus uniquement dans l'équipement installé dans un bâtiment. Elle se déplace progressivement vers les données, les logiciels et les services capables de piloter ces équipements.

Une logique déjà visible dans l'IoT industriel et la maintenance prédictive, où la multiplication des capteurs transforme progressivement la manière dont les entreprises surveillent leurs infrastructures.

Schneider Electric se rapproche du logiciel

Schneider Electric est historiquement l'un des poids lourds mondiaux de l'électrification, de l'automatisation et de la gestion énergétique.

Mais le groupe développe depuis plusieurs années une stratégie beaucoup plus large autour de la numérisation des bâtiments et de l'industrie.

Le projet de rachat de Shelly s'inscrit dans cette transformation.

L'enjeu est de pouvoir connecter davantage de briques : équipement électrique, mesure de la consommation, automatisation, logiciel, cloud et services énergétiques.

Pour Schneider Electric, Shelly apporte également une relation directe avec des utilisateurs particuliers, des installateurs et des professionnels du bâtiment, ainsi qu'une présence commerciale dans plus de 100 pays.

Shelly génère par ailleurs une partie de ses revenus grâce à ses applications cloud.

Autrement dit, Schneider Electric ne rachèterait pas seulement un fabricant supplémentaire.

Il récupérerait aussi une plateforme technologique et un écosystème IoT.

La bataille pour le bâtiment intelligent s'accélère

Cette opération intervient alors que les bâtiments deviennent progressivement des infrastructures numériques.

Capteurs, compteurs intelligents, automatisation, stockage électrique, panneaux solaires, bornes de recharge ou systèmes de chauffage peuvent désormais être reliés à une même architecture.

Le marché se déplace donc vers les entreprises capables de contrôler l'ensemble de cette chaîne.

Dans ce contexte, la complémentarité entre Schneider Electric et Shelly apparaît assez directe : le premier dispose d'une forte implantation dans l'énergie et les infrastructures électriques ; le second s'est développé autour de produits connectés relativement simples à déployer et d'une plateforme logicielle ouverte.

Cette convergence entre équipements physiques et logiciels rappelle plus largement la transformation numérique actuellement engagée dans l'industrie et les PME françaises.

Shelly doit conserver sa base en Bulgarie

L'accord prévoit toutefois de préserver une partie importante de l'organisation actuelle.

Schneider Electric indique vouloir maintenir le siège de Shelly Group en Bulgarie ainsi que son organisation et ses effectifs pendant au moins trois ans après la réalisation de l'opération.

Les activités de recherche et développement, d'ingénierie, de vente et de management doivent également rester sur place.

Dimitar Dimitrov devrait continuer à codiriger l'entreprise avec Wolfgang Kirsch. Le cofondateur prévoit également de réinvestir une partie du produit de la vente aux côtés de Schneider Electric.

Ce point est loin d'être secondaire : dans une acquisition technologique, la valeur repose souvent autant sur les équipes et les compétences que sur les actifs eux-mêmes. L'intégration après une acquisition dans la tech devient alors déterminante pour conserver cette valeur.

Schneider Electric achète surtout une position dans le bâtiment de demain

Avec Shelly Group, Schneider Electric pourrait renforcer une position stratégique à l'intersection de plusieurs marchés : électricité, logiciels, IoT, efficacité énergétique et smart building.

Le montant de 1,2 milliard d'euros donne une indication de la valeur désormais accordée aux plateformes capables de connecter et piloter les équipements d'un bâtiment.

À mesure que l'électrification progresse, la bataille pourrait de moins en moins porter uniquement sur celui qui fournit le matériel.

Elle pourrait aussi se jouer sur celui qui possède le logiciel capable de le contrôler.

Et c'est précisément ce que Schneider Electric semble chercher à renforcer avec Shelly.