Le samedi 31 octobre devait permettre à de nombreux commerçants de terminer le mois dans de bonnes conditions.
Mais, dans plusieurs grandes villes, une nouvelle journée de mobilisation sociale a ravivé les inquiétudes des entreprises de centre-ville.
Selon Reuters, environ 320 000 personnes ont manifesté samedi, dont 70 000 à Paris, d'après les chiffres des autorités.
La majorité des rassemblements se sont déroulés pacifiquement. Des affrontements ponctuels ont cependant été signalés dans plusieurs villes.
Pour les commerçants, l'enjeu économique dépasse les seuls dégâts matériels : une boutique fermée ou privée de clientèle continue de supporter des charges, alors même que ses recettes disparaissent.
Manifestations du 31 octobre : quel bilan économique ?
Au soir du 31 octobre, le bilan national définitif des éventuelles nouvelles dégradations de cette journée n'était pas encore consolidé.
Il faut donc distinguer les conséquences des manifestations du samedi de celles des précédents rassemblements.
Les journées des 17 et 24 octobre avaient déjà provoqué d'importantes perturbations dans les centres-villes.
Selon l'Alliance du Commerce, plus de 2 500 commerces avaient été dégradés ou pillés au cours de ces deux journées.
Ce chiffre représente un bilan antérieur au rassemblement du 31 octobre, et non le nombre de commerces nouvellement touchés samedi.
Des pertes de chiffre d'affaires pouvant atteindre 90 %
Les dégradations ne constituent qu'une partie du problème.
Dans certains secteurs, les commerçants ont également subi des fermetures préventives, une baisse de fréquentation et des dépenses supplémentaires de sécurité.
L'Alliance du Commerce indique que les baisses de chiffre d'affaires ont pu atteindre 90 % lors des samedis 17 et 24 octobre, pour certains établissements.
Il s'agit de baisses maximales observées, et non d'une moyenne nationale.
Les conséquences varient fortement selon les villes et les emplacements.
Un commerce situé sur le parcours d'une manifestation peut perdre plusieurs heures d'activité, tandis qu'un établissement situé dans une rue voisine peut être affecté par une fréquentation réduite.
Même sans dégradation matérielle, cette perte de clientèle pèse directement sur les revenus.
Plus d'un milliard d'euros de pertes et dégâts : que recouvre cette estimation ?
Dans une enquête publiée le 29 octobre, Reuters évoquait des pertes et dégâts dépassant un milliard d'euros, sur la base des estimations communiquées par les représentants du commerce.
Ce chiffre reste provisoire et dépend du périmètre retenu.
Il faut notamment distinguer :
- Les vitrines, équipements et locaux endommagés.
- Les marchandises détruites ou dérobées.
- Les pertes de chiffre d'affaires pendant les fermetures.
- Les dépenses de nettoyage et de sécurisation.
- Les conséquences indirectes sur la fréquentation des commerces.
Le montant des réparations ne représente donc pas nécessairement le coût économique total.
Pour une petite entreprise, la différence est décisive : réparer les locaux ne garantit pas le retour des clients ni le rétablissement immédiat de la trésorerie.
Pourquoi les commerçants craignent-ils une fin d'année difficile ?
Les mois de novembre et décembre sont particulièrement importants pour les enseignes de commerce.
Ils concentrent notamment les achats liés au Black Friday et aux fêtes de Noël.
Selon les données sectorielles citées par Reuters, ces deux mois peuvent représenter environ 40 % du chiffre d'affaires annuel du commerce de détail.
Une nouvelle succession de fermetures pourrait donc affecter une période essentielle pour les résultats de l'année.
C'est pourquoi l'Alliance du Commerce demande notamment des possibilités exceptionnelles d'ouverture le dimanche afin de permettre aux établissements de récupérer une partie des ventes perdues.
Cette proposition doit être distinguée d'une autorisation générale déjà accordée à l'ensemble des commerces.
Quelles aides pour les commerces vandalisés ?
Le gouvernement a annoncé plusieurs mesures de soutien après les violences des 17 et 18 octobre.
Elles comprennent notamment des dispositifs d'activité partielle, des possibilités de report de charges et des solutions de financement.
Les commerçants concernés peuvent consulter notre guide détaillé sur les prêts à taux zéro pouvant atteindre 50 000 € et les aides d'urgence pour les commerces dégradés.
Les entreprises doivent également documenter les dommages, conserver leurs justificatifs et contacter leur assureur dans les délais prévus au contrat.
La Direction générale des Entreprises rappelle qu'un accompagnement est disponible auprès des CCI, des CMA et des conseillers départementaux aux entreprises en difficulté.
L'enjeu est de financer non seulement les réparations, mais aussi la reprise effective de l'activité.
Manifester et protéger les commerces : deux enjeux distincts
La liberté de manifester fait partie des droits fondamentaux.
Les participants aux rassemblements pacifiques ne doivent pas être assimilés aux auteurs de pillages ou de dégradations.
Ces derniers exposent pourtant des entreprises, des salariés et des indépendants à des conséquences économiques parfois durables.
Comme nous l'expliquions dans notre éditorial consacré aux commerces vandalisés, la fermeture d'une boutique ne fragilise pas seulement son propriétaire : elle affecte aussi les salariés, les fournisseurs et la vie économique locale.
La priorité des prochaines semaines sera de sécuriser l'activité commerciale, d'accélérer les indemnisations et de permettre aux consommateurs de revenir dans les centres-villes.
