Lors de la conception d’un IMOCA, il ne suffit pas de trouver une place pour chaque équipement. Il faut aussi penser à son accessibilité une fois installé. Benjamin Dutreux prend l’exemple d’un support moteur : si l’espace manque pour passer une clé, une opération de maintenance peut devenir un problème une fois l’ensemble installé.

Ce détail résume une partie du travail mené avec 4CAD Group sur son futur bateau. La maquette numérique permet d’examiner les volumes, les accès et les aménagements avant leur réalisation. Les calculs aident à étudier la résistance des pièces. Le marin, lui, confronte ces propositions à ce qu’il devra faire seul, fatigué, au milieu de l’océan.

L’enjeu est de rapprocher la performance théorique du bateau de celle que Benjamin Dutreux pourra réellement exploiter.

Quel nouveau bateau pour Benjamin Dutreux au Vendée Globe 2028 ?

IMOCA - © Charles DRAPEAU
IMOCA - © Charles DRAPEAU

Après une neuvième place au Vendée Globe 2020-2021, puis une dixième en 2024-2025, Benjamin Dutreux engage une nouvelle étape : construire un IMOCA de dernière génération pour le prochain tour du monde en solitaire.

Un IMOCA est un monocoque de course au large de 60 pieds, soit environ 18 mètres. Sur ces bateaux, les foils, des appendices porteurs, permettent de faire voler le bateau, à la manière d’ailes d’avion, et de réduire sa résistance dans l’eau lorsque les conditions s’y prêtent.

Le skipper a grandi sur l’île d’Yeu, étudié le génie des matériaux et créé avec son frère Marcel le chantier nautique Eole Performance. Son projet sportif s’appuie sur l’écurie Eole Racing et sur des compétences multiples : architecture navale, composites, structure, voilure et électronique.

Le nouvel IMOCA est conçu par Antoine Koch et construit chez Multiplast, dans un programme largement mutualisé avec l’équipe de Yoann Richomme (concurrent de Benjamin lors du précédent Vendée Globe). Benjamin apporte son expérience de navigation aux choix qui concernent son propre bateau.

Une coque plus étroite et des foils plus grands

Le changement dépasse une simple évolution de son précédent IMOCA. Benjamin explique que, lors de son projet pour le Vendée Globe 2024, il avait progressivement adapté son ancien bateau, conçu à l’origine pour Alex Thomson sous les couleurs Hugo Boss, sans pouvoir en transformer librement toutes les caractéristiques.

Le nouveau projet permet de repenser la base et les aménagements. Le skipper évoque notamment :

  • Une largeur réduite de près de deux mètres par rapport à l’ancien bateau, sans communiquer les dimensions définitives.
  • Des foils beaucoup plus grands.
  • Une structure adaptée à des vitesses et à des impacts plus importants.
  • Une ergonomie retravaillée pour les manœuvres, la visibilité et la vie à bord.

Pour illustrer l’évolution structurelle, Benjamin cite 22 cloisons sur le nouveau bateau, contre six sur l’ancien. Cette comparaison, donnée pendant l’entretien, traduit selon lui l’importance croissante des efforts à supporter lorsque les performances augmentent.

Quel est le rôle de 4CAD Group dans la conception de l’IMOCA ?

4CAD Group édite, distribue et intègre des logiciels utilisés par les entreprises industrielles. Son accompagnement couvre notamment la conception, la simulation et la gestion des données techniques.

Dans ce projet, Stéphane Arnaud intervient en soutien du bureau d’études d’Eole Racing. Il aide l’équipe à utiliser les outils disponibles et mobilise, lorsque nécessaire, d’autres spécialistes du groupe.

L’architecture initiale du bateau relève de l’architecte naval. L’équipe de Benjamin conserve la maîtrise des choix nautiques, des équipements et de l’instrumentation embarquée. 4CAD Group apporte des moyens numériques et un accompagnement technique sur les sujets travaillés ensemble.

Tableau : Outil cité dans l’entretien, Utilisation évoquée
Outil cité dans l’entretienUtilisation évoquée
CreoModéliser les pièces et travailler sur la conception des éléments du bateau.
WindchillOrganiser les données techniques et consulter les informations de la maquette numérique.
AnsysÉtudier notamment la tenue mécanique de certaines pièces avant fabrication.
KeyShotProduire la restitution visuelle utilisée dans le travail de visualisation et de réalité virtuelle.

Cette organisation permet d’aborder une pièce spécifique, son implantation ou une difficulté de modélisation en réunissant plusieurs expertises.

4CAD Group ne définit pas les instruments de navigation ni leurs réglages. Son soutien peut notamment aider à étudier la place des équipements ainsi que le passage des câbles et des tuyauteries dans l’ensemble du bateau.

La réalité virtuelle pour tester le cockpit avant sa fabrication

Sur un écran, un espace paraît parfois suffisant. Une visite à l’échelle ressentie par l’utilisateur peut révéler une autre réalité : une visibilité limitée, un accès trop étroit ou un équipement difficile à atteindre.

Pour préparer son futur IMOCA, Benjamin utilise la maquette numérique du bateau et une maquette physique du cockpit à l’échelle 1. Il peut ainsi se placer dans sa future zone de travail et apprécier ce qu’il verra autour de lui.

Vérifier les gestes, la visibilité et les accès

Les essais portent sur des choix très concrets : l’emplacement d’une poignée, la position d’un siège, l’angle d’un élément ou le champ de vision vers les voiles et l’extérieur.

Benjamin précise qu’un bateau plus rapide ne sera pas nécessairement confortable. Il cherche surtout un aménagement qui lui permette de réaliser plus facilement les actions nécessaires à la navigation.

L’équipe technique examine les mêmes espaces avec d’autres besoins. Elle devra accéder aux composants, les entretenir et intervenir en cas de panne pendant plusieurs années. L’exemple du support moteur illustre cette exigence : prévoir l’emplacement d’un équipement suppose aussi de prévoir la place nécessaire pour le démonter.

La conception se poursuit donc à travers les échanges entre le skipper, le bureau d’études et les intervenants techniques.

Une visite virtuelle qui ne reproduit pas les vagues

La limite décrite pendant l’entretien concerne les mouvements du bateau. Cette expérience permet d’apprécier les dimensions et l’accessibilité, mais elle ne restitue pas la déstabilisation provoquée par les vagues.

Il faut distinguer cet usage de la réalité virtuelle des calculs de structure. La résistance d’une pièce peut être étudiée numériquement, même si le marin ne ressent pas les mouvements du bateau dans la visite immersive.

Vitesse, poids et solidité : l’arbitrage permanent

Chaque renforcement a une conséquence sur le poids. Chaque allègement doit rester compatible avec les efforts que la pièce devra supporter.

Benjamin décrit une recherche de résistance suffisante, avec la quantité de matière nécessaire. Une pièce trop fragile risque de casser ; une pièce surdimensionnée ajoute une masse qu’il faudra transporter pendant tout le tour du monde.

Stéphane évoque ainsi l’étude d’une pièce spécifique, nouvelle dans le projet, dont la tenue mécanique a été examinée avant sa fabrication. Ces calculs permettent de comparer des solutions et de préparer les choix techniques.

Le bateau devra ensuite naviguer pour confronter les hypothèses au réel. Benjamin s’attend à devoir corriger des erreurs et comprendre les écarts entre les comportements calculés et observés. Les possibilités de réparation et de modification du composite font partie de cette mise au point continue.

Comment les données du précédent Vendée Globe servent au nouveau bateau

Le travail sur les données a déjà commencé. Selon Benjamin, les informations recueillies sur l’ancien IMOCA et pendant le précédent Vendée Globe ont contribué au cahier des charges du nouveau.

L’exposition au soleil fournit un exemple directement compréhensible. Les observations réalisées pendant un tour du monde aident aujourd’hui l’équipe à réfléchir au positionnement des panneaux solaires.

L’expérience passée devient ainsi une ressource de conception : elle permet de travailler à partir des conditions rencontrées en navigation.

Des capteurs pour observer les déformations et le comportement du bateau

Pour le futur IMOCA, l’équipe définit encore les mesures dont elle souhaite disposer et l’emplacement des capteurs.

Benjamin évoque notamment de la fibre optique dans les foils, les safrans et le fond de coque pour observer les déformations, ainsi que des mesures de vent et de hauteur de vol.

Une fois le bateau à l’eau, ces informations devront aider l’équipe à mieux comprendre son comportement et ses performances. Cette instrumentation relève des choix de l’équipe de course ; elle ne doit pas être attribuée à 4CAD Group.

Affiner les polaires grâce aux navigations réelles

Les polaires décrivent les vitesses théoriques d’un voilier selon les conditions de vent, notamment sa force et son angle par rapport au bateau. Elles servent de référence pour apprécier les performances attendues.

Benjamin souligne toutefois la difficulté à représenter tous les états de mer rencontrés. Un modèle ne peut pas restituer parfaitement chaque combinaison de vent, de vagues et de comportement du bateau.

Les premières navigations permettront donc de collecter les données propres au nouvel IMOCA, de les comparer aux prévisions et d’affiner les modèles.

Combien coûte un IMOCA de cette génération ?

Pendant l’entretien, Benjamin Dutreux donne une fourchette de 7 à 9 millions d’euros pour un bateau de ce type. Il situe son projet plutôt dans le bas de cet ordre de grandeur, sans annoncer de coût final.

Ce montant doit être lu comme une estimation évoquée par le skipper. Le budget définitif de son bateau et le financement de l’ensemble de la campagne sportive ne sont pas détaillés dans l’entretien.

Mutualiser avec Yoann Richomme pour partager les moyens

La construction de deux bateaux proches permet de partager des études, des moules et des outillages. Cette démarche est documentée dans la présentation du projet mutualisé entre l’équipe de Yoann Richomme et celle de Benjamin Dutreux.

Benjamin relie cette organisation à la maîtrise des coûts et aux objectifs d’empreinte environnementale du programme. Chaque équipe conserve aussi des choix propres, notamment dans les aménagements et les équipements adaptés à son skipper.

L’intérêt industriel est concret : une partie du travail de développement et des moyens de fabrication peut servir à deux projets sportifs distincts.

Ce que ce partenariat révèle de la transformation numérique industrielle

Pour Benjamin, la valeur du partenariat repose sur deux éléments indissociables : accéder à des outils avancés et bénéficier de l’aide nécessaire pour les utiliser efficacement.

Il insiste sur le temps gagné dans le développement et la recherche grâce au soutien de Stéphane et des équipes de 4CAD Group. L’entretien ne fournit toutefois pas de mesure consolidée permettant de chiffrer ce gain.

Cette expérience fait ressortir plusieurs principes utiles aux entreprises industrielles : associer les utilisateurs aux choix de conception, vérifier les opérations de maintenance avant fabrication et organiser les données pour retrouver les informations nécessaires aux décisions.

La diversité des compétences mobilisées rejoint le sujet des talents technologiques dans les ETI industrielles, abordé sur Entreprisma par Maëlle Delannée, directrice des ressources humaines et RSE de 4CAD Group.

Le bateau fournit ici un cas concret de coopération entre l’utilisateur, les spécialistes des outils et les équipes chargées de la réalisation.

Quel calendrier avant le Vendée Globe 2028 ?

La mise à l’eau du nouvel IMOCA est annoncée pour juillet 2027. Benjamin prévoit ensuite une première traversée transatlantique lors de la Transat Café L’Or, à l’automne 2027.

Le départ du Vendée Globe 2028 est fixé au 12 novembre 2028. Entre ces étapes, l’équipe devra naviguer, analyser les données, modifier les équipements si nécessaire et fiabiliser l’ensemble.

Le calendrier traduit un arbitrage décrit par le skipper : disposer du bateau tôt laisse davantage de temps pour le mettre au point ; une construction plus tardive permet d’intégrer certaines innovations récentes.

Les premiers essais devront désormais montrer comment les choix de conception se traduisent sur l’eau, et à quel point Benjamin pourra exploiter le potentiel de son nouvel IMOCA dans la durée.