Ils sont nés fin 97, début des années 2000… On a l’impression que c’était hier, et pourtant…
Génération sacrifiée ? Génération maudite ?
Ils ont connu la crise des subprimes de 2008, la montée du terrorisme et les attentats, l’urgence climatique, la crise des Gilets jaunes, la pandémie de Covid-19, la guerre en Ukraine, les mouvements de colère des agriculteurs, une perte de confiance marquée envers nos institutions et les forces de l’ordre, la montée des courants politiques extrêmes, un marché de l’emploi instable et souvent défavorable aux jeunes, une dette publique grandissante, des fractures socioculturelles qui se creusent, des élèves qui éprouvent de plus en plus de difficultés à trouver leur place dans l’enseignement, et particulièrement dans l’enseignement supérieur, le développement accéléré de l’intelligence artificielle… et j’en passe…
Ils sont nés dans le chaos, évoluent dans le désordre, ils ont hérité de nos excès et de nos mauvaises gestions…
Et malgré les stéréotypes et les étiquettes qu’on aime leur apposer…
Je partais moi-même avec des idées reçues et, en les côtoyant désormais, je peux entrevoir cette fragilité en eux.
Ils paraissent forts, rigides, incassables, et pourtant… ce sont des êtres émotifs qui souhaitent être écoutés…
Ils sont si vulnérables. Ils évoluent dans un monde qui n’a pas pris le temps de les laisser profiter de leur innocence…
On dit d’eux qu’ils sont insolents, mais cette insolence n’est-elle pas parfois une parure de protection contre ce monde qui exige tant d’eux ? Un monde dans lequel ils n’ont pas le droit d’être imparfaits… Un monde qui exige tant d’eux…
Nous, les anciennes générations, attendons énormément d’eux, mais sans toujours nous rappeler que nous avons connu un monde qui nous a peut-être davantage laissé le temps de vivre…
Ils vivent dans un monde anxiogène. Ils ont peur du présent, et davantage encore de l’avenir…
Ils voudraient fuir, mais pour aller où ?
Selon une enquête Ipsos bva publiée en octobre 2026, près de 8 jeunes Français sur 10 (79 %) ont déjà envisagé de quitter la France pour construire leur avenir à l’étranger…
Ils sont si courageux…
Oui, ils ont leurs propres idéaux, mais pas si différents des nôtres… Le point de divergence se situe peut-être dans leur audace : ils osent davantage ce que nous avions peur d’oser à notre époque…
Et oui, je vous l’affirme avec fierté : j’admire tant l’insolence de cette génération… J’admire cette vivacité qu’ils ont à se battre pour leurs convictions…
Il est difficile d’envier l’époque dans laquelle cette génération est née… Mais en les observant, j’ai espoir qu’ils puissent prendre leur avenir en main, sans attendre quiconque ni aucun système…
Ils sont antisystème, ils sont conscients, mais font partie intégrante de la matrice…
Selon France Travail, la génération Z devrait représenter 30 % de la population active mondiale d’ici à 2030.
Génération chanceuse ou malchanceuse… ?
Cette jeunesse qui regarde de moins en moins la télévision, crée ses propres médias, possède ses propres codes sociétaux, son propre langage… Une jeunesse qui fait émerger de nouveaux métiers et transforme les professions existantes : instagrammeurs, créateurs de contenu, community managers, marketing digital…
Désormais, c’est Mazdak, HugoDécrypte, Brut, TikTok, YouTube… Ils regardent des émissions en direct sur Twitch, suivent des streams, écoutent des podcasts…
Leurs stars ne sont plus nécessairement les acteurs et les célébrités d’autrefois. Ce sont désormais des YouTubeurs, des influenceurs, des créateurs de contenu… Squeezie, Mister V, Léna Situations…
Ils ne lisent plus les journaux traditionnels comme avant : Métro, 20 Minutes, Le Figaro, sauf si c’est digital, et d’ailleurs les journaux ont dû s’adapter… Ils sont désormais sur X (anciennement Twitter), TikTok pour se tenir informés. Ils aiment parler de vidéos virales, de « réfs »…
Ils n’achètent plus nécessairement les albums de leurs artistes préférés comme avant, consomment la musique autrement… Désormais, certains artistes cherchent à créer ces quelques secondes de musique qui deviendront virales sur TikTok pour espérer percer…
Ils boycottent des marques, des artistes, au gré de leurs émotions, de leurs convictions… Ils interpellent les personnalités politiques avec une telle décontraction sur les réseaux sociaux que ces dernières doivent désormais s’adapter aux nouveaux codes du digital pour capter leur attention…
Ne cherchez plus à les impressionner comme avant… Ils veulent de l’authenticité, des personnalités qui leur ressemblent, des marques qui portent des valeurs auxquelles ils s’identifient… On ne parle désormais plus seulement de sexe féminin ou masculin, il faut désormais inclure l’identité de genre…
Ils n’ont plus le même rapport au sacré, à l’admiration… Ils veulent des personnes qui leur ressemblent sans leur ressembler… On prône la culture du choix : le choix de son sexe, de son identité, le choix d’avoir ou de ne pas avoir d’enfant…
Désormais, la liberté, c’est de choisir qui l’on est pour soi-même, et non plus pour répondre aux codes sociétaux…
Ils ne veulent plus nécessairement des mêmes stars, des mêmes icônes qu’avant…
Ils sont très naturellement entrepreneurs, se mettent en free-lance dès la fin des études, ont une maîtrise parfaite des outils de marketing… C’est simple, ils ont réinventé les codes marketing…
On parle désormais du marketing digital, ils ont tout réinventé à leur manière…
On dit d’eux qu’ils sont feignants, arrogants, ne respectent rien… Ils ont juste une conception différente du travail… Ils veulent aller vite… Ils veulent moins de process, moins de bureaucratie, moins de règles, moins de théories…
Ils ont un concept d’efficacité tourné vers une productivité accrue avec moins d’efforts…
Dans d’autres pays, ce serait vu comme de l’art, mais en France, nous aimons la lenteur, les process longs… C’est même ancré dans nos codes culturels.
Désormais, il faudra s’adapter… Une communication plus directe, plus franche, un management désormais participatif et moins directif. Ne tentez même pas la méthode paternelle, ils ne tomberont plus dans ce leurre qui a longtemps fonctionné avec les anciens… Ils utilisent des outils clairs et productifs, des conditions de travail sans tomber dans l’esclavagisme moderne…
Ils ne veulent pas subir le travail. Contrairement à ce qu’on pense, ils aiment travailler, mais ils aiment surtout vivre… Une hypocrisie sociétale de faire semblant qui ne leur incombe pas…
Cette génération qui a de moins en moins d’attachement aux grandes marques traditionnelles… La Gen Z se détourne progressivement de maisons de luxe comme Chanel, Gucci… Ces maisons qui, autrefois, incarnaient une identité forte, un prestige, une certaine idée de la réussite… Des marques qui nous faisaient perdre la tête…
Désormais, cette génération bouscule les codes du luxe et du retail…
Ils n’étudient plus de la même manière, n’ont plus les mêmes références littéraires et philosophiques…
Ne leur parlez pas de Molière, de Maupassant, de Zola ou de Voltaire… Parlez-leur de mangas, de bandes dessinées, de fantasy, de science-fiction, de livres audio…
Mais attention, ils n’ont pas délaissé pour autant le format papier, bien au contraire ! Ils développent davantage de concepts immersifs… À l’image de Maxime Biaggi, influenceur suivi par plus d’un million d’abonnés, qui possède également une page consacrée à son club de lecture réunissant plus de 38 000 abonnés… Des cafés-lecture, des expériences collectives autour des livres…
Au Japon, on va même jusqu’à transformer les boîtes de nuit en clubs de lecture… Le 26 septembre 2026, à Tokyo, le concept JUCY BOOK RAVE réunissait des lecteurs dans une boîte de nuit, accompagnés par des DJ et une musique d’ambiance… Désormais, on peut même aller en club pour lire !
Cette jeunesse qui boit moins, qui ne fréquente plus les boîtes de nuit comme les générations précédentes… Une jeunesse qui développe ses propres habitudes de loisirs…
En France, la génération Z consomme globalement moins d’alcool à l’adolescence que les générations précédentes au même âge…
Selon l’OFDT, 85 % des jeunes de 16 ans avaient déjà expérimenté l’alcool en 1999, contre 68 % en 2024… Une baisse de 17 points !
Mais attention, les jeunes adultes boivent moins fréquemment que leurs aînés, tout en consommant davantage de verres lors des occasions où ils boivent…
Et ce phénomène dépasse la seule génération Z : selon Santé publique France, la proportion d’adultes consommant quotidiennement de l’alcool est passée de 23,9 % en 1992 à 8 % en 2021…
Cette jeunesse ne fait donc pas nécessairement moins la fête… Elle fait la fête autrement…
Cette génération est consciente, n’a plus nécessairement les mêmes valeurs, ne fréquente plus les banques traditionnelles de la même manière, utilise ses propres moyens de communication, est connectée… Il suffit de regarder la montée en puissance des banques en ligne comme Revolut…
Mais attention, elle est loin d’être parfaite… Cette jeunesse manque néanmoins de repères solides pour atteindre son plein potentiel…
Des codes de communication à revoir, et souvent des valeurs peu légitimes à asseoir…
Ils sont conscients et vifs intellectuellement sur certains aspects et très incultes sur d’autres…
Pour illustrer ce paradoxe, j’ai posé la question à plusieurs classes sur le principe du handicap : à choisir, embaucheraient-ils des personnes en situation de handicap ?
J’étais stupéfaite de constater que la majorité avait encore certaines idées reçues sur le handicap…
Que beaucoup avaient du mal à comprendre que la majorité des handicaps sont invisibles…
Et que dire des réponses sur le recrutement et l’évolution des femmes dans le monde du travail ?
Des réponses toutes aussi absurdes les unes que les autres…
Entre ceux qui sont de futurs managers et qui m’expliquent que la vie, c’est de l’argent, donc peu importe les conditions, ce n’est pas du bénévolat…
Même si la majorité a réussi à faire comprendre à ces minorités que les conditions de travail, la RSE, l’image de l’entreprise et la QVCT sont des vecteurs de performance, aussi bien au niveau individuel que collectif…
Cela fait plusieurs classes, dans différentes spécialités, qui me font penser que, malgré tout, il y a énormément de travail à faire… Et qu’ils ne sont peut-être pas si en rupture que cela avec les anciennes générations…
Certaines jeunes filles arrivaient même à me justifier la normalité de discriminer une femme enceinte, car ce serait soi-disant « normal »…
Des débats intéressants sur des sujets de société : égalité femmes-hommes, handicap, inclusion…
Cela m’a amenée à réfléchir…
Sont-ils réellement en rupture ? Pas si certaine que cela…
En réalité, ils prônent une différence, mais se battent avec leur héritage socioculturel, qui vient de leurs aînés… Les X, les Y, les boomers…
« Madame, dans la France de Macron, tout est compliqué pour nous ! »
Ça, c’est leur phrase fétiche… Et cela signifie énormément…
Rien de très politique en réalité… C’est davantage une manière d’exprimer leur rapport à la société contemporaine… Une époque difficile qu’ils subissent de plein fouet…
Ah ! Cette jeunesse… Elle est caractérielle, mais tellement belle… Qu’est-ce qu’elle est énergique, mais avec une pointe de mélancolie tout de même…
Cette jeunesse capable du pire comme du meilleur… Capable de caillasser avec dureté en une seconde et de faire preuve de respect et d’empathie profonde envers les anciens lors de manifestations…
Cette jeunesse douce et fonceuse à la fois… Autant aveuglée qu’éclairée… Connectée à l’intelligence artificielle, mais qui est si éloignée des rapports humains…
Souvent considérée, à tort ou à raison, comme débridée et immature, elle semble profondément consciente et réaliste face à la vie et à ses difficultés…
Cette jeunesse qui n’aime pas les interdits, mais qui s’interdit de boire, de faire la fête en boîte de nuit… Baisse de la fréquentation des boîtes de nuit et de la consommation d’alcool et de drogue…
Cette jeunesse qui est sans complexe, se dit ouverte, mais qui juge constamment à travers les réseaux sociaux… Hausse du cyberharcèlement…
Cette jeunesse qui adore se regarder le nombril, mais pas toujours avec bienveillance… Hausse de la violence et du harcèlement scolaire…
Cette jeunesse sans limites, mais qui se limite dans ses prises de position… Aucune limite sur X (anciennement Twitter) et TikTok, quitte à créer ou cautionner des drames…
Cette jeunesse égoïste, mais qui semble naturellement consciente de valeurs humanistes…
Cette jeunesse qui veut vivre, rire, pranker…
Cette jeunesse fière et patriote, comme on peut l’observer lors de la Fête de la musique, du 14 Juillet…
Cette jeunesse avant tout critiquée, mais qui prône le vivre-ensemble… Qui se chamaille, se confronte et s’oppose perpétuellement sur les réseaux sociaux… Jusque dans les conflits intergénérationnels…
Cette jeunesse patriote, qui s’exprime sur son rapport à la patrie lorsque c’est nécessaire…
Cette jeunesse qui se désintéresse de la politique, du syndicalisme mais est capable de s’allier massivement lors de manifestations…
Cette jeunesse libre mais contrainte de se brider dans ses actions…
Cette jeunesse qui a soif mais à qui on ne donne pas matière à arroser son avenir professionnel…
Cette jeunesse qui se pense adulte et mature mais qui garde l’espoir que les anciennes générations viennent lui porter secours…
Cette jeunesse persuadée de tout connaître, mais qui rate souvent l’essentiel…
Cette jeunesse vivante, avancée en technologie, mais qui se meurt de l’intérieur malgré tout…
Cette jeunesse qui rêve de fuir son quotidien, mais qui, en définitive, se fige face aux contraintes…
Cette jeunesse qui a toutes les clés en main pour trouver des solutions, mais qui se perd en chemin…
Cette jeunesse très formée et informée, mais qui s’autosabote…
Cette jeunesse qui veut tout déconstruire, mais reconstruit mal…
Cette jeunesse qui veut oublier certains codes…
Ils sont tout et leur contraire… Mais n’est-ce pas là toute la complexité de l’humain ?
Cette génération est le reflet des contradictions de toutes les générations précédentes… De nos frustrations, de nos propres vérités et, surtout, ils sont le reflet de notre subconscient…
Ils sont vrais, ils sont bruts… Ils sont doux et agressifs…
Vous prenez cette génération qui est née avec la technologie entre les mains… Qui a connu la période du Covid… Qui a connu les guerres…
C’est une génération malade de l’intérieur, qui tente de guérir… Nous leur avons transmis de mauvais gènes transgénérationnels…
À vous, la Gen Z…
N’écoutez pas ceux qui pensent tout savoir à votre place…
L’humain est complexe… Nous vous avons légué un monde complexe…
Vous faites de votre mieux, et il est de notre devoir de reconnaître votre ténacité…
Le monde est féroce… Il est important de saluer votre savoir-faire, votre capacité à innover…
Vous n’êtes pas parfaits, mais chacun son combat selon sa période… Et aujourd’hui, c’est votre combat que vous êtes en train de mener…
Nous ne pouvons que vous accompagner sans vous blâmer…
Et à toutes les anciennes générations qui jugent trop sévèrement cette génération… Il faut être conscient de qui ils sont, de ce qu’ils ont vécu…
Il est important de les prendre de la bonne manière, car c’est une génération avec une belle âme…
Qui n’aspire qu’à votre compréhension, qui est respectueuse de notre héritage…
Laissez-les prendre leur place ou ils vous l’exigeront ! Vu leur caractère, ils ne vous laisseront pas le choix…
Laissez-les exister… Laissez-les être.
© 2026 Varvara Alfred — Texte déposé auprès de l’INPI par e-Soleau le 17 octobre 2026.
