Entreprise
Carester : l’entreprise française qui veut briser la domination chinoise sur les terres rares
USA Rare Earth va prendre 13,6 % de Carester. À Lacq, l’entreprise française construit une usine stratégique de raffinage et de recyclage des terres rares.
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175 millions d'euros. C'est le montant exact de l'investissement industriel que le groupe américain USA Rare Earth prévoit de déployer en France. Cette annonce, souvent mal interprétée, exige une clarification comptable immédiate : cette enveloppe ne correspond aucunement à l'investissement direct dans le capital de Carester.
L'opération financière se limite à une prise de participation minoritaire. USA Rare Earth, tout comme le fonds français InfraVia Critical Metals, acquiert environ 13,6 % des parts de l'entreprise française. Les 175 millions d'euros supplémentaires financent un projet industriel distinct mais complémentaire, consacré à la production de métaux, d'alliages et d'aimants sur le sol tricolore. Cette asymétrie entre l'entrée au capital et l'investissement matériel illustre une stratégie de filière qui rappelle les dynamiques observées lorsque Microsoft a misé plusieurs milliards sur Mistral AI pour sécuriser des infrastructures de calcul.
Caremag à Lacq, le maillon manquant de la séparation
L'extraction minière ne représente qu'une fraction marginale de la chaîne de valeur. Sortis de terre, les minerais exigent une concentration chimique, un raffinage en oxydes, une métallisation, puis un alliage avant de devenir des aimants permanents. Le positionnement de Carester cible précisément le goulot d'étranglement mondial : la séparation et le raffinage.
Sur la plateforme d'Induslacq, le projet d'usine Caremag concrétise cette ambition. L'infrastructure prévoit de traiter 5 000 tonnes de concentrés miniers par an et de recycler 2 000 tonnes d'aimants usagés d'ici fin 2026. Le site cible quatre éléments critiques à haute performance : le néodyme, le praséodyme, le dysprosium et le terbium. Ce projet de 216 millions d'euros bénéficie de 106 millions d'aides publiques, notamment via les subventions de France 2030, dont le programme de recherche numérique écoresponsable partage la même urgence de souveraineté.
La réalité mathématique du raffinage asiatique
Comment justifier un tel déploiement de capitaux de part et d'autre de l'Atlantique ? L'arithmétique du marché dicte l'urgence. En 2024, la Chine contrôle 60 % de la production minière, mais surtout 91 % des capacités mondiales de raffinage et 94 % de la fabrication d'aimants permanents frittés.
« Les chaînes d'approvisionnement en minéraux critiques sont aujourd'hui très concentrées », alerte Fatih Birol, directeur exécutif de l'AIE. Cette hyper-concentration rend caduque la simple ouverture de mines occidentales. Un minerai extrait au Nevada ou en Australie finit inévitablement dans une usine du Jiangxi pour y être séparé. Le raffinage terres rares France développé par Carester vise à briser cette fatalité logistique, une condition absolue pour alimenter les flottes émergentes de véhicules électriques.
L'intégration verticale, de l'oxyde à l'aimant
Pendant un demi-siècle, le bassin de Lacq a respiré au rythme de l'extraction gazière. L'arrivée de USA Rare Earth ambitionne de métamorphoser ce territoire en hub européen des matériaux critiques. La logique industrielle américaine repose sur l'intégration verticale.
Les 175 millions d'euros d'investissements américains financeront l'implantation d'une unité de métallisation adjacente à l'usine Caremag, opérée via la filiale britannique Less Common Metals. Le schéma opératoire se dessine avec précision : Carester sépare les oxydes, Less Common Metals les transforme en alliages, préparant le terrain pour la fabrication locale d'aimants. Cette structuration de bout en bout garantit la souveraineté industrielle française sur des composants vitaux, une nécessité absolue au moment où la France verrouille ses pépites de défense comme Exail face aux appétits étrangers.
Une alliance transatlantique sous haute surveillance
La viabilité de ce complexe industriel se heurtera à la réalité des prix mondiaux. La construction d'une filière alternative subit frontalement la volatilité des cours et le risque de dumping orchestré par les producteurs asiatiques, déjà intégrés et massivement rentables.
Le montage financier, associant les fondateurs de Carester, le fonds français InfraVia, des partenaires japonais (JOGMEC, Iwatani) et USA Rare Earth, dilue le risque de prise de contrôle unilatérale. Néanmoins, l'État français devra s'assurer que les oxydes purifiés à Lacq irriguent prioritairement l'industrie européenne. La création de valeur par ces nouvelles infrastructures constitue d'ailleurs un levier tangible pour consolider le rebond inattendu de la croissance française observé par la Banque de France.
- Clarification financière : Les 175 M€ de USA Rare Earth ciblent la création d'une filière d'alliages et d'aimants, et non l'achat des 13,6 % de Carester.
- Positionnement amont : L'usine Caremag de Lacq se concentre exclusivement sur la séparation et le raffinage (5 000 tonnes de minerais, 2 000 tonnes recyclées).
- Verrou asiatique : La Chine maîtrise 91 % du raffinage mondial, rendant l'extraction occidentale stérile sans usines de séparation locales.
- Intégration : L'objectif de Lacq est de relier la séparation chimique (Carester) à la métallisation (Less Common Metals).
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À propos de l'auteur
Fondateur et dirigeant d’Entreprisma, Elouan Azria édite un média entrepreneurial français dédié à une information fiable, gratuite et utile pour les entrepreneurs et entreprises.
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