Opio lève 4 millions d’euros pour accélérer dans la due diligence financière
L’intelligence artificielle s’attaque désormais à l’un des processus les plus techniques et chronophages de la finance d’entreprise : la due diligence financière.
La startup française Opio vient de boucler une levée de fonds de 4 millions d’euros auprès de Frst, Seedcamp et Global Founders Capital.
Fondée à Paris, l’entreprise développe une plateforme d’intelligence artificielle destinée aux professionnels du transaction services, de l’audit et des opérations de fusion-acquisition.
Selon les informations publiées par Tech Funding News, cette première levée doit permettre à Opio de renforcer son équipe technique et d’accélérer son développement commercial en Europe.
La startup s’inscrit dans une tendance plus large : l’essor d’outils d’intelligence artificielle spécialisés pour les entreprises, capables d’automatiser des processus professionnels très précis plutôt que de simplement générer du texte.
Qu’est-ce que la due diligence financière ?
La due diligence financière désigne l’analyse approfondie des comptes et de la situation économique d’une entreprise avant une acquisition, une cession ou une prise de participation.
Elle permet notamment à un acquéreur ou à un investisseur de vérifier que les performances financières présentées correspondent à la réalité économique de l’entreprise.
Les équipes chargées d’une due diligence doivent généralement analyser :
- le chiffre d’affaires ;
- la rentabilité et les marges ;
- les charges ;
- la trésorerie ;
- la dette ;
- le besoin en fonds de roulement ;
- les revenus exceptionnels ou non récurrents ;
- les principaux risques financiers.
Cette phase est stratégique dans une opération de M&A.
Une anomalie dans les comptes, une rentabilité artificiellement élevée ou un besoin de trésorerie sous-estimé peuvent directement modifier la valorisation d’une entreprise et le prix proposé par l’acquéreur.
L’IA automatise les tâches les plus chronophages du M&A
Avant même d’interpréter les comptes, les professionnels doivent effectuer une quantité importante de tâches de préparation.
Ils récupèrent des documents financiers, rapprochent différentes sources de données, vérifient leur cohérence, reconstruisent certains historiques et mettent les informations au bon format.
C’est précisément cette partie du travail qu’Opio veut automatiser.
La plateforme est capable de collecter, organiser et analyser une partie des données financières nécessaires aux équipes chargées des transactions.
Opio affirme que sa technologie permet actuellement de libérer environ 27 % du temps des professionnels du transaction services.
L’enjeu est donc différent de celui des assistants IA généralistes.
Dans la finance, l’un des principaux potentiels de l’intelligence artificielle réside dans sa capacité à automatiser des opérations répétitives, structurées et fortement consommatrices de temps.
Cette évolution rejoint les transformations déjà observées dans les usages de l’IA dans la finance, où le traitement automatisé des données devient progressivement un avantage opérationnel.
Forvis Mazars et BDO utilisent déjà la technologie d’Opio
Pour une jeune entreprise positionnée sur la finance et l’audit, l’un des principaux obstacles reste la confiance.
Les cabinets manipulent des informations financières confidentielles susceptibles d’influencer directement la valorisation d’une entreprise ou les conditions d’une transaction.
Opio a néanmoins déjà réussi à convaincre plusieurs acteurs établis.
La société travaille notamment avec des équipes de Forvis Mazars et BDO.
Sa technologie serait désormais utilisée dans une quinzaine de pays, parmi lesquels l’Allemagne, le Canada, le Sénégal et Hong Kong.
Cette internationalisation représente un enjeu important pour la startup.
Les normes comptables, les formats de documents et les pratiques professionnelles peuvent varier fortement d’un pays à l’autre.
La capacité d’Opio à automatiser ces processus tout en s’adaptant aux spécificités locales pourrait donc devenir l’un de ses principaux avantages concurrentiels.
Opio veut accélérer son développement international
Une partie des 4 millions d’euros levés sera consacrée au développement international.
Opio réaliserait actuellement environ 15 % de son chiffre d’affaires hors de France et ambitionne de porter cette proportion à environ 50 %.
Le Royaume-Uni et l’Allemagne figurent parmi les marchés prioritaires.
L’Espagne pourrait également devenir un axe de développement avant une éventuelle expansion vers les États-Unis.
Cette stratégie internationale est fréquente chez les jeunes entreprises françaises développant des logiciels B2B très spécialisés : le marché français permet de tester la solution, mais la taille critique nécessite rapidement une implantation européenne puis internationale.
Retrouvez également les principales levées de fonds, acquisitions et actualités des entreprises françaises suivies par Entreprisma.
Opio veut aller au-delà de la due diligence financière
La startup ne souhaite pas limiter sa technologie aux seules opérations de fusion-acquisition.
Opio envisage également d’étendre son outil au commissariat aux comptes et à l’audit financier.
Le marché potentiel deviendrait alors beaucoup plus important.
Les cabinets d’audit réalisent chaque année des volumes considérables de contrôles, de rapprochements comptables et d’analyses documentaires.
Une partie de ces tâches pourrait progressivement être automatisée grâce à l’intelligence artificielle.
Cette évolution pourrait créer une nouvelle génération de logiciels verticaux spécialisés dans les métiers financiers.
Plutôt que de développer leurs propres grands modèles d’IA, ces entreprises peuvent utiliser les modèles existants et construire par-dessus une couche métier comprenant :
- des workflows spécifiques ;
- des contrôles financiers ;
- des intégrations avec les logiciels comptables ;
- des bases documentaires ;
- des systèmes de validation ;
- des procédures de traçabilité.
C’est probablement sur cette couche spécialisée que se jouera une partie importante de la valeur créée par l’IA dans les entreprises.
370 000 entreprises françaises pourraient être transmises d’ici 2030
Le marché adressé par Opio pourrait également profiter d’une accélération des transmissions d’entreprises.
Selon Bpifrance Le Lab, environ 370 000 entreprises françaises d’au moins un salarié pourraient être transmises d’ici 2030.
Cette estimation comprend environ :
- 310 000 TPE ;
- 58 000 PME ;
- 1 200 ETI.
Près de trois millions d’emplois seraient concernés.
Toutes ces entreprises ne feront évidemment pas l’objet d’une due diligence financière aussi poussée que lors d’une acquisition réalisée par un fonds d’investissement.
Mais l’augmentation du nombre de transmissions, de cessions et de rachats pourrait mécaniquement augmenter les besoins en analyse financière.
Le vieillissement d’une partie des dirigeants français constitue ainsi un moteur potentiel pour les entreprises positionnées sur les outils de fusion-acquisition.
L’IA ne remplace pas pour autant l’analyse financière humaine
Automatiser une partie de la due diligence ne signifie pas automatiser entièrement une acquisition.
La décision de racheter une entreprise repose sur de nombreux critères qui dépassent les données comptables.
Les professionnels doivent notamment évaluer :
- la qualité du chiffre d’affaires ;
- la concentration des clients ;
- la dépendance à certains fournisseurs ;
- les risques sectoriels ;
- la pérennité des marges ;
- la capacité de l’entreprise à générer de la trésorerie ;
- la qualité du management ;
- les perspectives de croissance.
L’intelligence artificielle peut accélérer considérablement la collecte et le traitement des informations.
Mais l’interprétation finale reste déterminante.
La transformation pourrait donc surtout modifier la répartition du travail.
Les professionnels consacreraient moins de temps au nettoyage et à l’organisation des données et davantage à l’analyse, à l’identification des anomalies et à la compréhension du modèle économique.
Les métiers de l’audit commencent à leur tour à être automatisés
La levée d’Opio illustre une évolution plus profonde de l’intelligence artificielle en entreprise.
Les premières automatisations concernaient principalement des tâches relativement simples : rédaction, support client, traduction ou recherche documentaire.
Les technologies d’IA commencent désormais à progresser vers des métiers beaucoup plus techniques.
Finance, droit, audit, conseil ou analyse stratégique deviennent progressivement des marchés adressables.
La valeur de ces technologies ne dépend alors plus uniquement de la qualité du modèle d’intelligence artificielle utilisé.
Elle dépend également de la connaissance du métier, des données disponibles, des intégrations avec les logiciels existants et de la confiance accordée au système.
La due diligence financière devient un nouveau marché pour les startups IA
Opio n’est pas seule sur ce terrain.
Plusieurs entreprises européennes développent désormais des solutions d’automatisation destinées aux métiers de la finance et de l’audit.
Le néerlandais DataSnipper, par exemple, développe des outils permettant d’automatiser certaines opérations d’audit réalisées dans Excel.
Cette tendance pourrait donner naissance à une nouvelle génération de startups IA verticales.
Contrairement aux acteurs développant des modèles généralistes, ces entreprises ciblent un problème extrêmement précis et cherchent à devenir indispensables dans un processus métier donné.
Pour les investisseurs, ce positionnement présente plusieurs avantages.
Une solution spécialisée peut être plus difficile à remplacer lorsqu’elle est profondément intégrée dans les procédures d’une entreprise.
Elle peut également générer des revenus récurrents grâce aux abonnements logiciels.
L’enjeu d’Opio dépasse sa levée de 4 millions d’euros
À l’échelle du marché mondial de l’intelligence artificielle, une levée de 4 millions d’euros reste relativement modeste.
Mais l’intérêt du dossier Opio réside moins dans le montant investi que dans le processus choisi par la startup.
La due diligence financière est une activité coûteuse, complexe et récurrente.
Si l’entreprise parvient réellement à automatiser une partie significative de ce travail sans compromettre la fiabilité des analyses, elle pourrait contribuer à transformer l’organisation des cabinets de conseil, d’audit et de transaction services.
La prochaine phase de développement de l’intelligence artificielle dans les entreprises pourrait ainsi être beaucoup moins visible que la première.
Elle ne reposera pas nécessairement sur de nouveaux chatbots spectaculaires.
Elle pourrait surtout passer par des milliers de logiciels spécialisés capables d’automatiser progressivement les processus les plus coûteux des entreprises.
Pour Opio, la due diligence financière automatisée par l’IA pourrait n’être que le premier marché.
