À 32 ans, Cédric Meston est en train de devenir l’un des visages les plus visibles de la reprise d’entreprises en France. Ancien consultant chez McKinsey, cofondateur de HappyVore puis repreneur de Tupperware France, il vient désormais de prendre les commandes de Duralex.

Son parcours attire d’autant plus l’attention que les entreprises qu’il cible ne sont pas anonymes. Tupperware et Duralex font partie du patrimoine économique et commercial français. Derrière ces opérations médiatiques se dessine surtout une stratégie : récupérer des entreprises fragilisées disposant encore d’une marque, d’un savoir-faire, d’un outil industriel ou d’un marché suffisamment puissant pour justifier leur relance.

Certains médias le présentent déjà comme un « nouveau Bernard Tapie », en référence à la stratégie de l’ancien homme d’affaires, qui s’était lui aussi fait connaître par la reprise d’entreprises en difficulté.

La comparaison est séduisante. Elle ne raconte cependant qu’une partie de l’histoire.

Car Cédric Meston tente surtout de construire une nouvelle forme d’entrepreneuriat : non plus créer systématiquement des entreprises, mais reprendre celles qui existent déjà pour les transformer.

Qui est Cédric Meston ?

Cédric Meston est un entrepreneur français diplômé de Télécom Paris.

Avant de se lancer dans l’entrepreneuriat, il travaille plusieurs années chez McKinsey, où il est confronté à des problématiques de stratégie, de transformation et de restructuration d’entreprises.

Cette première expérience éclaire une grande partie de son parcours actuel.

Meston ne raisonne pas seulement en termes de produit ou de création de marque. Son approche repose sur l’analyse d’une entreprise dans son ensemble : actifs, organisation, coûts, marché, distribution, financement et capacité de retournement.

Sa première aventure entrepreneuriale majeure ne concerne pourtant ni Duralex ni Tupperware.

Elle commence dans l’alimentation végétale.

De McKinsey à HappyVore

En 2019, Cédric Meston cofonde avec Guillaume Dubois Les Nouveaux Fermiers, entreprise qui deviendra ensuite HappyVore.

L'objectif est ambitieux : développer des alternatives végétales à la viande capables d’être produites à grande échelle et distribuées largement.

HappyVore ne se construit donc pas comme une simple marque alimentaire. L’entreprise développe également une dimension industrielle importante.

En 2022, elle annonce une levée de fonds de 35 millions d’euros afin d’accélérer son développement et de financer son appareil productif.

Cette période permet à Meston de se confronter directement à plusieurs enjeux qui réapparaîtront plus tard dans ses reprises : production industrielle, financement, croissance, distribution, recrutement et construction d’une marque nationale.

Mais son parcours prend progressivement une autre direction.

Au lieu de repartir d’une feuille blanche, Cédric Meston commence à s’intéresser aux entreprises qui possèdent déjà des actifs mais ne parviennent plus à exploiter correctement leur potentiel.

Pourquoi Cédric Meston s’est spécialisé dans la reprise d’entreprises

Créer une entreprise à partir de zéro nécessite généralement de construire successivement une marque, une clientèle, une équipe, une distribution et parfois un outil industriel.

La reprise offre une autre logique.

Une entreprise en difficulté peut déjà disposer de plusieurs de ces actifs, parfois après plusieurs décennies d’investissement.

C’est précisément sur cette asymétrie que repose une partie de la stratégie développée par Cédric Meston.

Avec le Groupe Revive, il structure progressivement une activité consacrée à la reprise et à la transformation de sociétés existantes.

Le principe consiste à identifier des entreprises fragiles financièrement mais possédant encore suffisamment de valeur pour être relancées.

Cette valeur peut provenir :

  • d’une marque connue ;
  • d’une communauté de clients ;
  • d’un réseau de distribution ;
  • d’un savoir-faire industriel ;
  • d’une usine ;
  • d’une technologie ;
  • d’une position historique sur un marché.

Meston participe ainsi à plusieurs opérations concernant notamment Jay & Joy, Bluedigo ou d’autres entreprises confrontées à des difficultés.

Il contribue également au développement de France Reprises, un écosystème visant à davantage structurer et promouvoir la reprise d’entreprise en France.

Mais c’est Tupperware qui va véritablement faire changer son activité d’échelle.

Tupperware : la reprise qui fait connaître Cédric Meston

En 2025, Cédric Meston et ses associés reprennent l’activité française de Tupperware.

Le dossier est emblématique.

Tupperware dispose d’une notoriété exceptionnelle mais son modèle historique est fragilisé par l’évolution des comportements d’achat, le développement du e-commerce et les difficultés financières du groupe international.

La valeur de l’entreprise ne repose donc plus seulement sur ses résultats.

Elle repose sur des actifs beaucoup plus difficiles à reproduire : une marque connue de plusieurs générations, un réseau commercial historique et une gamme de produits immédiatement identifiable.

C’est précisément le type d’entreprise qui correspond à la logique du repreneur.

Après la reprise, l’équipe cherche à moderniser le fonctionnement de Tupperware France sans supprimer totalement ce qui a construit son succès.

La vente directe reste importante, mais elle est complétée par le commerce électronique, de nouveaux canaux de distribution et une expansion européenne.

En 2026, l’entreprise indique avoir obtenu les droits de distribution de Tupperware dans plus d’une vingtaine de pays européens.

Le rythme de ventes atteint alors environ 3,3 millions d’euros par mois, soit une trajectoire annualisée proche de 40 millions d’euros.

Ces chiffres permettent à Cédric Meston de présenter Tupperware comme l’une des premières démonstrations concrètes de sa stratégie.

Il ne s’agit plus simplement d’acheter une entreprise en difficulté.

Il faut prouver qu’elle peut redevenir économiquement viable.

Après Tupperware, Cédric Meston s’attaque à l’industrie

Le parcours prend ensuite une dimension beaucoup plus industrielle.

En 2026, un consortium mené par Cédric Meston reprend Black Star, spécialiste français du pneumatique reconditionné implanté à Béthune.

L’activité est ensuite repositionnée autour de la marque Léonard.

Le projet permet notamment de préserver 91 emplois.

Cette opération est importante pour comprendre la suite.

Black Star ne repose pas uniquement sur une marque.

L’entreprise possède un outil industriel, des salariés spécialisés et un véritable savoir-faire productif.

Le risque est donc différent de celui d’une société principalement commerciale.

Une usine génère des coûts fixes importants.

Elle doit produire suffisamment, trouver des débouchés, financer ses matières premières, entretenir ses équipements et supporter son besoin en fonds de roulement.

Autrement dit, le retournement devient beaucoup plus complexe.

Quelques mois plus tard, Cédric Meston va pourtant s’attaquer à un dossier industriel d’une toute autre dimension.

Duralex : le plus gros défi de Cédric Meston

Le 14 octobre 2026, le projet de reprise de Duralex porté par Tomé, la holding de Cédric Meston, est retenu.

Entreprisma a détaillé dans une analyse dédiée les conditions de la reprise de Duralex par Cédric Meston et le maintien de 155 emplois.

Le dossier dépasse largement la simple acquisition d’une marque historique.

Duralex possède une usine, des fours industriels, plusieurs centaines de salariés et une production particulièrement exposée au prix de l’énergie.

La verrerie de La Chapelle-Saint-Mesmin doit donc résoudre simultanément plusieurs problèmes.

Elle doit retrouver suffisamment de ventes.

Elle doit améliorer sa rentabilité.

Elle doit moderniser son outil industriel.

Et elle doit réduire fortement sa dépendance énergétique.

Le projet de Cédric Meston prévoit le maintien de 155 emplois et s’appuie sur un plan de financement d’environ 16 millions d’euros.

Selon les éléments présentés lors de la reprise, environ 10 millions d’euros doivent provenir de financements privés et 6 millions de soutiens publics.

Parmi les investisseurs figure notamment NJJ Capital, la holding de Xavier Niel.

Pourquoi reprendre Duralex ?

Duralex dispose d’un avantage considérable : son problème n’est pas la notoriété.

Le verre Duralex est probablement l’un des produits industriels français les plus reconnaissables.

Des générations de consommateurs ont utilisé ses modèles Picardie ou Gigogne.

Cette reconnaissance possède une valeur économique importante.

Créer aujourd’hui une nouvelle marque de verrerie bénéficiant instantanément du même niveau de notoriété nécessiterait probablement des années d’investissement.

Cédric Meston récupère donc un actif commercial extrêmement puissant.

Mais il récupère en même temps tout ce qui rend Duralex difficile à exploiter : une industrie lourde, énergivore et exposée à une concurrence internationale capable de produire à des coûts parfois largement inférieurs.

C’est ce qui distingue profondément Duralex de Tupperware.

Avec Tupperware, le chantier consiste largement à moderniser une marque et son modèle de distribution.

Avec Duralex, il faut aussi transformer physiquement la manière de produire.

Le projet de Cédric Meston pour Duralex

Le futur de Duralex devrait notamment passer par une transformation profonde de son outil industriel.

L’un des projets les plus structurants concerne la conversion de la production afin de réduire fortement son utilisation du gaz.

L’objectif affiché est notamment de préparer l’installation d’un four électrique autour de 2029.

La question énergétique est centrale.

La fabrication du verre nécessite des températures extrêmement élevées et donc énormément d’énergie.

Une variation importante des prix du gaz peut détériorer rapidement les marges d’un producteur.

Le passage à une production davantage électrifiée doit donc répondre à deux objectifs : réduire les émissions de carbone mais aussi rendre le modèle industriel plus résilient sur le long terme.

Cédric Meston souhaite ainsi positionner Duralex parmi les verreries les plus décarbonées.

Mais la réussite du projet dépendra également d’un élément beaucoup plus classique : vendre suffisamment de verres pour rentabiliser l'usine.

Duralex a déjà montré les limites d’un sauvetage sans transformation suffisante

La reprise intervient après plusieurs années particulièrement mouvementées pour la verrerie.

Duralex avait déjà fait l’objet de tentatives de sauvetage et d’une transformation en société coopérative.

Entreprisma avait analysé les difficultés rencontrées par cette stratégie dans son dossier consacré au redressement judiciaire de Duralex et aux limites du modèle de SCOP.

Le problème illustre une réalité souvent sous-estimée lorsqu’une entreprise industrielle emblématique est menacée.

Sauver une entreprise juridiquement n’équivaut pas à résoudre son modèle économique.

Une usine doit continuellement générer suffisamment de marge pour :

  • rémunérer les salariés ;
  • acheter les matières premières ;
  • financer l’énergie ;
  • entretenir les équipements ;
  • investir ;
  • financer ses stocks ;
  • supporter ses créances clients ;
  • absorber les périodes de baisse d’activité.

C’est sur ces fondamentaux économiques que le projet de Cédric Meston sera réellement jugé.

Pourquoi Cédric Meston est-il surnommé le « nouveau Bernard Tapie » ?

Depuis ses dernières opérations, la comparaison avec Bernard Tapie apparaît régulièrement dans les médias.

RTL a notamment utilisé l’expression « nouveau Bernard Tapie » pour présenter son parcours.

La comparaison repose sur une caractéristique évidente.

Bernard Tapie s’était notamment construit une réputation en reprenant des entreprises fragilisées pour tenter de les restructurer, de relancer leurs ventes ou de valoriser leurs actifs.

Cédric Meston intervient aujourd’hui sur un terrain qui peut sembler comparable.

Tupperware possède une marque mondiale.

Duralex possède une marque mondiale et une usine.

Léonard dispose d’un outil industriel et d’un savoir-faire.

Dans chacun de ces cas, l’idée consiste à identifier une valeur que les difficultés financières de l’entreprise ont temporairement masquée.

Mais la comparaison avec Tapie doit s'arrêter là.

Les contextes économiques, financiers et entrepreneuriaux sont très différents.

Cédric Meston met notamment beaucoup plus en avant la transformation industrielle, l’économie circulaire, la décarbonation et le maintien d’emplois.

Le modèle repose également sur des consortiums d’investisseurs et des structures juridiques distinctes selon les opérations.

Quelle est la méthode Cédric Meston ?

En observant ses différentes reprises, plusieurs principes commencent à se dégager.

1. Acheter des actifs difficiles à recréer

Une entreprise déficitaire peut malgré tout posséder énormément de valeur.

Tupperware possède sa marque.

Duralex possède sa marque, son histoire et son savoir-faire industriel.

Léonard possède une usine et une expertise dans le reconditionnement des pneumatiques.

Le repreneur ne paie donc pas uniquement pour les performances financières actuelles.

Il paie pour ce qu’il considère pouvoir reconstruire à partir des actifs existants.

2. Reprendre lorsque la valorisation est fortement dégradée

La difficulté financière modifie profondément le rapport de force.

Lorsqu’une entreprise saine est vendue, l’acquéreur paie généralement pour ses bénéfices futurs.

Lorsqu’une entreprise est en redressement judiciaire, l’enjeu principal peut devenir la sauvegarde de l’activité et des emplois.

Les conditions de reprise peuvent alors devenir beaucoup plus favorables au repreneur.

Mais cette décote existe pour une raison : le risque est considérablement plus élevé.

3. Modifier rapidement le modèle économique

Cédric Meston ne semble pas défendre une conservation à l’identique des entreprises reprises.

Tupperware doit accélérer sur le numérique et la distribution.

Léonard doit développer le marché du pneu reconditionné.

Duralex doit transformer son outil productif et probablement renforcer sa distribution internationale.

Le patrimoine constitue le point de départ.

Il ne constitue pas la stratégie.

4. S’entourer de capitaux et de compétences

Une reprise industrielle nécessite généralement beaucoup plus que le capital du fondateur.

Le projet Duralex illustre parfaitement ce modèle.

Des investisseurs privés interviennent aux côtés de financements publics et de collectivités.

Cette capacité à réunir rapidement du capital devient donc une composante essentielle du métier de repreneur.

5. Séparer les risques entre les différentes sociétés

Les différentes entreprises doivent conserver leurs propres financements et leurs propres structures.

Cette logique permet théoriquement d’éviter qu’une difficulté rencontrée dans une participation contamine automatiquement l’ensemble du portefeuille.

Elle devient indispensable lorsque les dossiers accumulés sont eux-mêmes risqués.

Cédric Meston veut faire de la reprise une nouvelle forme d’entrepreneuriat

Derrière les opérations spectaculaires existe une conviction plus profonde.

La France valorise énormément la création d’entreprise.

Elle valorise beaucoup moins la reprise.

Or ces deux formes d’entrepreneuriat ne répondent pas au même problème.

Créer permet de faire émerger de nouvelles entreprises.

Reprendre permet d’empêcher que des compétences, des emplois, des marques et des outils industriels déjà existants disparaissent.

Dans un contexte où des dizaines de milliers de dirigeants de PME vont devoir organiser leur succession au cours des prochaines années, le marché de la transmission pourrait devenir stratégique.

Cette question dépasse donc largement le parcours personnel de Cédric Meston.

Elle concerne la capacité de la France à conserver son tissu économique et industriel.

L’entrepreneur développe lui-même cette vision dans son livre Reprise : Dans la tête d’un serial repreneur, publié en 2026 chez Eyrolles.

La reprise d’entreprise peut-elle devenir le nouveau terrain de jeu des entrepreneurs ?

Pendant une décennie, l’écosystème entrepreneurial français a énormément valorisé la création de start-up.

Créer une technologie.

Lever des fonds.

Développer rapidement une entreprise.

Puis éventuellement la vendre ou l’introduire en Bourse.

Le modèle de Cédric Meston prend presque le chemin inverse.

L’entreprise existe déjà.

Les salariés existent déjà.

Les clients existent parfois déjà.

La marque existe déjà.

Le problème consiste à empêcher l’ensemble de disparaître.

Cette logique pourrait devenir de plus en plus importante dans les prochaines années, notamment dans l’industrie.

La France possède encore de nombreuses entreprises disposant d’un véritable savoir-faire mais qui doivent investir massivement pour moderniser leurs outils de production, réduire leurs consommations énergétiques ou trouver un repreneur.

Pour une nouvelle génération d’entrepreneurs, ces sociétés pourraient devenir une alternative à la création pure.

Duralex sera le véritable test du modèle Meston

Tupperware constitue une première vitrine.

Léonard permet de tester un modèle industriel.

Mais Duralex est probablement le dossier le plus important du parcours de Cédric Meston.

La marque possède presque tous les attributs recherchés par un repreneur : notoriété, histoire, savoir-faire, marché international et attachement des consommateurs.

Elle possède aussi presque tous les risques associés à l’industrie lourde.

Des coûts fixes importants.

Une très forte consommation d’énergie.

Des investissements considérables.

Une concurrence mondiale.

Et la nécessité de faire tourner suffisamment l’outil industriel pour absorber les charges.

Le succès de l’opération ne sera donc pas déterminé par l’attention médiatique générée au moment de la reprise.

Il sera déterminé par les résultats industriels et financiers obtenus dans les prochaines années.

Cédric Meston, nouveau Bernard Tapie ou nouveau modèle de repreneur ?

Le surnom de « nouveau Bernard Tapie » attire immédiatement l’attention.

Mais il risque également de masquer ce qui rend le parcours de Cédric Meston réellement intéressant.

L'entrepreneur ne cherche plus simplement à créer des sociétés.

Il tente de construire une méthode reproductible de reprise et de transformation d’entreprises.

HappyVore lui a permis d’apprendre à construire.

Tupperware lui a permis de démontrer qu’une marque historique pouvait être repositionnée.

Léonard l’a fait entrer plus profondément dans l’industrie.

Duralex doit maintenant démontrer que cette méthode peut fonctionner sur une usine française emblématique, fortement consommatrice d’énergie et confrontée à une concurrence internationale intense.

À ce stade, Cédric Meston a démontré sa capacité à reprendre des entreprises.

La prochaine étape est beaucoup plus difficile : démontrer qu’il peut durablement les redresser.

Et c’est précisément ce qui rend son parcours à suivre.