Afibel ne vendra plus ses vêtements. Le 4 novembre 2026, le tribunal de commerce de Lille Métropole a converti en liquidation judiciaire la procédure de redressement ouverte le 30 mars.
Implantée à Villeneuve-d'Ascq, dans le Nord, l'entreprise avait construit sa notoriété sur la vente à distance de vêtements destinés notamment aux femmes seniors et aux clientes recherchant des grandes tailles.
Son modèle historique reposait sur les catalogues envoyés à domicile, une relation commerciale développée sur plusieurs décennies et une clientèle fidèle.
Mais cette position n'a pas suffi à préserver l'activité.
En deux ans, le chiffre d'affaires d'Afibel est passé d'environ 63 millions d'euros en 2023 à 42 millions d'euros en 2025. Dans le même temps, l'entreprise a dû réduire fortement ses effectifs et engager une restructuration de son organisation.
La fermeture d'Afibel illustre les difficultés d'une entreprise dont le modèle commercial s'est progressivement retrouvé fragilisé par l'évolution des habitudes d'achat, la concurrence et la dégradation de sa situation financière.
Afibel ferme définitivement : ce que confirme la liquidation judiciaire
La décision du 4 novembre 2026 met fin aux espoirs de redressement de l'enseigne.
Selon les informations judiciaires disponibles, la procédure a suivi plusieurs étapes :
- 30 mars 2026 : ouverture du redressement judiciaire par le tribunal de commerce de Lille Métropole.
- Avril 2026 : présentation d'un plan de transformation prévoyant une réduction importante des effectifs.
- 30 septembre 2026 : prolongation de la période d'observation et poursuite de la recherche d'un repreneur.
- 21 octobre 2026 : date limite de dépôt des offres dans le cadre du nouvel appel à repreneurs.
- 4 novembre 2026 : conversion du redressement en liquidation judiciaire.
- 5 novembre 2026 : terme du maintien provisoire d'activité autorisé par le tribunal.
La procédure est suivie par la SELARL MJ Solutio, représentée par Maître Marie Beun.
La liquidation intervient alors que l'entreprise cherchait encore, quelques semaines auparavant, une solution permettant de maintenir tout ou partie de son activité.
L'absence de solution de continuation ou de reprise permettant d'éviter la liquidation marque l'échec de cette dernière tentative.
Pourquoi Afibel a-t-elle fait faillite ?
La disparition d'Afibel ne peut pas être expliquée uniquement par la concurrence du commerce électronique.
Plusieurs facteurs se sont accumulés : baisse des ventes, difficultés financières, mutation des circuits de distribution et incapacité à rétablir suffisamment rapidement l'équilibre économique.
1. Un chiffre d'affaires en forte baisse depuis plusieurs années
Les données financières illustrent une dégradation persistante de l'activité.
| Année | Chiffre d'affaires |
|---|---|
| 2021 | 88,4 M€ |
| 2022 | 80,6 M€ |
| 2023 | 63 M€ |
| 2024 | 53,6 M€ |
| 2025 | Environ 42 M€ |
Entre 2021 et 2025, l'entreprise a perdu plus de la moitié de son chiffre d'affaires.
La baisse atteint environ 21,6 % entre 2024 et 2025.
Pour une entreprise spécialisée dans la distribution textile, une contraction aussi importante des ventes exerce une pression sur l'ensemble du modèle économique.
Les coûts liés aux équipes, à la logistique, aux catalogues, aux stocks et aux opérations commerciales ne diminuent pas nécessairement au même rythme que les recettes.
Une baisse prolongée du chiffre d'affaires peut donc provoquer une dégradation plus rapide des marges et de la trésorerie.
2. Des pertes qui fragilisaient déjà l'entreprise
La baisse des ventes ne représente qu'une partie des difficultés.
En 2025, Afibel affichait une perte nette annoncée de 8,5 millions d'euros, malgré ses quelque 42 millions d'euros de chiffre d'affaires.
Les comptes de 2023 faisaient également apparaître une perte nette de 7,35 millions d'euros.
En 2024, l'entreprise avait enregistré un bénéfice net d'environ 602 000 euros. Ce résultat avait toutefois été ponctuellement soutenu par une cession immobilière.
Cette distinction est importante.
Une entreprise peut dégager un résultat net positif grâce à une opération exceptionnelle sans avoir retrouvé une rentabilité durable sur son activité commerciale.
La trajectoire d'Afibel révèle ainsi un problème plus profond qu'une simple mauvaise année.
Le distributeur devait simultanément financer ses activités courantes, absorber ses pertes et investir dans sa transformation.
Selon les informations rapportées après la liquidation, son dirigeant Franck Berrebi a notamment évoqué une insuffisance de trésorerie empêchant l'entreprise d'acheter les marchandises nécessaires à son activité.
Cette difficulté est particulièrement importante dans la distribution : sans capacité de financement des approvisionnements, une enseigne peut rapidement perdre des ventes supplémentaires, aggravant une situation financière déjà fragile.
Un modèle historique de vente par correspondance confronté au commerce numérique
Pendant plusieurs décennies, Afibel a développé une relation directe avec ses clientes grâce à ses catalogues.
Ce modèle permettait de proposer une offre spécialisée sans dépendre d'un réseau de boutiques physiques comparable à celui des grandes chaînes de prêt-à-porter.
L'entreprise s'était notamment positionnée sur les grandes tailles et la mode féminine destinée aux seniors, à une époque où certaines clientes disposaient d'un choix plus restreint dans les magasins traditionnels.
Cette spécialisation constituait un avantage concurrentiel.
Mais les habitudes d'achat ont profondément changé.
Le catalogue papier ne suffit plus à fidéliser une clientèle
L'arrivée des plateformes de commerce électronique a transformé la manière de découvrir, comparer et commander des vêtements.
Aujourd'hui, une même cliente peut accéder instantanément à des milliers de références, comparer les prix, consulter les avis et choisir différents modes de livraison.
Le catalogue papier conserve des usages et peut encore contribuer à fidéliser certains consommateurs. Il ne constitue cependant plus, à lui seul, un avantage commercial suffisant.
Pour les entreprises historiquement spécialisées dans la vente par correspondance, le défi consiste à moderniser simultanément la relation client, les outils numériques, la logistique et les coûts d'acquisition.
Afibel avait engagé cette évolution, notamment à travers le développement de son activité en ligne et la diversification de son catalogue.
Mais sa situation financière ne lui a pas permis de mener cette transformation jusqu'à un retour durable à l'équilibre.
La concurrence du textile s'est intensifiée
La liquidation d'Afibel intervient également dans un environnement difficile pour les distributeurs français de vêtements.
Selon l'Institut Français de la Mode, les ventes françaises d'habillement et de textile ont reculé de 1,6 % en valeur en 2025.
Le commerce physique a particulièrement souffert, tandis que les ventes en ligne ont progressé.
Le marché est également confronté à la progression de la seconde main, des plateformes internationales et de l'ultra-fast fashion.
Ces évolutions intensifient la concurrence sur les prix, la visibilité des produits et les délais de livraison.
Il serait néanmoins excessif d'affirmer qu'une plateforme particulière a directement provoqué la liquidation d'Afibel. Les informations disponibles démontrent surtout une dégradation financière interne, dans un marché devenu plus difficile.
Un plan de transformation qui n'a pas permis de sauver Afibel
En avril 2026, la direction d'Afibel avait présenté un projet de restructuration destiné à assurer la pérennité de l'entreprise.
Ce programme reposait notamment sur :
- La modernisation de la logistique et du traitement des commandes.
- L'accélération de la transformation numérique.
- L'évolution de l'offre commerciale.
- L'amélioration de la relation client.
- La réorganisation des fonctions administratives et supports.
- Une réduction importante des effectifs pour diminuer les charges.
L'entreprise envisageait alors un retour à l'équilibre en 2027.
Mais le calendrier nécessaire à cette transformation s'est heurté aux contraintes de trésorerie.
Une restructuration peut améliorer progressivement les charges et l'organisation d'une entreprise. Elle ne garantit cependant pas la disponibilité immédiate des liquidités nécessaires pour financer les stocks, les fournisseurs et les dépenses d'exploitation.
Le problème d'Afibel n'était donc pas seulement de trouver un nouveau modèle commercial, mais aussi de disposer des moyens financiers pour atteindre ce modèle.Cette distinction permet de mieux comprendre pourquoi certaines entreprises disparaissent alors même qu'un plan de transformation a déjà été engagé.
Environ 100 salariés encore concernés après une première restructuration
La fermeture représente également un choc social pour les équipes de l'entreprise nordiste.
Au début de l'année 2026, Afibel comptait encore environ 200 salariés.
Le plan de réorganisation présenté en avril prévoyait la suppression d'une centaine de postes.
Selon les informations publiées au moment de la liquidation, il restait environ 90 à 100 salariés dans l'entreprise.
La liquidation judiciaire compromet désormais la poursuite de ces emplois.
Le nombre exact de licenciements supplémentaires liés à la décision du 4 novembre doit néanmoins être distingué du nombre de salariés encore présents et des suppressions de postes déjà intervenues.
La disparition de l'enseigne constitue une nouvelle difficulté pour l'emploi dans le secteur français du textile et de la distribution.
Commandes Afibel : que deviennent les remboursements et les retours ?
La fermeture soulève également des interrogations pour les clients ayant passé commande avant la liquidation judiciaire.
Afibel a précisé que le traitement des commandes en cours, des retours, des remboursements et du service après-vente relevait désormais de la procédure judiciaire.
Les clients concernés doivent conserver leurs preuves de paiement, confirmations de commande et échanges avec l'entreprise.
Le remboursement n'est pas automatique.
Selon la date de naissance de la créance et la nature du contrat, les démarches applicables peuvent différer. Les créances antérieures à l'ouverture du redressement judiciaire sont notamment soumises à des règles et délais spécifiques.
Les clients peuvent consulter les informations du mandataire judiciaire MJ Solutio.
En cas de commande payée par carte bancaire et non livrée, une demande de rétrofacturation, également appelée chargeback, peut être envisagée auprès de la banque lorsque les conditions contractuelles le permettent.
Ce mécanisme ne garantit toutefois pas un remboursement.
Ce que la disparition d'Afibel révèle sur les entreprises historiques
La liquidation d'Afibel ne marque pas la disparition de toute la vente à distance. Le commerce électronique continue au contraire de progresser sur plusieurs segments du marché de l'habillement.
Elle illustre plutôt les difficultés d'un modèle commercial historique lorsqu'il ne parvient plus à générer suffisamment de revenus et de trésorerie pour financer sa propre transformation.
Trois enseignements économiques se dégagent.
Premier constat : une marque reconnue ne garantit pas un modèle rentable.
Afibel disposait de plusieurs décennies de notoriété, d'une clientèle identifiée et d'un positionnement spécialisé. Ces avantages n'ont pas compensé l'érosion de ses ventes.
Deuxième constat : la transformation numérique nécessite des investissements et du temps.
Créer un site marchand ne suffit pas. Une entreprise doit également adapter ses approvisionnements, sa logistique, ses méthodes commerciales et sa relation client.
Troisième constat : la trésorerie détermine parfois la capacité de survie avant même que la stratégie puisse produire ses effets.
Une entreprise peut disposer d'un projet de redressement crédible sur plusieurs années et ne pas avoir les ressources financières nécessaires pour traverser les prochains mois.
La disparition d'Afibel s'inscrit ainsi dans une problématique plus large, celle des difficultés rencontrées par les entreprises françaises pour préserver leur rentabilité et financer leur adaptation.
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