En octobre, le spécialiste des bornes de recharge E-Totem a été placé en redressement judiciaire. Quelques semaines plus tard, les Forges de Tarbes ont à leur tour obtenu l’ouverture d’une procédure. Deux activités différentes, avec une même question : comment trouver les moyens de continuer ?
Ces dossiers rappellent ce que les gros chiffres de « faillites » peuvent masquer. Entrer au tribunal ne signifie pas toujours arrêter de produire. Une reprise peut préserver une activité et des emplois. À l’inverse, une entreprise peut fermer sans jamais passer par une procédure collective.
Pour comprendre l’année 2026, il faut donc regarder à la fois le nombre de difficultés, leur nature et leurs conséquences. Le point présenté ici est arrêté au 1er novembre : les séries nationales vérifiées vont jusqu’à août ou septembre selon le producteur, tandis que les dossiers d’octobre éclairent la situation la plus récente.
Depuis janvier, davantage de défaillances qu’en 2025
Sur les huit premiers mois de l’année, les données mensuelles de la Banque de France font apparaître 45 168 défaillances, contre 42 904 entre janvier et août 2025.
Le calcul réalisé par Entreprisma représente 2 264 défaillances supplémentaires, soit une hausse de 5,3 %. Il concerne toutes les tailles d’entreprise, pas uniquement les PME.
| Mois | 2025 | 2026 | Évolution sur un an |
|---|---|---|---|
| Janvier | 5 926 | 6 359 | +7,3 % |
| Février | 5 800 | 6 239 | +7,6 % |
| Mars | 6 343 | 6 908 | +8,9 % |
| Avril | 5 847 | 6 150 | +5,2 % |
| Mai | 5 450 | 5 324 | −2,3 % |
| Juin | 5 947 | 6 693 | +12,5 % |
| Juillet | 5 959 | 5 789 | −2,9 % |
| Août | 1 632 | 1 706 | +4,5 % |
| Janvier–août | 42 904 | 45 168 | +5,3 % |

Le début d’année se situe systématiquement au-dessus de 2025. Mai apporte un premier recul, suivi d’une nouvelle hausse marquée en juin. Juillet repasse sous son niveau de l’année précédente, avant une légère progression en août.
Cette succession décrit une année difficile, mais sans accélération continue. Le creux d’août doit aussi être lu avec prudence : les données sont brutes et suivent le calendrier de l’activité judiciaire. Une baisse par rapport à juillet ne démontre pas, à elle seule, une amélioration économique.
L’été freine la hausse des procédures
Le rapport du troisième trimestre du CNAJMJ permet d’aller jusqu’à septembre. Il recense 51 052 ouvertures de procédures collectives sur neuf mois, contre 49 575 un an auparavant, soit +3,0 %.
Son troisième trimestre est presque stable : 14 305 procédures en 2026, contre 14 384 en 2025, une baisse de 0,5 %.
L’été n’efface donc pas les difficultés accumulées depuis janvier, mais il ne prolonge pas non plus une hausse au même rythme.
Ce suivi inclut les sauvegardes, contrairement à la série de la Banque de France. Les deux totaux ne peuvent pas être raccordés pour fabriquer un chiffre unique. Le périmètre du CNAJMJ couvre toutes les tailles et plusieurs catégories d’entités ; son total comprend aussi une rubrique territoriale incluant Monaco.
Le redressement judiciaire devient le principal moteur de la hausse
La nature des procédures raconte une autre partie de l’année. Les redressements progressent plus vite que les liquidations judiciaires directes.
| Procédure | Janvier–septembre 2025 | Janvier–septembre 2026 | Évolution |
|---|---|---|---|
| Sauvegardes | 1 146 | 1 148 | +0,2 % |
| Redressements judiciaires | 15 669 | 16 633 | +6,2 % |
| Liquidations judiciaires directes | 32 760 | 33 271 | +1,6 % |
| Total des ouvertures | 49 575 | 51 052 | +3,0 % |
Sur les 1 477 procédures supplémentaires, 964 sont des redressements judiciaires. Selon les calculs d’Entreprisma, ils représentent ainsi 65,3 % de l’augmentation nette sur neuf mois.
C’est un point essentiel pour lire le bilan : une grande partie de la hausse concerne des entreprises pour lesquelles une poursuite de l’activité reste à examiner.
Le redressement judiciaire ouvre une période pendant laquelle peuvent être recherchés un plan de continuation, une réorganisation ou une reprise. Son ouverture ne préjuge pas du résultat final.
Dans son communiqué du 27 octobre sur les Forges de Tarbes, Europlasma présente précisément la protection du tribunal comme un moyen de préserver l’activité et de permettre le redressement de sa filiale. Il s’agit de l’objectif affiché par le groupe, pas d’une garantie de réussite.
Pourquoi les liquidations ne donnent pas le total des PME fermées
Les 33 271 liquidations judiciaires directes recensées sur neuf mois signalent des situations particulièrement dégradées. Mais ce chiffre n’est pas le nombre des PME définitivement fermées en 2026.
Il couvre toutes les tailles et exclut les conversions en liquidation de procédures déjà ouvertes. La liquidation judiciaire peut aussi comporter un maintien temporaire de l’activité ou une cession.
D’autres entreprises cessent leur activité volontairement, sans liquidation judiciaire : un départ en retraite, une décision personnelle ou l’arrêt d’un projet peuvent également conduire à une fermeture.
Il faut donc distinguer trois événements : l’arrêt réel d’une activité, la décision du tribunal et la disparition administrative de l’entreprise. Leurs dates peuvent être différentes.
Les petites et moyennes structures subissent une hausse plus vive
La répartition par taille de la Banque de France montre que les difficultés ne progressent pas au même rythme partout.
Cette comparaison porte sur douze mois, de septembre 2025 à août 2026, face à septembre 2024–août 2025. Elle comprend donc une partie de 2025.
| Catégorie de la Banque de France | Septembre 2024–août 2025 | Septembre 2025–août 2026 | Évolution |
|---|---|---|---|
| Microentreprises et taille indéterminée | 62 370 | 65 107 | +4,4 % |
| Très petites entreprises | 3 224 | 3 498 | +8,5 % |
| Petites entreprises | 1 415 | 1 578 | +11,5 % |
| Moyennes entreprises | 459 | 524 | +14,2 % |
| Ensemble classé PME | 67 468 | 70 707 | +4,8 % |
Le plus gros volume reste concentré dans la catégorie regroupant les microentreprises et les tailles indéterminées. Mais la progression est plus rapide dans les catégories « petites » et « moyennes entreprises ».
Cette différence mérite autant d’attention que le total. Les difficultés touchant une entreprise employeuse peuvent concerner plusieurs équipes, des fournisseurs et des clients réguliers.
La définition des PME retenue par l’Insee inclut les microentreprises : moins de 250 personnes, avec un chiffre d’affaires annuel n’excédant pas 50 millions d’euros ou un total de bilan n’excédant pas 43 millions.
Les statistiques présentées ici comptent toutefois des unités légales, identifiées par un numéro Siren. Une entreprise organisée en plusieurs sociétés peut donc être représentée par plusieurs entités. Les tailles indéterminées, regroupées avec les microentreprises, limitent aussi la précision du classement.
Commerce, bâtiment et restauration concentrent de nombreux dossiers
Les comparaisons sectorielles du CNAJMJ font apparaître des trajectoires contrastées sur les neuf premiers mois de 2026.
| Secteur | Janvier–septembre 2025 | Janvier–septembre 2026 | Évolution |
|---|---|---|---|
| Commerce et réparation de véhicules | 9 970 | 10 127 | +1,6 % |
| Construction | 10 263 | 10 111 | −1,5 % |
| Hébergement et restauration | 6 585 | 7 032 | +6,8 % |
| Activités spécialisées, scientifiques et techniques | 3 633 | 3 892 | +7,1 % |
| Industrie manufacturière | 2 914 | 2 902 | −0,4 % |
| Services administratifs et de soutien | 2 691 | 2 845 | +5,7 % |
| Autres activités de services | 2 289 | 2 538 | +10,9 % |
| Transports et entreposage | 2 190 | 2 233 | +2,0 % |
| Activités immobilières | 1 857 | 1 941 | +4,5 % |
| Information et communication | 1 544 | 1 586 | +2,7 % |

Le commerce et la construction dépassent chacun 10 000 procédures dans ce périmètre. Pourtant, le premier progresse légèrement quand la seconde recule.
L’hébergement-restauration augmente plus nettement : 447 procédures supplémentaires, soit +6,8 %. Les autres activités de services affichent également une hausse soutenue, à +10,9 %.
L’industrie manufacturière est presque stable en nombre. Cela n’empêche pas des dossiers industriels importants d’apparaître dans l’actualité : une moyenne sectorielle ne décrit pas la situation de chaque usine.
Ces chiffres concernent toutes les tailles d’entreprise. Ils décrivent des volumes de procédures, pas un classement du risque individuel : un secteur comptant beaucoup d’entreprises peut également compter beaucoup de dossiers.
Des écarts importants entre les régions
Les données régionales du CNAJMJ montrent également que 2026 ne se déroule pas de la même manière sur tout le territoire.
L’Île-de-France reste en tête en volume. En métropole, l’Auvergne-Rhône-Alpes présente la plus forte hausse en pourcentage, tandis que la Normandie, la Bretagne, le Grand Est et la Corse reculent.
| Région | Janvier–septembre 2025 | Janvier–septembre 2026 | Évolution |
|---|---|---|---|
| Île-de-France | 11 837 | 12 117 | +2,4 % |
| Auvergne-Rhône-Alpes | 5 856 | 6 553 | +11,9 % |
| Nouvelle-Aquitaine | 4 715 | 5 006 | +6,2 % |
| Occitanie | 4 364 | 4 483 | +2,7 % |
| Provence-Alpes-Côte d’Azur | 4 367 | 4 407 | +0,9 % |
| Hauts-de-France | 3 614 | 3 785 | +4,7 % |
| Grand Est | 3 467 | 3 333 | −3,9 % |
| Pays de la Loire | 2 344 | 2 445 | +4,3 % |
| Bretagne | 1 881 | 1 772 | −5,8 % |
| Normandie | 1 923 | 1 715 | −10,8 % |
| Bourgogne-Franche-Comté | 1 645 | 1 694 | +3,0 % |
| Centre-Val de Loire | 1 600 | 1 672 | +4,5 % |
| La Réunion | 700 | 831 | +18,7 % |
| Martinique | 339 | 406 | +19,8 % |
| Guadeloupe | 308 | 342 | +11,0 % |
| Corse | 325 | 267 | −17,8 % |
| Guyane | 150 | 150 | 0,0 % |
| Mayotte | 16 | 8 | −50,0 % |
Ces ouvertures sont localisées selon le siège de l’entreprise et couvrent toutes les tailles. Elles ne donnent pas la localisation de chaque emploi ou établissement.
Les petits nombres demandent une attention particulière : à Mayotte, la baisse de moitié représente huit procédures de moins. Le pourcentage ne suffit pas à apprécier l’ampleur d’une évolution.
Les 18 régions présentées ne reconstituent pas le total du rapport, qui comprend aussi d’autres territoires et des dossiers non localisés.
Les commandes et la trésorerie expliquent une partie des tensions
Les statistiques judiciaires décrivent les entreprises entrées en procédure. Les enquêtes auprès des dirigeants aident à comprendre l’environnement dans lequel elles évoluent, sans permettre d’attribuer chaque défaillance à une cause précise.
Dans le baromètre Bpifrance Le Lab–Rexecode de septembre 2026, 64 % des dirigeants citent une demande insuffisante comme frein à la croissance, contre 61 % un an auparavant.
La part de ceux qui prévoient d’investir dans l’année passe de 45 % à 42 %.
Lorsque les commandes diminuent, les dépenses ne suivent pas nécessairement au même rythme. Le loyer, certains remboursements et une partie des coûts de fonctionnement continuent de peser sur l’entreprise.
Reporter un investissement peut permettre de conserver de l’argent disponible. Ce choix n’annonce pas automatiquement une fermeture ; il peut aussi traduire une stratégie de prudence.
Le baromètre porte sur des entreprises marchandes non agricoles de 1 à 249 salariés, avec un chiffre d’affaires inférieur à 50 millions d’euros. Il éclaire la situation d’entreprises employeuses, pas celle de tous les indépendants.
Une facture en retard peut fragiliser toute une chaîne
Une entreprise peut avoir travaillé, livré et facturé sans avoir encore reçu le paiement. Ses propres échéances, elles, continuent d’arriver.
C’est le mécanisme décrit par René Hans dans notre entretien sur les retards de paiement et la fragilité financière des PME : une difficulté d’encaissement peut conduire à payer plus tard ses fournisseurs, qui doivent à leur tour financer le décalage.
Le rapport annuel 2025 de l’Observatoire des délais de paiement, publié en septembre 2026, estime à 13 milliards d’euros le gain potentiel de trésorerie des PME dans une simulation supprimant les retards selon ses hypothèses.
L’estimation repose sur des comptes 2024, un champ non exhaustif et un seuil de simulation de 60 jours. Elle ne mesure ni une perte constatée en 2026 ni un nombre de fermetures évitables. Elle illustre l’importance du financement immobilisé dans les délais de règlement.
Le financement courant reste un sujet distinct de l’investissement
Au troisième trimestre 2026, l’enquête de la Banque de France sur l’accès au crédit indique que 96 % des PME demandant un crédit d’investissement obtiennent la totalité ou plus de 75 % du montant demandé. Cette proportion atteint 81 % pour les demandes de crédit de trésorerie.
Ces résultats concernent les entreprises de 10 à 249 salariés ayant demandé un crédit. Ils ne décrivent pas la situation des microentreprises ni celle des dirigeants qui n’ont pas déposé de demande.
Pour une entreprise, financer une machine et financer les prochaines échéances sont deux besoins différents. Le second peut devenir urgent alors même que l’activité existe encore.
Pourquoi la hausse des radiations ne donne pas le nombre des fermetures
Un autre chiffre peut brouiller la lecture de l’année : les 305 225 radiations du premier semestre 2026, en hausse de 24,6 % selon le baromètre CNGTC–Infogreffe–Xerfi.
Ce total couvre les registres du commerce et des sociétés du champ étudié, France et DROM hors Alsace-Moselle. Il ne porte pas uniquement sur les PME.
Environ 44 % de ces radiations sont des radiations d’office. Leur enregistrement en 2026 ne signifie pas que l’activité s’est arrêtée cette année-là.
L’Insee rappelle cette différence dans son analyse du nombre d’entreprises réellement actives en France : l’inscription dans un répertoire administratif et l’existence d’une activité économique ne coïncident pas toujours.
Une radiation peut arriver après la cessation effective. Additionner les sorties de registre ne permet donc pas de connaître directement les PME ayant fermé depuis janvier.
Pour l’emploi, l’issue des reprises sera déterminante
Le CNAJMJ recense 152 997 emplois menacés sur les neuf premiers mois de 2026, contre 152 587 sur la même période de 2025, soit +0,3 %.
Ces emplois sont ceux associés aux entreprises entrées en procédure. Ils ne sont pas tous déjà supprimés.
Une poursuite de l’activité ou une reprise peut en préserver une partie. À l’inverse, une solution peut aussi conserver certains sites ou métiers sans reprendre l’ensemble des effectifs.
C’est pourquoi le nombre de défaillances et leur impact social doivent être suivis séparément. Une entreprise sans salarié et une entreprise employant plusieurs dizaines de personnes n’ont pas le même poids dans l’économie locale.
Ce qui se joue à l’approche de la fin d’année
Au 1er novembre, le constat est celui d’un niveau de difficultés supérieur à 2025 sur les périodes comparables, avec un troisième trimestre plus stable dans la série du CNAJMJ.
La suite se jouera aussi dans les dossiers déjà ouverts. Pour E-Totem, la date limite annoncée pour déposer des offres de reprise est le 20 novembre 2026. Cette échéance concerne la recherche d’une solution ; elle n’est pas une date de fermeture.
Les prochaines publications statistiques permettront de prolonger la comparaison nationale. Mais pour les salariés, les clients et les fournisseurs des entreprises concernées, l’enjeu est déjà concret : quelles activités pourront continuer, avec quels financements et combien d’emplois ?
Le chiffre exact des PME définitivement fermées en 2026 reste à établir. Ce que les données montrent déjà, c’est une hausse des difficultés, des situations très différentes selon les entreprises et une place importante des tentatives de redressement dans l’évolution de l’année. Les comparaisons utilisent, pour chaque producteur, les données 2025 et 2026 d’une même publication. Les chiffres peuvent être révisés. Aucun cumul sur douze mois n’est présenté comme un total depuis janvier, et aucune projection ne remplace les mois encore indisponibles.