Forges de Tarbes : une procédure ouverte pour préserver l’activité

Le tribunal de commerce de Tarbes a accepté, lundi 26 octobre, la demande de placement en redressement judiciaire des Forges de Tarbes.

Dans son communiqué officiel du 27 octobre 2026, Europlasma confirme l’ouverture de la procédure. Le groupe présente cette démarche comme un moyen de protéger l’activité et de permettre le redressement de sa filiale.

La décision intervient après la demande annoncée le 22 octobre, à la suite d’une consultation du comité social et économique.

Selon Service Public Entreprendre, le redressement judiciaire permet la poursuite de l’activité d’une société en cessation des paiements lorsqu’un redressement reste envisageable. Une période d’observation sert à établir un diagnostic et à préparer une solution.

Que fabriquent les Forges de Tarbes pour les obus du Caesar ?

Implantée dans les Hautes-Pyrénées, l’entreprise fabrique des corps d’obus de 155 mm, utilisés notamment pour les munitions tirées par les canons Caesar fournis à l’Ukraine, rapporte l’AFP dans un article publié par Le Parisien.

Reprise par Europlasma en 2021, l’usine appartient à une chaîne industrielle dont chaque étape doit disposer des capacités, des compétences et des financements nécessaires pour produire.

Son importance stratégique explique l’attention portée à son avenir. Elle ne garantit toutefois pas son équilibre financier.

Pourquoi une usine stratégique peut-elle manquer de trésorerie ?

L’existence de besoins militaires ne suffit pas à assurer le financement quotidien d’un fournisseur. Pour analyser les difficultés des Forges de Tarbes, il faut distinguer les explications données par les parties et les mécanismes économiques généraux.

Des variations de commandes mises en avant par la direction

Interrogé par La Dépêche du Midi à l’issue de l’audience du 26 octobre, Pascal Gilbert, directeur général du site, met en cause les variations du plan de charge et une dépendance à un client unique.

Il s’agit de son analyse des difficultés de l’entreprise.

À l’échelle d’une usine, une activité irrégulière complique l’organisation des équipes, les achats et l’utilisation des machines. Les charges fixes, elles, continuent de courir. Une hausse ponctuelle des commandes ne garantit donc pas une rentabilité durable.

Une modernisation qui exige des moyens financiers

Le directeur général reconnaît également les limites des moyens disponibles pour moderniser le site, selon le même reportage.

Investir dans un outil industriel et financer son exploitation constituent deux besoins distincts. Acheter ou remettre à niveau des équipements mobilise des capitaux ; produire nécessite ensuite de payer les matières, l’énergie, la maintenance et les salaires.

Une entreprise doit pouvoir financer ces deux dimensions simultanément.

Un besoin de trésorerie à distinguer du carnet de commandes

Une commande représente une activité future. Elle ne devient pas automatiquement de l’argent immédiatement disponible.

Entre l’achat des matières premières et l’encaissement du règlement, l’entreprise doit financer son cycle de production. Ce décalage constitue une composante du besoin en fonds de roulement, ou BFR.

C’est une question plus générale que nous abordons dans notre entretien avec René Hans sur le financement et la trésorerie des PME.

Gestion : ce que dit la DGA et ce que répond Europlasma

La question des commandes ne résume pas l’ensemble du dossier.

Selon l’AFP, reprise par Le Parisien le 27 octobre, la Direction générale de l’armement a saisi le parquet de Tarbes au sujet de décisions de gestion susceptibles, selon elle, d’avoir accéléré la dégradation financière.

Dans son communiqué du 16 octobre, Europlasma indiquait que sa filiale avait appris cette saisine par voie de presse. Le groupe précisait alors ne pas disposer d’informations complémentaires et se tenir à la disposition des autorités.

Quel repreneur pour les Forges de Tarbes et quel avenir pour les salariés ?

La direction évoquait trois à quatre candidats sérieux à une reprise lors de l’audience, selon La Dépêche du Midi. La CFDT défend, de son côté, l’arrivée d’un industriel capable d’investir et de préserver le savoir-faire.

Ces déclarations ne valent pas validation d’une offre par le tribunal.

Pour apprécier une éventuelle reprise, plusieurs éléments seront déterminants :

  • les engagements sur l’activité et les emplois ;
  • le financement de la production pendant la transition ;
  • les investissements dans les équipements ;
  • la solidité des débouchés commerciaux.

Le redressement judiciaire ne met pas automatiquement fin aux contrats de travail. Il ne garantit pas non plus le maintien intégral des effectifs : l’issue dépendra de la situation économique et des décisions prises pendant la procédure.

Un enjeu de souveraineté industrielle qui se joue aussi dans les comptes

Le dossier des Forges de Tarbes pose une question qui dépasse cette usine : comment financer durablement les fournisseurs dont dépend une capacité stratégique ?

La souveraineté industrielle exige des compétences et des machines. Elle suppose également une visibilité commerciale suffisante et des ressources adaptées au cycle de production.

C’est le lien entre autonomie stratégique et financement que soulève aussi notre décryptage de l’initiative Avenir Souveraineté, lancée par EDF, Michelin, Safran et cinq autres acteurs français.

Pour les Forges de Tarbes, les prochaines étapes devront permettre d’évaluer les offres éventuelles, les moyens réellement mobilisables et les perspectives de production.