La croissance du véhicule électrique ne garantit pas la rentabilité de toutes les entreprises qui participent au déploiement des infrastructures de recharge.
Le cas d'E-Totem en apporte une illustration concrète.
Fondée en 2012 à Saint-Étienne, dans la Loire, la société fait partie des spécialistes français de la conception, de l'installation et de l'exploitation de bornes de recharge pour véhicules électriques.
Elle intervient auprès des collectivités, des entreprises et des commerces, avec une offre intégrant équipements, logiciels, supervision et maintenance.
Mais après une période de forte croissance, sa situation financière s'est rapidement dégradée.
Le 7 octobre 2026, le tribunal de commerce de Saint-Étienne a ouvert une procédure de redressement judiciaire.
Un appel aux candidats repreneurs a été engagé, avec une date limite de dépôt des offres fixée au 20 novembre 2026.E-Totem placée en redressement judiciaire : ce que confirme le tribunal
Selon le jugement d'ouverture du redressement judiciaire d'E-Totem, la procédure a été prononcée le 7 octobre 2026.
Le tribunal a retenu le 28 septembre 2026 comme date de cessation des paiements.
Ce terme juridique signifie qu'une entreprise ne peut plus faire face à son passif exigible avec son actif disponible.
Il ne signifie pas nécessairement que l'entreprise a cessé ses activités.
La procédure de redressement judiciaire vise précisément à examiner si une poursuite de l'exploitation, une réorganisation ou une reprise reste possible.
Dans le cas d'E-Totem, la période d'observation est prévue jusqu'au 6 janvier 2027.
Les chiffres clés de la situation
| Indicateur | Situation connue au 28 octobre 2026 |
|---|---|
| Entreprise | E-Totem |
| Siège social | Saint-Étienne, Loire |
| Année de création | 2012 |
| Activité | Bornes et infrastructures de recharge électrique |
| Salariés | 88 |
| Chiffre d'affaires 2024 | 47,36 M€ |
| Chiffre d'affaires 2025 | 27,76 M€ |
| Évolution annuelle du CA | -41,4 % |
| Points de charge déployés et présentés comme ouverts au public | Environ 12 000 |
| Ouverture du redressement | 7 octobre 2026 |
| Date limite des offres de reprise | 20 novembre 2026 |
| Fin prévue de la période d'observation | 6 janvier 2027 |
L'administrateur judiciaire désigné est Me Éric Étienne-Martin, de la SELAS AJ UP.
Le mandataire judiciaire est Me Fabrice Chrétien, de MJ Synergie.
Leur intervention s'inscrit dans le cadre légal de la procédure collective.
Pourquoi E-Totem a-t-elle perdu plus de 40 % de son chiffre d'affaires ?
L'évolution financière constitue l'un des principaux éléments à examiner.
D'après les informations de l'appel d'offres de reprise, E-Totem a connu trois exercices très différents.
En 2023, l'entreprise réalisait environ 13,9 millions d'euros de chiffre d'affaires.
En 2024, ses revenus ont atteint 47,4 millions d'euros.
Puis, en 2025, ils ont reculé à 27,8 millions d'euros.
La diminution représente environ 19,6 millions d'euros de chiffre d'affaires en un an.
Il s'agit d'un retournement particulièrement important pour une entreprise industrielle et de services.
Une telle contraction peut compliquer l'absorption des charges fixes, le financement des stocks, la maintenance des équipements et la poursuite des investissements.
E-Totem aurait également enregistré une perte d'environ 10 millions d'euros en 2025, selon les informations publiées par la presse régionale.
Un problème de financement des installations
L'entreprise s'était notamment développée à travers des projets de recharge financés par un tiers investisseur.
Dans ce modèle, l'installation des infrastructures ne repose pas uniquement sur le paiement immédiat du client final.
Un investisseur finance tout ou partie du déploiement, avec une perspective de rémunération ultérieure selon les contrats.
Ce fonctionnement peut accélérer l'installation de bornes.
Mais il crée aussi une dépendance à la continuité des financements.
Selon les informations rapportées par Le Progrès sur les difficultés d'E-Totem, l'arrêt du financement de certains projets en tiers investissement, notamment associé à Conquest, aurait fortement affecté l'activité.
Ce facteur est présenté comme une explication majeure de la crise par les informations disponibles.
Il ne suffit cependant pas, à lui seul, à établir l'ensemble des causes financières du redressement.
Pour mesurer précisément leur poids, il faudrait disposer des contrats concernés, des besoins de trésorerie et des comptes détaillés les plus récents.
Comment fonctionne le modèle économique d'E-Totem ?
E-Totem ne se limite pas à la vente d'une borne électrique.
Son activité couvre plusieurs étapes de la chaîne de valeur.
Concevoir et fabriquer les équipements
La société développe des solutions de recharge pour différents usages : entreprises, parkings commerciaux, collectivités ou infrastructures accessibles au public.
Elle valorise une fabrication française et des compétences dans les équipements électriques, les logiciels et la gestion énergétique.
Cette maîtrise industrielle permet notamment d'adapter les infrastructures aux besoins de chaque site.
Installer les bornes et les infrastructures
Un projet de recharge exige souvent bien davantage que l'achat d'un appareil.
Il peut comprendre des études électriques, des raccordements, du génie civil, des dispositifs de paiement et des systèmes de communication.
Le déploiement mobilise donc plusieurs métiers techniques.
Superviser et entretenir les stations
L'entreprise intervient aussi sur la gestion des installations après leur mise en service.
Ce volet comprend notamment la supervision, les opérations de maintenance et les services numériques liés à la recharge.
Pour un exploitant, la fiabilité du réseau devient essentielle : une borne installée mais indisponible ne rend pas le service attendu.
Financer ou exploiter les infrastructures
Certains projets peuvent reposer sur des contrats d'exploitation ou de financement impliquant des partenaires.
Ce modèle est différent d'une simple vente d'équipement.
Il peut générer des revenus dans la durée, mais nécessite de financer les investissements et de gérer les risques opérationnels.
C'est précisément cette articulation entre industrie, services et financement qui rend le cas E-Totem particulièrement intéressant.
Une entreprise peut disposer de compétences techniques et d'un portefeuille de projets tout en rencontrant de fortes difficultés de liquidité.
E-Totem cherche un repreneur : quelles sont les prochaines étapes ?
La procédure ouvre plusieurs scénarios possibles.
Un repreneur industriel pourrait chercher à récupérer une activité, des actifs, des contrats ou des compétences techniques.
Un investisseur pourrait également s'intéresser à certaines activités.
Enfin, l'entreprise pourrait tenter d'obtenir l'adoption d'un plan de redressement permettant la poursuite de son exploitation.
Aucun de ces scénarios ne doit être présenté comme définitivement retenu au 28 octobre.
Jusqu'au 20 novembre pour déposer une offre de reprise
Les informations diffusées dans le cadre de l'appel d'offres indiquent une date limite fixée au 20 novembre 2026.
Cette échéance concerne le dépôt des propositions des candidats.
Elle ne correspond ni à une date de fermeture ni à une date certaine de cession de l'entreprise.
Les propositions peuvent différer par leur périmètre, le montant proposé, les emplois repris et les engagements industriels.
Elles doivent ensuite être examinées dans le cadre de la procédure applicable.
Les 88 emplois seront-ils maintenus ?
Le dossier de reprise recense 88 salariés.
Leur avenir dépendra de la solution finalement retenue.
Un plan de continuation pourrait chercher à conserver une partie importante des activités.
Une cession pourrait aussi prévoir la reprise de certains salariés et contrats.
En revanche, une réduction du périmètre économique peut entraîner des suppressions de postes.
À ce stade, il serait incorrect d'affirmer que les 88 emplois sont définitivement supprimés.Le nombre de postes effectivement maintenus ou supprimés dépendra des décisions ultérieures.
Que deviennent les bornes E-Totem déjà installées ?
C'est une question importante pour les entreprises, collectivités et automobilistes qui utilisent les infrastructures du groupe.
Le dossier de reprise évoque environ 12 000 points de charge déployés et présentés comme ouverts au public.
Mais ce chiffre n'indique pas combien de stations sont actuellement exploitées directement par E-Totem, combien relèvent de contrats avec des tiers, ni leur disponibilité effective.
Le redressement judiciaire ne signifie pas automatiquement que toutes les bornes cessent de fonctionner.
Les conséquences dépendent notamment de la propriété des équipements, des contrats d'exploitation, des dispositifs de supervision et de la continuité des prestations.
Pour les collectivités locales
Une collectivité équipée de bornes E-Totem doit identifier l'opérateur contractuel, le propriétaire des installations et les obligations de maintenance.
Selon la nature de ses contrats, elle peut être amenée à examiner les garanties de continuité de service.
Pour les entreprises clientes
Une entreprise disposant de bornes sur son parking peut vérifier les conditions d'assistance, la supervision, la maintenance et la possibilité technique de transférer certaines prestations.
L'objectif n'est pas de présumer une interruption immédiate, mais d'anticiper les conséquences éventuelles d'une évolution du prestataire.
Pour les fournisseurs et sous-traitants
Les créanciers doivent porter une attention particulière aux règles applicables aux créances antérieures au jugement.
Le jugement prévoit une déclaration des créances dans les deux mois suivant la publication au BODACC, sous réserve des règles et exceptions applicables.
Les fournisseurs concernés doivent donc vérifier leur situation avec le mandataire judiciaire ou leur conseil.
Pourquoi la crise d'E-Totem interroge le marché de la recharge électrique
Les infrastructures de recharge jouent un rôle dans le développement du véhicule électrique.
Mais ce marché exige des investissements matériels, des autorisations, des raccordements et des capacités d'exploitation.
La croissance des besoins ne supprime pas les risques de financement.
Une station de recharge doit trouver un équilibre entre son coût d'installation, ses frais de fonctionnement, son taux d'utilisation et les revenus qu'elle génère.
Un déploiement trop dépendant d'une source de financement extérieure peut devenir fragile si cette source disparaît.
Le cas E-Totem invite donc à distinguer deux réalités : la demande à long terme pour la mobilité électrique et la rentabilité immédiate de ceux qui financent ses infrastructures.
Cette question rejoint un enjeu plus large analysé par Entreprisma : les difficultés et les restructurations des entreprises françaises.
Le redressement judiciaire de GiFi et ses conséquences possibles pour les magasins illustre un autre secteur confronté à la nécessité de restructurer une activité économique.
E-Totem peut-elle éviter la liquidation judiciaire ?
La procédure est engagée, mais son issue n'est pas encore connue.
E-Totem possède des compétences industrielles, une expérience dans les infrastructures de recharge et un historique de déploiements significatifs.
Ces éléments peuvent présenter un intérêt pour de potentiels repreneurs.
Ils ne garantissent cependant pas la réussite de l'opération.
Le maintien de l'activité dépendra notamment de la valeur des actifs, des contrats, des besoins de financement et des engagements qu'un éventuel repreneur acceptera de prendre.
La prochaine échéance importante est fixée au 20 novembre, date limite annoncée pour les offres de reprise.
La période d'observation judiciaire doit, elle, courir jusqu'au 6 janvier 2027, sauf décision nouvelle.
Au-delà du cas E-Totem, cette procédure révèle une fragilité économique de la transition électrique : financer le déploiement des infrastructures peut s'avérer aussi décisif que savoir les concevoir et les fabriquer.
