Ce que révèle l’étude sur les marges des entreprises françaises

Dans son document de travail consacré à la profitabilité des entreprises françaises, signé Anthony Morlet-Lavidalie, Rexecode estime le taux de marge brute des sociétés non financières à 32,2 % de la valeur ajoutée en 2025.

Après déduction de la consommation de capital fixe, ce taux atteint 12,8 %, contre 16,9 % en 1990 : une baisse de 4,1 points.

Ces pourcentages portent sur la valeur ajoutée, et non sur le chiffre d’affaires. Les données concernent 2025, même si l’étude paraît en novembre 2026.

Le diagnostic de l’institut : une stabilité apparente peut masquer une moindre capacité à financer le renouvellement et le développement des activités.

Marge brute, marge nette, bénéfice : quelles différences ?

Le mot « marge » recouvre plusieurs calculs. En comptabilité nationale, l’excédent brut d’exploitation, ou EBE, mesure le solde de l’exploitation avant déduction de la consommation de capital fixe.

L’Insee précise la définition de cet excédent d’exploitation : il résulte de la valeur ajoutée après rémunération des salariés et prise en compte des autres impôts sur la production et des subventions d’exploitation.

La valeur ajoutée correspond, de façon simplifiée, à la richesse produite après déduction des biens et services consommés pour produire.

Tableau : Indicateur, Ce qu’il faut comprendre
IndicateurCe qu’il faut comprendre
Chiffre d’affairesMontant des ventes
Valeur ajoutéeRichesse créée par l’activité
Taux de marge brute étudiéEBE rapporté à la valeur ajoutée
Taux de marge nette étudiéEBE diminué de la consommation de capital fixe, rapporté à la valeur ajoutée
Résultat net comptableBénéfice ou perte après l’ensemble des produits et charges
La marge nette étudiée ici n’est donc pas le résultat net comptable divisé par le chiffre d’affaires.

Elle ne correspond pas davantage à la trésorerie immédiatement disponible ou à la rémunération que le dirigeant pourrait se verser.

Cette distinction est essentielle pour analyser les résultats financiers d’une entreprise au-delà du chiffre d’affaires.

Pourquoi l’usure du capital change-t-elle la lecture des comptes ?

Une machine s’use. Un logiciel devient obsolète. Un équipement conserve parfois son utilité tout en nécessitant un remplacement futur.

L’Insee définit la consommation de capital fixe comme la dépréciation des actifs liée notamment à l’usure normale et à l’obsolescence prévisible.

Il s’agit d’une estimation économique de la valeur consommée pendant la période. Ce n’est pas nécessairement une dépense payée au même moment.

Pour un dirigeant, la question concrète devient : l’activité dégage-t-elle suffisamment de ressources pour entretenir ses moyens de production, les renouveler, puis financer des projets supplémentaires ?

Exemple : une marge brute stable, un surplus qui diminue

Prenons un exemple fictif, construit uniquement pour illustrer le mécanisme. Les montants ne proviennent pas de l’étude.

Tableau : Indicateur annuel, Situation A, Situation B
Indicateur annuelSituation ASituation B
Valeur ajoutée100 000 €100 000 €
Excédent brut d’exploitation32 000 €32 000 €
Consommation de capital fixe15 000 €20 000 €
Excédent net d’exploitation17 000 €12 000 €
Taux de marge brute32 %32 %
Taux de marge nette de dépréciation17 %12 %

Dans les deux situations, le premier indicateur reste identique. Pourtant, l’activité dégage un excédent net inférieur de 5 000 € lorsque la consommation de capital augmente.

Cela ne signifie pas que le compte bancaire perd automatiquement cette somme. Cela signifie que le résultat brut offre une lecture incomplète de la performance après prise en compte de la dépréciation.

Quel rôle Rexecode attribue-t-il aux prélèvements ?

Selon les calculs de Rexecode, les prélèvements sur les sociétés non financières, après déduction des aides retenues dans son périmètre, représentent 20,9 % de leur valeur ajoutée en France, contre 15,8 % pour l’ensemble de la zone euro en 2025.

L’institut voit dans les cotisations employeurs et les impôts sur la production des facteurs majeurs de l’écart de profitabilité. Cette explication doit être attribuée à son analyse.

Une comparaison agrégée ne mesure toutefois pas le rendement de chaque dépense publique, ni l’effet précis d’une baisse de prélèvements sur une entreprise particulière. Elle ne suffit pas non plus à fixer la politique salariale d’un commerce ou d’une PME.

Ce qu’un dirigeant peut retenir pour ses investissements

L’intérêt opérationnel de cette lecture est d’obliger à distinguer trois décisions : maintenir l’outil existant, améliorer sa productivité et augmenter les capacités.

Pour une boulangerie, remplacer un four vieillissant et ouvrir un second point de vente répondent à des besoins différents. Le premier investissement peut être indispensable à la poursuite de l’activité ; le second engage un projet de développement.

Même logique dans une société de services : renouveler ses outils et financer une nouvelle offre ne mobilisent pas les ressources pour les mêmes raisons.

Avant de décider, un tableau de bord peut rapprocher :

  • le surplus généré par l’exploitation ;
  • les dépenses de maintenance et de remplacement prévues ;
  • les échéances de financement ;
  • les encaissements et décaissements attendus ;
  • les ressources nécessaires au nouveau projet.

Cette approche complète les calculs de rentabilité d’un salarié et de marge nécessaire pour couvrir son coût.

Une marge positive ne protège pas non plus d’un décalage de paiement. L’entretien d’Entreprisma avec René Hans sur les retards de paiement des PME explore cet autre risque : financer l’activité alors que l’argent des clients n’est pas encore encaissé.