Pour l’assureur, l’enjeu est de moderniser ses outils tout en maîtrisant davantage ses dépendances technologiques. Cette stratégie repose sur des besoins métier précis et sur une comparaison des solutions disponibles.

Mistral AI, Scaleway, Diabolocom : quel rôle pour chaque fournisseur ?

Dans son annonce officielle sur Mistral AI, Scaleway et Diabolocom, MAIF distingue trois fonctions complémentaires.

Tableau : Fournisseur, Rôle annoncé
FournisseurRôle annoncé
Mistral AIDéveloppement des usages d’intelligence artificielle générative
ScalewayInfrastructures cloud accompagnant notamment les projets d’IA
DiabolocomPlateforme de gestion des interactions avec les sociétaires

Un premier test avec Mistral AI vise à améliorer l’accompagnement assuré par les conseillers. MAIF prévoit également de renforcer ses compétences internes.

Le déploiement progressif de Diabolocom doit faciliter les échanges et permettre une vision plus unifiée des interactions, quel que soit le canal utilisé. Des assistants conversationnels, une meilleure qualification des demandes et des outils d’aide aux équipes figurent parmi les usages envisagés.

Il s’agit d’objectifs et de déploiements annoncés. Le communiqué ne fournit pas de bilan chiffré des gains de productivité obtenus.

Pourquoi MAIF fait de la souveraineté numérique un critère d’achat

L’assureur ajoute la souveraineté à des exigences déjà établies : performance, sécurité, fiabilité et responsabilité sociétale.

Ce changement déplace la discussion vers les décisions d’achat. Une entreprise peut afficher une volonté d’indépendance sans modifier ses contrats. L’intégration d’un critère dans les appels d’offres permet, au contraire, de comparer les fournisseurs avant de s’engager.

Dans un entretien consacré à ses choix technologiques européens, publié le 2 octobre, Nicolas Siegler, directeur général adjoint chargé des systèmes d’information, précise les éléments examinés : siège du fournisseur, détention du capital, localisation de la recherche et développement et implantation des datacenters.

Il indique que plus de 50 % des grands appels d’offres concernés ont abouti à la sélection de solutions européennes. Ce chiffre porte sur des décisions d’achat, pas sur la part européenne de l’ensemble du système informatique de MAIF.

MAIF abandonne-t-elle les technologies américaines ?

La direction informatique explique que les critères fonctionnels, techniques, économiques et de sécurité restent prioritaires. La souveraineté peut départager des offres comparables, sans exclure automatiquement certains fournisseurs.

Nicolas Siegler précise ainsi que Mistral AI représente une alternative à tester après des développements engagés avec OpenAI, dont les solutions ne sont pas bannies. Scaleway répond notamment à des besoins de calcul pour les modèles d’IA.

Le cas Diabolocom correspond à un remplacement : sa solution doit succéder à Genesys pour la relation sociétaire. L’évolution de l’offre de ce fournisseur historique vers le cloud a conduit MAIF à réexaminer son choix.

L’entretien décrit donc des arbitrages ciblés, sans annoncer une migration générale de tous les outils existants.

Ce que cette stratégie change pour les achats numériques des entreprises

Notre lecture : le principal enseignement réside dans la méthode. Avant de retenir une offre d’IA ou de cloud, l’entreprise doit pouvoir relier son choix à un besoin, à des engagements contractuels et à des résultats mesurables.

Pour un dirigeant de PME, quatre questions permettent de structurer cette évaluation :

  • Usage : quel problème l’outil doit-il résoudre et comment mesurer son utilité ?
  • Données : où sont-elles traitées, qui peut y accéder et quels sous-traitants interviennent ?
  • Dépendance : quelles sont les conditions pour récupérer ses informations et changer de solution ?
  • Coût : quel budget prévoir pour l’intégration, les usages et une éventuelle sortie du contrat ?

Ces questions donnent un contenu vérifiable à la souveraineté numérique. L’origine française d’une entreprise constitue une information utile ; elle doit être complétée par l’examen du service effectivement acheté.

À une autre échelle, cette approche rejoint les enjeux abordés dans notre entretien avec Aurélien Gillet sur Mana et la maîtrise des données : identifier les traitements sensibles et reconnaître les dépendances qui subsistent.

IA dans l’assurance : les résultats opérationnels restent à mesurer

L’article de ZDNET sur la modernisation informatique de MAIF, publié le 22 octobre, remet ces choix en perspective avec l’évolution du cloud et de la relation client.

Pour évaluer la transformation, les indicateurs utiles seront notamment la qualité des réponses, le temps consacré aux demandes et la satisfaction des sociétaires. Les coûts d’exploitation et la capacité des équipes à garder la maîtrise des outils compteront également.


La portée du choix de MAIF se jouera dans ces résultats : des fournisseurs européens sélectionnés sur des usages précis, puis évalués dans la durée. Cette exigence de suivi prolonge la réflexion développée dans la tribune d’Aurélien Gillet sur les promesses vérifiables de souveraineté numérique.