Tribune de Loïc Michel, cofondateur et directeur général de 365Talents.

Après des années d’annonces, l’intelligence artificielle transforme concrètement le travail. Derrière cette accélération, une question s’impose : quelle sera demain la valeur ajoutée des humains dans l’entreprise ? L’employabilité devient un enjeu collectif de performance et de gouvernance.

Un modèle à repenser

Pendant longtemps, l’employabilité a reposé sur une logique individuelle : se former, évoluer, s’adapter. Dans un environnement relativement stable, cette approche restait pertinente. Aujourd’hui, les besoins changent continuellement, parfois plus vite que les organisations.

L’arrivée des robots avait bouleversé les usines. Avec l’IA, les robots sont désormais dans nos ordinateurs. Des professions considérées comme des métiers d’avenir voient une partie de leurs tâches devenir accessibles à travers de nouveaux outils.

Pour les collaborateurs, cette transformation soulève une interrogation profonde : qu’est-ce qui, dans mon travail, reste réellement distinctif ? La capacité à monter en compétences demeure essentielle, mais elle doit s’accompagner d’une réflexion continue sur la contribution humaine au travail.

Une stratégie dépend des compétences disponibles

L’IA redéfinit les conditions de la performance. Les entreprises ne peuvent plus se contenter d’observer cette évolution.

Une stratégie qui ne peut pas être exécutée faute de compétences disponibles n’est plus une stratégie. C’est un risque.

Pourtant, les organisations ne savent pas toujours quelles compétences sont mobilisées, lesquelles restent sous-exploitées et où se situent leurs fragilités critiques. Ce manque de visibilité ralentit les transformations et complique les arbitrages.

Les défis sont immédiats : comprendre où l’on en est, anticiper les expertises qui deviendront indispensables et retenir les personnes qui les détiennent déjà. À mesure que les cycles s’accélèrent, l’écart entre la stratégie et les compétences disponibles fragilise l’entreprise.

Faire de l’employabilité une responsabilité collective

Nous devons dépasser les cartographies figées pour disposer d’une connaissance actualisée de ce que les équipes savent faire, de ce qui manque et de ce que le marché exige.

Cette intelligence des compétences doit éclairer des décisions concrètes : qui former, qui repositionner et comment anticiper un écart avant qu’il ne devienne un risque pour l’activité. Elle permet également de mieux préparer la mobilité interne et les successions.

À grande échelle, l’IA peut aider les ressources humaines à décider avec davantage de précision. Mais le sujet dépasse la technologie : il touche à la manière dont l’entreprise développe et mobilise son capital humain.

Les organisations qui réussiront leur transformation seront celles qui auront su rendre visibles, compréhensibles et pilotables les compétences qui constituent leur valeur.

Dans un monde où les outils se standardisent, l’avantage concurrentiel repose de plus en plus sur la capacité à aligner durablement l’employabilité et la stratégie.


À propos de Loïc Michel

Diplômé de l’INSA de Lyon, Loïc Michel a travaillé dans le conseil en innovation, marketing et stratégie en France et au Canada avant de cofon­der 365Talents en 2015. La plateforme utilise l’intelligence artificielle pour accompagner le développement des compétences et la mobilité interne.