Économie
Pourquoi vos colis Shein, Temu et AliExpress vont coûter plus cher en Europe
Depuis le 1er juillet 2026, les colis Shein, Temu et AliExpress peuvent coûter plus cher en Europe en raison d’un droit de douane temporaire de 3 € appliqué aux petits colis importés hors Union européenne jusqu’à 150 €. Derrière cette mesure, Bruxelles ne vise pas seulement quelques plateformes chinoises : elle cherche à reprendre le contrôle d’un e-commerce low-cost devenu massif, à rééquilibrer la concurrence avec les commerçants européens et à préparer une réforme douanière plus stricte d’ici 2028.
Dans cet article— 23 sections
Officiellement, il s’agit d’une mesure douanière. En réalité, c’est un signal beaucoup plus profond : l’Europe commence à remettre un prix sur l’accès à son marché intérieur.
Pendant des années, les plateformes internationales du low-cost ont profité d’un modèle redoutablement efficace : produire loin, vendre très bas, expédier directement au consommateur européen et bénéficier d’un régime douanier particulièrement favorable sur les colis de faible valeur. Ce modèle a bouleversé le e-commerce, fragilisé une partie du commerce européen et habitué les consommateurs à des prix parfois déconnectés des vrais coûts économiques, sociaux, logistiques et réglementaires.
La nouvelle taxe européenne sur les colis Shein, Temu et AliExpress ne va pas faire disparaître ces plateformes. Mais elle marque une rupture : le commerce low-cost importé entre dans une phase de régulation plus dure.
Pourquoi les colis Shein, Temu et AliExpress vont coûter plus cher ?
Les colis Shein, Temu et AliExpress vont coûter plus cher en Europe parce que l’Union européenne applique depuis le 1er juillet 2026 un droit de douane temporaire de 3 € sur les petits colis importés depuis l’extérieur de l’UE, jusqu’à 150 € de valeur. Cette mesure vise à réduire l’avantage concurrentiel des plateformes e-commerce étrangères à bas prix, à mieux contrôler les flux de colis et à préparer une réforme douanière plus complète prévue à partir de 2028.
Une taxe européenne de 3 € sur les petits colis importés
La mesure concerne les colis de faible valeur, c’est-à-dire les marchandises importées depuis un pays situé hors de l’Union européenne et dont la valeur ne dépasse pas 150 €.
Jusqu’ici, ces petits colis bénéficiaient d’un traitement très favorable. Les achats sous ce seuil étaient largement exemptés de droits de douane, ce qui a contribué à l’explosion des commandes de très faible montant sur les plateformes étrangères.
Désormais, l’Europe applique un droit fixe temporaire de 3 € sur ces flux. Selon la Commission européenne, cette mesure concerne les colis de faible valeur importés hors UE, principalement via le e-commerce, et couvre des produits très courants : vêtements, jouets, produits électroniques, accessoires, gadgets et biens de consommation du quotidien.
Le point essentiel est le suivant : cette mesure ne concerne pas uniquement une entreprise. Elle vise un modèle d’importation.
Shein, Temu et AliExpress sont les noms les plus visibles parce qu’ils incarnent cette économie du petit colis importé à très grande échelle. Mais juridiquement, la règle concerne plus largement les vendeurs hors UE qui expédient des produits de faible valeur vers les consommateurs européens.
Pourquoi Shein, Temu et AliExpress sont directement concernés
L’Union européenne ne présente pas cette mesure comme une sanction ciblée contre Shein, Temu ou AliExpress. Pourtant, ces plateformes sont au cœur du sujet.
Leur modèle repose sur trois leviers puissants :
- des prix extrêmement bas ;
- une logistique internationale massive ;
- une expédition directe vers les consommateurs européens.
Ce modèle a permis à des millions d’Européens d’acheter des vêtements, accessoires, objets électroniques, jouets ou produits du quotidien à des prix parfois impossibles à suivre pour les commerçants locaux.
Le problème n’est donc pas seulement que Shein, Temu ou AliExpress vendent moins cher. Le vrai sujet, c’est la concurrence asymétrique.
Une PME française, une boutique indépendante ou un commerçant européen doit supporter des contraintes lourdes : TVA, normes produits, garanties légales, responsabilité du vendeur, coûts logistiques européens, droit de la consommation, sécurité des produits, obligations environnementales et traçabilité.
En face, certaines plateformes étrangères ont construit leur avantage sur une chaîne de valeur beaucoup plus agressive : production à bas coût, volumes massifs, marketplace fragmentée, expédition directe et prix comprimés au maximum.
C’est précisément ce type de déséquilibre que l’on retrouve dans les débats sur la souveraineté économique des entreprises françaises. Le commerce mondial n’est plus seulement une affaire de prix. C’est un rapport de force entre plateformes, États, normes, données et chaînes logistiques.
Un volume de colis devenu impossible à ignorer
Le changement d’échelle est spectaculaire. Selon Reuters, les petits colis e-commerce entrant dans l’Union européenne sont passés de 1,4 milliard en 2022 à 5,8 milliards en 2025.
À ce niveau, il ne s’agit plus d’un flux marginal de commandes individuelles. Il s’agit d’une infrastructure commerciale mondiale, capable de faire entrer chaque année des milliards de produits sur le marché européen.
Pour les autorités douanières, cette masse pose plusieurs problèmes :
- contrôle insuffisant des produits ;
- difficulté à vérifier la conformité ;
- risque de sous-évaluation des marchandises ;
- pression directe sur les commerçants européens ;
- multiplication des petits envois à faible marge ;
- empreinte logistique importante ;
- perte de visibilité sur les flux réels ;
- fragmentation des commandes pour rester sous les seuils douaniers.
L’Europe ne cherche donc pas uniquement à taxer. Elle cherche à reprendre la donnée, la traçabilité et le contrôle.
C’est un point majeur. Le commerce du futur ne se jouera plus seulement sur le prix final affiché au consommateur, mais sur la capacité des États à savoir qui vend, quoi, depuis où, à quel prix et sous quelles normes.
Le rôle du seuil de 150 € dans l’explosion du e-commerce low-cost
Le seuil de 150 € est central dans ce dossier.
Pendant des années, les colis importés sous ce montant ont bénéficié d’un régime très favorable. Ce seuil, pensé à une époque où les achats transfrontaliers étaient bien moins massifs, est devenu un accélérateur du e-commerce low-cost.
Avec l’explosion des plateformes comme Shein, Temu et AliExpress, cette règle a changé de nature. Ce qui était une facilité douanière est devenu un avantage concurrentiel structurel.
Le Conseil de l’Union européenne indique que le droit fixe de 3 € s’applique aux petits envois de moins de 150 € et couvre les vendeurs non européens enregistrés dans le système IOSS, qui représente une très grande majorité des flux e-commerce vers l’UE.
Autrement dit, la mesure n’est pas symbolique. Elle touche le cœur du modèle.
Ce que la taxe change concrètement pour les consommateurs
Pour les consommateurs européens, l’effet le plus visible sera simple : certains petits achats vont devenir moins avantageux.
Un produit vendu 2 €, 4 € ou 6 € perd une partie de son intérêt si un coût fixe de 3 € s’ajoute au panier, directement ou indirectement.
Même si les plateformes choisissent d’absorber une partie du coût, celui-ci finira probablement par peser quelque part :
- dans le prix affiché ;
- dans les frais de livraison ;
- dans les marges des vendeurs ;
- dans la structure des promotions ;
- dans les conditions de livraison ;
- dans la composition des paniers.
Prenons un exemple simple.
Un consommateur commande :
- un accessoire à 3 € ;
- un gadget à 4 € ;
- un vêtement à 8 €.
Si le droit de 3 € s’applique par catégorie d’article dans le colis, le panier peut rapidement perdre son avantage économique. C’est précisément ce que l’Europe cherche à provoquer : rendre moins attractive la logique du micro-achat permanent.
Le consommateur ne verra pas toujours une ligne claire intitulée “taxe européenne”. Selon les plateformes, le coût peut être intégré au prix final, affiché au moment du paiement ou absorbé partiellement. Mais la tendance est nette : le prix ultra-bas importé devient plus difficile à maintenir.
Ce n’est pas une taxe Shein : c’est un changement de doctrine commerciale
Réduire cette mesure à une simple “taxe Shein” serait une erreur.
Shein est un symbole. Temu est un symbole. AliExpress est un symbole. Mais le sujet réel est plus large : l’Union européenne change de doctrine face au e-commerce mondial.
Pendant longtemps, l’Europe a pensé le commerce numérique sous l’angle de la fluidité : faciliter les échanges, ouvrir le marché, accélérer les commandes, simplifier l’achat en ligne et améliorer l’expérience consommateur.
Cette approche a permis aux plateformes mondiales de se développer massivement.
Mais cette fluidité a un coût.
Quand des milliards de colis entrent sur le marché européen avec peu de friction, ce sont les commerçants locaux, les douanes, les régulateurs et parfois les consommateurs eux-mêmes qui absorbent les risques.
La taxe de 3 € indique une nouvelle priorité : le marché européen n’est plus un espace ouvert sans contrepartie.
Ce basculement s’inscrit dans un contexte plus large : tensions commerciales avec la Chine, pression sur les prix, souveraineté économique, politique industrielle, régulation des plateformes, sécurité des produits et protection des PME.
Pourquoi les PME européennes peuvent y voir une opportunité
Pour les PME européennes, cette taxe est une opportunité. Mais ce n’est pas un cadeau automatique.
Elle peut réduire une partie de l’écart de prix entre les plateformes low-cost étrangères et les vendeurs locaux. Mais elle ne remplacera jamais une stratégie commerciale solide.
Une PME française ne peut pas simplement attendre que les produits Shein ou Temu coûtent plus cher pour récupérer des clients. Elle doit transformer ce contexte en avantage concurrentiel.
Les leviers sont clairs :
- qualité produit ;
- service client réel ;
- livraison fiable ;
- transparence sur l’origine ;
- garantie claire ;
- positionnement de marque ;
- contenu éditorial ;
- SEO longue traîne ;
- fidélisation ;
- preuve sociale ;
- expérience d’achat supérieure.
Le consommateur n’abandonnera pas le low-cost par principe. Il changera de comportement si l’offre européenne devient plus lisible, plus fiable et plus désirable.
C’est exactement ce que nous défendons dans notre guide sur le marketing digital pour PME en 2026 : les petites entreprises ne gagnent pas uniquement avec un bon produit, mais avec leur capacité à rendre leur valeur visible.
Le commerce local ne doit pas confondre régulation et protection automatique
La tentation serait de croire que cette taxe protège mécaniquement les commerçants européens. Ce serait une erreur stratégique.
Oui, la mesure réduit une distorsion. Oui, elle complique le modèle des plateformes étrangères. Oui, elle remet de la friction dans une mécanique devenue très favorable aux importations massives.
Mais les plateformes sont puissantes. Elles ont plusieurs options :
- absorber temporairement une partie du coût ;
- augmenter progressivement les prix ;
- pousser les vendeurs à regrouper les commandes ;
- développer des entrepôts européens ;
- optimiser les classifications douanières ;
- renforcer leurs programmes de fidélité ;
- améliorer l’affichage des coûts à l’achat ;
- accélérer leur implantation logistique dans l’UE.
Shein, Temu et AliExpress ne vont pas disparaître. Ils vont s’adapter.
Le vrai risque pour les PME serait de considérer cette taxe comme une victoire définitive. Ce n’est pas une victoire. C’est une fenêtre stratégique.
Les entreprises européennes doivent profiter de ce moment pour renforcer leur marque, leur acquisition, leur logistique et leur relation client.
Pourquoi cette taxe peut transformer la logistique des plateformes
Le modèle Shein-Temu-AliExpress repose en grande partie sur une promesse : accéder à une offre immense, souvent à très bas prix, avec une livraison acceptable malgré la distance.
La nouvelle taxe peut pousser ces plateformes à revoir leur organisation. Si l’expédition directe de petits colis devient plus coûteuse, elles pourraient davantage stocker en Europe ou regrouper les flux.
Mais ce changement a une conséquence majeure : plus les plateformes se rapprochent du modèle logistique européen, plus elles perdent une partie de leur avantage initial.
Stocker en Europe signifie :
- coûts d’entrepôt plus élevés ;
- contraintes réglementaires plus fortes ;
- gestion de stocks plus complexe ;
- exposition accrue aux contrôles ;
- besoin de conformité locale ;
- logistique plus capitalistique ;
- responsabilité plus directe face aux autorités européennes.
Autrement dit, l’Europe force progressivement les plateformes à entrer dans un jeu plus proche de celui des distributeurs classiques.
C’est là que la taxe devient stratégique. Elle ne vise pas seulement à faire payer 3 €. Elle vise à modifier les arbitrages opérationnels des plateformes.
L’effet potentiel sur Shein
Pour Shein, l’enjeu est important. La marque s’est imposée grâce à une chaîne ultra-rapide, une production flexible, une analyse massive des tendances et une capacité à vendre des produits très bon marché.
La taxe européenne ne détruit pas ce modèle. Mais elle peut l’éroder à la marge.
Dans la fast fashion, quelques euros peuvent changer l’équation psychologique. Un panier perçu comme “imbattable” peut devenir simplement “pas cher”. Et la nuance est déterminante.
Si l’écart de prix se réduit, les concurrents européens peuvent reprendre la parole sur la qualité, la durabilité, la conformité et la livraison.
La récente dynamique réglementaire autour de la fast fashion, notamment en France, montre d’ailleurs que le débat dépasse la seule question douanière. Selon Reuters, le Parlement français a adopté une loi visant à encadrer davantage les acteurs de la fast fashion comme Shein et Temu.
Le signal est clair : l’ultra-fast fashion entre dans une période de surveillance politique beaucoup plus forte.
L’effet potentiel sur Temu
Temu est particulièrement exposé, car son image repose fortement sur des prix très bas, des promotions agressives et une logique de volume.
Une taxe fixe frappe plus durement les produits de très faible valeur. Plus le prix de départ est bas, plus l’impact relatif des 3 € est élevé.
Un produit à 30 € absorbe mieux une taxe de 3 €. Un produit à 2 € ou 5 € devient beaucoup moins compétitif.
Pour Temu, la question sera donc simple : faut-il préserver les prix, protéger les marges ou modifier l’expérience d’achat ?
La plateforme pourrait chercher à pousser les paniers plus élevés, renforcer les remises conditionnelles, regrouper les expéditions ou accélérer son implantation logistique européenne.
L’effet potentiel sur AliExpress
AliExpress est un cas légèrement différent.
La plateforme est plus ancienne, plus diversifiée, avec une offre très large allant du gadget à l’électronique, en passant par les composants, accessoires, pièces détachées et produits de niche.
La taxe peut affecter fortement les petits achats impulsifs. Mais AliExpress pourrait mieux résister sur les produits où le prix reste attractif malgré le coût additionnel.
Le risque principal concerne les paniers composés de plusieurs petits produits différents. Si chaque catégorie d’article entraîne un coût supplémentaire, la logique du panier fragmenté devient moins avantageuse.
Ce que les dirigeants doivent comprendre
Pour les dirigeants de PME, cette mesure est un signal beaucoup plus large que le simple sujet Shein ou Temu.
Elle confirme que le commerce mondial entre dans une phase de régulation offensive.
Les grandes tendances sont déjà visibles :
- retour des droits de douane ;
- contrôle accru des importations ;
- pression sur les plateformes ;
- exigence de conformité ;
- souveraineté économique ;
- relocalisation partielle des chaînes logistiques ;
- montée du protectionnisme intelligent ;
- conflit entre prix bas et normes élevées.
Dans ce nouveau contexte, les entreprises européennes doivent arrêter de penser leur concurrence uniquement à l’échelle locale.
Une boutique française ne concurrence plus seulement la boutique voisine. Elle concurrence une chaîne logistique mondiale, un algorithme de recommandation, une marketplace étrangère et une machine publicitaire.
C’est pourquoi la stratégie digitale devient vitale. Une PME qui vend en ligne doit travailler son acquisition, sa marque, son tunnel de conversion et sa différenciation. Le sujet rejoint directement notre analyse sur ChatGPT Shopping et la transformation du e-commerce, car le commerce de demain sera autant une bataille de visibilité qu’une bataille de prix.
Pourquoi le prix très bas n’est pas toujours le vrai prix
La taxe européenne rappelle une vérité économique souvent oubliée : un prix affiché ne reflète pas toujours le coût réel d’un produit.
Un produit très bon marché peut cacher :
- un coût environnemental ;
- un coût social ;
- un coût logistique ;
- un coût de contrôle douanier ;
- un coût de retour ;
- un coût de conformité ;
- un coût pour les commerçants locaux ;
- un coût pour les finances publiques ;
- un coût pour la sécurité du consommateur.
Le prix bas n’est pas illégitime en soi. Il peut venir d’une meilleure organisation, d’une production optimisée ou d’un modèle plus efficace.
Mais lorsque le prix bas repose sur un accès préférentiel à un marché sans supporter les mêmes contraintes que les acteurs locaux, il devient un sujet politique.
C’est précisément ce que l’Europe tente de corriger.
Une mesure favorable au commerce français ?
La réponse est nuancée.
Oui, cette taxe peut aider le commerce français en réduisant une partie de l’avantage des plateformes étrangères sur les très petits prix. Elle peut aussi rendre les consommateurs plus attentifs au coût réel de leurs commandes.
Mais non, elle ne suffira pas à sauver le commerce local.
Le commerce français souffre de problèmes plus profonds :
- loyers commerciaux élevés ;
- coûts salariaux ;
- pression des marketplaces ;
- retard digital de certaines entreprises ;
- dépendance aux outils publicitaires ;
- faibles marges ;
- expérience client parfois insuffisante ;
- difficulté à fidéliser ;
- concurrence permanente des prix.
Nous l’avons déjà analysé dans notre article sur le commerce français face aux mutations technologiques. Le problème du commerce local n’est pas seulement la concurrence étrangère. C’est aussi sa capacité à moderniser son modèle.
La taxe donne un peu d’air. Elle ne reconstruit pas une stratégie.
Le vrai enjeu : rééquilibrer la concurrence sans punir le consommateur
Toute la difficulté politique est là.
L’Europe veut protéger les entreprises locales, mais elle ne veut pas apparaître comme une machine à renchérir le pouvoir d’achat. Or, pour beaucoup de consommateurs, Shein, Temu ou AliExpress ne sont pas seulement des plateformes de consommation excessive. Ce sont aussi des solutions de prix bas dans un contexte budgétaire tendu.
C’est la zone grise du dossier.
Taxer le low-cost importé peut être économiquement cohérent. Mais si l’offre européenne reste trop chère ou peu lisible, le consommateur peut percevoir la mesure comme une punition.
La réussite de cette réforme dépendra donc de deux choses :
- la capacité de l’Europe à contrôler réellement les flux ;
- la capacité des entreprises européennes à proposer une alternative crédible.
Sans alternative forte, la taxe sera vécue comme une hausse de prix. Avec une alternative forte, elle peut devenir un levier de rééquilibrage.
Pourquoi cette taxe arrive maintenant
La décision européenne ne tombe pas par hasard. Elle s’inscrit dans une séquence plus large.
Le e-commerce transfrontalier a explosé. Les tensions commerciales avec la Chine se sont durcies. Les États-Unis ont eux aussi renforcé leur approche contre certains petits colis importés. Les autorités européennes sont sous pression pour protéger les entreprises locales, contrôler les produits et réduire les failles du système douanier.
Le Conseil de l’Union européenne présente cette mesure comme une réponse à l’afflux de petits colis de faible valeur entrant dans l’Union européenne. La logique est donc double : agir rapidement, puis préparer une réforme plus structurelle du système douanier.
La taxe de 3 € est transitoire. Elle prépare une architecture plus complète.
2028 : la vraie échéance à surveiller
La taxe de 3 € ne doit pas être lue comme une mesure isolée. Elle doit s’appliquer temporairement jusqu’au 1er juillet 2028, avant l’arrivée d’un régime douanier plus complet.
Selon la direction générale Fiscalité et Union douanière de la Commission européenne, ce droit temporaire doit s’appliquer jusqu’au 1er juillet 2028, date à laquelle les droits de douane ordinaires doivent prendre le relais selon les catégories de produits.
C’est une précision essentielle. L’objectif n’est pas de maintenir éternellement un forfait simple. L’objectif est de combler un vide pendant que l’Union européenne prépare une réforme plus structurelle.
La vraie question est donc : que se passera-t-il en 2028 ?
Plusieurs évolutions sont possibles :
- système douanier plus précis par catégorie de produit ;
- contrôle renforcé des marketplaces ;
- responsabilité accrue des plateformes ;
- obligation d’affichage plus claire des coûts ;
- partage de données douanières plus structuré ;
- meilleure traçabilité des vendeurs ;
- durcissement des contrôles produits ;
- mise en place de nouveaux outils numériques douaniers.
Pour les plateformes, 2026-2028 sera une période d’adaptation. Pour les PME européennes, ce sera une période d’opportunité.
Ce que les PME e-commerce doivent faire maintenant
Les PME qui vendent en ligne doivent utiliser cette séquence pour se positionner plus intelligemment.
Voici les priorités concrètes.
1. Reprendre la main sur la valeur perçue
Une PME ne peut pas gagner contre Shein ou Temu uniquement par le prix. Elle doit gagner sur la confiance.
Cela passe par :
- des fiches produits plus claires ;
- des photos crédibles ;
- une promesse honnête ;
- une livraison transparente ;
- des avis clients visibles ;
- une politique de retour simple ;
- une histoire de marque cohérente ;
- une preuve de conformité lisible ;
- une relation client réellement accessible.
Dans un marché saturé de produits anonymes, la confiance devient un actif commercial.
2. Transformer la conformité en argument commercial
Ce qui est aujourd’hui vécu comme une contrainte peut devenir un avantage :
- produit conforme ;
- garantie européenne ;
- service client français ;
- origine claire ;
- entreprise identifiable ;
- facture fiable ;
- retour simplifié ;
- transparence sur les délais ;
- responsabilité du vendeur.
Les plateformes étrangères vendent souvent la quantité et le prix. Les PME européennes doivent vendre la confiance, la clarté et la fiabilité.
3. Réduire la dépendance aux marketplaces
Vendre sur une marketplace peut être utile. Mais dépendre totalement d’une plateforme est dangereux.
Les PME doivent construire leurs propres actifs :
- site e-commerce ;
- base email ;
- contenu éditorial ;
- référencement naturel ;
- communauté ;
- marque ;
- relation client directe ;
- offres récurrentes ;
- tunnel de conversion propriétaire.
Une entreprise qui dépend uniquement des plateformes ne maîtrise ni ses marges, ni ses données, ni sa relation client.
Une bataille entre deux visions du commerce
Cette taxe oppose deux visions.
D’un côté, le commerce ultra-optimisé : prix bas, volumes massifs, algorithmes, logistique mondiale, rotation permanente des produits.
De l’autre, un commerce plus encadré : normes, responsabilité, traçabilité, droits du consommateur, fiscalité, sécurité et contribution à l’économie locale.
Le débat n’est pas moral. Il est économique.
La question est simple : quel type de commerce l’Europe veut-elle laisser prospérer sur son marché ?
Si le seul critère reste le prix le plus bas, les plateformes mondiales continueront à dominer. Si l’Europe impose progressivement le respect de règles communes, les entreprises locales peuvent retrouver une marge de manœuvre.
Ce que cette taxe dit de l’avenir du e-commerce
L’e-commerce de demain sera moins naïf.
Les plateformes devront prouver davantage. Les vendeurs devront mieux déclarer. Les consommateurs verront plus clairement les coûts. Les États chercheront à récupérer du contrôle.
Le rêve d’un commerce mondial totalement fluide, sans frontière, sans friction et sans coût caché, touche à ses limites.
La taxe européenne de 3 € sur les petits colis importés est modeste dans son montant. Mais elle est puissante dans ce qu’elle annonce : la fin progressive de l’importation low-cost sans contrepartie réelle.
Conclusion : l’Europe ne bloque pas Shein et Temu, elle change les règles du jeu
La taxe européenne sur les colis Shein, Temu et AliExpress n’est pas une révolution. C’est un premier verrou.
Elle ne va pas supprimer les plateformes chinoises. Elle ne va pas sauver automatiquement les commerçants français. Elle ne va pas transformer du jour au lendemain les habitudes de consommation.
Mais elle change le cadre.
En appliquant un droit fixe de 3 € aux petits colis importés hors UE, l’Europe indique que son marché intérieur ne peut plus absorber indéfiniment des flux massifs de produits à très bas prix sans contrôle, sans coût douanier et sans responsabilité équivalente à celle imposée aux entreprises européennes.
Pour les consommateurs, cela signifie probablement des petits achats moins avantageux. Pour les plateformes, cela impose une adaptation logistique et tarifaire. Pour les PME européennes, cela ouvre une fenêtre stratégique.
Mais cette fenêtre ne restera pas ouverte longtemps.
Les entreprises qui sauront transformer la conformité, la proximité, la qualité et la confiance en arguments commerciaux pourront profiter de ce rééquilibrage. Les autres regarderont simplement les plateformes s’adapter, une fois de plus, plus vite qu’elles.
Le message est clair : le commerce européen entre dans une nouvelle ère, où le prix bas ne suffira plus à justifier toutes les asymétries.
Sources & références
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Fondateur et dirigeant d’Entreprisma, Elouan Azria édite un média entrepreneurial français dédié à une information fiable, gratuite et utile pour les entrepreneurs et entreprises.
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