Comment passe-t-on de la musicothérapie à la création d’une assistante numérique ? Chez Aurélien Gillet, la réponse emprunte plusieurs pays et plusieurs métiers : des études à Rennes, un volontariat en Grèce, une formation à Montpellier, une pratique professionnelle à Paris et au Québec, puis des établissements de café-restauration et de concerts en Bretagne.
Avec Mana, le fondateur installé à Crozon ouvre un nouveau chapitre. Il présente le service comme une « assistante territoriale intelligente », capable d’orienter les utilisateurs vers des lieux, des activités et des missions de bénévolat à partir de leur commune.
Pendant notre entretien, il explique cette évolution par une envie d’apprendre, d’ajouter le numérique à son parcours et de pouvoir travailler avec davantage de liberté géographique. Certaines expériences antérieures trouvent aussi leur place dans le projet, notamment sa connaissance des techniques de relaxation.
De Brest à la Grèce, les premières étapes d’un parcours ouvert
Né à Brest, Aurélien Gillet commence par étudier les sciences économiques à Rennes.
Son parcours prend ensuite une autre direction avec un service volontaire européen en Grèce, consacré à la fabrication d’instruments traditionnels. Cette expérience associe mobilité, apprentissage et pratique musicale.
La musique devient par la suite le support d’une activité professionnelle. Aurélien Gillet se forme à la musicothérapie à Montpellier, puis exerce à Paris et au Québec.
Ces étapes dessinent un itinéraire fait de déplacements et de changements d’environnement. Lorsqu’il raconte la naissance de Mana, le fondateur ne présente pas le numérique comme un projet préparé depuis ses premières études. Il s’agit d’une activité nouvelle, construite après d’autres expériences, avec des acquis qu’il réemploie progressivement.
La musicothérapie, une expérience qui reste présente dans Mana
La musicothérapie occupe une place particulière dans ce parcours. Aurélien Gillet y a été formé et l’a pratiquée avant de se tourner vers d’autres activités.
Cette expérience n’a pas entièrement disparu de son travail actuel. Dans Mana, il développe une fonctionnalité de détente fondée sur des techniques de relaxation. Il explique y réutiliser certains acquis de sa pratique.
Ce prolongement donne une dimension personnelle à l’application. Le service ne se limite pas à répondre à des recherches sur un territoire : il accueille aussi une fonction issue d’un domaine que son fondateur connaît directement.
Il convient toutefois de distinguer les usages. La présence d’une fonctionnalité de détente dans Mana ne suffit pas à en faire un dispositif de soin, et l’entretien ne permet pas d’en établir une efficacité clinique. Elle témoigne avant tout de la manière dont Aurélien Gillet rapproche ses expériences au sein de son nouveau projet.
À Morgat et au Conquet, une expérience de l’entrepreneuriat local
De retour en Bretagne, Aurélien Gillet ouvre des établissements associant café-restauration et concerts, à Morgat puis au Conquet.
Avant de construire une interface numérique consacrée aux activités locales, il a donc lui-même exercé dans des lieux où l’on vient se retrouver, manger et écouter de la musique.
L’expérience apporte un autre éclairage sur Mana. Les commerces, les lieux de sortie et les initiatives locales que l’application cherche à rendre accessibles correspondent aussi à des environnements professionnels qu’il a fréquentés comme entrepreneur.
Son parcours passe également par la Thaïlande, où il rencontre sa femme. Cette vie entre plusieurs territoires aide à comprendre la place qu’il accorde aujourd’hui à la mobilité.
Lorsqu’il explique son passage au numérique, Aurélien Gillet évoque précisément la possibilité de travailler avec une plus grande liberté géographique. Après des activités attachées à un lieu physique, le digital représente une nouvelle manière d’organiser son travail.
Pourquoi Aurélien Gillet a créé Mana
Avec Mana, le fondateur choisit un usage facile à formuler : aider une personne à découvrir ce qui existe autour d’elle.
À partir de sa commune, l’utilisateur peut chercher un sentier, une plage, un parc ou une activité. Le service propose également des missions de bénévolat, avec une redirection vers JeVeuxAider.gouv.fr lorsqu’une proposition retient son attention.
L’intelligence artificielle intervient comme une porte d’entrée vers ces ressources. Aurélien Gillet souhaite réunir des informations territoriales dispersées et les rendre plus faciles à consulter.
L’écosystème se décline en plusieurs services. ManaFrance référence des associations afin de faciliter leur découverte, y compris lorsqu’elles ne disposent pas de leur propre site internet. ManaFamily permet, selon sa présentation, de tenir un carnet familial privé pour conserver des histoires, des souvenirs ou des recettes.
Ces usages donnent au projet son périmètre : la découverte du territoire, la participation à la vie locale et la transmission entre proches. Le défi consiste à rendre cet ensemble compréhensible dès les premières minutes d’utilisation.
Une première interface trop chargée, puis le choix de simplifier
Aurélien Gillet raconte avoir d’abord conçu une interface proche de Facebook.
Il l’a ensuite jugée trop chargée. Il a donc revu sa présentation, épuré l’ensemble et adopté un design en pixel art.
Cette évolution est l’un des exemples les plus concrets de son apprentissage dans le numérique. La construction du projet passe aussi par des retours sur ses propres choix : une interface qui rassemble de nombreuses possibilités doit permettre à l’utilisateur de comprendre rapidement ce qu’il peut y faire.
Le fondateur explique avoir donné une identité distincte à chaque univers. Mana.bzh reprend une inspiration celtique, ManaFrance se rattache à l’économie sociale et solidaire, tandis que ManaHome adopte un imaginaire futuriste.
L’enjeu dépasse la seule apparence. À mesure que les services se multiplient, chaque porte d’entrée doit conserver une fonction identifiable. Une personne qui cherche une balade, une association ou un carnet familial n’arrive pas avec la même attente.
Un projet numérique avec des engagements à tenir
Aurélien Gillet associe le développement de Mana à des choix concernant les données de ses utilisateurs.
Pendant l’entretien, il affirme que les données inscrites dans le service sont hébergées en France. Il indique utiliser Mistral pour le chat génératif destiné aux utilisateurs, tout en reconnaissant recourir à d’autres outils pour l’aider à construire le code et l’architecture.
Ces engagements font l’objet de notre article consacré à la souveraineté numérique. Dans son parcours entrepreneurial, ils posent surtout une question de cohérence : comment financer et développer les services sans renoncer aux principes annoncés ?
Le fondateur souhaite maintenir la gratuité des usages territoriaux. Il décrit plusieurs pistes de financement, parmi lesquelles des services complémentaires pour les structures, des dons et d’éventuels financements publics.
L’entretien ne chiffre pas les revenus effectivement perçus. Le modèle reste donc à apprécier à partir de son fonctionnement réel, de ses coûts et de l’adoption des services.
À Crozon, la prochaine étape doit se jouer sur le terrain
Pour la suite, Aurélien Gillet évoque une expérimentation à l’été 2027 sur la presqu’île de Crozon et les communes voisines, dans un périmètre d’une dizaine de communes allant de Pont-de-Buis à Crozon.
Il souhaite travailler avec l’office de tourisme pour observer l’aide que Mana pourrait apporter aux habitants et aux visiteurs. Il s’agit d’une intention exprimée pendant l’entretien : aucun partenariat confirmé ne peut être déduit de cette déclaration.
Certains développements restent également en chantier. ManaHome doit notamment enrichir la recherche territoriale avec des professionnels et des structures lucratives. Le fondateur souligne que ce travail de catégorisation n’est pas encore prêt.
Après plusieurs métiers et plusieurs pays, Aurélien Gillet veut ainsi confronter sa nouvelle activité à un territoire qu’il connaît. Si l’expérimentation produit des résultats pertinents, il envisage de l’étendre à d’autres communautés de communes bretonnes.
Pour le créateur de Mana, cette étape devra apporter une réponse très simple : les personnes trouvent-elles plus facilement une activité, un lieu ou une occasion de participer à la vie locale ? C’est sur cette utilité quotidienne que son nouveau chapitre entrepreneurial doit désormais prendre forme.
Découvrez aussi l'article d'interview d'Aurélien Gillet sur la souveraineté numérique.
