Il parle de machines, de trésorerie et de bilans.

Mais lorsqu’on écoute René Hans suffisamment longtemps, on comprend rapidement que son véritable sujet n’est pas la finance.

Ce sont les entreprises.

Et derrière les entreprises, les hommes et les femmes qui les portent.

Au cours de notre échange avec lui, le fondateur de Capital Initiative revient régulièrement aux mêmes profils : le dirigeant d’une société de cinq salariés, le commerçant qui doit remplacer un véhicule, le transporteur qui risque de perdre un camion ou encore l’hôtelier sommé de réaliser des travaux sans savoir comment les financer.

Des situations qui peuvent sembler presque banales.

Jusqu’au jour où quelques milliers d’euros deviennent la frontière entre la poursuite de l’activité et une nouvelle crise.

C’est précisément là que René Hans a choisi de placer son combat.

Qui est René Hans ?

René Hans est expert-comptable, commissaire aux comptes, entrepreneur et fondateur de Capital Initiative. Il a également fondé le groupe Hans & Associés.

Son parcours professionnel commence bien avant Capital Initiative. Une documentation historique de l’organisation indique qu’il crée son premier cabinet d’expertise comptable en 1985.

Cette proximité quotidienne avec les comptes des entreprises va progressivement façonner sa lecture du financement des PME.

Pendant des années, il observe les dirigeants depuis un endroit particulier : leurs chiffres.

Un bilan raconte la rentabilité.

Un compte de résultat raconte l’activité.

Mais aucun tableau ne suffit à décrire ce qui se passe lorsqu’un entrepreneur comprend qu’il lui manque quelques semaines de trésorerie pour continuer.

C’est dans cet espace entre les chiffres et la réalité du terrain que René Hans va progressivement construire sa réflexion.

Le site de Capital Initiative décrit également un homme issu d’une famille de mineur, marqué par une culture du travail et de la solidarité, et engagé auprès des dirigeants, notamment à travers son activité d’expert-comptable et son passage par la CPME.

Cette dimension sociale permet de comprendre une partie de sa trajectoire.

Chez René Hans, la PME n’est pas uniquement une unité économique.

C’est un emploi.

Puis plusieurs emplois.

Des familles.

Un territoire.

Et parfois le patrimoine personnel d’un dirigeant engagé depuis vingt ans dans son entreprise.

De l’expertise comptable au financement des PME

C’est probablement la meilleure manière de comprendre René Hans : il n’est pas arrivé au financement des entreprises depuis la banque, mais depuis leur comptabilité.

Et cette différence compte.

L’expert-comptable voit les entreprises lorsqu’elles grandissent.

Mais il les voit également lorsqu’elles commencent à manquer d’air.

Au fil de son expérience, René Hans développe une conviction : certaines petites entreprises économiquement viables sont fragilisées moins par l’absence d’activité que par leur difficulté à obtenir le financement nécessaire au bon moment.

Il donne un exemple simple lors de notre entretien.

Un entrepreneur prévoit un investissement de 120 000 euros.

Mais son niveau d’apport ne lui permet finalement d'obtenir qu'un financement de 100 000 euros.

La société peut tout de même démarrer.

Seulement, elle démarre avec moins de marge de sécurité.

Pour René Hans, une partie du problème commence ici.

Avant les impayés.

Avant les difficultés.

Avant le dépôt de bilan.

L’entreprise peut être insuffisamment financée dès sa construction.

Et lorsque survient le premier accident, elle dispose de très peu d’espace pour l’absorber.

1997 : René Hans crée Capital Initiative

C’est pour répondre à cette problématique que René Hans fonde le mouvement Capital Initiative en 1997, avec l’ambition de développer des solutions de financement pour les petites et moyennes entreprises rencontrant des difficultés d’accès aux circuits traditionnels.

Le modèle ne prend cependant pas immédiatement sa forme actuelle.

Différentes solutions sont expérimentées au fil des années : participations, prêts, fonds de solidarité ou encore intermédiation bancaire.

Puis émerge progressivement le dispositif qui deviendra la signature de Capital Initiative : le Rachat Temporaire d’Actifs, ou RTA.

La structure dédiée à ce modèle se développe à partir de 2014.

Derrière le vocabulaire financier se cache pourtant une idée extrêmement concrète.

Une entreprise possède quelque chose.

Mais elle manque d’argent.

Pourquoi ne pas transformer temporairement ce patrimoine en trésorerie ?

Le Rachat Temporaire d’Actifs, la réponse construite par René Hans

Le principe du RTA est relativement simple.

Une entreprise possède par exemple un véhicule, une machine ou un actif immobilier professionnel.

Capital Initiative achète cet actif.

L’entreprise récupère ainsi des liquidités.

Mais elle peut continuer à utiliser le bien puisqu’il lui est ensuite loué.

Une fois sa situation stabilisée, l’actif peut être racheté selon les conditions de l’opération.

Le mécanisme cherche donc à accomplir quelque chose qui pourrait sembler contradictoire : transformer un actif en trésorerie sans priver l’entreprise de l’outil dont elle a besoin pour travailler.

Capital Initiative présente aujourd’hui René Hans comme son président-fondateur et le RTA comme le cœur de son modèle de financement des TPE et PME.

Mais là encore, le mécanisme financier n’explique qu’une partie de l’histoire.

Ce qui intéresse René Hans, c’est ce qu’il permet d’éviter.

11 500 euros, 25 emplois et une conviction

Au cours de notre entretien, René Hans raconte le cas de deux magasins Bureau Vallée engagés dans un plan de continuation.

Ils ont besoin d’un véhicule de livraison.

Montant nécessaire : 11 500 euros.

À l’échelle du financement des entreprises, la somme paraît presque dérisoire.

À l’échelle d’une entreprise fragilisée, elle peut devenir considérable.

Capital Initiative intervient.

Selon le récit de René Hans, les magasins poursuivent leur activité, remboursent progressivement leur passif et sortent finalement de leur plan.

Il évoque 25 salariés.

L’anecdote résume presque à elle seule sa conception du financement.

La bonne question n’est pas uniquement :

« Cette entreprise rencontre-t-elle des difficultés ? »

Mais :

« Peut-elle redevenir solide si quelqu’un accepte de financer le besoin qui l’empêche aujourd’hui d’avancer ? »

Cette frontière est essentielle dans le discours de René Hans.

Il ne nie pas que certaines entreprises doivent disparaître.

Mais il refuse l’idée qu’une entreprise encore viable doive nécessairement mourir parce qu’aucun financement adapté n’est disponible au moment critique.

« Les entreprises se financent les unes les autres »

Cette conviction prend une dimension encore plus forte lorsqu’il parle des retards de paiement.

Pour René Hans, une facture payée trop tard n’est jamais uniquement un problème entre deux entreprises.

Le mécanisme peut se transmettre.

Une société ne reçoit pas l’argent attendu.

Sa trésorerie diminue.

Elle doit pourtant payer les salaires, ses charges, son loyer, ses fournisseurs et ses investissements.

Si elle ne trouve pas de financement, elle commence parfois à retarder elle-même certains règlements.

La difficulté vient de changer d’entreprise.

Puis elle peut recommencer.

« Les entreprises se financent les unes les autres. »

Cette phrase résume une grande partie de sa lecture de l’économie des PME.

Le crédit interentreprises devient alors une sorte de financement invisible.

Le fournisseur avance indirectement de l’argent à son client.

Et lorsqu’un maillon casse, plusieurs entreprises peuvent être touchées.

Pour René Hans, les retards de paiement sont donc davantage un symptôme qu'une maladie.

Derrière eux se trouvent les fonds propres, le besoin en fonds de roulement, l'accès au crédit et, plus largement, la capacité d'une entreprise à absorber les accidents.

René Hans et les entreprises que les banques ne financent plus

C’est probablement ici que sa position devient la plus singulière.

René Hans ne cherche pas seulement à financer les entreprises présentant le profil le plus rassurant.

Capital Initiative intervient notamment sur certains dossiers dans lesquels le financement bancaire traditionnel est devenu difficile.

Plan de continuation.

Bilan dégradé.

Besoin exceptionnel de trésorerie.

Investissement nécessaire à la poursuite de l’activité.

Plusieurs années après avoir présenté le Rachat Temporaire d’Actifs comme un outil de financement pour les TPE et PME, son combat reste le même.

Lors de notre échange, il raconte une entreprise de transport qui devait conserver suffisamment de camions pour maintenir son activité.

Une entreprise de travaux publics confrontée à une situation fiscale particulièrement longue.

Une société de nettoyage ayant besoin de véhicules.

Un hôtel devant financer des travaux.

Les secteurs changent.

Le problème demeure : comment continuer à produire lorsque l’outil nécessaire à la production ne peut plus être financé ?

Derrière l’expert-comptable, une vision profondément humaine de l’entreprise

C’est probablement ce qui distingue le plus René Hans d’un discours financier classique.

Il parle volontiers de rendement, de capital et d’actifs.

Mais il revient toujours aux conséquences humaines.

Perdre une entreprise, ce n’est pas seulement supprimer un numéro SIREN.

Ce sont des salariés.

Des fournisseurs.

Des clients.

Un savoir-faire.

Parfois une famille dont une grande partie du patrimoine dépend de la société.

Capital Initiative revendique aujourd’hui plus de 230 entreprises financées grâce au RTA et plusieurs milliers d’emplois conservés ou sécurisés.

Cette dimension aide à comprendre pourquoi René Hans parle volontiers de finance avec du cœur.

La formule pourrait facilement sembler marketing.

Chez lui, elle correspond surtout à une conviction : derrière chaque dossier financier se trouve une personne qui a souvent engagé plusieurs années de sa vie dans une entreprise.

Un discours très critique envers le système français

René Hans ne cherche pas particulièrement à lisser ses positions.

Lorsqu’il parle de l’environnement économique français, ses critiques sont franches.

Fiscalité.

Normes.

Accès au financement.

Relations avec l’administration.

Compréhension des petites entreprises par les responsables publics.

Il estime notamment que le débat économique français regarde trop souvent les grandes entreprises et insuffisamment les réalités quotidiennes des TPE et PME.

Dans son raisonnement, imposer une norme ou un investissement supplémentaire sans s’interroger sur la manière dont une petite entreprise va le financer revient à ne regarder qu’une partie du problème.

Cette critique ne doit pas être confondue avec un constat économique neutre.

C’est la grille de lecture de René Hans.

Mais elle s’inscrit avec cohérence dans son parcours.

Depuis des décennies, il observe les entreprises depuis leurs comptes.

Et son constat est que la situation économique réelle d’une petite société peut être très différente de ce que suggèrent les grandes statistiques nationales.

Défendre également le droit au rebond

Il existe une autre dimension du discours de René Hans qui apparaît progressivement : sa relation à l’échec entrepreneurial.

Il défend régulièrement l’idée qu’un dépôt de bilan ne doit pas définir définitivement la valeur d’un dirigeant.

Une difficulté financière ne résume pas un parcours entrepreneurial.

Un dépôt de bilan ne signifie pas nécessairement la fin d’une carrière.

Et une entreprise momentanément fragile n’est pas nécessairement condamnée.

Cette idée est intimement liée à Capital Initiative.

Chez René Hans, financer une entreprise revient donc parfois à financer un rebond.

Accompagner une société ne consiste pas seulement à regarder ce qu’elle a perdu.

Il faut aussi regarder ce qu’elle peut encore reconstruire.

Un modèle que René Hans veut désormais déployer en France

Après plusieurs décennies de développement, René Hans ne semble pas considérer le travail comme terminé.

Capital Initiative cherche aujourd’hui à renforcer son implantation territoriale.

L’ambition correspond exactement à la philosophie du fondateur.

Rapprocher la décision de financement du terrain.

Et s’appuyer notamment sur des entrepreneurs expérimentés capables de comprendre rapidement la réalité d’un dirigeant.

René Hans nous explique vouloir faire participer à ce développement d’anciens chefs d’entreprise ayant eux-mêmes connu la vie d’une PME.

Le raisonnement est presque culturel.

Un entrepreneur comprend parfois un entrepreneur d’une manière qu’aucun modèle de risque ne peut totalement reproduire.

René Hans veut aussi mobiliser l’épargne vers les PME

Sa réflexion dépasse cependant Capital Initiative.

Lors de notre entretien, René Hans évoque également l’idée d'un financement beaucoup plus large des entreprises françaises par l'épargne privée.

Il mentionne notamment des échanges avec Jacques Attali autour d’un éventuel fonds citoyen ou d’un grand emprunt destiné à orienter davantage de capitaux vers les entreprises.

Le raisonnement part d'un paradoxe.

La France dispose d’une épargne considérable.

Dans le même temps, certaines entreprises disent manquer des quelques dizaines ou centaines de milliers d’euros nécessaires pour investir, traverser une crise ou financer leur développement.

Pour René Hans, le problème est donc aussi celui de la circulation du capital.

L’argent existe. Mais arrive-t-il aux bonnes entreprises, au bon moment et dans les bonnes conditions ?

Ce que René Hans défend, au fond

Réduire René Hans au Rachat Temporaire d’Actifs serait finalement passer à côté de l’essentiel.

Le RTA est un outil.

Capital Initiative est la structure qu’il a construite.

Mais sa véritable ligne directrice apparaît ailleurs.

Dans une conviction répétée sous différentes formes tout au long de notre entretien :

une entreprise ne devrait pas disparaître uniquement parce qu’elle n’a pas trouvé, au mauvais moment, quelques dizaines de milliers d’euros pour continuer à travailler.

Cette conception explique ses critiques.

Elle explique également son intérêt pour les plans de continuation, le financement alternatif, l’épargne citoyenne ou les difficultés de trésorerie.

René Hans regarde l’entreprise depuis l’endroit où la finance rencontre la réalité.

Un véhicule.

Une machine.

Un salaire.

Une facture.

Un fournisseur.

Et derrière chacun de ces éléments, quelqu’un qui attend qu’une décision soit prise.

De l’expert-comptable au défenseur des petites entreprises

René Hans aurait pu rester expert-comptable.

Observer les difficultés.

Les mesurer.

Les commenter.

Il a choisi d'essayer de construire un outil pour intervenir.

Près de trente ans après les premières étapes de Capital Initiative, son discours reste remarquablement constant : la petite entreprise est essentielle à l’économie française mais elle ne dispose pas toujours des mécanismes de financement adaptés à sa réalité.

Et lorsqu'on lui parle de statistiques, René Hans ramène rapidement la conversation au terrain.

Parce que derrière une défaillance supplémentaire, il voit moins un indicateur macroéconomique qu’une histoire individuelle.

Une société qui pouvait peut-être encore fonctionner.

Des salariés qui pouvaient peut-être conserver leur emploi.

Un dirigeant qui pouvait peut-être rebondir.

C’est probablement là que se trouve la meilleure définition de son parcours.

René Hans n’a pas seulement voulu trouver une autre manière de financer les entreprises. Il veut empêcher qu’une difficulté financière temporaire décide, à elle seule, de leur avenir.

René Hans en quelques repères

  • 1985 : création de son premier cabinet d’expertise comptable.
  • 1997 : création du mouvement Capital Initiative.
  • Années suivantes : expérimentation de plusieurs formes de financement des PME.
  • 2014 : développement de Capital Initiative R.T.A. et du modèle de Rachat Temporaire d’Actifs.
  • 2019 : présentation du dispositif de Rachat Temporaire d’Actifs sur BFM Business.
  • 2022 : Capital Initiative et René Hans sont mis en avant dans un reportage consacré à une entreprise accompagnée.
  • 2026 : Capital Initiative revendique plus de 230 entreprises financées et poursuit son déploiement national.

Ce portrait s’appuie notamment sur un entretien réalisé par Elouan Azria pour Entreprisma, avec René Hans en octobre 2026, complété par des informations publiques relatives à son parcours et à Capital Initiative.