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    Portage Salarial

    [Interview] David Harroch de Seven Portage : « Offrir la liberté de l’indépendant sans sacrifier la sécurité du salarié »

    Créée en 2021, Seven Portage accompagne aujourd’hui entre 650 et 700 professionnels indépendants. Son fondateur et dirigeant, David Harroch, défend un portage salarial fondé sur l’accompagnement humain, à rebours des plateformes entièrement automatisées. Dans cet entretien accordé à Entreprisma, il revient sur la naissance de l’entreprise, son modèle et ses ambitions à l’horizon 2030.

    Logo Elouan Azria
    Par11 min de lecture
    David Harroch Seven Portage — Parcours & Portraits | Entreprisma
    Crédit : Diane Loth de © Dialogues PR

    L'essentiel

    • Seven Portage allie l'autonomie de l'indépendant à la protection sociale du salariat.
    • La structure est née du besoin de sécurité des freelances suite à la crise sanitaire.
    • Le consultant reste maître de sa prospection, de ses tarifs et de ses clients.
    • L'entreprise gère la facturation, l'administration, le juridique et la transformation du chiffre d'affaires.
    • Le modèle permet de se concentrer sur son expertise sans la charge administrative.
    Dans cet article— 13 sections

    Une entreprise née dans l’angle mort du freelancing

    Avant de créer Seven Portage, David Harroch évolue dans le secteur du recrutement. Il y observe de près la montée en puissance du travail indépendant, notamment dans les métiers liés à l’informatique, au conseil et à la transformation numérique.

    À cette période, les entreprises recherchent de plus en plus d’expertises externes. En parallèle, de nombreux professionnels souhaitent sortir du cadre salarié classique pour gagner en autonomie, choisir leurs missions et piloter plus librement leur trajectoire professionnelle.

    Mais la crise sanitaire vient rappeler une réalité plus brutale : derrière l’image du freelance libre et agile, beaucoup de travailleurs indépendants restent exposés à une forte instabilité.

    Arrêt soudain des missions, baisse d’activité, délais de paiement, absence de protection comparable à celle des salariés : le Covid révèle les fragilités d’un modèle parfois idéalisé.

    C’est dans ce contexte que Seven Portage voit le jour en 2021.

    « J’ai lancé Seven Portage pendant une période où de nombreux freelances ont été fragilisés par la crise, sans véritable filet de sécurité. Je voulais répondre à ce besoin. »

    L’ambition de David Harroch est alors de proposer une voie intermédiaire : permettre à des professionnels autonomes de conserver leur liberté d’action, tout en bénéficiant d’un cadre social plus protecteur.

    Le portage salarial, une relation à trois acteurs

    Le portage salarial repose sur une relation tripartite entre :

    1. le consultant porté ;
    2. la société de portage salarial ;
    3. l’entreprise cliente.

    Dans ce modèle, le consultant conserve la main sur son activité. Il recherche ses missions, choisit ses clients, négocie ses tarifs et définit les conditions de son intervention.

    La société de portage intervient ensuite pour sécuriser et administrer la relation. Elle établit les contrats, facture l’entreprise cliente, encaisse le chiffre d’affaires, déduit les frais et cotisations, puis transforme l’activité réalisée en salaire.

    « Le consultant pilote sa carrière comme il le souhaite. Il choisit ses missions, ses clients et ses tarifs. Nous intervenons ensuite pour prendre en charge la partie administrative, juridique et contractuelle. »

    Pour David Harroch, la société de portage ne doit donc pas remplacer l’indépendant dans sa démarche commerciale. Elle doit plutôt lui permettre de se concentrer sur ce qui crée réellement de la valeur : son expertise, sa mission et sa relation client.

    Seven Portage prend notamment en charge :

    • la contractualisation des missions ;
    • la facturation des clients ;
    • les déclarations administratives ;
    • les cotisations sociales ;
    • les bulletins de salaire ;
    • le suivi des paiements ;
    • une partie des obligations juridiques, sociales et comptables.

    Devenir indépendant sans renoncer au cadre salarié

    La promesse du portage salarial tient dans une équation simple : préserver l’autonomie du freelance tout en apportant une partie de la sécurité du salariat.

    Le consultant reste libre dans la conduite de son activité, mais il bénéficie d’un contrat de travail, de fiches de paie et d’une affiliation au régime social des salariés.

    « Le portage salarial, c’est la liberté d’un indépendant combinée à la sécurité du salariat. »

    Cette sécurité répond à des enjeux très concrets dans la vie d’un professionnel :

    • cotiser pour la retraite ;
    • bénéficier de droits à l’assurance chômage sous certaines conditions ;
    • accéder à une mutuelle et à une prévoyance ;
    • disposer de bulletins de salaire ;
    • présenter un contrat de travail dans le cadre d’un projet immobilier ;
    • déléguer une grande partie de la gestion administrative ;
    • réduire la charge mentale liée à la comptabilité et à la facturation.

    David Harroch évoque notamment le cas de consultants qui disposent déjà d’une structure juridique, mais qui choisissent temporairement le portage pour retrouver davantage de stabilité.

    « Certains consultants viennent nous voir parce qu’ils ont besoin de fiches de paie, de stabilité dans leurs revenus ou d’un contrat de travail à présenter à une banque. »

    Ce point est essentiel : le portage salarial ne supprime pas le risque entrepreneurial. Le consultant doit toujours trouver ses missions, négocier ses tarifs et entretenir son activité commerciale.

    Une période sans prestation reste généralement une période sans chiffre d’affaires à transformer en rémunération.

    La sécurité offerte par le portage est donc principalement sociale, contractuelle et administrative. Elle ne garantit pas automatiquement la continuité des missions, mais elle encadre mieux l’activité de l’indépendant.

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    Une croissance portée par le bouche-à-oreille

    Seven Portage revendique aujourd’hui entre 650 et 700 professionnels accompagnés.

    Selon David Harroch, cette croissance n’a pas été construite par des campagnes publicitaires massives, mais par la recommandation.

    « Notre publicité, ce sont nos ambassadeurs. Ce sont les consultants portés et les clients qui nous recommandent. Nous n’avons pas fait de publicité. »

    Cette progression organique constitue l’un des marqueurs du positionnement de Seven Portage.

    L’entreprise ne cherche pas à se présenter comme une plateforme automatisée de masse. Elle revendique au contraire une posture de challenger, fondée sur la proximité, la disponibilité et la relation directe avec les consultants.

    Dans un secteur où beaucoup d’acteurs mettent en avant la digitalisation des parcours, Seven Portage défend une approche plus incarnée.

    Le choix assumé d’un accompagnement humain

    La digitalisation transforme rapidement le marché du portage salarial. Simulations en ligne, onboarding automatisé, tableaux de bord, signatures électroniques : une partie du secteur tend vers des modèles très industrialisés.

    Seven Portage ne rejette pas la technologie, mais refuse d’en faire le cœur de sa promesse.

    L’entreprise utilise nécessairement des outils numériques pour gérer les contrats, les documents et les rémunérations. Mais David Harroch affirme vouloir maintenir une relation humaine forte entre les équipes et les consultants.

    Chaque professionnel disposerait d’un interlocuteur identifié. Seven Portage s’engage également, selon son dirigeant, à répondre aux sollicitations dans un délai maximal de 24 heures.

    Une personne serait par ailleurs dédiée exclusivement à la qualité de la relation avec les salariés portés, en dehors des fonctions commerciales et administratives.

    « Nous avons une personne dédiée uniquement à la relation qualité. Son rôle n’est pas de vendre ou de produire des fiches de paie, mais de rester disponible pour répondre aux questions et aux besoins des consultants. »

    Ce choix constitue à la fois un avantage concurrentiel et un défi stratégique.

    Plus Seven Portage grandira, plus l’entreprise devra structurer ses process. Or son positionnement repose précisément sur la proximité. Son enjeu sera donc de changer d’échelle sans perdre ce qui a construit sa différenciation.

    Que reste-t-il lorsqu’un consultant facture 10 000 euros ?

    Le coût du portage salarial reste l’un des sujets les plus sensibles du marché.

    Pour beaucoup de consultants, la question est simple : combien reste-t-il réellement une fois les frais de gestion, les cotisations sociales et les charges déduits ?

    Interrogé sur le cas d’un consultant facturant 10 000 euros, David Harroch avance une estimation comprise entre 55 et 60 %.

    « Il peut rester environ 55 à 60 % dans sa poche, avec les cotisations au chômage et à la retraite, les fiches de paie et la gestion administrative prise en charge. »

    Cette estimation doit être lue avec prudence. Le montant réellement perçu dépend de nombreux paramètres :

    • les frais de gestion appliqués par la société de portage ;
    • le niveau de rémunération choisi ;
    • les cotisations patronales et salariales ;
    • les frais professionnels éventuellement déduits ;
    • la mutuelle et la prévoyance ;
    • les éventuels dispositifs d’épargne salariale ;
    • la situation fiscale du consultant.

    Le pourcentage annoncé ne constitue donc pas une règle universelle. Il donne un ordre de grandeur, mais ne remplace pas une étude individualisée.

    Avant de choisir une société de portage, une simulation personnalisée et détaillée reste indispensable.

    Portage salarial ou microentreprise : deux logiques différentes

    Le portage salarial est souvent comparé à la microentreprise. Mais les deux modèles ne répondent pas exactement aux mêmes besoins.

    David Harroch présente la microentreprise comme une solution pertinente pour tester une activité rapidement, sans créer immédiatement une structure plus complexe.

    « Pour tester une activité pendant un, deux ou trois mois, la microentreprise peut être simple. Mais lorsque l’on cherche davantage de stabilité et de protection, le portage devient plus adapté. »

    La comparaison doit toutefois rester équilibrée.

    La microentreprise peut être durable pour certaines activités, notamment lorsque les charges sont faibles et que les plafonds de chiffre d’affaires restent adaptés.

    À l’inverse, le portage salarial devient pertinent pour les professionnels qui veulent sécuriser leur parcours, déléguer l’administratif ou disposer d’une protection sociale plus proche du salariat.

    Le bon choix dépend notamment :

    • du chiffre d’affaires prévisionnel ;
    • du niveau de frais professionnels ;
    • du besoin de protection sociale ;
    • de la volonté de gérer ou non une structure ;
    • de la régularité des missions ;
    • des projets immobiliers ou personnels ;
    • du besoin d’accompagnement.

    Il n’existe donc pas de statut supérieur par principe. Il existe surtout des statuts plus ou moins adaptés à une phase de carrière, à un niveau d’activité et à un objectif personnel.

    Transparence : le point sensible du secteur

    Le portage salarial reste parfois critiqué pour le manque de lisibilité de ses frais, la complexité des bulletins de salaire ou des simulations de rémunération jugées trop optimistes.

    David Harroch reconnaît que le sujet existe, sans vouloir faire de généralité sur l’ensemble du marché.

    Seven Portage met notamment en avant son adhésion au PEPS, l’organisation professionnelle des entreprises de portage salarial, ainsi que des audits portant sur ses pratiques.

    « Il existe des acteurs qui peuvent faire débat. De notre côté, nous travaillons avec le PEPS et nous sommes audités sur nos pratiques éthiques. »

    Pour un consultant, le sujet ne doit donc pas se limiter à un taux de frais de gestion affiché en page d’accueil.

    Avant de signer, il doit vérifier :

    • le détail du compte d’activité ;
    • les prélèvements réellement appliqués ;
    • les frais annexes éventuels ;
    • la garantie financière de la société ;
    • l’assurance de responsabilité civile professionnelle ;
    • les conditions de versement du salaire ;
    • le traitement des frais professionnels ;
    • la disponibilité des équipes ;
    • les modalités de sortie du dispositif.

    Dans un marché de plus en plus concurrentiel, la transparence devient un facteur de confiance autant qu’un avantage commercial.

    Le portage salarial sort progressivement de l’informatique

    Le portage salarial s’est historiquement développé auprès des consultants informatiques, des experts IT et des profils liés à la transformation numérique.

    Mais selon David Harroch, le marché se diversifie nettement.

    Seven Portage observe désormais l’arrivée de profils issus de secteurs plus variés :

    • intelligence artificielle ;
    • data ;
    • industrie pharmaceutique ;
    • formation ;
    • fonctions commerciales ;
    • conseil ;
    • management de transition.

    Cette évolution reflète une transformation plus large du marché du travail.

    Les entreprises recherchent ponctuellement des expertises spécifiques, sans nécessairement vouloir internaliser durablement ces compétences. Le portage peut alors offrir un cadre souple, structuré et sécurisé pour mobiliser ces profils.

    Mais cette flexibilité doit conserver une limite claire.

    Le portage salarial a du sens lorsqu’il correspond à une mission autonome, temporaire et fondée sur une expertise identifiée. À l’inverse, une relation caractérisée par un lien de subordination peut exposer l’entreprise aux risques de requalification d’un faux freelance.

    Seven Portage vise 100 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2027

    Seven Portage veut désormais s’imposer comme un acteur généraliste de référence du portage salarial.

    L’entreprise ne souhaite plus être associée uniquement aux profils informatiques. Elle veut accompagner une palette plus large de métiers, de parcours et de situations professionnelles.

    Son objectif est d’atteindre environ 1 000 salariés portés et 100 millions d’euros de chiffre d’affaires à la fin de l’année 2027.

    À l’horizon 2030, David Harroch évoque un objectif de 2 000 professionnels accompagnés.

    Cette ambition traduit une trajectoire de croissance forte, mais elle pose aussi une question centrale : comment préserver la qualité de l’accompagnement lorsque le nombre de consultants augmente fortement ?

    Plus Seven Portage grandira, plus l’entreprise devra industrialiser ses méthodes. Or son identité repose sur une relation directe et personnalisée.

    La réussite du modèle dépendra donc de sa capacité à articuler deux exigences parfois contradictoires : la croissance et la proximité.

    Ce que la croissance de Seven Portage dit vraiment du marché

    La croissance d’une société de portage salarial ne s’analyse pas comme celle d’un éditeur de logiciels, d’une start-up SaaS ou d’une entreprise industrielle.

    Une grande partie du chiffre d’affaires facturé est destinée à être transformée en salaires, en cotisations et en frais liés aux professionnels portés.

    Le chiffre d’affaires mesure donc principalement le volume de missions administrées par la société.

    Pour comprendre la performance économique réelle d’un acteur du portage salarial, d’autres indicateurs seraient nécessaires :

    • la marge générée après versement des rémunérations ;
    • le résultat opérationnel ;
    • le taux de fidélisation des consultants ;
    • le chiffre d’affaires moyen par salarié porté ;
    • le coût réel de l’accompagnement humain ;
    • la concentration du chiffre d’affaires auprès des principaux clients.

    La trajectoire de Seven Portage reste un signal fort. Mais sa réussite durable dépendra de sa capacité à convertir cette croissance commerciale en une organisation rentable, robuste et lisible.

    Un modèle complémentaire au salariat et à l’entrepreneuriat

    David Harroch ne présente pas le portage salarial comme un remplacement du salariat classique ou de l’entrepreneuriat.

    Il le décrit plutôt comme un modèle complémentaire, capable d’accompagner différentes phases d’une carrière :

    • sortie d’un CDI ;
    • lancement d’une activité ;
    • reconversion professionnelle ;
    • mission temporaire ;
    • besoin de stabilité ;
    • transition vers l’entrepreneuriat ;
    • retour progressif vers l’emploi.

    « Nous devons présenter le portage comme un nouveau mode de travail complémentaire aux solutions existantes. Il peut répondre à des problématiques d’emploi, d’insertion et de reconversion professionnelle. »

    Le portage salarial ne supprime pas l’incertitude économique. Il ne remplace pas non plus la nécessité de trouver des clients.

    Mais il permet de transférer une partie de la complexité administrative vers une structure spécialisée et de rapprocher le professionnel indépendant du cadre social du salariat.

    C’est dans cet équilibre que Seven Portage entend construire son développement : laisser le consultant libre de développer son activité, sans le laisser seul face aux contraintes administratives, sociales et contractuelles qui l’accompagnent.

    Pourquoi cela compte

    La progression de Seven Portage illustre une évolution profonde du rapport au travail.

    De plus en plus de professionnels ne veulent plus choisir définitivement entre le salariat traditionnel et la création d’entreprise. Ils recherchent des formes plus souples, plus hybrides, capables de s’adapter aux différentes étapes d’une carrière.

    Le portage salarial répond à une partie de cette demande. Il permet de conjuguer autonomie commerciale, protection sociale et simplification administrative.

    Mais son développement dépendra de la capacité du secteur à tenir trois promesses essentielles : la transparence des frais, la qualité de l’accompagnement et la clarté du modèle économique.

    Pour Seven Portage, le défi des prochaines années sera donc précis : grandir sans se banaliser, industrialiser sans déshumaniser, et prouver que le portage salarial peut devenir une solution durable dans le paysage français du travail indépendant.


    Informations

    Entretien réalisé par Elouan Azria pour Entreprisma. Les citations ont été légèrement éditées afin d’améliorer leur lisibilité, sans modifier le sens des propos de David Harroch.

    Questions fréquentes

    À propos de l'auteur

    Elouan Azria

    Fondateur et dirigeant d’Entreprisma, Elouan Azria édite un média entrepreneurial français dédié à une information fiable, gratuite et utile pour les entrepreneurs et entreprises.

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