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    Portrait : Julien Garcia, de cadre dirigeant à entrepreneur social

    À 42 ans, Julien Garcia a quitté un poste de directeur chez un grand groupe pour lancer Résilience, une startup à impact qui réinsère des personnes éloignées de l'emploi par le numérique. Rencontre.

    De directeur à fondateur de Résilience, Julien Garcia prouve que l'entrepreneuriat social peut allier impact humain et rentabilité économique durable.

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    12 min de lecture
    Julien Garcia dans son espace de coworking éco-responsable
    Sommaire(12 sections)

    « Je gagnais bien ma vie, mais je ne vivais plus »

    La phrase claque comme un constat sans appel. Julien Garcia la prononce avec le sourire tranquille de celui qui a fait la paix avec un choix que beaucoup considèrent comme fou. À 42 ans, après 18 ans dans un grand groupe industriel — dont 6 en tant que directeur des opérations —, il a tout quitté pour créer Résilience.

    Contexte : Résilience est une entreprise d'insertion par le numérique, basée à Lyon, qui forme des personnes éloignées de l'emploi aux métiers du digital : développement web, gestion de données, community management. En deux ans, elle a formé et accompagné 180 personnes vers l'emploi durable.

    Le déclic : un burn-out qui change tout

    « Ce n'est pas un déclic romantique. C'est un burn-out. En 2022, j'ai craqué. Physiquement, mentalement. Mon corps m'a dit stop. » Julien passe trois mois arrêté. Pendant cette période, il lit, réfléchit, questionne tout.

    « Je me suis posé une question simple : si je disparaissais demain, qu'est-ce que j'aurais laissé ? Des présentations PowerPoint et des réductions de coûts. Ce n'était plus suffisant. »

    Construire un business model qui a du sens ET de la viabilité

    Erreur fréquente : Beaucoup d'entrepreneurs sociaux tombent dans le piège du « on verra pour la rentabilité plus tard ». Julien a fait l'inverse : le business model était la première chose qu'il a construite.

    « L'impact sans modèle économique, c'est de la philanthropie. Et la philanthropie dépend de la générosité des autres. Je voulais une entreprise qui tienne debout seule. »

    Le modèle en trois piliers

  1. La formation (40 % du CA) : Financée par les OPCO et Pôle emploi, avec un taux de placement de 78 %
  2. La prestation (45 % du CA) : Les apprenants en fin de parcours travaillent sur de vrais projets pour des entreprises clientes, sous supervision de mentors
  3. Le conseil (15 % du CA) : Accompagnement d'entreprises dans leur politique d'inclusion numérique
  4. « Le jour où j'ai compris que nos 'apprenants' pouvaient aussi être notre force de production, le modèle est devenu vertueux. Les entreprises paient pour un service de qualité, les apprenants acquièrent une expérience réelle, et nous finançons notre mission. »

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    Les premiers mois : le parcours du combattant

    « On romanticise beaucoup l'entrepreneuriat. Les premiers mois, c'est surtout de l'administratif, des refus et de la solitude. »

    Les obstacles concrets

    • Le financement initial : « Les banques ne comprennent pas le modèle d'une entreprise d'insertion. J'ai essuyé 7 refus avant de trouver un partenaire. » C'est finalement France Active et un prêt d'honneur de Réseau Entreprendre qui débloquent les premiers 80 000 €.
    • Le recrutement : « Trouver des formateurs qui acceptent de quitter le secteur privé pour un salaire inférieur, c'est un défi permanent. On attire par la mission, pas par la rémunération. »
    • La crédibilité : « Un ex-cadre du CAC 40 qui parle d'insertion sociale, ça suscite de la méfiance des deux côtés. Les acteurs sociaux me trouvaient trop 'corporate', et mes anciens collègues me trouvaient naïf. »

    Deux ans plus tard : les chiffres qui parlent

    À retenir : Résilience affiche un taux de placement de 78 % (contre 50 % pour la moyenne du secteur), un CA de 1,2 M€ en année 2, et un objectif de rentabilité pour l'année 3.

    • 180 personnes formées depuis le lancement
    • 78 % de taux d'emploi à 6 mois post-formation
    • 42 entreprises clientes pour la prestation et le conseil
    • 22 salariés dont 8 anciens apprenants devenus formateurs

    Les leçons pour les futurs entrepreneurs à impact

    Leçon 1 : Le réseau corporate est un atout, pas un handicap

    « Mon carnet d'adresses de directeur m'a ouvert des portes que 10 ans dans l'ESS n'auraient pas ouvertes. Ne reniez jamais votre parcours précédent. »

    Leçon 2 : Mesurez l'impact comme vous mesurez le chiffre d'affaires

    « Nous avons un tableau de bord d'impact aussi rigoureux que notre P&L. Chaque euro investi a un retour social mesurable. C'est ce qui convainc les financeurs et les clients. »

    Leçon 3 : L'entrepreneuriat social n'est pas de la charité

    « Arrêtons de mettre l'entrepreneuriat social dans une catégorie à part. Nous sommes des entrepreneurs. Point. Notre différence, c'est notre finalité, pas notre niveau d'exigence. »

    Ce qui l'attend

    Plan d'action : Julien vise 3 villes supplémentaires d'ici 2027 (Marseille, Bordeaux, Lille), une levée de fonds de 2 M€ en 2026, et le lancement d'une plateforme en ligne pour démultiplier l'impact au-delà des formations présentielles.

    « Mon rêve ? Que Résilience devienne inutile. Que le système éducatif et les entreprises prennent le relais. En attendant, on construit. »

    Julien Garcia repart vers son open-space — un ancien entrepôt reconverti en espace de coworking végétalisé. Derrière lui, une vingtaine d'apprenants codent leur premier site web. Certains n'avaient jamais touché un ordinateur il y a six mois. La transformation est palpable, silencieuse, profonde.

    Sources & références

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