Plus de 180 chefs d’entreprise perdent leur activité chaque jour en France. C’est le constat dressé par l’Observatoire de l’emploi des entrepreneurs GSC-Altares pour le premier semestre 2026.

Au total, 33 341 dirigeants ont perdu leur emploi entre janvier et juin 2026, soit une progression de près de 7 % sur un an.

Derrière ce chiffre se dessine une tendance plus profonde : les très petites entreprises restent les premières exposées, mais les difficultés progressent également parmi des sociétés plus importantes et parfois installées depuis plusieurs décennies.

Cette évolution prolonge une tendance déjà documentée par Entreprisma : les faillites d’entreprises en France ont atteint des niveaux historiquement élevés en 2026, avec une crise qui ne se limite progressivement plus aux microentreprises et TPE.

33 341 dirigeants sans activité en seulement six mois

Le premier semestre 2026 confirme les tensions déjà observées en 2025.

Selon Altares, 61 459 chefs d’entreprise avaient perdu leur activité en 2025, deuxième année consécutive au-dessus du seuil des 60 000.

Sur les six premiers mois de 2026 :

  • 33 341 dirigeants ont perdu leur activité ;
  • le nombre progresse de près de 7 % sur un an ;
  • cela représente plus de 180 entrepreneurs par jour ;
  • près de 75 % des pertes concernent des entreprises de moins de trois salariés ;
  • environ 80 000 emplois salariés auraient également disparu dans le sillage de ces entreprises.

Ces données interviennent alors que les défaillances d’entreprises restent à un niveau particulièrement élevé en France.

Altares recensait environ 37 700 entreprises défaillantes au premier semestre 2026, dont une large proportion directement placée en liquidation judiciaire.

Pour les dirigeants, la question n’est donc plus uniquement de constater la hausse des procédures collectives. Elle consiste aussi à identifier suffisamment tôt les signaux de fragilité. Entreprisma a consacré un guide aux faillites d’entreprises en 2026 et aux indicateurs permettant d’évaluer le risque de défaillance.

Les petites entreprises restent les premières victimes

Les plus petites structures concentrent toujours l’essentiel des pertes.

Les dirigeants d’entreprises comptant moins de trois salariés représentent près des trois quarts des cas recensés au premier semestre.

Ces entreprises disposent généralement de moins de trésorerie et de capacités de financement plus limitées. Une baisse d’activité, une hausse des charges ou quelques factures impayées peuvent donc rapidement dégrader leur situation financière.

Les retards de paiement constituent notamment un facteur de contagion important : lorsqu’une entreprise ne règle plus ses fournisseurs, elle peut à son tour fragiliser plusieurs PME pourtant viables. Un mécanisme d’effet domino des défaillances sur la trésorerie des entreprises particulièrement sensible dans une période de tension économique.

Le phénomène est d’autant plus intéressant que la France continue parallèlement d’enregistrer un nombre élevé de créations d’entreprises.

Cette coexistence entre créations et disparitions constitue désormais un véritable paradoxe. Entreprisma l’avait déjà analysé dans son décryptage sur la hausse simultanée des créations et des défaillances d’entreprises en France.

Les PME sont de plus en plus touchées

Le signal le plus préoccupant ne concerne toutefois pas uniquement les TPE.

694 dirigeants d’entreprises employant au moins 20 salariés ont également perdu leur activité au premier semestre 2026.

Plus significatif encore, les pertes d’emploi chez les dirigeants d’entreprises de plus de 50 salariés progressent de près de 52 % sur un an.

La même tendance apparaît lorsque les entreprises sont classées selon leur chiffre d’affaires :

  • +26,4 % pour celles dépassant 5 millions d’euros de chiffre d’affaires ;
  • +47,3 % pour celles dépassant 10 millions d’euros.

La fragilité entrepreneuriale ne se limite donc plus aux entreprises récemment créées.

Les dirigeants concernés exerçaient leur activité depuis près de dix ans en moyenne. Pour ceux à la tête d’entreprises de plus de 20 salariés, cette ancienneté approche même vingt ans.

Le phénomène rejoint une évolution plus large des défaillances observée en 2026 : la crise, initialement concentrée sur les petites structures, commence à remonter vers des entreprises plus importantes.

Construction, commerce et restauration particulièrement exposés

Certains secteurs concentrent une part importante des pertes d’emploi de dirigeants.

Construction : 7 718 dirigeants concernés

Avec 7 718 pertes d’emploi, la construction représente près d’un quart des dirigeants touchés au niveau national.

Le bâtiment reste ainsi l’un des secteurs les plus exposés aux difficultés économiques des entreprises françaises.

Commerce : 6 971 dirigeants

Le commerce arrive juste derrière avec 6 971 entrepreneurs concernés, soit une progression de 3,7 % sur un an.

Hébergement-restauration : 5 057 dirigeants

La situation continue également de se dégrader dans l’hébergement-restauration.

5 057 dirigeants y ont perdu leur activité au premier semestre, soit une augmentation de 10,4 %.

Services aux entreprises : +15,2 %

Les services aux entreprises enregistrent également une accélération importante.

Environ 4 770 dirigeants sont concernés, en hausse de 15,2 %.

Les pertes d’emploi des entrepreneurs ne sont donc plus concentrées dans un nombre limité de secteurs.

La trésorerie reste au cœur du risque de défaillance

Toutes les entreprises qui disparaissent ne sont pas nécessairement dépourvues de clients ou de chiffre d’affaires.

Une entreprise peut être rentable sur le papier et pourtant se retrouver incapable de payer ses échéances.

Décalage entre encaissements et décaissements, hausse du besoin en fonds de roulement, impayés clients, endettement ou croissance trop rapide peuvent provoquer une crise de liquidité.

C’est notamment pourquoi les erreurs de trésorerie peuvent mettre en difficulté une PME pourtant en croissance.

À cette problématique s’ajoute en 2026 l’arrivée à échéance de nombreux prêts garantis par l’État. Le mur des PGE constitue un risque supplémentaire pour certaines TPE et PME, particulièrement lorsque leur trésorerie était déjà fragilisée.

Près de 80 000 emplois salariés également concernés

La disparition d’une entreprise ne concerne pas uniquement son dirigeant.

Lorsqu’une société cesse son activité, ses salariés peuvent perdre leur emploi tandis que fournisseurs, sous-traitants, clients et créanciers peuvent également subir les conséquences de la défaillance.

Selon les estimations associées à l’Observatoire GSC-Altares, les quelque 33 000 pertes d’activité de dirigeants enregistrées au premier semestre auraient ainsi entraîné environ 80 000 pertes d’emplois salariés.

Ce chiffre permet de mesurer l’impact économique réel derrière les défaillances.

Une entreprise qui disparaît n’est pas simplement retirée d’un registre : sa chute peut produire une réaction en chaîne au sein de son écosystème économique.

De fortes différences entre les régions

La progression des pertes d’emploi de dirigeants varie également selon les territoires.

Les Hauts-de-France enregistrent l’une des plus fortes augmentations, avec environ +11 %.

La Nouvelle-Aquitaine et la Bourgogne-Franche-Comté suivent avec une progression proche de 9,6 %.

En volume, l’Île-de-France reste logiquement en tête : environ 7 860 dirigeants y ont perdu leur activité au premier semestre, soit près d’un quart du total national.

La France crée beaucoup d’entreprises, mais en perd également beaucoup

C’est probablement le principal enseignement derrière ces chiffres.

La France reste une économie extrêmement dynamique en matière de création d’entreprises, notamment grâce au poids considérable des micro-entrepreneurs.

Mais mesurer uniquement le nombre d’immatriculations donne une vision incomplète de la situation.

La capacité d’une économie à créer des entreprises doit également être confrontée à sa capacité à les faire survivre, grandir, investir et employer durablement.

Cette contradiction apparaît clairement dans les chiffres clés de l’entrepreneuriat en France en 2026, qui permettent de suivre simultanément créations, défaillances, emploi et financement.

Les 33 341 dirigeants ayant perdu leur activité au premier semestre 2026 constituent donc un indicateur particulièrement important.

La progression des difficultés parmi les entreprises dépassant 20 ou 50 salariés montre surtout que les tensions remontent progressivement vers des structures plus importantes.

Après 61 459 chefs d’entreprise ayant perdu leur activité en 2025, le début de l’année 2026 ne marque pas encore de véritable normalisation.

Perdre son entreprise ne signifie pas automatiquement toucher le chômage

La situation est également particulière pour le chef d’entreprise lui-même.

Contrairement à un salarié classique, un dirigeant ou travailleur indépendant ne bénéficie pas automatiquement de l’assurance chômage lorsqu’il cesse son activité.

La protection dépend notamment de son statut, de sa situation et des conditions d’accès aux dispositifs existants.

Entreprisma détaille cette problématique dans son guide consacré à l’assurance chômage du dirigeant et à la protection contre la perte d’emploi en 2026.

Cette question prend mécaniquement davantage d’importance lorsque plusieurs dizaines de milliers de chefs d’entreprise perdent leur activité chaque année.

Ce qui compte vraiment

Derrière les statistiques de défaillances se trouve une question beaucoup plus structurelle : la résilience du tissu entrepreneurial français.

Une économie peut afficher un nombre record de créations d’entreprises tout en fragilisant progressivement ses entreprises existantes.

Coût du financement, ralentissement de la demande, trésoreries tendues, remboursements de dettes, retards de paiement et transformations sectorielles continuent de peser sur une partie des entreprises.

Le véritable indicateur à surveiller dans les prochains mois ne sera donc pas seulement le nombre d’entreprises créées.

Ce sera également combien parviennent à franchir durablement les premières années, à atteindre une taille critique et à continuer d’employer.