Des circuits automobiles aux équipements de protection destinés aux forces de sécurité, Racing Force Group cherche à appliquer son savoir-faire à de nouveaux marchés. Le groupe italien, également coté à Paris, aborde ce virage avec des résultats semestriels en forte progression : 46,8 millions d’euros de chiffre d’affaires, en hausse de 19,1 % sur un an, et 5,9 millions d’euros de résultat net, en hausse de 40,1 %.
Le communiqué de résultats publié le 29 septembre 2026 montre toutefois deux trajectoires à suivre séparément : le sport automobile génère aujourd’hui l’essentiel de la croissance ; les casques de défense constituent encore un pari de diversification.
Racing Force Group : des résultats semestriels records
Au premier semestre 2026, l’EBITDA de Racing Force atteint 10,2 millions d’euros, contre 8,3 millions un an plus tôt. Sa marge d’EBITDA passe de 21,1 % à 21,7 % du chiffre d’affaires. Le résultat net progresse de 4,2 à 5,9 millions d’euros.
| Indicateur | Premier semestre 2026 | Évolution sur un an |
|---|---|---|
| Chiffre d’affaires | 46,8 M€ | +19,1 % |
| EBITDA | 10,2 M€ | +22,7 % |
| Marge d’EBITDA | 21,7 % | +0,6 point |
| Résultat net | 5,9 M€ | +40,1 % |
| Flux de trésorerie opérationnels | 5,1 M€ | En baisse, contre 7,6 M€ |
La progression n’est pas concentrée sur une seule commande. Les ventes ont augmenté de 18 % au premier trimestre, puis de 20,3 % au deuxième. Selon le groupe, les capacités industrielles ajoutées en Italie et à Bahreïn en 2025 l’aident désormais à absorber davantage de volumes.
Casques Bell, équipements OMP : le sport automobile reste le moteur
Racing Force commercialise notamment les casques Bell Racing, les vêtements et équipements de course OMP, ainsi que des systèmes de communication sous la marque Zeronoise. C’est le segment des équipements pour pilotes qui apporte la plus forte contribution à la hausse du chiffre d’affaires au premier semestre.
Les ventes de casques Bell progressent de 23,5 %, soutenues, selon l’entreprise, par le renouvellement des normes d’homologation. Les vêtements de course OMP avancent de 20,3 %. Cette dynamique dépasse la Formule 1 : les produits du groupe sont utilisés dans plusieurs compétitions automobiles et distribués à des équipes, constructeurs et revendeurs.
L’expansion géographique constitue l’autre signal fort du semestre. Les ventes dans la zone Amériques atteignent 13,1 millions d’euros, en hausse de 41,4 % à taux de change courants. Pour Paolo Delprato, président et directeur général, ce marché représente désormais une priorité de développement.
Le groupe a également obtenu, après la clôture du semestre, un contrat pluriannuel de radiocommunication en Formule E pour sa filiale Zeronoise. La contribution attendue en 2026 serait limitée, avec un effet plus important à partir de 2027. Ce contrat élargit son activité dans le sport automobile au-delà de la vente d’équipements physiques.
Des casques de course aux forces de sécurité : quel débouché pour la défense ?
La diversification la plus intéressante pour Racing Force ne se joue pas encore dans ses principaux chiffres de vente. Sous la marque HPS, le groupe adapte des technologies de protection issues du sport automobile aux besoins des forces de sécurité et de défense.
Une deuxième livraison de casques destinés au ministère de la Justice des Pays-Bas a eu lieu au cours du semestre. Racing Force prévoit également de faire certifier d’ici la fin de 2026 un casque Riot intégrant un masque anti-gaz, en vue d’un lancement commercial début 2027. Ses casques balistiques Gladiator sont encore en phase finale de développement : l’entreprise vise des homologations et de premières réponses à des appels d’offres en 2027.
Ces étapes ne doivent pas être confondues avec des ventes déjà réalisées. Une livraison aux Pays-Bas atteste d’un premier débouché ; les nouveaux produits et futurs marchés restent soumis aux certifications, aux appels d’offres et à la capacité du groupe à produire aux exigences de ses clients.
Ce passage d’une technologie civile éprouvée vers des usages de défense illustre le potentiel, mais aussi les contraintes, des technologies duales analysées par Entreprisma. Le savoir-faire industriel fournit un point de départ ; accéder durablement aux marchés de défense demande des validations et des contrats spécifiques.
Le point de vigilance : la croissance mobilise plus de trésorerie
Les marges progressent, mais les flux de trésorerie opérationnels reculent de 7,6 à 5,1 millions d’euros. Le communiqué l’explique principalement par une hausse du besoin en fonds de roulement : davantage d’argent reste temporairement immobilisé dans l’activité avant d’être encaissé.
Les créances clients ont notamment augmenté de 4,6 millions d’euros. Racing Force évoque la saisonnalité de ses ventes et un léger allongement des délais de paiement sur un nombre limité de contrats avec de grandes équipes et des constructeurs de voitures de course. Le groupe s’attend à une amélioration au second semestre, mais celle-ci devra se vérifier dans les encaissements.
Cette distinction est essentielle pour lire les résultats : un bénéfice en hausse ne se transforme pas automatiquement, au même rythme, en trésorerie disponible. Après 3,7 millions d’euros d’investissements et 2,6 millions d’euros de dividendes versés, la dette financière nette ressort à 9,1 millions d’euros fin juin, contre 7,8 millions fin 2025.
Ce qu’il faudra vérifier au second semestre 2026
Racing Force indique que ses ventes du début du second semestre restent supérieures à celles de la même période en 2025. Le groupe prévient toutefois que la comparaison deviendra plus exigeante, le second semestre précédent ayant été particulièrement élevé. Il ne fournit pas dans ce communiqué de prévision chiffrée de résultat annuel.
Trois éléments permettront de juger la suite : le maintien de la demande en Amérique, la conversion des ventes en trésorerie et l’avancement réel des certifications des casques de sécurité. Les résultats actuels confirment la solidité du métier historique. L’enjeu de 2027 sera de savoir si Racing Force peut transformer ses projets de défense en activité commerciale récurrente, sans fragiliser le financement de sa croissance.
