Une batterie retirée d’un appareil contient-elle encore des cellules utilisables ? Peut-on les tester, les sélectionner et les intégrer dans un autre produit avec une qualité maîtrisée ? C’est autour de ces questions que VoltR construit son activité.
L’intérêt entrepreneurial du dossier dépasse le montant annoncé. VoltR cherche à transformer une ressource hétérogène — les batteries en fin de première vie — en une production régulière, vendable et fabriquée en France. Le financement doit permettre de franchir cette étape industrielle.
Un financement de 22 millions d’euros, entre capital et subventions
Le communiqué publié par Bpifrance le 5 octobre 2026 détaille une opération associant le fonds SPI 2, géré dans le cadre de France 2030, et Decathlon PULSE.
| Élément annoncé | Montant ou objectif |
|---|---|
| Investissement en fonds propres | 16 millions d’euros |
| Subventions du programme Première Usine | 6 millions d’euros |
| Surface de l’usine de Verrières-en-Anjou | Doublement prévu |
| Capacités de production | Multiplication par six en deux ans |
| Emplois supplémentaires | Environ 40, avec un doublement des effectifs visé |
L’investissement doit soutenir l’agrandissement, l’automatisation, les technologies de diagnostic et un site de stockage.
Les 22 millions d’euros constituent donc un financement global : la levée en capital représente 16 millions. Les objectifs industriels et de recrutement restent à réaliser.Pour une jeune entreprise industrielle, associer capital et aides publiques répond à des besoins différents. Il faut développer la technologie, mais aussi acheter des équipements, aménager des locaux et financer la montée en cadence avant que les volumes de ventes suivent.
Comment VoltR donne une seconde vie aux batteries lithium
Le principe de la remanufacture consiste à récupérer des composants encore exploitables et à les intégrer dans une nouvelle fabrication.
Dans sa présentation de la fabrication de batteries lithium, VoltR explique sélectionner les cellules selon leurs performances résiduelles pour constituer des packs adaptés au besoin du client. L’entreprise indique s’appuyer sur des tests, de la modélisation et de l’intelligence artificielle pour caractériser ces cellules et former des ensembles homogènes.
Une batterie complète et les cellules qu’elle contient ne sont pas interchangeables. La première correspond au produit assemblé ; les secondes en sont les éléments de stockage d’énergie. La valeur industrielle se joue dans la capacité à connaître précisément leur état et à choisir leur prochaine utilisation.
Le processus peut être résumé en quatre étapes :
- Collecter les batteries sorties de leur première utilisation.
- Diagnostiquer les cellules pour mesurer leur état.
- Sélectionner et réaffecter celles qui conviennent à une application.
- Assembler des batteries répondant à un cahier des charges.
Cette logique prolonge l’usage des composants avant le recyclage des matières. Elle ne suppose pas que toutes les cellules puissent être réutilisées.
Le diagnostic transforme un stock usagé en ressource industrielle
C’est l’une des parties les moins visibles du modèle, mais aussi l’une des plus importantes.
VoltR propose un diagnostic de l’état de santé des batteries, désigné par le terme SoH, pour « State of Health ». Son offre prévoit un test et un rapport permettant d’orienter les batteries vers la poursuite d’utilisation, une seconde vie ou le recyclage.
L’entreprise présente cette mesure comme une alternative au remplacement décidé uniquement sur l’ancienneté d’une batterie.
Pour Entreprisma, c’est ici que se situe une part essentielle de la création de valeur : disposer d’un composant usagé ne suffit pas ; il faut savoir ce qu’il peut encore faire.
Une entreprise qui achète une batterie attend une autonomie, une puissance et une durée d’usage compatibles avec son produit. Le fournisseur doit donc traduire les résultats du diagnostic en caractéristiques exploitables et en engagements de qualité.
Dans cette activité, le savoir-faire tient autant au tri et à la qualification qu’à l’assemblage.
Outillage, mobilité légère, stockage : des marchés concrets
VoltR présente plusieurs applications : batteries d’outillage, vélos électriques, appareils portables et systèmes de stockage d’énergie. Son catalogue comporte des produits standards et des possibilités de conception sur mesure.
Ces débouchés permettent de comprendre pourquoi l’activité ne se limite pas à la récupération de batteries.
Un fabricant d’appareils peut rechercher une batterie adaptée à son format. Un gestionnaire de flotte peut chercher à prolonger la durée d’utilisation de ses équipements. Un distributeur peut proposer des batteries de remplacement compatibles avec des outils déjà détenus par ses clients.
Un partenariat avec Valeo pour la petite mobilité électrique
Le partenariat annoncé par Valeo et VoltR le 1er octobre 2025 vise une offre de réparation et de remanufacture pour les batteries de vélos, trottinettes et autres véhicules légers.
Valeo apporte ses compétences en réparation électronique ; VoltR intervient notamment sur les packs de cellules. L’offre cible les gestionnaires de flottes, les fabricants, les réseaux de réparation et les producteurs de batteries.
Ce partenariat antérieur au financement actuel illustre une voie commerciale : intégrer la remanufacture à une offre de maintenance destinée aux professionnels.
Des batteries d’outillage proposées avec Leroy Merlin
VoltR mentionne également, dans ses références commerciales et applications, le lancement avec Leroy Merlin de batteries d’outillage remanufacturées compatibles avec de grandes marques.
Cette présence dans la distribution apporte un autre type de débouché. Elle confronte le produit aux attentes d’un acheteur final : compatibilité, disponibilité, prix et simplicité d’utilisation.
Ces collaborations montrent des applications commerciales identifiées. Elles ne permettent toutefois pas, à elles seules, de connaître le volume des commandes futures.
Pourquoi le stockage des batteries est un investissement stratégique
Une usine de remanufacture dépend de la matière qui l’alimente. Elle doit pouvoir recevoir des batteries, les conserver dans des conditions adaptées et organiser leur traitement.
En février 2026, VoltR annonçait avoir obtenu le permis de construire et l’autorisation d’exploiter pour son projet de stockage à Durtal, en Maine-et-Loire.
Le projet est conçu pour alimenter le site de Verrières-en-Anjou. L’entreprise annonçait une capacité de stockage de 50 tonnes, avec des espaces compartimentés et des dispositifs de prévention incendie.
Cette infrastructure révèle une contrainte centrale : la seconde vie des batteries commence par une chaîne logistique maîtrisée.
Notre analyse : augmenter la cadence d’assemblage aura un intérêt économique si les flux entrants suivent, si le diagnostic reste fiable et si les cellules récupérées correspondent aux besoins des clients. Le stockage est donc une partie de l’outil industriel, au même titre que les équipements de production.
Le défi de VoltR : produire davantage tout en maîtrisant ses coûts
Le changement d’échelle annoncé ouvre une nouvelle phase.
Une entreprise de remanufacture doit absorber des batteries différentes, mesurer leur potentiel et obtenir une qualité régulière en sortie. La montée en volume impose de coordonner ces opérations.
Pour apprécier la réussite du projet, plusieurs indicateurs seront utiles à suivre :
- les volumes réellement collectés et traités ;
- la proportion de cellules pouvant être réaffectées ;
- le coût du diagnostic et de l’assemblage ;
- les délais de livraison ;
- les commandes récurrentes ;
- les performances et le suivi des produits vendus.
Cette liste constitue une grille d’analyse industrielle, et non des résultats déjà publiés par VoltR.
Le financement donne des moyens d’exécution. La rentabilité dépendra ensuite de l’équilibre entre approvisionnement, productivité, qualité et ventes.
Une autre manière de construire une industrie française de la batterie
Le dossier VoltR montre comment une activité industrielle peut se développer autour de composants déjà fabriqués.
La perspective est intéressante pour les entrepreneurs : la création de valeur peut venir d’une meilleure connaissance des produits usagés, d’un procédé de remise en fabrication et de débouchés adaptés.
Ce passage de la technologie à la production trouve un écho dans l’industrialisation des métaux amorphes par Vulkam, également suivie par Entreprisma. Dans les deux dossiers, l’outil industriel doit convertir un savoir-faire en produits livrés à des clients.
Pour VoltR, les prochaines étapes seront donc observables : équipements installés, effectifs recrutés, volumes produits et clients servis. C’est sur ces résultats que se mesurera la transformation des batteries usagées en activité industrielle durable.
