L'opération à 20,35 milliards d'euros devait redessiner le marché français des télécoms. Elle ouvre désormais un front social.

L'intersyndicale réunissant l'Unsa, la CFDT et la CFTC appelle les salariés d'Altice France à débrayer ce jeudi après-midi pour défendre l'emploi et obtenir davantage de garanties sur les conditions de transfert des équipes.

Selon les informations rapportées par l'AFP via Boursorama, le mouvement intervient après plusieurs semaines de discussions avec les trois futurs acquéreurs.

Grève SFR du 24 septembre 2026 : pourquoi les salariés se mobilisent

Le calendrier est loin d'être anodin.

Le 6 juin 2026, Bouygues Telecom, Free-Groupe iliad et Orange ont signé avec Altice France un protocole d'accord en vue de l'acquisition de SFR.

La transaction valorise les actifs concernés à 20,35 milliards d'euros en valeur d'entreprise, sous réserve de différents ajustements au moment de sa réalisation.

Entreprisma avait déjà détaillé les tensions autour de l'emploi chez SFR avant la vente à Orange, Free et Bouygues.

Ce jeudi, ces inquiétudes prennent une nouvelle dimension avec l'appel à la grève.

Les représentants du personnel demandent notamment davantage de visibilité sur l'avenir professionnel des salariés qui devront changer d'employeur lors de la redistribution des activités de SFR.

Environ 2 500 salariés pourraient être transférés directement

Le sujet central n'est plus seulement la vente de SFR.

C'est désormais la répartition concrète de ses équipes.

Selon l'AFP, environ 2 500 salariés devraient être transférés directement chez les trois acquéreurs au moment de la vente.

Parmi eux, environ 2 300 rejoindraient Bouygues Telecom.

Les salariés d'environ 120 boutiques SFR doivent également être repris, même si les établissements concernés n'ont pas encore tous été désignés.

Pour les autres collaborateurs, le dispositif présenté prévoirait notamment une proposition de reprise par salarié.

Une solution jugée insuffisante par les syndicats, qui réclament trois propositions par personne afin de donner davantage de choix aux salariés concernés.

Le dossier illustre toute la complexité sociale d'une opération que nous avions analysée dès juin dans notre décryptage sur le rachat de SFR et la consolidation du marché français des télécoms.

5 000 salariés chez Orange, Free et Bouygues, 3 000 temporairement chez SFR ?

Face aux inquiétudes, le consortium formé par Bouygues Telecom, Free-Groupe iliad et Orange assure vouloir préserver l'emploi.

Selon sa proposition communiquée à l'AFP, les quelque 8 000 salariés compris dans le périmètre repris disposeraient d'une solution professionnelle.

Le scénario présenté prévoit qu'environ :

  • 5 000 salariés rejoignent les trois opérateurs après la réalisation de l'opération ;
  • 3 000 salariés continuent de travailler au sein de SFR pendant la période nécessaire à la migration des clients, des systèmes et des infrastructures.

Ce deuxième groupe jouerait un rôle stratégique.

La disparition progressive de SFR sous sa forme actuelle ne peut pas intervenir instantanément. Des millions de lignes mobiles et fixes, des systèmes informatiques, des contrats entreprises, des fréquences et des infrastructures doivent être transférés progressivement.

Dans son communiqué officiel du 6 juin, le consortium expliquait déjà que cette migration constituerait un programme industriel sur plusieurs années.

Il s'était alors engagé à garantir un emploi aux salariés du périmètre repris jusqu'au début de l'année 2029, soit par la poursuite de leur poste, soit par une proposition d'emploi.

Derrière la grève, SFR doit être partagé entre trois concurrents

La situation sociale est directement liée à l'architecture inhabituelle du rachat.

SFR ne doit pas simplement passer d'un propriétaire à un autre.

Ses activités doivent être réparties entre trois opérateurs concurrents.

D'après le protocole présenté par les acquéreurs, Bouygues Telecom récupérerait notamment une partie importante de la clientèle grand public de SFR, les activités SFR Business, Prixtel ainsi qu'une partie des infrastructures.

Free-Groupe iliad doit notamment récupérer RED by SFR, une partie des clients grand public de SFR et certains clients professionnels.

Orange doit de son côté reprendre une autre partie de la clientèle grand public ainsi que plusieurs activités liées aux opérateurs virtuels.

Les fréquences de SFR doivent elles aussi être réparties.

Sur la valeur totale de l'opération, la répartition annoncée est d'environ :

  • 42 % pour Bouygues Telecom ;
  • 31 % pour Free-Groupe iliad ;
  • 27 % pour Orange.

Cette fragmentation explique pourquoi la question de l'emploi est particulièrement sensible : les salariés de SFR n'ont pas tous vocation à rejoindre le même employeur.

Pour suivre plus largement les opérations de rachats, restructurations et mouvements de grands groupes, Entreprisma centralise ces dossiers dans sa rubrique actualité des entreprises françaises.

Des boutiques SFR pourraient fermer

Autre point de tension : le réseau physique.

Hakim Goudjil, secrétaire du CSE de SFR Distribution et délégué syndical Unsa, a indiqué à l'AFP que certaines boutiques susceptibles de fermer avaient déjà été identifiées par les représentants du personnel.

Le protocole prévoit parallèlement la reprise des salariés de 120 boutiques.

La répartition définitive du réseau commercial fait donc partie des dossiers particulièrement suivis par les syndicats.

La transformation de SFR ne concerne pas seulement ses infrastructures télécoms ou ses millions d'abonnés. Elle implique également un vaste réseau de salariés, de magasins et de fonctions support qui doivent être redistribués ou maintenus pendant la transition.

Retrouvez également l'ensemble de nos contenus consacrés au secteur sur la page Télécoms d'Entreprisma.

Le CSE de SFR porte également le dossier devant la justice

Le rapport de force ne se limite pas à la grève.

Ce jeudi matin, avant les rassemblements prévus dans l'après-midi, les syndicats doivent également se rendre devant le tribunal judiciaire de Paris.

Le CSE de SFR a engagé une procédure en référé contre Altice France et les futurs acquéreurs afin d'obtenir davantage de documents concernant le projet de cession.

Une procédure au fond a également été engagée. Les audiences sont prévues début décembre.

La bataille autour de SFR se déroule donc désormais simultanément sur trois fronts : industriel, social et juridique.

La vente de SFR n'est pas encore totalement finalisée

Malgré l'avancement du projet, il faut distinguer l'accord conclu entre les groupes de la réalisation effective de l'opération.

Le protocole signé en juin prévoit encore plusieurs étapes.

La transaction reste notamment soumise à l'autorisation des autorités compétentes, en particulier en matière de concurrence.

Dans le calendrier communiqué par les acquéreurs, sa réalisation pourrait intervenir au second semestre 2027.

Cela signifie que les clients SFR ne basculeront pas brutalement chez Orange, Free ou Bouygues Telecom à l'issue de la grève du 24 septembre.

La transition doit au contraire s'étendre sur plusieurs années.

SFR comptait encore plus de 25 millions de clients particuliers, entreprises, collectivités et opérateurs lorsque le protocole a été annoncé.

Le dossier SFR entre dans sa phase la plus délicate

Le rachat à 20,35 milliards d'euros constitue l'une des opérations les plus importantes de l'histoire récente des télécoms français.

Mais une fois l'accord financier établi, commence une phase probablement plus complexe : celle de son exécution.

Il faut répartir les clients, les infrastructures, les fréquences, les systèmes informatiques, les boutiques et surtout plusieurs milliers de salariés entre trois groupes différents.

La grève SFR du 24 septembre 2026 montre que le volet social pourrait devenir l'un des principaux points de tension de cette recomposition.

Pour Orange, Free et Bouygues Telecom, l'enjeu ne consiste donc plus seulement à réussir l'acquisition.

Il faut désormais réussir la transition.