Sur Top Manga, une bannière publicitaire permet d’écouter un extrait de « Robot Rock », de Daft Punk. Patrick Schaegis se souvient encore de sa fierté en la voyant apparaître sur le site qu’il développait avec ses frères. La campagne était passée par AWE, leur partenaire publicitaire. Quelques années plus tôt, il attendait que le facteur lui apporte des commandes de jeux vidéo. Cette fois, c’était leur site qui avait trouvé son public.

À 20 ans, ses premières commandes arrivent par la poste

Avec L’Avatar, sa première entreprise, Patrick Schaegis vend des jeux vidéo depuis chez lui. Pour se faire connaître, il achète des encarts dans la presse spécialisée. Une commande arrive parfois dans une enveloppe, accompagnée d’un chèque. Un client qu’il n’a jamais rencontré lui fait confiance pour lui expédier un jeu.

Il connaît les produits parce qu’il y joue. Cet avantage a son revers. Dans son livre, il raconte avoir acheté des titres qu’il trouvait excellents, persuadé qu’ils plairaient aussi à ses clients. Certaines boîtes restent sur les étagères. Entre le prix demandé par les grossistes et celui que les acheteurs acceptent de payer, il découvre également qu’il peut vendre un jeu et gagner très peu sur la transaction.

Avec Top Manga, il apprend à faire revenir les lecteurs

Patrick situe en 1998 ses débuts avec SCD, puis SCD Web. Avec ses frères, il apprend en construisant des sites, en consultant les forums et en observant ce qui se passe après chaque modification. Sur Top Manga, des internautes arrivent en cherchant un annuaire ou un sujet précis. L’équipe ajoute des contenus et des liens entre les rubriques pour leur donner envie de poursuivre leur visite.

La publicité et l’affiliation permettent de tirer des revenus de cette audience. Mais dans son récit, le plaisir du métier tient aussi à la variété des journées. Il peut écrire sur les jeux vidéo, revoir la structure d’une page ou chercher pourquoi elle a perdu des places sur Google. Il découvre également la fragilité de cette visibilité. Quand un moteur change ses règles, une partie de l’audience peut disparaître avec le classement.

Cartes Pokémon et colis de Noël, l’autre métier du commerce en ligne

En 2010, Patrick et sa femme Ionela lancent ACG. Un souvenir résume la période des fêtes. Ils empilent les commandes de toupies Beyblade le long d’un mur du couloir, à mesure qu’ils les préparent. Dans les journées les plus chargées qu’il évoque dans le livre, l’activité peut approcher 300 à 350 colis. Ionela prépare une grande partie des commandes. Patrick s’occupe notamment des factures, des étiquettes et du choix des expéditions. Au début, il écrivait encore les adresses à la main.

Les cartes Pokémon prennent ensuite une place croissante dans l’activité. Sur leur boutique spécialisée, ils ouvrent des boosters pour vendre certaines cartes à l’unité. Chaque fiche peut répondre à une recherche très précise, jusqu’au numéro de la carte et à sa série. Patrick réutilise ce qu’il a appris avec SCD Web. Cette fois, la précision du référencement permet de faire rencontrer un collectionneur et la carte qu’il cherche.

Une bonne place dans Google ne paie toutefois pas le stock. Dans le livre, il raconte comment il répartissait certains achats entre les produits à vendre rapidement et ceux qu’il gardait en prévision d’une hausse de la demande. Cette seconde option peut améliorer la marge. Elle immobilise aussi de l’argent pendant des mois, avec le risque que les ventes espérées ne se produisent jamais.

Dans la menuiserie, il découvre ce qu’une vente engage

En 2020, Patrick se lance dans la menuiserie avec MCM. Il raconte avoir refusé des chantiers qu’il savait vendre parce qu’il doutait de pouvoir en assurer correctement la pose. Un chantier reporté décale les encaissements, tandis que les salaires et les charges continuent de tomber. Dans cette activité, savoir obtenir une signature ne résout qu’une partie du problème. Il faut ensuite disposer des compétences pour tenir l’engagement et de la trésorerie pour attendre le règlement.

Patrick décrit aujourd’hui MCM comme stable. Il dit pourtant exercer ce métier sans passion. Ce qu’il apprécie toujours, c’est la vente et le contact avec les clients. Le livre lui permet de revenir sur une question que la succession des urgences laisse rarement le temps de poser. Qu’est-ce qu’il a vraiment envie de faire de ses journées ?

Pourquoi Patrick Schaegis a écrit CPasGagné

Le titre vient d’une expression de son père. Et le livre fait une place à ce qui se passe loin des entreprises. Devenu éducateur bénévole pour accompagner son fils au football, Patrick défend l’idée que chaque enfant doit avoir du temps de jeu. Il raconte aussi s’être montré trop exigeant avec son propre fils. Dans ces pages, on retrouve sa manière de revenir sur les décisions dont il était sûr sur le moment et qu’il regarde autrement aujourd’hui.

En écrivant, il dit avoir retrouvé la fierté de ses années SCD Web et ACG. Il se demande ce qu’il aurait pu construire en se consacrant davantage à YouTube. Aujourd’hui, il publie des vidéos, expérimente avec la musique et travaille sur un jeu Roblox. Lorsqu’on lui demande ce qu’il ferait différemment dans une prochaine aventure, il répond avec humour qu’il se passerait d’associé. Sur ce point, il a déjà tranché. Le reste est encore à écrire.

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