Une infrastructure informatique peut fonctionner pendant des années sans revenir au centre des discussions du comité de direction. Jusqu’au renouvellement d’un contrat : le tarif, le périmètre de l’offre ou les conditions de support peuvent alors remettre en question un choix devenu structurant.
C’est dans ce contexte que Vates annonce, le 6 octobre 2026, sa première levée de fonds. Le financement intervient après dix ans de développement rentable et autofinancé, selon l’entreprise. Son ambition : convaincre davantage d’organisations de confier leurs infrastructures à une plateforme de virtualisation open source.
Derrière l’opération, une question concerne directement les dirigeants : quelle liberté conserve une entreprise lorsque ses applications reposent sur un fournisseur difficile à remplacer ?
Une première levée après dix ans d’autofinancement
Le communiqué publié par Bpifrance annonce un investissement de 30 millions d’euros, réalisé par le fonds Growth d’IRIS et le fonds Large Venture de Bpifrance. Les cofondateurs restent majoritaires.
Vates revendique plus de 1 000 clients dans une centaine de pays et une croissance supérieure à 65 % en 2025. L’éditeur réalise 90 % de son chiffre d’affaires à l’export, avec près de la moitié de son activité en Amérique du Nord.
Cette trajectoire donne une lecture particulière de l’opération : l’entreprise a développé son marché avant d’ouvrir son capital. Le financement doit désormais lui permettre d’accélérer au-delà de ce que ses seuls revenus autorisent.
Pourquoi les changements chez VMware ouvrent une opportunité
La virtualisation permet de faire fonctionner plusieurs machines virtuelles sur un même serveur physique. Elle sert notamment à héberger et administrer les environnements qui font tourner les applications d’une entreprise.
Ce rôle explique pourquoi changer de plateforme engage davantage qu’un simple achat de logiciel : les procédures d’exploitation, les sauvegardes et les compétences des équipes se construisent autour de l’infrastructure retenue.
Après son acquisition par Broadcom, VMware a engagé une transformation commerciale. Dans une publication officielle de janvier 2024 sur ses licences, l’éditeur détaillait le passage vers des abonnements et le regroupement de nombreuses solutions dans ses offres VMware Cloud Foundation et VMware vSphere Foundation.
Ces changements invitent les clients à réexaminer leur contrat : quelles fonctions utilisent-ils réellement ? Quel sera le coût du renouvellement ? Quelles alternatives peuvent répondre à leurs besoins ?
L’opportunité pour Vates se situe dans cette remise en concurrence. Lorsqu’un fournisseur modifie son modèle, une entreprise peut être amenée à rouvrir un dossier qu’elle considérait jusque-là comme réglé.Il faut néanmoins distinguer cette opportunité commerciale d’une économie démontrée. La levée de fonds ne prouve pas que chaque client VMware gagnerait financièrement à migrer vers Vates. Le résultat dépend du contrat existant, des fonctionnalités nécessaires et du coût du changement.
XCP-ng et Xen Orchestra : que propose Vates ?
La plateforme Vates VMS s’appuie notamment sur deux composants :
- XCP-ng, une plateforme de virtualisation fondée sur l’hyperviseur Xen ;
- Xen Orchestra, une interface permettant d’administrer les infrastructures XCP-ng et de gérer notamment les sauvegardes des machines virtuelles.
Pour un dirigeant, la distinction est simple : le premier fait fonctionner les environnements virtualisés ; le second aide les équipes à les piloter et à les protéger.
Dans son annonce du financement, Vates affirme maintenir les licences open source de ses logiciels. L’entreprise explique que son modèle économique repose sur la vente de support et de services.
Ce modèle permet de dissocier l’accès au code et l’accompagnement professionnel. Il ne supprime pas les dépenses d’exploitation : une infrastructure exige toujours du matériel, des compétences, de la maintenance et une organisation capable de traiter les incidents.
À quoi serviront les 30 millions d’euros ?
Le financement doit soutenir trois axes : le développement technologique, l’expansion internationale et le réseau de partenaires.
Vates prévoit notamment de renforcer les performances, le stockage, la sécurité et l’automatisation de sa plateforme. L’entreprise veut également accroître sa présence commerciale en Amérique du Nord et en Europe, tout en développant son réseau d’intégrateurs et de prestataires.
Notre lecture : la capacité à accompagner les migrations sera déterminante. Pour gagner un marché d’infrastructure, un éditeur doit convaincre sur le produit, mais aussi sur le déploiement, le support et la continuité d’activité.
Un dirigeant peut accepter de tester une nouvelle application. Il exigera davantage de garanties avant de déplacer les systèmes dont dépend son entreprise.
Quitter VMware : les points à examiner avant une migration
La comparaison doit porter sur le coût total de possession, c’est-à-dire l’ensemble des dépenses nécessaires pour exploiter une solution dans la durée.
Pour une PME ou une ETI, l’évaluation peut s’organiser autour de cinq questions :
- Les applications fonctionneront-elles correctement ? Il faut vérifier les exigences des logiciels métiers et les conditions de support de leurs éditeurs.
- Les sauvegardes pourront-elles être restaurées ? La protection des données doit être testée dans le nouvel environnement.
- Quel sera le coût de la transition ? Formation, intégration, coexistence temporaire des plateformes et mobilisation des équipes doivent entrer dans le calcul.
- Qui assurera le support ? Les engagements du fournisseur et du prestataire doivent correspondre aux contraintes d’activité.
- Comment revenir en arrière ? Un projet pilote et un scénario de retour réduisent l’incertitude avant une bascule plus large.
Une migration réussie se mesure à la fiabilité de l’exploitation autant qu’à la facture finale.
Souveraineté numérique : retrouver une capacité de choix
Le positionnement français et open source de Vates rejoint les enjeux de souveraineté numérique et de maîtrise des fournisseurs.
L’intérêt opérationnel consiste à pouvoir examiner ses dépendances, développer des compétences et préparer une solution de sortie. L’ouverture du code peut contribuer à cette démarche ; elle ne suffit pas, à elle seule, à garantir l’autonomie.
La localisation des données, les accès d’administration, les contrats et la capacité des équipes à exploiter la plateforme restent essentiels.
Pour Vates, le défi sera de transformer les entreprises qui réévaluent VMware en clients durablement satisfaits. Pour les dirigeants, cette concurrence offre surtout l’occasion de remettre un choix d’infrastructure à l’épreuve de leurs besoins actuels.
