Le maire de Cannes et président de l’Association des maires de France reste donc un outsider électoral. Mais il commence à installer quelque chose de beaucoup plus intéressant pour les dirigeants : une doctrine économique immédiatement identifiable.

Baisse des impôts de production, IS à 20 %, réduction de la dépense publique, réécriture de certains codes, suppression d’une partie des subventions aux entreprises, réindustrialisation, développement des fonds propres et transmission : David Lisnard fait de l’entreprise un élément structurant de son projet pour 2027.

Derrière la politique, une question mérite donc d’être posée très concrètement : que changerait réellement son programme pour une TPE, une PME ou une ETI française ?

L’essentiel

  • David Lisnard est maire de Cannes, président de l’Association des maires de France et candidat déclaré à la présidentielle 2027.
  • Il porte sa candidature avec Nouvelle Énergie, mouvement devenu le véhicule politique de son projet.
  • Il propose jusqu’à 40 milliards d’euros de baisse des impôts de production.
  • Son projet prévoit un impôt sur les sociétés ramené à 20 %.
  • Il veut commencer par supprimer la C3S, mais cette contribution ne concerne actuellement que les entreprises dépassant 19 millions d’euros de chiffre d’affaires hors taxes.
  • Il propose de réduire certaines subventions aux entreprises en contrepartie d’une baisse plus structurelle des charges et de la fiscalité.
  • La simplification administrative constitue l’un des principaux piliers de sa stratégie économique.
  • Son projet repose cependant sur une condition déterminante : parvenir à réduire très fortement la dépense publique.
  • David Lisnard reste aujourd’hui loin des favoris de 2027, mais son influence peut aussi se mesurer à sa capacité à imposer ces sujets dans la campagne.

Qui est David Lisnard ?

David Lisnard est d’abord un élu local.

Maire de Cannes, il préside également l’Association des maires de France, l’une des principales organisations représentatives des élus locaux.

Cette expérience territoriale est devenue l’un des fondements de son discours politique : selon lui, la France souffre d’un appareil public devenu trop centralisé, trop complexe et trop procédural.

Il transpose aujourd’hui ce diagnostic à l’économie.

David Lisnard est désormais candidat déclaré à l’élection présidentielle de 2027 avec Nouvelle Énergie.

Son positionnement est clairement libéral sur le plan économique.

L’État doit selon lui moins intervenir dans l’activité économique, moins prélever, moins réglementer et se concentrer davantage sur ses fonctions essentielles.

Ce positionnement lui donne une identité relativement claire dans une campagne où plusieurs candidats de droite et du centre peuvent se retrouver en concurrence.

David Lisnard prend-il réellement la tête de 2027 ?

Non.

Et c’est une distinction importante.

Dans le baromètre Ifop-Fiducial publié le 2 octobre 2026, David Lisnard obtient 3,5 % des intentions de vote dans la configuration la plus fragmentée testée par l’institut.

Marine Le Pen se situe, selon les scénarios, entre 31 % et 36 %.

David Lisnard est donc encore très loin d’une qualification pour le second tour.

Pour autant, son profil semble gagner en visibilité.

Dans le tableau de bord des personnalités de septembre 2026, il enregistrait la plus forte progression de la vague, avec six points supplémentaires et 31 % de bonnes opinions.

Cela ne signifie pas qu’une dynamique présidentielle est déjà installée.

Mais cela montre qu’il existe un écart intéressant entre son niveau électoral actuel et sa progression en image.

Son premier défi sera précisément de transformer cette notoriété croissante en intentions de vote.

Son pari : devenir le candidat de la France qui produit

La stratégie économique de David Lisnard part d’un diagnostic simple : la France ne souffrirait pas principalement d’un manque d’aides publiques aux entreprises, mais d’un environnement trop coûteux et trop complexe pour produire.

Fiscalité.

Charges.

Normes.

Dépenses publiques.

Foncier.

Capital.

Travail.

Procédures administratives.

Tous ces éléments influencent directement la compétitivité d’une entreprise.

David Lisnard veut donc déplacer le débat.

Plutôt que de demander systématiquement comment l’État peut davantage aider les entreprises, il pose une autre question :

que peut-il arrêter de leur imposer ?

C’est probablement le point le plus intéressant de son projet pour un entrepreneur.

40 milliards d’euros de baisse des impôts de production

La proposition la plus spectaculaire concerne les impôts de production.

David Lisnard annonce 40 milliards d’euros destinés à leur réduction.

Ces impôts sont particulièrement sensibles pour les entreprises industrielles parce qu’ils ne reposent pas uniquement sur leur bénéfice final.

Un industriel peut avoir besoin :

  • d’un bâtiment important ;
  • de machines ;
  • de foncier ;
  • d’énergie ;
  • de stocks ;
  • de salariés spécialisés ;
  • d’investissements lourds avant même de générer un résultat.

La fiscalité appliquée à la production peut donc peser directement sur la décision d’investir en France.

C’est précisément l’un des enjeux développés dans notre dossier consacré à la réindustrialisation des PME françaises et aux stratégies de relocalisation.

Le raisonnement de David Lisnard est alors relativement simple : plutôt que d’aider financièrement une usine après avoir augmenté son coût de fonctionnement, il faudrait commencer par réduire structurellement ce coût.

La suppression de la C3S : importante, mais pas pour toutes les PME

David Lisnard veut notamment commencer par supprimer la C3S, la contribution sociale de solidarité des sociétés.

À première vue, la mesure peut sembler concerner largement les PME.

Ce n’est pas le cas.

Selon l’Urssaf, la C3S est actuellement due lorsque le chiffre d’affaires hors taxes dépasse 19 millions d’euros.

Une boulangerie réalisant 800 000 euros de chiffre d’affaires, une agence à 2 millions ou une PME industrielle réalisant 10 millions d’euros ne sont donc pas directement concernées.

La suppression de la C3S profiterait davantage aux entreprises de taille supérieure et aux ETI.

Cette nuance est importante pour évaluer correctement le programme.

Une mesure favorable aux entreprises n’est pas automatiquement une mesure favorable à toutes les entreprises.

Pour les TPE et les PME de taille intermédiaire, l’intérêt des 40 milliards annoncés dépendra donc surtout du détail des autres impôts de production qui seraient réduits.

Un impôt sur les sociétés ramené à 20 %

La baisse de l’impôt sur les sociétés est plus facile à traduire pour un dirigeant.

David Lisnard veut ramener le taux à 20 %.

Le taux normal actuel de l’impôt sur les sociétés est de 25 %.

Pour une entreprise rentable imposée au taux normal, cinq points de différence peuvent représenter une capacité supplémentaire :

  • d’investissement ;
  • d’autofinancement ;
  • de remboursement de dette ;
  • de croissance externe ;
  • de constitution de réserves ;
  • ou de rémunération du capital.

Mais là encore, l’effet doit être nuancé.

Certaines petites entreprises bénéficient déjà, sous conditions, d’un taux réduit de 15 % sur une première tranche de bénéfice.

Pour comprendre le fonctionnement actuel, Entreprisma détaille ces mécanismes dans son guide complet de la fiscalité des entreprises en France.

Ce que cela changerait réellement

Prenons volontairement un exemple simplifié.

Une société réalisant 500 000 euros de bénéfice entièrement soumis au taux normal de 25 % supporterait théoriquement 125 000 euros d’IS.

À 20 %, ce montant tomberait à 100 000 euros.

Soit 25 000 euros supplémentaires conservés dans l’entreprise.

Pour une société en croissance, ce montant peut financer une embauche, une machine, une partie d’une acquisition ou renforcer la trésorerie.

Pour une entreprise déficitaire, en revanche, une baisse du taux d’IS n’a pratiquement aucun effet immédiat.

Encore une fois, le profil de l’entreprise change totalement l’intérêt de la mesure.

Mais Lisnard veut également supprimer certaines aides aux entreprises

C’est probablement l’une des propositions les plus intéressantes de sa doctrine économique.

David Lisnard ne promet pas uniquement des baisses d’impôts.

Il veut également cesser de subventionner certaines entreprises pour compenser les charges qui leur sont imposées.

La logique est radicalement différente du modèle actuel.

Aujourd’hui, l’État peut :

  1. prélever ;
  2. réglementer ;
  3. imposer des charges ;
  4. puis créer une aide destinée à compenser une partie de ces coûts.

Lisnard veut davantage fonctionner ainsi :

  1. réduire la dépense ;
  2. réduire les prélèvements ;
  3. réduire certaines contraintes ;
  4. limiter ensuite le besoin de subventions compensatoires.

Pour un entrepreneur, ce n’est pas une différence idéologique abstraite.

C’est un changement de modèle.

Le vrai débat : aide publique ou environnement compétitif ?

Prenons deux entreprises.

La première bénéficie régulièrement de subventions à l’innovation, de dispositifs d’investissement et d’accompagnement public.

La deuxième reçoit peu d’aides mais paie beaucoup d’impôts et de charges.

Un système davantage fondé sur les subventions peut favoriser la première.

Un système reposant davantage sur une fiscalité générale réduite peut favoriser la seconde.

C’est pourquoi la question pertinente n’est pas simplement :

« David Lisnard est-il favorable aux entreprises ? »

Elle est plutôt :

« Quelles entreprises gagneraient et lesquelles perdraient dans son modèle ? »

Ce débat entre politique de subventions et baisse structurelle du coût de production pourrait devenir particulièrement important avec France 2030.

Le plan français repose aujourd’hui largement sur la sélection et le financement public de projets stratégiques.

Entreprisma a analysé cette mécanique dans son dossier consacré à France 2030 et au virage industriel des PME.

David Lisnard propose une philosophie différente : rendre globalement l’économie plus compétitive plutôt que multiplier les mécanismes correctifs.

Pour une PME, le vrai coût est parfois invisible : la bureaucratie

Une baisse d’impôt apparaît immédiatement dans les comptes.

Le coût administratif est beaucoup plus difficile à mesurer.

Pourtant, de nombreux entrepreneurs le connaissent parfaitement.

Deux heures consacrées à comprendre une nouvelle obligation.

Une demi-journée pour constituer un dossier.

Un cabinet sollicité pour interpréter une réglementation.

Un recrutement retardé.

Une extension de bâtiment qui nécessite plusieurs validations.

Un investissement bloqué pendant plusieurs mois.

Ce coût n’apparaît pas sous une ligne intitulée « bureaucratie » dans le compte de résultat.

Mais il existe.

Et il frappe proportionnellement beaucoup plus fortement les petites entreprises.

Une ETI dispose souvent :

  • d’un directeur financier ;
  • d’un service juridique ;
  • d’une fonction RH ;
  • de spécialistes de la conformité.

Dans une entreprise de huit salariés, une partie de ces tâches remonte directement jusqu’au dirigeant.

C’est sur ce terrain que David Lisnard cherche à parler aux entrepreneurs.

Réécrire des codes plutôt que les simplifier à la marge

Nouvelle Énergie va beaucoup plus loin qu’une promesse générale de « simplification ».

David Lisnard propose de reprendre entièrement certains grands codes, notamment ceux du travail, des impôts et des marchés publics.

L’idée est qu’après plusieurs décennies d’ajouts successifs, supprimer quelques articles ne suffirait plus.

Il veut également réduire le nombre d’organismes et d’agences publiques.

Pour un entrepreneur, cette approche peut être attractive.

Mais elle soulève une question majeure : quelles règles seraient réellement supprimées ?

Toutes les normes ne sont pas inutiles.

Certaines sécurisent les salariés.

Certaines protègent les consommateurs.

Certaines fixent les règles de concurrence.

Certaines limitent les risques industriels, sanitaires ou environnementaux.

La véritable évaluation du programme commencera donc lorsque la campagne permettra de passer du mot « débureaucratisation » à une liste précise de textes modifiés ou supprimés.

Réindustrialisation : David Lisnard veut changer la mécanique

Sur l’industrie, la différence de doctrine apparaît encore plus clairement.

David Lisnard considère la réindustrialisation comme une priorité nationale.

Mais il ne veut pas uniquement reconstruire l’industrie française à travers des subventions publiques.

Son diagnostic met directement en cause :

  • la fiscalité ;
  • la bureaucratie ;
  • la complexité normative ;
  • le manque de capital productif ;
  • la difficulté à investir.

Pour un industriel, cette approche correspond à une réalité concrète.

Lorsqu’une entreprise choisit où construire une usine, elle ne regarde pas uniquement le montant de la subvention proposée.

Elle regarde l’équation complète :

foncier + énergie + salaires + charges + fiscalité + délais + réglementation + financement + compétences.

Une aide publique peut rendre un projet viable.

Mais si l’environnement économique reste trop coûteux, l’entreprise peut devenir dépendante du maintien de ces aides.

David Lisnard veut agir davantage sur l’équation elle-même.

Le capital devient aussi un enjeu politique

Le projet ne repose pas uniquement sur les impôts.

David Lisnard défend également le développement de l’investissement privé et des fonds propres.

C’est un sujet crucial pour les PME.

Une entreprise peut financer une partie importante de son activité par :

  • sa rentabilité ;
  • sa trésorerie ;
  • le crédit bancaire.

Mais lorsqu’elle veut accélérer très fortement, acheter un concurrent ou investir dans une nouvelle usine, ces ressources peuvent devenir insuffisantes.

L’ouverture du capital devient alors une possibilité.

C’est précisément ce qu’expliquait Bertrand Folliet, président d’Entrepreneur Invest, dans son entretien avec Entreprisma consacré au financement des PME et à l’ouverture du capital.

Sa logique était simple : la banque reste pertinente lorsqu’une entreprise a uniquement besoin d’argent, mais le capital devient utile lorsque le projet gagne en complexité.

Une politique favorisant davantage l’investissement en fonds propres pourrait donc modifier profondément le financement des PME françaises.

Retraite par capitalisation et entreprises : le lien est plus important qu’il n’y paraît

David Lisnard défend également la création d’un étage de retraite par capitalisation obligatoire et collective, en complément d’un socle par répartition.

Pour les entrepreneurs, le sujet semble au premier abord éloigné.

Il ne l’est pas.

Des systèmes de capitalisation importants génèrent des masses d’épargne de long terme.

Cette épargne peut ensuite être investie dans :

  • des obligations ;
  • des infrastructures ;
  • des entreprises cotées ;
  • des fonds ;
  • du private equity.

Autrement dit : dans le capital productif.

C’est l’un des points rarement évoqués dans le débat français sur les retraites.

Une réforme de ce type ne modifierait pas uniquement la manière dont les salariés préparent leur retraite.

Elle pourrait également transformer la profondeur du marché français du financement des entreprises.

La transmission des PME, autre angle stratégique

La transmission est également un enjeu central pour l’économie française.

Des centaines de milliers de dirigeants vont devoir vendre ou transmettre leur entreprise dans les prochaines années.

Entreprisma a consacré un dossier complet au marché potentiel de 500 000 PME à transmettre d’ici 2035.

Pour un dirigeant, la transmission soulève plusieurs problèmes simultanément :

  • trouver un repreneur ;
  • financer l’opération ;
  • fixer une valorisation ;
  • conserver les salariés ;
  • protéger le patrimoine ;
  • gérer la fiscalité ;
  • maintenir l’activité après le départ du fondateur.

Lorsque l’entreprise reste familiale, la fiscalité patrimoniale devient également déterminante.

C’est pourquoi toute évolution concernant la taxation du capital et des successions peut avoir des conséquences directes sur la continuité des PME et ETI familiales.

Ce sujet devrait progressivement prendre davantage de place dans la campagne de 2027 à mesure que la vague de transmissions devient visible.

TPE, PME, ETI : qui gagnerait réellement avec ce programme ?

C’est probablement la question que devrait se poser chaque dirigeant.

Pour une TPE

Les principaux gains potentiels seraient probablement liés :

  • à la simplification ;
  • au coût du travail ;
  • aux cotisations ;
  • aux procédures administratives ;
  • à la stabilité réglementaire.

La suppression de la C3S ne changerait rien.

Une baisse de l’IS pourrait avoir un effet, mais uniquement pour une entreprise suffisamment rentable.

Pour une PME rentable

L’équation devient différente.

La baisse de l’IS peut devenir significative.

Les impôts de production peuvent commencer à peser davantage.

L’investissement, la transmission et l’accès aux fonds propres deviennent également des sujets importants.

Pour une PME industrielle

C’est probablement ici que le programme économique de David Lisnard devient le plus directement lisible.

Fiscalité de production.

Foncier.

Énergie.

Normes.

Investissement.

Délais administratifs.

Tous ces éléments peuvent décider de la localisation d’un investissement.

Pour une ETI

Les effets pourraient être encore plus importants.

C3S, fiscalité du capital, transmission familiale, développement international, investissement industriel et financement sont directement concernés.

C’est pourquoi parler simplement « des entreprises » masque des réalités très différentes.

La grande question : comment financer toutes ces baisses ?

C’est ici que le projet rencontre son principal test de crédibilité.

Baisser les impôts est relativement populaire.

Réduire suffisamment les dépenses pour financer ces baisses est beaucoup plus difficile.

David Lisnard lie précisément les deux.

Selon Nouvelle Énergie, son projet vise 80 milliards d’euros d’économies dès la première année et au moins 200 milliards sur la trajectoire annoncée.

Le mouvement cible notamment :

  • certains organismes et agences ;
  • la bureaucratie ;
  • certaines dépenses sociales.

200 milliards d’euros représentent cependant une transformation considérable de la dépense publique française.

On ne trouve pas une telle somme en supprimant quelques formulaires.

Cela implique nécessairement des arbitrages majeurs.

C’est ici que les entrepreneurs devraient devenir particulièrement exigeants.

Quelles dépenses disparaissent réellement ?

Sur quel calendrier ?

Avec quelles conséquences ?

Quels services sont conservés ?

Quels investissements publics sont protégés ?

Une baisse d’impôts durable n’a pas la même valeur qu’une baisse financée par davantage de dette.

La crédibilité économique du projet dépend donc directement de la réponse à ces questions.

Pourquoi son discours peut parler aux entrepreneurs

David Lisnard exploite aussi une frustration réelle.

Depuis des années, les entreprises françaises entendent parler de simplification.

Pourtant, elles voient parallèlement apparaître de nouvelles obligations.

On leur parle de réindustrialisation.

Mais certains projets nécessitent encore des procédures longues avant de sortir de terre.

On leur parle de compétitivité.

Puis l’État crée une aide destinée à compenser un coût qu’il impose parfois lui-même.

David Lisnard construit son discours autour de cette contradiction.

Sa réponse consiste à proposer moins de redistribution économique et davantage de liberté initiale.

Cette orientation n’est évidemment pas neutre politiquement.

Mais elle est cohérente.

Et surtout, elle permet aux dirigeants d’évaluer précisément ce qui différencie son projet.

L’entreprise est aussi un choix électoral

Il serait cependant faux de croire que David Lisnard cherche uniquement à séduire des chefs d’entreprise.

Ils ne représentent pas un électorat suffisant pour gagner une présidentielle.

La stratégie est plus large.

Elle consiste à construire un discours autour de la France productive.

Entrepreneurs.

Salariés du privé.

Artisans.

Commerçants.

Agriculteurs.

Cadres.

Indépendants.

Professions libérales.

Investisseurs.

En reliant l’entreprise aux salaires, à l’emploi, à la souveraineté industrielle et au pouvoir d’achat, David Lisnard cherche à transformer un sujet considéré comme patronal en enjeu collectif.

C’est politiquement beaucoup plus puissant.

Son véritable espace : devenir le candidat de la production

David Lisnard ne peut pas simplement être « un candidat de droite » supplémentaire.

L’espace est trop encombré.

Il doit être identifiable.

Son positionnement économique lui permet de tracer cette frontière.

Face aux autres candidats de droite, il peut défendre un programme plus explicitement libéral.

Face aux héritiers du bloc macroniste, il peut soutenir que les réformes économiques conduites depuis 2017 n’ont pas suffisamment réduit la dépense publique et la bureaucratie.

Face au Rassemblement national, il peut proposer une approche davantage fondée sur le marché, le capital et la baisse des prélèvements.

Face à la gauche, le clivage porte directement sur la fiscalité, la redistribution et la place de l’État.

Sa doctrine est donc lisible.

Son problème reste désormais de transformer cette lisibilité en électeurs.

Pourquoi sa candidature peut peser même à 3,5 %

Un candidat n’a pas nécessairement besoin de gagner pour influencer une campagne.

Il peut obliger les autres à répondre à ses questions.

Si David Lisnard parvient à imposer dans le débat :

  • les impôts de production ;
  • la suppression de certaines subventions ;
  • l’IS ;
  • la bureaucratie ;
  • la capitalisation ;
  • la transmission ;
  • les fonds propres ;
  • la réindustrialisation ;

alors ses concurrents devront préciser leur propre doctrine.

Combien d’impôts souhaitent-ils prélever ?

Quelles aides veulent-ils maintenir ?

Quelles normes supprimer ?

Comment financer l’industrie ?

Comment faciliter la transmission ?

Comment réduire la dette ?

À ce moment-là, l’influence de David Lisnard ne se mesurera plus uniquement à son pourcentage dans les sondages.

Ce qu’un entrepreneur doit réellement surveiller d’ici 2027

Le détail des 40 milliards d’euros

Le montant est spectaculaire.

Mais sa répartition déterminera tout.

La suppression de la C3S est relativement claire. Le reste devra être détaillé pour mesurer l’effet réel sur les PME.

Les économies effectivement documentées

200 milliards d’euros constituent une rupture budgétaire majeure.

La campagne devra permettre d’identifier précisément les dépenses concernées.

Les normes réellement supprimées

« Simplifier » ne suffit pas.

Les dirigeants devront regarder quelles obligations disparaissent concrètement.

Le remplacement des aides par des baisses de charges

Certaines entreprises pourraient y gagner considérablement.

D’autres pourraient perdre des mécanismes de financement dont elles dépendent aujourd’hui.

La politique de financement des PME

Si davantage d’épargne française est orientée vers les entreprises, le changement pourrait être structurel pour le capital-développement et les ETI.

La transmission

Pour les dirigeants qui envisagent une cession dans les cinq ou dix prochaines années, les décisions fiscales du prochain quinquennat pourraient directement influencer leur stratégie.

En 2027, l’entreprise pourrait devenir un véritable champ de bataille politique

C’est finalement le point le plus intéressant.

La présidentielle 2027 ne déterminera pas seulement le prochain locataire de l’Élysée.

Elle déterminera également une partie du cadre dans lequel les entreprises françaises devront fonctionner pendant cinq ans.

Fiscalité.

Travail.

Énergie.

Normes.

Industrie.

Intelligence artificielle.

Transmission.

Financement.

Capital.

Dépenses publiques.

Pour un entrepreneur, ces décisions sont loin d’être abstraites.

Elles peuvent déterminer la rentabilité d’un investissement, la possibilité d’embaucher, le coût d’une usine ou la capacité à transmettre une entreprise.

David Lisnard a décidé d’en faire l’une des principales lignes de force de sa candidature.

À ce stade, il ne prend pas la tête de la présidentielle.

Mais il essaie clairement de prendre une autre position : celle du candidat le plus directement associé à la baisse du poids de l’État sur l’économie productive.

La question n’est donc plus uniquement de savoir jusqu’où David Lisnard peut monter dans les sondages.

Elle est de savoir jusqu’où ses idées peuvent monter dans la campagne.

Et pour les entrepreneurs français, cette bataille-là pourrait avoir beaucoup plus de conséquences que son score personnel.