Un dirigeant était prêt à travailler jusqu’à 67 ans. Non pas parce qu’il avait nécessairement envie de poursuivre encore trois années, mais parce qu’il pensait devoir attendre jusque-là pour bénéficier correctement de sa retraite.

Après analyse de son dossier, la conclusion tombe : il avait déjà atteint le taux plein à 64 ans.

Pendant trois années supplémentaires, il aurait donc pu continuer à travailler s’il le souhaitait, mais avec une donnée fondamentale en plus : la possibilité de liquider ses droits et de percevoir une pension qu’il avait financée pendant toute sa carrière.

Cette histoire, racontée par Marilyn Vilardebo, fondatrice d’Origami&Co, résume une confusion encore très présente chez les entrepreneurs.

Prendre sa retraite et arrêter de travailler ne sont pas nécessairement la même chose.

Et avant même de réfléchir à ce que l’on fera après sa carrière, encore faut-il savoir précisément à quoi l’on a droit.

Des entrepreneurs capables de piloter une entreprise… mais qui connaissent mal leur retraite

Un chef d’entreprise peut suivre sa trésorerie, son chiffre d’affaires, sa marge, ses investissements, sa fiscalité ou la valorisation de sa société avec une grande précision.

Pourtant, lorsqu’il s’agit de sa retraite, le sujet reste souvent relégué au second plan.

Parce qu’il paraît lointain.

Parce qu’il semble complexe.

Mais aussi parce qu’il renvoie implicitement à une idée que beaucoup préfèrent éviter : celle de l’arrêt.

C’est précisément ce rapport à la retraite que Marilyn Vilardebo observe depuis plusieurs années.

Fondatrice d’Origami&Co en 2017, elle accompagne des dirigeants d’entreprise, artisans-commerçants, professions libérales, cadres supérieurs ou encore expatriés dans l’analyse de leurs droits.

Le cabinet se présente comme un spécialiste du conseil et de l’accompagnement retraite et concentre son intervention autour de trois questions simples :

Quand puis-je partir ? Avec quel montant ? Et comment faire pour que cela se passe réellement comme prévu ?

Derrière cette apparente simplicité se cache pourtant une mécanique particulièrement complexe.

Le relevé de carrière n’est pas forcément la vérité absolue

Lorsqu’un assuré ouvre son relevé de carrière, son premier réflexe est généralement de lui faire confiance.

Le document est officiel.

Les chiffres sont affichés.

Les trimestres apparaissent année après année.

Il semble donc logique de considérer que tout est correctement enregistré.

Pour Marilyn Vilardebo, c’est précisément là que commence le problème.

Selon les observations réalisées par Origami&Co sur les dossiers qu’il accompagne, six à huit erreurs seraient retrouvées en moyenne sur une carrière.

Périodes absentes, cotisations mal reportées, trimestres manquants ou informations incorrectement enregistrées : une anomalie apparemment anodine peut modifier une date de départ ou le montant d’une pension.

Dans un autre dossier traité par le cabinet, un assuré pensait devoir travailler encore deux années avant d’obtenir son taux plein.

L’analyse a finalement permis de retrouver quatre trimestres manquants.

Son horizon de départ changeait immédiatement.

Pour Marilyn Vilardebo, le premier enjeu n’est donc pas forcément d’« optimiser » sa retraite.

C’est d’abord de vérifier que les droits déjà acquis existent réellement dans le dossier.

Une complexité qui dépasse largement la simple date de départ

La difficulté vient aussi de l’architecture même du système.

Régimes différents, statuts successifs, carrières mixtes, expatriation, réformes, retraite progressive, cumul emploi-retraite, rachats de trimestres…

Une carrière professionnelle moderne peut faire intervenir plusieurs mécanismes dont les règles ne sont ni identiques ni toujours faciles à comprendre.

L’information existe.

Mais disposer de l’information ne signifie pas nécessairement comprendre son impact sur sa propre situation.

C’est toute la différence entre savoir qu’un dispositif existe et être capable de répondre à une question très concrète :

Combien vais-je réellement percevoir si je pars à 63 ans, 64 ans ou 66 ans ?

Origami&Co intervient précisément sur cette zone.

Le cabinet reconstitue la carrière, vérifie les droits enregistrés, demande lorsque nécessaire la correction d’anomalies puis modélise différents scénarios.

Sur son site, l’entreprise publie également des ressources permettant de mieux comprendre le fonctionnement des droits à la retraite et les différents régimes.

Retraite progressive, taux plein, rachat de trimestres, maintien en activité ou cumul emploi-retraite : chaque décision peut modifier le résultat.

Et le travail ne s’arrête pas nécessairement au calcul.

Le cabinet peut ensuite accompagner la constitution du dossier, suivre les échanges avec les organismes et contrôler les montants effectivement versés.

Selon Marilyn Vilardebo, quatre dossiers sur cinq accompagnés par Origami&Co donnent lieu à un recours ou à une demande de révision.

Un chiffre qui, là encore, invite au minimum à ne pas considérer son dossier comme intangible.

Pour les entrepreneurs, une confusion supplémentaire : croire que l’entreprise remplacera la retraite

Chez les dirigeants, Marilyn Vilardebo observe une autre particularité.

Certains ont construit un patrimoine.

D’autres possèdent de l’immobilier.

D’autres encore comptent sur la vente future de leur société.

La logique paraît alors simple : pourquoi consacrer autant d’attention à une pension lorsque la cession de l’entreprise pourrait rapporter plusieurs centaines de milliers, voire plusieurs millions d’euros ?

Parce que les deux sujets n’ont pas la même fonction.

La valeur d’une entreprise constitue du capital. Une pension de retraite constitue un revenu issu de droits acquis.

Les opposer revient donc à mélanger deux composantes différentes d’une même situation financière.

La vente d’une société peut financer des projets, être réinvestie, transmise ou sécurisée.

La retraite obligatoire correspond quant à elle à des cotisations versées pendant des années.

Négliger ces droits sous prétexte que l’on possède déjà un patrimoine revient en quelque sorte à abandonner une partie d’un actif que l’on a pourtant financé.

Et c’est peut-être ici que le raisonnement entrepreneurial devient particulièrement intéressant.

Un dirigeant ne laisserait généralement pas une facture importante impayée sans chercher à la récupérer.

Pourquoi accepterait-il de ne pas vérifier des revenus auxquels plusieurs décennies de cotisations lui donnent potentiellement droit ?

Le véritable problème commence avec le mot « retraite »

Derrière les calculs se cache toutefois quelque chose de beaucoup moins financier.

Notre représentation de la retraite.

Pendant longtemps, le scénario semblait écrit.

On travaillait.

Puis venait une dernière journée.

Un pot de départ.

Et la vie professionnelle s’arrêtait.

Pour un entrepreneur dont l’identité, les relations sociales et parfois une partie importante de la vie se sont construites autour de son entreprise, cette perspective peut être difficile à envisager.

Préparer sa retraite revient alors symboliquement à commencer à préparer sa disparition du monde professionnel.

C’est précisément cette association que Marilyn Vilardebo cherche à déconstruire.

Sur la page consacrée à son équipe et à sa vision, la fondatrice d’Origami&Co présente d’ailleurs la retraite comme un « nouveau départ » plutôt que comme une fin. Origami&Co détaille cette approche ici.

Car liquider ses droits ne signifie pas nécessairement disparaître de son entreprise, abandonner ses projets ou cesser toute activité.

Selon Marilyn Vilardebo, une majorité des clients accompagnés par Origami&Co continuent à exercer une activité après avoir liquidé leur retraite.

Les modalités varient évidemment en fonction des situations et des règles applicables.

Mais le principe change complètement la manière de regarder le sujet.

Prendre sa retraite ne signifie pas forcément prendre sa retraite

C’est probablement le paradoxe le plus intéressant.

La retraite peut être moins une sortie qu’une transition.

Un dirigeant peut choisir de continuer son activité.

De réduire progressivement son implication.

De transmettre son entreprise.

De rester conseiller.

De lancer un nouveau projet.

D’investir.

D’accompagner d’autres entrepreneurs.

Ou simplement de travailler différemment.

Dans cette perspective, la pension n’est plus le symbole d’une vie professionnelle terminée.

Elle devient une nouvelle composante des revenus du dirigeant et potentiellement un outil supplémentaire de liberté.

Le sujet mérite évidemment une analyse individuelle : le cumul emploi-retraite obéit à des conditions précises et dépend notamment de l’âge, du statut ou encore des droits acquis.

Mais philosophiquement, le changement est important.

L’enjeu n’est plus :

« Quand vais-je devoir arrêter ? »

Il devient :

« À partir de quand mes droits me permettent-ils de choisir différemment ? »

Pourquoi 50 ans constitue déjà un âge stratégique

Marilyn Vilardebo insiste sur l’importance d’anticiper.

Pas nécessairement à 62 ans.

Bien avant.

Autour de 50 ans, un entrepreneur possède encore suffisamment de temps pour comprendre l’impact de son statut, de sa rémunération et de ses choix professionnels sur ses droits futurs.

Certaines décisions peuvent encore être arbitrées.

À 60 ans, il reste possible de retrouver des périodes manquantes, de corriger un relevé ou d’étudier certains dispositifs.

Mais le temps disponible pour modifier profondément une stratégie professionnelle ou de rémunération est évidemment beaucoup plus limité.

Origami&Co recommande d’ailleurs de commencer à s’intéresser à son dossier plusieurs années avant l’âge du départ afin de pouvoir vérifier les informations, comparer les scénarios et prendre les décisions nécessaires.

Préparer sa retraite tôt ne signifie donc pas commencer à organiser son départ.

C’est précisément l’inverse.

C’est conserver le maximum d’options possibles.

« Ne faites pas l’autruche »

Lorsqu’on lui demande quel conseil elle donnerait à un entrepreneur encore loin de l’âge de la retraite, Marilyn Vilardebo résume finalement le sujet avec beaucoup de simplicité :

« Le temps passe vite, ne faites pas l’autruche et prenez en main votre dossier retraite le plus tôt possible. »

Le message pourrait presque s’appliquer à n’importe quel sujet de gestion d’entreprise.

Ce que l’on ne mesure pas est difficile à piloter.

Et ce que l’on repousse pendant quinze ans finit souvent par devenir une contrainte.

La retraite mérite probablement d’être regardée avec la même logique qu’une trésorerie, qu’un investissement ou qu’une transmission d’entreprise : non pas avec anxiété, mais avec anticipation.

Car le véritable enjeu n’est finalement pas de savoir quand une carrière prendra fin.

Il est de savoir quelles libertés des décennies de travail peuvent ouvrir pour la suite.

Un entrepreneur peut vendre son entreprise sans cesser d’entreprendre.

Il peut liquider sa retraite sans cesser de travailler.

Il peut transmettre sans disparaître.

Il peut ralentir sans s’arrêter.

La retraite n’est pas nécessairement la fin d’une vie professionnelle. Elle peut simplement être le moment où des années de cotisations deviennent enfin un revenu, et où le dirigeant retrouve une chose particulièrement précieuse : le choix.